‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 4)Chapitre 4 sur 121 · III. — LES PETITS AUGUSTINS · texte numérisé non relu

III. — LES PETITS AUGUSTINS

La reine Marguerite de Valois, première femme d’Henri IV, revint à Paris au mois d’août. 1605. Pour remercier Dieu d’avoir échappé à ses ennemis, qui avaient failli la surprendre pendant qu’elle était au château d’Usson, en Auvergne, elle avait fait vœu d’établir un monastère. Elle se prononça pour les Augustins déchaussés, nouvelle réforme de l’ordre de Saint-Augustin, qui commençaient à paraître avec éclat en France, et choisit l’un d’eux, François Amet, pour son prédicateur et son confesseur ordinaire. L’abbé de Saint-Germain autorisa cette fondation, qui devait avoir lieu sur son territoire. La reine Marguerite lit, venir 20 religieux, 6 prêtres et 14 frères. Son dessein était que le monastère fût appelé l’autel de Jacob, que, dans la grande église qui porterait le nom de la Sainte-Trinité, les 20 religieux célébrassent l’oftice divin selon la pratique de leur ordre, et que, dans une chapelle particulière, appelée la chapelle des louanges, les 14 frères, deux à deux et en se relevant d’heure en heure, chantassent continuellement, le jour et la nuit, des hymnes, des cantiques et actions de grâces sur les airs qui seraient composés par son ordre. Elle les dota de 6000 livres de rente. En 1612, mécontente du Père Amet, qui lui parlait avec trop d’énergie au tribunal de la pénitence, la reine renvoya ces religieux. Elle protesta qu’ils ne chantaient pas le plain-chant et ne pouvaient posséder de rentes sans violer leurs statuts. Les Augustins déchaussés se retirèrent, en protestant contre l’injustice criante qu’on leur faisait. Ils furent transférés, en 1625, à l’église de Notre-Dame des Victoires, que Louis XIII lit bâtir en reconnaissance des victoires remportées sur ses ennemis. Ces Augustins sont connus sous le nom de Petits-Pères de Notre-Dame des Victoires. Le Père Jean-Baptiste de Sainte-Monique, vicaire général des Augustins déchaux en France, écrivit aux religieux de Saint-Germain pour les remercier de leur bonne amitié, du bien qu’ils leur avaient fait et les associer aux prières de l’ordre.

Les Augustins non déchaux de la réforme de Bourges les remplacèrent. La reine Marguerite leur accorda les mêmes rentes et promit de leur faire bâtir une église. Elle mourut le 17 mars 1615, sans avoir accompli sa promesse. La Reine-Mère à qui elle avait recommandé l’accomplissement de son vœu, ne montra pas grand empressement

1 Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, par Lebœuf. Nouvelle édition annotée par Cociieius, III, 157.

pour édifier l’église et payer la rente de 6000 livres. Les fidèles suppléèrent à tout.

L’église et le cloître furent bâtis en peu de temps. On appela les Augustins de la réforme de Bourges, les petits Augustins, pour les distinguer des Augustins du grand couvent de Paris. En 1617, ils obtinrent de l’abbé de Saint-Germain la permission d’absoudre des censures et des cas réservés. A chaque mutation de prieur, ils étaient obligés, comme les autres religieux du faubourg, de venir demander la permission de confesser. Le 11 avril 1623, Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain, leur donna le pouvoir d’exercer le ministère des âmes dans leur église, mais il leur défendit de porter la communion aux malades à l’occasion des Pâques.

En 1661, l’évêque d’Angoulême attesta qu’il avait consacré l’église des ermites de Saint-Augustin, située dans le faubourg Saint-Germain, mais avec le consentement de l’abbé. Il donna une lettre de nonpréjudice.

Le monastère des petits Augustins comptait, à l’époque de la révolution, 26 religieux profès et 6 convers. Sécularisé, il sert aujourd’hui à l’École des Beaux-Arts.

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