III. — DROITS HONORIFIQUES
Les droits honorifiques appartenaient aux seigneurs hauts justiciers, et aux patrons, c’est-à-dire à ceux qui avaient fondé ou doté une église. Ils donnaient lieu à des privilèges tout spéciaux. Les châtelains qui en jouissaient avaient la préséance au chœur, où ils avaient un banc, et dans les processions, auxquelles ils prenaient part. Ils recevaient les premiers l’aspersion de l’eau bénite, le baiser de paix, le pain bénit par morceaux de distinction, et allaient avant tout autre à l’offrande. Ils étaient recommandés aux prières publiques. Ces droits de préséance engendrèrent de longs et curieux débats entre le clergé de Suresnes et les seigneurs de l’endroit, représentés par leur prévôt. Comme il serait fastidieux de citer toutes les ordonnances qui ont été rendues à ce sujet, nous nous contenterons de signaler les principaux évènements et les principales phases de cette lutte épique.
Jean Grignon, curé de Suresnes, avait contesté les privilèges des religieux de Saint-Germain. Une sentence des requêtes du Palais lui fit bientôt comprendre son erreur. Tout en maintenant les droits des seigneurs et en lui recommandant de les respecter, elle lui infligea une amende de 8 livres, le 12 février 1646 L
1 Arch. nat. LL. 1042, p. 112.
2 Chapitres conventuels, p. 247.
3 Edgar» Fournier, Suresnes.
T Arch. nat. LL. 1041, p. 82-83.
Ce même curé ne voulait pas avoir d’auxiliaire pour l’aider dans son ministère. Il avait recours au maître d’école et lui conliait la visite des malades, au préjudice de l’éducation des enfants qui n’étaient ni instruits, ni catéchisés. On le menaça de le priver de son gros, s’il ne prenait un vicaire (25 novembre 1644) '.
Mécontent d’une pareille décision, le sieur Godefroy, vicaire de Suresnes, voulut s’en venger sur la personne du prévôt. Armé d’un bâton, il l’alla attendre sur le chemin de Paris et menaça de l’en frapper, s’il ne renonçait aux droits honorifiques. Quelques personnes intervinrent et l’empêchèrent de se porter à des voies de fait. La chambre criminelle blâma la conduite de Messire Godefroy. Elle le condamna à payer les frais du procès et déclara qu’à l’avenir tout contrevenant aux droits honorifiques serait passible de 4 livres d’amende (8 août 1646) 1 2. Cette répression ne parut pas suffisante. Un arrêt du 17 août 1646 donna aux religieux de Saint-Germain le pouvoir de priver le curé de Suresnes de son temporel, s’il refusait de se soumettre, et de le donner à un autre prêtre plus docile, chargé du soin de la paroisse.
Le curé de Suresnes se vit aussi obligé d’assister sans étole aux offices que les religieux présidaient. Il ne pouvait prendre d’autre titre que celui de vicaire perpétuel 3
Comme le sieur Jean Grignon était fort avancé en âge, il reçut permission de s’asseoir au banc seigneurial (12 janvier 1647); mais c’était une faveur personnelle qui n’engageait pas l’avenir.
Vers la même époque, Louis Pasté, marguillier de l’église de Suresnes, fut condamné à 8 livres d’amende pour n’avoir pas mis un tapis sur le banc des religieux, comme il l’avait fait pour celui du curé. Il se disculpa, en disant que des voleurs avaient dérobé le tapis en question. Rendu responsable de ce larcin, il fut contraint de remplacer à ses frais l’objet qui avait disparu 4.
Comme curés primitifs, les religieux de Saint-Germain pouvaient, aux principales fêtes de l’année, célébrer l’office divin dans l’église de Suresnes. C’est ce qu’ils firent le jour de Pâques, 21 avril 1647. Dom Firmin Rainsant, prieur, était accompagné de trois de ses moines : René Vial, Renoit Drouet et Romain Rodoyer, cellérier. Sur l’ordre du prévôt, André Dacolle, les sergents escortèrent les
