‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 3)Chapitre 77 sur 261 · Arch. nal. LL · texte numérisé non relu

Arch. nal. LL

a. Dora du Bourg, Saint Germain ail XIV siècle, p. 26. Arch. liât. L. 7G0, n* 29.

« Item, au Bruel, maestre Garnier Guerart lient i fief de viiij arpents de vignes bonnes, qui puent valoir par an nu livres. »

La possession de cet orme près duquel furent exécutés les deux coupables que nous avons vus fut la cause d’un procès intéressant, moins par l’importance de son objet que par les indications qu’il nous fournit sur l’exercice de la justice criminelle et civile à cette époque, entre le roi et l’abbé de Saint-Germain. Nous trouvons ces détails dans les lettres que donnèrent Jehan de Brétigny et Jehan Blondel, prévosts de la châtellenie reyale de Montlhéry, au sujet du « contenz et discorz « qui fut entre le Roy et l’abbé 'de S‘-Germain-des-Prez par reson de e l’ourme qui est entre Espinoilh et Serre ». Parmi les témoignages produits devant les juges, relevons celui de Raoul de Vitré, âgé de 60 ans, qui rappelle l’exécution dont nous venons de parler. « Il dit <( par son serment qu’il vist des meurtriers, qui avoient tué le prestre a d’Espinoilh, traynés par delez l’ourme, don plait est ; parce que « lombre de la crois qui estoit en l’ourme estoit si grant qu’il couvrait « tout le chemin ; et qu’il convenoit qu’il vinssent par derrière fourme, « por-ce que l’abbé Gerert, qui ilenc estoit, ne vouloit que l’on eschinât « par disos l’ombre de la croiz. » D’où il concluait que forme en litige e estoit en la terre du dit abbé ».

Nous reproduisons ici la conclusion de ce document qui donne d’intéressants détails sur la composition du tribunal appelé à statuer sur ces sortes d’aifaires.

« Ceci fut fait fan de grâce mil deux cent quatre vingt-neuf, le lundi « de la Sainct-Nicholas, en mars. Et lequel enformement et laquele « enqueste desus dite que nous avons faite, baillasmes à juger aus « chevaliers et aus bones gens de la chastelenie de Montlehery en ladite « ville en jugement et fut regardé par jugement que l’abbé de « Saint Germain des Prez fut ressaisi de fourme et demeurast en la « saisine. Et fut jugié par Monseigneur Jodry de Courcelles, chevalier, « par Monseigneur Jehan de Vilevant, chevalier, par le Seigneur des « Forges, par Monseigneur Guillaume Dedde, chevalier, par le chastelain « de Breu, par Jehan de Ver; par Guillaume Thibout, par Pierre de « Pinel, par Philippe Lointier, par Nicholas de Balaiuvilliers, par « mestre Pierre Harent clerc1. » Il est intéressant de constater ainsi, à

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la fin du XIIIe siècle, un véritable jury appelé à intervenir dans une question civile et manifestant son indépendance, en condamnant les prétentions des officiers royaux. Du reste, c’était aux rois qu’avaient recours les religieux pour se protéger contre les entreprises de ses représentants. C’est ainsi que par ses lettres patentes du ier mars i38a, Charles VI maintenait l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés dans ses droits de haute justice sur le village du Breuil, contrairement aux prétentions du prévôt de Montlhéry1. Notons simplement un procès soutenu devant les tribunaux royaux par les Bénédictins de Saint- Germain contre ceux du prieuré de Longpont, au sujet des eaux de la rivière d’Orges, et le jugement qui vint délimiter les droits de chacun et fut confirmé par lettres patentes de Philippe YI (i4 mai i34o)2.

La période de guerre contre les Anglais fut désastreuse au point de vue de la prospérité de l’abbaye de Saint-Germain. Pour réparer les conséquences des pillages successifs du monastère et de ses dépendances et fournir aux subsides exigés par les rois pour l’entretien de leurs troupes, les abbés furent contraints d’aliéner ou d’engager plusieurs de leurs domaines. La terre du Breuil fut engagée, en i3()0, à un certain Michelin Double, qui en jouit comme seigneur viager jusqu’à sa mort, arrivée dans les premières années du XVe siècle. La seconde période de la guerre de Cent ans fut, par suite de l’occupation du donjon de Montlhéry par les ennemis, particulièrement lamentable pour ces contrées, qui furent pillées, rançonnées et finalement désertées par les habitants. Quand la paix permit aux religieux de venir reprendre possession de leurs domaines, ils trouvèrent le pays tout entier en friches et couvert de ces broussailles, qui lui avaient donné jadis son nom d’Epinay : après avoir rendu habitable leur château du Breuil, ls se mirent à l’œuvre et parvinrent, en distribuant les terres moyennant de très faibles redevances, à repeupler et à fertiliser le pays.

En 1 5a 2 , l’abbé de Saint-Germain, Guillaume Briçonnet, présenta au Roi un aveu ou dénombrement de tous les biens que l’abbaye possédait dans le royaume. Nous y relevons les indications précieuses sur l’étendue et l’importance de la dépendance, que nous étudions : « La seigneurie du Breuil comprenant Epinay qui est la paroisse, le Petit

i. Arch. nat. K. 53, n° n. Orig.

