‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 2)Chapitre 48 sur 85 · PUTEAUX · texte numérisé non relu

PUTEAUX

Puteaux est une bourgade de la banlieue de Paris, située à deux lieues du centre de la capitale, sur la rive gauche de la Seine. L'abbé Lebeuf doute que le mot aqiia putta désigne cette localité que les chroniques du moyen âge appellent Puteoli. Dagobert donna Puteaux aux religieux de Saint-Denis. Dans la suite, les habitants de ce hameau devinrent tributaires de Suresnes, qui dépendait de Saint-Germaindes-Prés. A partir de 1062, ils furent agrégés à cette paroisse qui venait d'être érigée. Ils s'engagèrent à donner annuellement à l'église de Saint-Germain-des-Prés chacun un cierge éteint, les jours de la Toussaint et de la Xoël, et un troisième allumé, le jour de la Chandeleur. Ils devaient aussi offrir chacun un pain le lendemain de Noël, et il fut convenu que le curé de Suresnes en aurait le tiers ^

Plus tard, ils manquèrent à leur parole et négligèrent quelque temps la redevance promise. Excommuniés pour ce fait, ils confessèrent leur faute et firent amende honorable en présence d'Ârnould, officiai de Paris. Dans un acte officiel, ils reconnurent les obligations qu'ils avaient contractées -. Le document, daté de 1212, était ainsi conçu : « Noveritis quod homines et bospites de Puteolis et de Cruce, qui sunt parochiani de Suresnis, recognoverunt coram nobis quod unusquisque eorum debebat singulis annis ecclesiae Sti Germani de Pratis Parisiensis in festo Omnium Sanctorum unam candelam et in Nativitate Domini unam et unam similiter in Purificatione beatse Mariae, et quod unusquisque debebat prœdictge ecciesise in crastino Nativitatis Domini, unum panem. Praedictae tandem candelaedebentesse extinctae, excepto in Purificatione, quas prsedictas homines in praedictis festis post evangelium ad manum majoris de Surrenis debent offerre. » Nous trouvons ces conventions signalées en plusieurs endroits ^. Il n'y avait pas d'église à Puteaux, et les habitants en souffraient; car ils ne pouvaient se rendre assidûment à Suresnes pour assister à l'office divin, surtout pendant l'hiver. Ils demandèrent, en 1509, la permission de construire une chapelle. Guillaume Briçonnet, abbé de Saint- Germain, y consentit, mais à la condition qu'elle n'aurait ni fonts baptismaux, ni cimetière, et qu'elle ne posséderait qu'une seule cloche;

1 Arck. naL LL. U)2G p. 74. (LL. KHI, p. 6.

2 Ici. LL. 102o. p. 3.5.

3 Id. LL. 1041, p. 6; LL. 1026, p. 74.

que les Putéoliens recevraient tous les Sacrements à Suresnes, où ils assisteraient à l'office les jours de Pâques, de la Pentecôte, de la Toussaint, de Noël et de la Purification K

L'inauguration du monument eut lieu, en 1523, par François du Poncher, évêque de Paris. Le 22 août 1573, la chapelle de Puteaux fut érigée en succursale de la paroisse de Suresnes. On permit d'y conserver un ciboire avec les saintes hosties pour la communion des fidèles, d'y avoir des fonts baptismaux et un cimetière, à condition que le prêtre desservant de la chapelle serait institué par le curé de Suresnes pour autant de temps qu'il le jugerait à propos; que les habitants de Puteaux seraient obligés de le loger, meubler et entretenir à leurs dépens.

