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SUR LE CARACTÈRE

tel qu’une irritation de la vessie ou une constipation un peu prolongée, ont autant d’influence sur le moral, on comprend combien une douleur intense, térébrante, telle que celle du mal de dents, peut avoir un effet plus actif. Dans la râge de dents, le patient perd momentanément toute liberté morale, et il ne faudrait pas évidemment l’exaspérer longtemps pour le rendre capable des actions les plus féroces. Mais, sans envisager le mal de dents à sa période extrême, et qui, par l'excès de la douleur même, ne saurait se prolonger bien longtemps, considérons simplement l’individu dont la mâchoire est en mauvais état, c’est-à-dire auquel il manque quelques dents et dont celles restantes sont plus ou moins cariées ou branlantes. Sans doute, la douleur habituelle est à peu près nulle ; il y a incommodité, mais non souffrance réelle ; cependant, en réalité, cette incommodité est plus intolérable que la douleur même. Le malheureux est devant une table splendidement servie et à laquelle il se promet de faire honneur ; mais pendant qu’il savoure le mets qui lui est offert, il a oublié qu'il ne devait pas mâcher sur telle ou telle molaire cariée ou déchaussée, et une douleur vive vient lui rappeler celte nécessité impérieuse, en lui faisant perdre tout le plaisir qu’il avait à goûter à un mets délicat. Il déguste un crû de premier choix ; mais le froid con-

36 INFLUENCE DE l’ÉTAT DES DENTS

tact du liquide sur les dents malades produit une nouvelle douleur devant laquelle la saveur du breuvage disparaît, et comme il sait aussi que le contact des sucreries réveillerait encore d’autres douleurs, il laisse passer devant lui, sans y toucher, avec un soupir, les confiseries de Boissier ou de Siraudin. Pour utiliser ses loisirs forcés, il essaye de faire Paimable avec sa voisine ; mais il sait que sa bouche n’est pas toujours très parfumée, que s’il écarte un peu trop les mâchoires, on s’aperçoit qu’elles sont un peu dégarnies ; aussi, son sourire est-il contraint, sa tournure embarrassée, et ce qu’il dit s’en ressent.

Quene dirions-nous pas si nousétudiions les effets des mêmes influences chez l’orateur, le ministre, le diplomate, l’écrivain, la femme du monde, la jeune fille à marier, etc. ! que d’actions sans cause apparente, de caractères chagrins, d’opinions paradoxales ou féroces, n’ayant d’autre raison que l’état d’irritation produit par le mauvais état des dents ! et pour les statisticiens de l’avenir, ce sera un beau problème que de rechercher combien, parmi les membres de la Terreur ou de la Commune de funeste mémoire, possédaient des râteliers parfaits.

La conséquence la plus habituelle du mauvais état des dents sur le caractère est l’affection désignée sous le nom d’hypocondrie.

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