1 Arch. nat. LL. 1127, p. 293.
2 Id. LL. 1041, p. 83.
3 Id. LL. 1041, p. 84.
4 Id. LL. 1041. p. 87.
pieux Bénédictins dans toutes les cérémonies. Dans l’après-midi, on se rendit en procession au mont Calvaire, autrement dit mont Valérien. Tout se passa dans un ordre parlait et, le soir, les habitants allèrent remercier les religieux, qui avaient contribué par leur présence à l’éclat de cette solennité L Messire Jean Grignon mourut en 1655 et eut pour successeur Guillaume Cluet. La lutte recommença plus vive que jamais. Le 16 avril 1656, jour de Pâques, dit l’auteur des Choses mémorables 1 2, cinq religieux de Saint-Germain se rendirent à Suresnes, pour y célébrer le service divin. Pendant l’office, le sieur Cluet jeta par terre une hostie non consacrée et excita une sédition, en criant que les religieux foulaient aux pieds le Saint-Sacrement. Plus de 150 femmes accoururent dans le sanctuaire et firent violence aux Bénédictins. Elles en arrachèrent un de l’autel, où il disait la messe.
Dès la veille, le curé de Suresnes avait manifesté de méchantes dispositions à l’endroit des religieux. Il avait porté un couteau à complies, et, en s’en retournant, il exprimait, devant témoins, le déplaisir qu’il éprouvait d’avoir manqué son coup et de n’avoir pu tremper son arme dans le sang des moines 3. Il y eut prise de corps contre Guillaume Cluet, son chapelain et ses autres complices. L’auteur des Choses mémorables raconte qu’ils furent mis dans les prisons de la juridiction de Saint-Germain et y demeurèrent neuf jours durant. Les incidents se multipliaient. Le sieur Louis de Lamare, bedeau de Suresnes, avait reçu du procureur fiscal un écusson d’argent sur lequel figuraient les armes de l’abbaye de Saint-Germaindes-Prés, avec ordre de le porter sur sa robe. Ce dernier était au « revestiaire » et s’ajustait l’insigne, lorsque tout à coup, le premier marguilier, Jean Leufroy, s’en empara. De son côté, Guillaume Cluet s’empara de la robe du bedeau. C’était un nouveau délit. Le vicaire perpétuel fut condamné, pour ce fait, à 12 livres d’amende et à 36 livres 10 sols envers le roi (7 septembre 1656) 4.
Cette sentence parut changer la face des choses. Les esprits se calmèrent et les religieux purent célébrer l’office dans l’église de Suresnes, le jour de la Toussaint, sans être inquiétés ni par le curé, ni par les habitants. Ceux-ci, au contraire, témoignèrent un grand regret du passé 5.
1 Arch. nat . LL. 1127, p. 421.
2 Choses mémorables, p. 65, 75, 18816.
3 Arch. nat. S. 2970.
* Id. LL. 1041, p. 98.
5 Id. LL. 1041, p. 104. Choses mémorables , p. 76-88.
Le 2 octobre 1664, le prévôt fit rayer, sur une cloche fondue depuis peu, la qualité de curé de Suresnes, graver et buriner celle de vicaire perpétuel l.
Les comptes de fabrique de l’église de Suresnes, qui devaient être présentés chaque année aux seigneurs, motivèrent aussi plusieurs arrêts et discussions 2.
La lutte pour et contre les droits honorifiques donna lieu à des scènes de violence regrettables, au commencement du xvme siècle. Le jour du patron de la paroisse, 21 juin 1729, aux deuxièmes vêpres, le curé de l’endroit, messire Trespaigne, prit par le bras maître Thomas Poussin, tabellion-greffier de Suresnes, et voulut le faire sortir de la place qu’il occupait au chœur. Comme celui-ci s’y refusait, messire Trespaigne, frappant de ses mains et roidissant ses bras sur sa poitrine, déclara hautement qu’il ne ferait point dire les vespres, tant que le greffier n’aurait point quitté sa place, ajoutant avec emportement qu’il allait envoyer chercher les suisses pour faire sortir le dit greffier des bancs, dont il se disait le maître, le jour du patron.
« Le greffier se retira du banc seigneurial et sortit de l’église. »
Messire Trespaigne s’adressa au peuple en lui disant :
« Mes paroissiens,
» Vous m’êtes témoins du scandale que les officiers de la justice nous causent : dès hier, ils nous ont déjà scandalisés, eux qui devraient donner l’exemple et se trouver aux premières vêpres; mais je suis aujourd’hui seigneur, curé primitif et maître absolu, et je leur apprendrai à donner du scandale; j’en écrirai au cardinal ministre. »
« Voyant le greffier sorti, le curé fit aussitôt chanter vespres, qu’il interrompit deux fois pour parler à la population. Il donna lecture d’une lettre, d’après laquelle il prétendait avoir le droit d’agir comme il l’avait fait. Il ajouta : « les officiers gribouillent et noircissent du papier contre moi, mais je m’en soucie peu 3. »
Les paroissiens prirent fait et cause pour leur curé. Deux d’entre eux, les plus influents par leurs charges et leurs relations, les sieurs François Feuillé, chef de fourrière, et Pierre Carré, boucher de la reine, s’offrirent particulièrement à lutter contre l’injustice du prévôt et de ses acolytes. Ils s’emparèrent du banc seigneurial, laissé vide par la querelle. Le 5 avril 1731, les sieurs Feuillé ét Carré furent
