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ÉPINAY-SUR-ORGE OU LE RRELIL

A quatre lieues de Paris, dans la châtellenie royale de Monthléry, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait une vaste étendue de territoire, qui comprenait plusieurs villes, des églises, des châteaux avec leurs droits seigneuriaux, et qui fournissait des ressources considérables pour l’entretien des moines. Le centre principal de population était la ville d’Epinay, située entre les rivières d’Orge et d’Yvette.

A quelle époque et par qui fut faite cette importante donation au monastère de Saint-Germain? C’est une question que ses riches archives laissent sans réponse. Ni les chartes royales, conservées ou restituées avec un soin si vigilant, ni les carlulaires des siècles suivants ne mentionnent la donation de la ville de Spinogilium et de ses dépendances. Des documents postérieurs nous apprennent qu’au commencement du IXe siècle l’abbaye était en paisible possession d’Epinay et nous montrent la composition et l’étendue de son territoire. Cette lacune dans le chartrier de Saint-Germain ne fait que confirmer nos conclusions sur la disparition ou l’altération de beaucoup des titres primitifs dans les pillages de l’abbaye par les Normands et sur la restitution de plusieurs d’entre eux par des moines du XIe siècle, qui s’efforçaient de reproduire sur leurs parchemins ce qu’ils pouvaient déchiffrer sur les lambeaux de papyrus qui étaient parvenus jusqu’à eux. En faisant cette œuvre, dont on peut et dont on doit contester le principe au point de vue de l’érudition, mais qui nous a conservé des indications précieuses pour l’histoire, les moines obéissaient moins à la préoccupation d’orner leurs archives de documents glorieux pour le prestige de l’abbaye, qu’à celle de se procurer des armes pour la défense de leurs droits quand ils étaient menacés par de puissants compétiteurs. Dans le cas présent, Epinay se trouvait dans le ressort de la châtellenie de Monthlerv, et les religieux, ne voyant dans les environs que les officiers royaux qui semblaient plus disposés à les

i. M. l’abbé Gcnty, curé d’Epinay, a publié en i8q3 une étude intitulée Epinaysar-Orge du VIII‘ au XIX' si'eclc. De ce travail consciencieux, érudit et complet, nous n’avons eu qu’à faire l’analyse en remerciant l’auteur de nous avoir ainsi singulièrement facilité la besogne.

protéger qu’à les opprimer, ne se crurent pas sans doute obligés de recourir à leur industrie pour combler une perte, qui ne leur semblait pas devoir entraîner de fâcheuses conséquences pour eux.

Toujours est-il que le plus ancien document qui nous parle d’Epinay dans les archives de Saint-Germain est le Polyptyque d’Irminon, abbé de Saint-Germain dans les premières années du IXe siècle; ce document, si important pour l’histoire de l’abbaye et pour la géographie carlovingienne, nous donne les indications les plus précises sur l’étendue des possessions de Saint-Germain dans cette région, sur le nombre et les diverses conditions de leurs vassaux et sur les redevances qu’ils payaient aux religieux. On y voit que l’abbaye possédait à Epinay une demeure seigneuriale avec ses dépendances et ses droits, à laquelle était attachée une terre arable de six coutures ou de i5o bonniers, comportant 260 muids de semence; 100 arpents de vigne pouvant produire 85o muids de vin ; une forêt d’une lieue et demie de tour où l’on pouvait nourrir 200 porcs, et enfin un moulin rapportant annuellement une cense de 60 muids de grains. Au devant du château s’élevait l’église construite avec soin et pourvue de tous les ornements nécessaires au culte divin : dont dépendaient 4 bonniers de terre arable, 7 arpents et demi de vignes et 3 de prés, plus 2 maisons avec leurs terres, leurs vignes et leurs prés. Tout à l’entour s’élevaient les maisons des habitants d’Epinay; 32 d’entre elles étaient ingénuités, c’est-à-dire possédées par des hommes libres de race, colons et vassaux de Saint- Germain, à qui ils devaient, pour droit de poisson, 3 muids de vin la première année, un mouton la seconde, 2 sols 3 deniers la troisième, et ainsi de suite; pour le droit d’usage dans la forêt, 4 deniers et 100 bardeaux par an; de plus, le labour d’un arpent de vignes et de 2 perches de terres arables, et les autres corvées, manœuvres et charrois à la réquisition des seigneurs ; 6 maisons serviles ou tenues par des serfs, et enfin 9 hospices, c’est-à-dire, maisons, louées à des étrangers au pays. En résumé, les 32 manses ingénuiles rapportaient à l’abbaye comme redevances 68 sols, tous les trois ans, 18 moutons ou 1 3 brebis, 10 sols pour les droits d’usage dans la forêt, 68 muids de vin, 3ooo bardeaux, 96 poulets et autant d’œufs ; les 1 1 manses serviles payaient de redevance annuelle pour la paisson 18 muids et demi de vin, 23 poulets et autant d’œufs; des neuf hospices l’abbaye retirait annuellement 4 muids de vin, 17 poulets et autant d’œufs et 3 deniers.