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et le Grand-Vaux, Charintru, Balisy, Savigny, partie de Juvisy, le Breuil, qui est le principal village, dont du présent la terre et seigneurie s'appelle, laquelle est châtellenie, distante environ de six lieues de Paris. » Au Breuil, les Bénédictins possédèrent « un grand manoir, comprenant corps d’hotel, maison, chapelle, grange, étables, cour et jardin, pressoir bannier, prisons, auditoire pour la justice, les dits lieux traversés par la rivière d’Orge, entourés de murs ». Auprès de la maison seigneuriale du Breuil, sur la rivière d’Orge, était le moulin à blé avec cour et jardin. Dans la plaine entre Epinay et Balai nvilliers, la ferme de la Grange avec tous les bâtiments d’exploitation agricole clos de murs ; un peu plus loin, aux Graviers, un quartier de vignes appelé le Clos de la Seigneurie. En outre, l’abbaye possédait i34 arpents de terre, affermés pour la redevance annuelle de 5 muids de blé méteil ; 3 arpents de saussaie, produisant 3oo bottes d’osiers ; 6 arpents de prairies artificielles ou naturelles, donnant de ferme 26 charretées de foin, le droit de pêche en la rivière d’Orge, 4oo livres parisis de censive à percevoir sur le Breuil, Epinay et autres hameaux, les droits de châtellenie de haute, moyenne et basse justice avec prévôt, lieutenant, greffier, procureur, sergents et autres officiers, dont les sentences ressortissent en appel du bailly de Saint-Germain-des-Prés, les droits de lods, ventes, les amendes, rouages, confiscations, forfactures dans toute l’étendue de la seigneurie1.

Cette nécessité de reconstitution et de réparation fut la cause de l’érection, au moins temporaire, de cette dépendance en prieuré, car ce ne fut que dans cette période où nous trouvons la mention de prieuré du Breuil. Après que cette seigneurie eut été relevée de ses ruines, le prieuré fut supprimé et le Breuil réuni à la Pitancerie de Saint-Germain.

Après une période de calme, où nous ne trouvons rien à signaler pour l’histoire du prieuré du Breuil, s’ouvrit l’ère lamentable des guerres religieuses. En i562, les calvinistes, sous la conduite du prince de Condé, ravagèrent tout le pays entre Orléans et Paris, brûlèrent les monastères de Marcoussis et de Longpont, détruisirent les fermes, maisons, pressoirs que Saint-Germain-des-Prés possédait dans la contrée, la chapelle et la grange du Breuil.

t. Arch. nat. S. iÔ36.

Dans le trésor de l’abbaye, appauvri par tous ces désastres, le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain, ne put trouver les 5oo livres, auxquelles avait été fixée sa part dans le subside que le Pape avait permis au Roi de prélever sur les biens ecclésiastiques ; il dut se les procurer, en les empruntant à un nommé Nicolle Jacquart, à qui il donna hypothèque de pareille somme sur la terre du Breuil. Il déclara, en même temps, que cet emprunt, dont il demandait la ratification au chapitre de Saint-Germain ne pourrait préjudicier aux concordats passés avec les religieux pour le fait de la mense conventuelle (i668)‘. Les guerres religieuses se prolongeant avec un véritable acharnement, Henri III demanda et obtint du Saint-Siège une nouvelle autorisation de prélever un subside sur les biens ecclésiastiques; pour payer sa quote-part, qui fut fixée à 63 1 8 livres, le cardinal de Bourbon se décida à aliéner la seigneurie du Breuil. Le 21 mai 1577, ce domaine fut vendu aux enchères publiques et adjugé, pour la somme de 684o livres tournois, à maître Barnabé Brisson, alors avocat général au Parlement, qui devait jouer un grand rôle dans la suite et mourir victime des violences de la Ligue. L’abbaye, qui n’avait pu sauver de son ancien domaine que les grosses dîmes sur le territoire d’Epinay et les censives de la grange du Breuil, avait toujours conservé le désir de récupérer cette importante et ancienne portion de son patrimoine. Ce ne fut qu’en 1676 que l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés put racheter, au prix de 35.3oo livres, la grange du Breuil, qui, après avoir passé dans les possessions de plusieurs familles illustres de la contrée, avait du être mise, après saisie, aux enchères publiques2. Un siècle plus tard, en 1770, les Bénédictins inféodèrent la grange du Breuil à Me Augustin-Henri Cochin, moyennant une redevance annuelle et perpétuelle de 70 setiers de blé payables en argent « au prix du premier marché de Montlhéry3 ».

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés avaient les dîmes d’Epinaysur-Orge. Le marquis deVins, commandant de la deuxième compagnie des mousquetaires, percevait la dixme sur 200 arpents dans cette même paroisse. Il prétendait que ses ancêtres avaient acquis depuis

ï. Arch. nat. L. 756.

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