1 Arck. nat. LL. 1041, p. 89.
2 Id. LL. 1041, p. 97.
* Id. LL. 1401, p. 133. Choses mémorables, p. 2.
condamnés, pour avoir usurpé la place la plus honorable de l’église de Suresnes et en turent expulsés par la force. Us assignèrent les religieux de ce chef, mais ils perdirent leur procès, 29 novembre 1740. Ces disputes se continuèrent plus ou moins bruyamment jusqu’en 1700. Le 28 mars de cette année, Louis-Marie Lebeau, curé de Saint-Leufroy à Suresnes, demanda avec déférence, aux religieux de Saint-Germain, la permission d’occuper la première place au chœur, à droite. Il présiderait ainsi, disait-il, plus décemment les offices. Les Bénédictins firent droit à sa requête, en lui observant qu’ils maintenaient tous leurs droits et lui accordaient une faveur personnelle. Ses successeurs ne pourraient jouir du même droit qu’en le demandant à l’abbaye L Monsieur Edgard Fournier, dans ses notes historiques sur la bourgade de Suresnes, affirme qu’un conseil, formé du Supérieur général de la congrégation de Saint-Maur, des quatre assistants et du prieur de Saint- Germain, reconnut comme faux le système de préséance sur le curé, depuis si longtemps débattu. Sur quoi base-t-il son assertion? Nous ne saurions le dire : nous n’avons rien trouvé d’analogue 1 2.
L’église de Suresnes.
L’église de Suresnes fut construite vers l’an 918 et dédiée à Saint-Leufroy.
C’était sans doute la première qu’on voyait s’élever dans cette localité. Geoffroy, évêque de Paris, la donna, en 1070, aux religieux de Saint-Germain. En 1130, cette église reçut comme dotation une partie d’un bois situé près du village.
Les Anglais la brûlèrent, en 1358. A peine relevée, les Bourguignons la détruisirent de nouveau, en 1411. Reconstruite sous Charles VIII, elle fut choisie de préférence à ses voisines, comme lieu où serait prononcée l’oraison funèbre de l’un des trois tils que ce dernier roi eut d’Anne de Bretagne.
On l’acheva sous Louis XII. En 1577, elle fut endommagée par la foudre et entièrement dévorée par les flammes, en 1590, pendant les guerres de religion. Depuis, elle a été souvent remaniée.
Lebeuf, dans son histoire du diocèse de Paris, dit : « Que cette église est un grand vaisseau nu, avec un simple lambris, sans ailes,
1 Bill. nat. ms. fr. 16.859, p. 136.
2 Edc.ahd Fournier, Suresnes. p. 261.
sans tombe, sans sépulture digne de remarque et avec un portail bâti de travers, de manière qu’il n’y a que le clocher qui, de loin, a quelque apparence. » Le chœur est de la fin du xve siècle, la net' est en majeure partie du xvue et le clocher, du xvme siècle L
Les chapelles intérieures nombreuses étaient concédées, à prix d’argent, à de riches particuliers de Suresnes.
Antoine de la Porte, marchand de poisson frais et salé, quartenier de la ville de Paris et propriétaire à Suresnes, obtint la chapelle Saint-Sébastien, le 3 octobre 1650. Il en prit possession, en présence de Dom Germain Bullet, prévôt, en s’asseyant dans le banc qui s’y trouvait et en posant la main sur l’autel. Il promit de donner 200 livres à l’église et d’entretenir la chapelle 1 2.
La chapelle Saint-Claude, située jadis à main gauche en entrant dans le chœur, appartenait à messire Gérard Colbert, écuyer, et, depuis sa mort, à Nicolas Colbert, secrétaire de Sa Majesté et Finances, seigneur de Vandières, conseiller d’État et du Conseil Royal des Finances. Elle fut concédée à Étienne Lecamus, surintendant des bâtiments et manufactures du roi, et neveu de Nicolas Colbert, le 2 août. 1657 3.