Le 22 décembre 1716, l'offîcial de Paris ordonna aux religieux de Saint-Germain de comparaître devant lui pour formuler leurs réserves relativement à l'érection de la cure de Puteaux. Le cellérier fut désigné pour représenter la communauté sur celte affaire. Le 16 août 1717, les habitants de Puteaux promirent de lui donner, outre cela, 50 livres de rente, moitié à Pâques, moitié à la Saint-Remy, et d'assister à l'office divin dans l'église de Suresnes les jours de Pâques, de la dédicace de saint Leufroy, patron de la paroisse, et autres grandes fêtes, s'ils n'en étaient empêchés pour cause légitime ^. Ce règlement ne devait pas être toujours fidèlement observé. Les habitants de Puteaux étaient obligés de se rendre en procession à Suresnes, cinq fois l'an et notamment le jour Saint-Leufroy. Le 21 juin 1710, ils laissèrent leur chapelain, le sieur Boidin, aller seul; Jacques Cochery, principal marguillier, et 99 paroissiens avaient refusé de l'accompagner ^ Les Putéoliens aspiraient visiblement à se rendre indépendants. En 1717, le 16 août, ils obtinrent du cardinal Louis-Antoine de Noailles, duc de Saint-Cloud, archevêque de Paris, la permission d'ériger Puteaux en cure. Ils démontrèrent que la fabrique pouvait entretenir l'église : elle possédait 1300 livres de revenu. Un arrêt du parlement confirma cette érection, tout en sauvegardant les droits des religieux de Saint-Germain-des-Prés comme curés primitifs, le 9 septembre 1718. Une sentence rendue par lé parlement, le 23 août 1718, avait dispensé les Bénédictins de fournir une portion congrue au curé de Puteaux, et leur avait reconnu le

1 Arch. mit. LL. 1041, p. 78.

2 Id. LL. 1041, p. 78.

3 m. LL. 1041. p. 126-131.

privilège de célébrer l'office dans l'église de cette localité le jour de l'une des deux l'êtes patronales, c'est-à-dire le jour de la Nativité de la Sainte-Vierge ou de Notre-Dame de Pitié. L'autre fête était réservée au curé de Suresnes. Au mois de juillet 1722, les religieux furent condamnés à payer annuellement 271 livres ^ au curé de Puteaux. Des maisons bâties sur le territoire de Suresnes et 200 arpents furent compris dans la nouvelle paroisse de Puteaux; mais ils ne lui furent attribués que pour l'administration des Sacrements. Les Bénédictins le tirent remarquer au curé de l'endroit, en 1786, lorsqu'ils lui abandonnèrent les dîmes de Puteaux pour la portion congrue qu'ils lui devaient et qui s'élevaient à 700 livres -. Certains usages qui subsistèrent jusqu'à la Révolution rappelaient aux Putéoliens leur ancienne dépendance. Chaque année, ils se rendaient à Suresnes le jour de Pâques et chantaient les pomplies dans leur ancienne église paroissiale. Le lendemain, le clergé de Suresnes se transportait avec les paroissiens dans l'église de Puteaux, où il chantait la grand'messe. Outre cela, chaque année, les marguilliers de Puteaux devaient offrir le pain bénit à Suresnes, le dimanche dans l'octave de saint Leufroy, leur ancien patron ^. Nous lisons dans les actes des chapitres conventuels, à la date du 29 juillet 17o6, qu'une contestation s'éleva entre les religieux de Saint-Germain-des-Prés et les dames de Saint-Louis de Saint-Cyr, qui avaient la seigneurie de Puteaux ^. La propriété indivise de quelque terrain, situé sur les confins des deux seigneuries, avait occasionné ce litige. Une transaction y mit fin.

L'église de Puteaux n'a rien d'intéressant dans sa structure, mais elle possède plusieurs verrières remarquables du xvi* siècle. Ces brillantes peintures représentent les personnes divines, la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, la légende de saint René d'Angers et l'Assomption. C'est ce dernier vitrail qui fut donné, en loo8, par Pierre Barbier, boucher, natif de Puteaux. La verrière de saint René, la plus belle de toutes, est aussi l'offrande d'une famille bourgeoise agenouillée aux pieds du Saint, qu'elle considérait sans doute comme son patron. Aucune inscription ne fait connaître les noms des donateurs ^.

i Bib. nnt. ms. fr. 18.817, p. .330 et .371. Factiim. Io.0o9 et 13.060. •^ Arck. nat. S. 29^0.

3 Lebelf, Histoire du diocèse de Paris, III, o."i.

4 Bib. nat. us. fr. 16.8.59, p. 114.

j Gi;iLHERMY, Inscriptio'os de l'ancien diocèse de Paris, III, p. 172.

MONT-VALERIBN.