En faisant la somme des terres, vignes, prés et bois possédés soit par les tenanciers colons, serfs ou hôtes, soit par ceux de la terre seigneuriale et par ceux de l’église, on trouve que l’abbaye de Saint-Germain possédait au IXe siècle, à Epinay, 443 bonniers et 20 ansanges de terres labourables, 210 arpents et demi de vignes, 127 arpents de prés et un bois d’une lieue et demie de tour, soit, d’après nos mesures modernes, près de mille hectares, étendue de territoire qui, d’après la remarque très juste de M. l’abbé Genty, est plus du double de celle de la commune actuelle d’Epinay.

Epinay ligure parmi les biens que l’abbaye possédait aux environs de Paris dans les chartes de confirmation concédées par Louis le Débonnaire, en 829, et par Charles le Chauve, en 872. L’abbé Hilduin, ayant voulu assurer l’entretien des moines et les mettre à l’abri des négligences ou des rapacités possibles de ses successeurs, constitua la mense conventuelle, à laquelle il assigna sur les produits des terres de l’abbaye des redevances en nature suffisantes pour la nourriture de 120 moines; pour le vestiaire et les autres nécessités de la communauté et de l’infirmerie, Hilduin affecta à la mense conventuelle un certain nombre de dépendances de l’abbaye, parmi lesquelles figure Epinay. Ce furent ces dispositions qu’à la requête de son cher conseiller et ami Hilduin, Louis le Débonnaire confirma par sa charte de 829.

A part ces quelques documents échappés aux désastres de cette époque, nous n’avons aucun indice sur les destinées de cette dépendance de Saint-Germain pendant la lamentable période où, pour se protéger contre les invasions normandes, l’abbaye s’était placée sous l’autorité de hauts barons féodaux qui avaient remplacé la crosse par l’épée et ne songeaient qu’à transformer les liens ecclésiastiques en sources de revenus pour eux et en héritages pour leurs familles. Quand, au XIIIe siècle, les archives nous fournissent des chartes relatives à Epinay, nous voyons que la plus grande partie du territoire, dont le Polyptyque d’Irminon nous donnait l’étendue et les ressources, avait été inféodée ou aliénée en faveur des familles féodales de la contrée. Le moulin, qui, en 81 1, rapportait 60 muids de blé, était passé sous la suzeraineté de Garin de Guilleville, qui était devenu également seigneur du Perray et n’était tenu à rendre aux moines qu’un simple hommage. Thomas de Châtres possédait dans les mômes conditions le village de Yilliers. Simon de Vaugrigneux et Jean de Frêne avaient à Epinay la

dîme du vin et du blé, etc., etc. De sorte que les possessions que Saint- Germain avait conservées à Epinay se réduisaient au château seigneurial, à l’église, aux prés de la Vallée, à quelques terres avec les droits de justice et de seigneurie. Après que cette lamentable période fut terminée, les abbés réguliers, qui succédèrent aux abbés laïques, se mirent activement à la tâche pour arrêter et réparer le mal, et reconquérir les biens précédemment aliénés. Une charte intéressante du milieu du XIIe siècle nous permet d’assister à une de ces acquisitions faites dans des conditions tout à fait spéciales. Dans ce document relatif à la fondation d’un anniversaire pour le moine Reinart, l’abbé Geoffroy expose les motifs qui l’ont déterminée. Ces motifs étaient la reconnaissance inspirée à l’égard de ce religieux par les services rendus à la communauté et l’accroissement de ses biens. Un chevalier du voisinage, Godefroid de Saulx, avait donné à sa sœur, en la mariant, le fief qu’il tenait des religieux au Breuil et à Epinay ; mais, pressée par la modicité de ses ressources personnelles, cetie dernière demanda à son frère l’autorisation de mettre ce fief en vente. Se conformant aux usages féodaux, le frère et la sœur se présentèrent devant leur seigneur, qui était alors l’abbé Hugues IV, pour lui offrir l’acquisition du fief. Arrêté par la pénurie du trésor abbatial, l’abbé Hugues dut refuser cette proposition, lorsque le frère Reinart, « craignant de voir passer en des mains étrangères cette « ancienne possession de l’abbaye, pressé par les instances de l’abbé «. Hugues et de tous les moines», se rendit acquéreur pour io livres d’écus parisis de ce fief, qu’il donna, libre de toutes charges, au monastère de Saint-Germain, en s’en réservant l’usufruit. Le moine Foulquier, qui avait affermé le domaine du Breuil, se chargea de payer la redevance de 20 sols due au monastère pour le fief en question. Après la mort de l’abbé Hugues, son successeur, l’abbé Joffroy, affecta ces 20 sols de rente à la fondation d’un anniversaire pour le frère Reinart : on devait célébrer solennellement son service au jour anniversaire de sa mort et donner ce jour-là aux religieux une bonne pitance de poissons. L’abbé Joffroy plaçait sa fondation sous la garantie d’excommunications, portées par lui et par tous ses frères prêtres contre les violateurs de ces dispositions1.

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