La chapelle de la Sainte Vierge fut donnée au sieur OudartdeGomont, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France; laquelle chapelle, dit le contrat, est la première à main droite, en entrant dans le chœur (4 juin 1666). En 1708, le 6 juillet, cette chapelle passa à Jean-Baptiste Amé, major des cuirassiers 4.
Monseigneur Louis Auguste d’Albert d’Ally, duc de Chaulnes, capitaine lieutenant de deux cents chevaux-légers de la garde ordinaire du roi, et Dame Anne Romaine de Beaumanoir demandèrent et obtinrent la chapelle Saint-Sébastien, avec droit de sépulture pour eux et leurs héritiers. Ils promettaient de l’entretenir et de faire une offrande à l’église. Le 21 janvier 1721, ils l’échangèrent avec la chapelle du la Sainte Vierge, qui appartenait au sieur Amé 5 6.
La chapelle du Saint-Rosaire fut. acquise par messire Toussaint Roze, seigneur de Coye. Il donna 300 livres à l’église. Elle fut concédée au sieur Tante, secrétaire du roi, le 28 avril 1755 (i.
1 Edgakd Fournier, Suresnes.
2 Arch. nat. LL. l(t il, p. 92.
4 Bib. nal. ms. fr. 16.857, p. 429.
& kl. 16.877, p. 534.
6 Id. 16.859, p. 100. — Arch. nat. LL, 1041, p. 109.
Le 26 novembre 1706, la chapelle de Saint-Sébastien fut accordée au sieur Louvet, avec droit de sépulture pour sa famille. Il promit de donner 200 livres à l’église. Elle appartenait antérieurement à Marie de la Porte, veuve du sieur du Bois de Coursilly 1.
Gilles de Ganeau, avocat au parlement, avait épousé la petite-tille du sieur Boze. Le 14 juin 1706, il obtint la chapelle du Saint-Rosaire, à condition qu’il donnât 300 livres pour la décoration de l’église 2.
Le 29 octobre 1741, le sieur Gilbert, avocat au Parlement et prévôt de Suresnes, demanda et obtint la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, à gauche, dans le chœur. En payant une rente annuelle de 12 livres, il eut le droit d’y prendre place pendant la vie et d’y être inhumé avec son épouse après sa mort 3.
Le 3 novembre 1746, Jean-Baptiste Choin et Jean François Piron obtinrent pour eux et leurs épouses la chapelle de la Sainte Vierge, dite de l’Assomption, à droite dans le chœur. Ils devaient entretenir à leurs frais ce sanctuaire et payer une rente annuelle de 18 livres L
Le 19 mars 1755, Joseph Pierre Guérin, bourgeois de Paris, et son épouse, Anne Marguerite Gosselin, propriétaire d’une maison à Suresnes, demandèrent qu’on leur accordât la chapelle Saint-Pierre dans la nef de l’église Saint-Leufroy. Les religieux firent droit à leur prière, mais à condition qu’ils payeraient annuellement une rente de 24 livres et qu’ils en jouiraient à l’exclusion de leurs héritiers 4 * 6.
Le curé et les marguiliers de Suresnes accordèrent au sieur Joseph Chevreau, chef de fruiterie chez le roi, la chapelle Saint-Nicolas, le 4 juin 1661.
Le sieur J. -B. Allain, plombier du roi, demanda et obtint, en 1681, la permission de bâtir une chapelle, hors de l’enceinte de l’église, aux offres de la faire orner et de donner à la fabrique 150 livres 3.
Reliques. — Les religieux de Saint-Germain donnèrent des reliques de saint Leufroy à l’église de Suresnes, en 1222.
En 1577, à la suite de l’incendie du chœur de l’église, causée par la foudre, les Suresnois s’aperçurent qu’ils avaient perdu la côte de saint Leufroy, qu’ils avaient reçue du monastère de Saint-Germain. Ils supplièrent qu’on leur accordât une autre relique pour la conser-
1 Bib. nat. ms. l'r. 16.852, p. 405.
* Id. 16.857, p. 398.
3 Id. 16.858, p. 256.
4 Id. 16.859, p. 45.
& Id. 16.859. p. 97.
6 Chapitres conventuels. — Id., 16.857.
valiot) du culte rendu au Saint dans la paroisse. Le cardinal de Bourbon remit au curé, messire Dufour, un os de la cuisse et une mandibule inférieure de saint Leufroy, reliques qu’il emporta processionnelleinent à Suresnes avec les habitants qui l’avaient accompagné.
