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une force telle que je retombai assis à la niênie place. Mes tempes battaient, mes yeux se troublaient; une émotion extraordinaire s'était emparée de moi.
Tout à coup le souvenir de Michel vint à mon secours.
— Mademoiselle, dis-je en faisant un vif etfort, pensez où cette passion pourrait nous entraîner.
D'un mouvement brusque je me dégageai de ses mains. Il y avait au milieu de la chambre une petite table; une fois derrière ce rempart, ayant recouvré mon sang-froid, j'entrepris de ramener mademoiselle Emelina à des sentiments plus raisonnables. Elle tenta de nouveau de se rapprocher de moi; mais la table nous séparait. Alors elle changea de tactique et dit qu'elle n'avait pas été maîtresse de modérer ses transports, mais qu'elle me comprenait depuis que je lui avais ouvert les yeux à Yichy en lui faisant entrevoir dans l'avenir une heureuse union avec moi.
— Une union avec moi , mademoiselle. Je vous parlais d'un honnête homme, d'une position
m LES DEMOISELLES TOURANGEAU
modeste, qui aurait, fait votre honheur à Longpont.
— Jamais je ne retournerai à Longpont, s'estelle écriée, et je n'épouserai jamais d'autre homme que vous !
Ne voulant pas la brusquer :
— Mes études ne seront pas terminées avant un an.
— J'attendrai, dit-elle.
— Il me faudra encore bien du temps pour me faire une position.
— Mon Lucien ne vaut-il pas mieux que la fortune? s'est-elle écriée.
J'étais battu, mais je tenais à quitter cette dangereuse petite chambre.
— Il y a trop longtemps déjà que je suis ici, mademoiselle; on le remarquerait dans l'hôtel et votre réputation pourrait en souffrir.
— Que m'importe ce que pense le monde, s'écria mademoiselle Émelina, si mon Lucien m'aime!... Oh ! Lucien, dites, m' aimez- vous ?
Je ne savais que répondre.