Il ne nous appartient pas de discuter sur l'origine du nom que porte cette montagne. Qu'il nous suffise de rappeler qu'elle se trouvait dans la censive de Sainte-Geneviève, de Saint-Rerai et de Saint-Germaindes-Prés. Comme elle était sanctifiée par une double communauté de prêtres pénitents et d'ermites, une ordonnance royale du mois d'août 1633 défendit de bâtir, dans tout le pourtour de cette éminence, plus près que le village de Suresnes, sous peine d'amende arbitraire. On voulait ainsi empêcher l'établissement de cabarets, de brelans, de maisons de débauche dans un lieu aussi respectable ^

En 1644, la Reine-Mère ordonna d'ouvrir un chemin carrossable de Suresnes au Calvaire, qui s'élevait sur la hauteur du Mont-Valérien. Le o septembre de cette année, Christophe Gainard, voyer général et particulier des terres, justices et seigneuries dépendant de l'abbaye de Saint-Germain, se transporta sur les lieux et inspecta les travaux de cette route, qui avait deux toises de largeur ^. De nombreux pèlerins gravissaient la colline pour satisfaire leur dévotion envers la croix et la passion du Christ. Comme cette ascension leur était pénible, surtout pendant le temps des grandes chaleurs, le roi permit, le 13 décembre 1650, aux prêtres du Calvaire d'établir un hospice pour les recevoir et les secourir ^.

Les prêtres du Mont-Valérien avaient acheté six arpents de terre dans la prévoté de Suresnes. L'abbaye de Saint-Germain leur fit remise pour les lods et ventes et la dîme. Ceux-ci promirent de lui payer comme redevance annuelle, tant que leur communauté subsisterait, deux cierges de cire blanche d'une demi-livre et une pinte de vin (19 janvier 1655) ^. Un siècle plus tard, le 29 octobre 1746, nous voyons que les prêtres du Mont-Valérien adressent aux religieux de Saint-Germain une requête, que Monseigneur de Vintimille, archevêque de Paris, appuyé de son autorité.

Ils sollicitent l'exemption de la dîme pour ces arpents de terrain qu'ils possèdent dans la seigneurie. Les Bénédictins accèdent à leur

1 Arch. nat. S. 2912.

2 , (, LL. 1041, p. 186.

t LL. 1042, p. 181.

3 Id. LL. 1042.

* Bih. nat. ms. fr. 1 6.800.

désir; mais il est arrêté qu'ils recevront tous les ans, le jour de Saint- Remy, les cens en argent, six pintes de vin, au temps de la vendange, en l'hôtel seigneurial de Suresnes, et deux cierges de cire blanche, chacun d'une demi-livre, le jour de Saint-Vincent, en l'abbaye de Saint- Germain. Cette concession est faite en faveur de la communauté du Mont-Valérien. Si elle disparaissait, les terres en question seraient soumises au droit '. Tout nous porte à croire que ces deux contrats concernent le même objet. Cependant, nous n'avons rien qui nous l'indique d'une manière certaine.

Le lo décembre 1639, une sentence de la prévoté de Suresnes réunit au domaine de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés plusieurs héritages, sis au pourtour de la montagne du Calvaire. Les propriétaires avaient négligé d'établir leurs titres, de payer les cens et les droits seigneuriaux -. Les prêtres de la communauté du Mont-Valérien ne se montrèrent pas irréprochables sous ce rapport. Ils furent condamnés à payer aux religieux de Saint-Germain 16 livres pour cens et dépens ^. Signalons, à la fin de cet article, un contrat favorable aux ermites du Mont-Valérien. Le sieur Causse leur donna, entre autres choses, un arpent, 9 perches, 3 quartiers de terres ou vignes, au territoire de Suresnes, le 10 juillet IToo.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés, comme seigneurs, approuvèrent cette donation, mais ils réservèrent les cens, rentes, dîmes, lods, ventes et autres droits *.

1 Bit, vrtL l(j.858, p. 2oo.

2 Arch. nat. S, 2912.

3 Id. LL, 104-2, p. o2-o3.

* Chapitres conventuels. Bih. nat. ms. fr. 16.859, p. lOo.

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