Le 6 juin 1590, l’église fut incendiée par les Huguenots, et la relique de saint Leuffroy disparut. L’année suivante, la paroisse de Suresnes se rendit processionnellement à Paris et rapporta un petit os de la jambe de saint Leufroy. Dans l’acte de donation, il était dit que cette relique serait confiée à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés dans les temps de guerre et autres occasions dangereuses. Pendant la révolution, elle fut cachée par les habitants de Suresnes et rendue au culte après le concordat L
Ornements. — En 1657, les religieux de Saint-Germain-des-Prés affectèrent la somme de 700 livres pour payer une chapelle de damas rouge à l’église de Saint-Leufroy de Suresnes et pour refaire le principal vitrail de la dite église 1 2.
Cloches. — Il y avait quatre cloches dans le clocher de Suresnes avant la révolution. La plus grosse, bénite solennellement par le curé de Suresnes et de Puteaux, le 28 juin 1713, avait été nommée Thérèse- Cunégonde par Maximilien-Emmanuel, duc de la Haute et Basse Bavière, et son épouse, Madame Thérèse-Cunégonde 3.
Ges quatre cloches formaient, paraît-il, un gracieux carillon. On aimait à les entendre et surtout à les sonner, après les funérailles d’un parent. Les enfants du défunt eux-mêmes les mettaient en branle et sonnaient pendant plus d’une demi-heure «qu’ils appelaient les grâces. »
Messire Le Beau, curé de Suresnes, mit ordre à cet abus. Il obtint du prévôt, le 31 juillet 1761, un arrêt qui défendait à toute personne de sonner les cloches sans sa permission 4.
Service de l’église. — Le service de l’église de Suresnes était fait, avant la révolution, par un curé, assisté de deux vicaires. Depuis le 9 août 1419, le gros du curé avait été lixé à 3 muids de grains, moitié orge et moitié blé, à la mesure de Saint-Cloud, et à 3 muids de vin, à compter 16 septiers par muid 5.
Quelques années après, le prévôt, représentant les religieux de Saint-Germain, s’avisa de réduire ce traitement. Un procès s’ensuivit.
1 Edgard Fournier, Suresnes.
2 Choses mémorables, 11, p. 97.
3 Edgard Fournier, Suresnes, p. 179,
* Ibid., p. “269-270.
6 Arch . nat. LL, 1041, p. 73.
Un arrêt du roi Charles VII, rendu le 2 mai 1439, le força à être plus généreux à l’avenir U
Le premier vicaire était « à portions congrues », payées par les Bénédictins. Le deuxième vicaire avait pour traitement une fondation de 600 livres placées sur la ville de Paris. En 1789, ces traitements montaient : pour le curé, à 2000 livres; pour le premier vicaire, à 1200; pour le deuxième vicaire, à 1000.
Depuis Pâques jusqu’au 1er novembre, la première messe était fixée à cinq heures; depuis le lpr novembre jusqu’à Pâques, elle se disait à six heures.
Les vêpres se chantaient à quatre heures en été et à trois heures en hiver.
Nomination du curé. — Le curé de Suresnes était présenté et nommé par Messieurs de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, seigneurs, patrons et curés primitifs de l’église. Le presbytère, après avoir été près de l’église, fut transporté, en 1791, en la maison seigneuriale, rue de la Barre.
Fabrique. — Le 20 juin 1657, les religieux de Saint-Germain donnèrent à l’église de Suresnes trois chapes, deux tuniques et une chasuble de velours rouge. Ces ornements portaient l’écusson de Saint-Germain 1 2.
Le 12 avril 1661, Madame de la Bobie, veuve Lemaître, fonda une lampe ardente devant le Saint-Sacrement. Elle donna pour cet effet à la fabrique une rente annuelle de 30 livres tournois 3.
Le curé et les marguilliers de la fabrique de Saint-Leu froy de Suresnes présentèrent, le 12 août 1756, aux députés et syndic en la chambre ecclésiastique de Paris, l’état des revenus et dépenses de leur église.
Revenus. — Le total des revenus était de 883 liv. 18 sous 12 deniers.
Ces revenus se trouvaient chargés de 62 messes et de plusieurs saluts. Tout était réglé pour ces fondations. Un exemple nous le montrera.
