LE CHESNAY
La paroisse de la Celle-Saint-Cloud était, il y a 900 ans, plus étendue qu’elle n’est aujourd’hui. Sa partie méridionale était garnie de chênes, d’où lui vient le nom de Chesnaye ou Chesnav.
En 848, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait Le Chesnav, mais après les invasions des Normands, elle donna cette terre à de puissants seigneurs pour obtenir leur protection. Les archives de Saint- Germain-des-Prés relatent que, vers 1073, les comtes de Montfort étaient obligés de rendre foi et hommage à l’abbé de ce monastère pour le château de Beyne et le fief du Chesnav. Ces droits cessèrent en 1274, pour les comtes de Montfort.
Au XIIe siècle, les habitants du Chesnay n’avaient pas d’église dans leur village; qu’était devenue celle dédiée à saint Germain que mentionne Irminon? Avait-elle croulé sous le poids de la vétusté, ou les Normands qui rôdèrent souvent dans ces parages l’avaient-ils réduite en cendres? On allait entendre le service dans la chapelle de Saint- Antoine-du-Buisson, assez éloignée, et bâtie sur une terre appartenant aux chanoines de Saint-Benoît de Paris. Comme cette distance les incommodait, le curé elles paroissiens de l’endroit demandèrent à Foulques, abbé de Saint-Germain, la permission de construire une église dans le village même. Non seulement Foulques accorda cette autorisation, mais il donna même une place pour édifier ce temple. Il mit pour condition qu’on ne reculerait pas les murs à volonté et qu’on ne bénirait pas de cimetière. En outre, ne voulant point faire tort aux chanoines de Saint-Benoît, Foulques leur accorda, dans cette église du Chesnay, les mêmes droits qu’ils avaient dans celle de Saint-Antoinedu-Buisson. Nous pouvons citer la charte qui fut octroyée à cette occasion (1 182) :
« Nos igitur piis eorum precibus permoti, neminem tamen lædere vel cujuslibet alterius jus diminuere volentes, cum veterem ecclesiam ad jus et dominium canonicorum Sti Benedicti Parisiensis pertinere et in fundo ipsorum ediflcatam esse liquido cognosceremus, nec sine eorum voluntate fieri posse ut, relicta priore ecclesia, parrochiani ad
novam transirent, maxime, in alieno fundo, propter predicti populi necessitatem, de terra nostra propria quæ infra villam erat, ejusdem ecclesiæ Sti Benedicti, assensu totius capituli nostri libéré et quiete possidendum, tantum concessimus, quantum ad novæ ecclesiæ, quam populus poscebat, constructionem necessarium fore videbatur. Cum autem justum et rationabile, quia, sicut canonici Sti Benedicti nullamper nos sui juris senciunt diminutionem, ita nec nos per ipsos vel per alios damnum aliquod incurramus, donationem istam hoc tenore factam esse volumus, ut nec canonici, nec presbyter, nec parrocbiani sine assensu nostro, extra parietes ecclesiæ terminos suos dilatare, nec terram occupare, nec cimeterium benedicere vel aliquod taie agere possunt, sed terra circumquaque nostra erit propria sicut antea1. »
L’église de Saint-Germain-du-Chesnay, rebâtie par les habitants sur la fin du XIIe siècle, subsista jusqu’au XVIe ou \YIIe siècle. Alors sa caducité fit recourir une seconde fois à la chapelle de Saint-Antoinedu-Buisson, qui avait porté pendant longtemps le nom de Saint- Sulpice. M. de Bernier, conseiller d’État, s’employa à la reconstruire à ses frais, et obtint de l’abbaye de Saint-Germain, le 20 août 1657, un petit ossement du saint patron, qu’on y conserve. Le Chesnay n’est qua une demi-lieue de Versailles, sur la route de Saint-Germain-en- Laye. Le Pouillé parisien du XIIIe siècle marque que la nomination à la cure appartenait au chapitre de Saint-Benoît. Tous les Pouilles imprimés depuis cette époque ne disent pas autre chose. Les religieux de Saint-Germain devaient pourvoir à la subsistance du curé. Nous voyons qu’en 1607, ils lui payaient 3q septiers et mine de blé pour son gros (1657). Ils donnaient à la place du blé une somme de 38o livres. Une sentence de 1689 (18 juillet) avait fixé ce traitement à 27 septiers 1/2, plus une mesure de grain.
Nicolas Neveu, curé du Chesnay, ayant réclamé au sujet de son gros, l’abbaye Saint-Germain lui abandonna les dîmes du lieu, la grange dimeresse et une rente de 188 livres i5 sols dues annuellement par le roi sur son parc de Versailles, au jour Saint-Bemy (2 mars 1707J. Cet accord existait encore l’année 1790, comme nous le lisons dans la déclaration des biens que Saint-Germain-des-Prés possédait au Chesnay. Ce monastère comprenait Saint-Antoine-du-Buisson dans le ressort
1, Arch ■ nat. LL. 102 7, p. 142.
de sa justice, comme le montre un acte de 1 6 1 1. En 1 585 (16 avril), il permit au curé et habitants du Chesnay d’établir à Saint-Antoine-du- Buisson une confrérie de Saint-Sébastien et de Saint-Roch contre la peste. Le 26 août 1664, le prieur et les sénieurs de l’abbaye de Saint- Germain, châtelains et voyers de la terre et seigneurie de la Celle, du Chesnay, de Saint-Antoine-du-Buisson, accordèrent à Noël Emery, curé du Chesnay et de la chapelle de Saint-Antoine-du-Buisson, l’autorisation de joindre, à son presbytère de Saint-Antoine-du-Buisson, un reste du chemin que le roi avait fait enclore dans son parc de Versailles, chemin qui conduisait de Saint-Antoine-du-Buisson au village de Trianon. Cette quantité de terrain consistait en 29 toises de long sur 16 pieds de large*.
Notons en passant que Pierre le Pelletier, auditeur des comptes, fonda, en iG5i, un prêtre au Chesnay, pour y enseigner les enfants.
1871 . Dénombrement : à Chaynoy, un four bannier, grandie, dismes et champarts qui soloient valoir i4 muids de grain.
i384. En la ville du Chaynoy, un four bannier, grandie pour dîmes et champarts qui solaient valoir i4 muids de grains. Tout a été détruit par les ennemis et 11e vaut à présent que vm muids1 2.
Quant au temporel du Chesnay, voici les quelques actes que nous trouvons signalés. En 1207, Robert de Meulan céda à l’abbaye la moitié de l’avouerie du Chesnay pour une somme de 80 livres. Le roi Philippe-Auguste ratifia cette vente par lettres patentes. En 1209, Pétronille de Glatigny, dame de qualité, donna au religieux de Saint- Germain la troisième partie des biens qu’elle possédait au territoire du Chesnay. Elle leur avait vendu les autres tiers pour le prix de 45 livres. En 1212, Jean, abbé de Saint-Germain, à la prière de Bouchard, seigneur de Marly, ordonna à son maire du Chesnay de recevoir, pour ce seigneur, des voituriers passant le Chesnay, le droit de coutume qui lui appartenait, et de le conserver pour le rendre à lui, Bouchard, ou à son sergent. En 121G, Gérard de Neauphle3 renonça en faveur de l'abbaye à son droit de voirie et de gruerie qu’il avait dans les bois du Chesnct (Chesnay).