Est dû par Denis Anger et autres 10 livres 15 sols de rente foncière grevée d’un salut tous les ans, le jour de l’Ascension. Il sera payé au curé 30 sols, à chaque prêtre 2 sols 6 deniers, au bedeau pour sonner et remplir sa fonction 5 sols, et le reste appartiendra à la fabrique. Les enfants de chœur avaient 2 sols pour ces saluts, le carillonneur 5 sols.
1 Arch. mat. LL, 1061, ]>. 62-64.
* Id. LL, 1041, p. 109.
3 ld. 116-20.
Pour un service complet, fixé au 4 octobre et fondé en 1668, il y a 60 sols. Six livres sont payées au curé; 10 sols pour la tenture, 6 pour l’offrande du pain et du vin, 5 au bedeau, 30 aux sonneurs. Il y a de plus un salut fixé au dimanche de la Sainte Trinité h
Les dépenses fixes s’élevaient à
679 livres
sous 1 2
Les chantres recevaient
La maîtresse d’école
Le prédicateur
On payait pour le buis du dimanche des Rameaux
Pour la conduite de l’horloge
Au bedeau
Au carillonneur
En 1760, le tarifées sépultures à Suresnes était réglé ainsi qu’il suit 3 : Pourun convoi de petits corps au-dessous de 7 ans 3 livres, 11 sous. Si l’inhumation est sans appareil 3 »
Convois de grands corps au-dessus de 7 ans 14 » 10 »
Convois de nourrissons, des enfants de bourgeois de Paris 11 » 2 »
Processions. — Les processions étaient autrefois fort en honneur à Suresnes. Les plus fréquentées et les plus remarquables étaient celles des Rogations. Presque tous les habitants y assistaient; ils suivaient le clergé jusqu’à Nanterre, où tout le monde se reposait pendant quelques heures. En 1786, la fabrique de la paroisse de Saint-Leufroy payait encore 14 livres au sieur Debourges, cabaretier à Nanterre, pour le rafraîchissement du clergé 4.
Écoles. — Les écoles de Suresnes furent fondées en 1589. Elles précédèrent de quelques années le décret que le roi Henri IV porta en 1598, dans lequel il ordonnait à tous les pères de famille sans fortune d’envoyer leurs enfants dans les écoles, où l’on enseignait gratuitement à lire. Le registre des baptêmes, fiançailles et testaments, commencé en 1547 et conservé à la mairie de Suresnes, en attribue l’institution à un prêtre, nommé Jehan Petit.
Le 14 mai 1724, Louis XV prescrivit que chaque paroisse aurait des maîtres et maîtresses pour instruire les enfants de l’un et l’autre sexe, apprendre à lire et écrire à ceux qui en auraient besoin. Suresnes eut dès lors un instituteur et une institutrice pour enseigner dans les
1 Arch. nat. S. 2912.
2 Id. S. 2912.
3 Edgàiid Fournier, p. 189.
* Id „ p. 267.
écoles du village. Ils étaient soumis à l’écolâtre ecclésiastique, pourvu d’une prébende de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Il devait, tous les six mois, visiter les petites écoles, afin de s’assurer qu’on ne faisait rien pour corrompre les mœurs.
L’ordonnance royale du 14 mai 1724 réglait les rétributions scolaires. Les parents étaient tenus de payer aux maîtres et maîtresses, chaque mois, 8 sols pour les commençants, 12 sols pour ceux qui lisaient latin et français et 15 sols pour ceux qui écrivaient, chiffraient et calculaient.
Ces arrêtés ne paraissent pas avoir reçu une entière application et les maîtres vivaient dans un état voisin de la pauvreté. Le curé de l’endroit s’ingéniait pour venir à leur secours. Il était jaloux de procurer le bienfait de l’instruction à ses jeunes paroissiens. Quelques modestes fondations allégèrent les charges du pasteur. L’institutrice recevait 60 livres pour instruire dix enfants pauvres. Les autres devaient payer une rétribution mensuelle que le curé réclamait aux parents.
Le maître d’école avait un traitement peu considérable. La commune lui donnait 60 livres, et la fabrique autant. Pour augmenter ses hono-' raires, il remplissait les fonctions de chantre à l’église. En mars 1762, une dame Veret légua à l’instituteur une rente de 100 livres pour l’instruction gratuite des enfants pauvres L
Il faut croire que l’état des bâtiments scolaires était peu satisfaisant puisqu’on acheta en 1783, au prix de 8000 livres, une maison pour établir une école et procurer un abri aux pauvres malades 2.
1 Edgard Fournier, Suresnes.
* Arch. nat. L, 2611.