‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 4)Chapitre 76 sur 121 · PUTEAUX · texte numérisé non relu

PUTEAUX

Puteaux est une bourgade de la banlieue de Paris, située à deux lieues du centre de la capitale, sur la rive gauche de la Seine. L’abbé Lebeuf doute que le mot aqua putta désigne cette localité que les chroniques du moyen âge appellent Puteoli. Dagobert donna Puteaux aux religieux de Saint-Denis. Dans la suite, les habitants de ce hameau devinrent tributaires de Suresnes, qui dépendait de Saint-Germaindes-Prés. A partir de 1062, ils furent agrégés à cette paroisse qui venait d’être érigée. Ils s’engagèrent à donner annuellement à l’église de Saint-Germain-des-Prés chacun un cierge éteint, les jours de la Toussaint et de la Noël, et un troisième allumé, le jour de la Chandeleur. Ils devaient aussi offrir chacun un pain le lendemain de Noël, et il fut convenu que le curé de Suresnes en aurait le tiers L Plus tard, ils manquèrent à leur parole et négligèrent quelque temps la redevance promise. Excommuniés pour ce fait, ils confessèrent leur faute et firent amende honorable en présence d’Arnould, official de Paris. Dans un acte officiel, ils reconnurent les obligations qu’ils avaient contractées 1 2. Le document, daté de 1212, était ainsi conçu : « Noveritis quod homines et bospites de Puteolis et de Cruce, qui sunt parochiani de Suresnis, recognoverunt coram nobis quod unusquisque eorum debebat singulis annis ecclesiæ Sti Germani de Pratis Parisiensis in festo Omnium Sanctorum unam candelam et in Nati vitate Domini unam et unam similiter in Purificatione beatæ Mariæ, et quod unusquisque debebat prædictæ ecclesiæ in crastino Nativitatis Domini, unum panem. Prædictæ tandem candelæ debent esse extinctæ, excepto in Purificatione, quas prædictas homines in prædictis festis post evangelium ad manum majoris de Surrenis debent off'erre. » Nous trouvons ces conventions signalées en plusieurs endroits 3. Il n’y avait pas d’église à Puteaux, et les habitants en souffraient; car ils ne pouvaient se rendre assidûment à Suresnes pour assister à l’office divin, surtout pendant l’hiver. Ils demandèrent, en 1509, la permission de construire une chapelle. Guillaume Briçonnet, abbé de Saint- Germain, y consentit, mais à la condition qu’elle n’aurait ni fonts baptismaux, ni cimetière, et qu’elle ne posséderait qu’une seule cloche;

1 Arch. nat. LL. 1026 p, 74. (LL. 1041, p. 0.)

2 Id. LL. 1025, p. 35.

3 Id. LL. 1041, p. 0; LL. 1020. p. 74.

que les Putéoliens recevraient tous les Sacrements à Suresnes, où ils assisteraient à l’office les jours de Pâques, de la Pentecôte, de la Toussaint, de Noël et de la Purification 1.

L’inauguration du monument eut lieu, en 1523, par François du Poncher, évêque de Paris. Le 22 août 1573, la chapelle de Puteaux fut érigée en succursale de la paroisse de Suresnes. On permit d’y conserver un ciboire avec les saintes hosties pour la communion des fidèles, d’y avoir des fonts baptismaux et un cimetière, à condition que le prêtre desservant de la chapelle serait institué par le curé de Suresnes pour autant de temps qu’il le jugerait à propos; que les habitants de Puteaux seraient obligés de le loger, meubler et entretenir à leurs dépens.

Le 22 décembre 1716, l’official de Paris ordonna aux religieux de Saint-Germain de comparaître devant lui pour formuler leurs réserves relativement à l’érection de la cure de Puteaux. Le cellérier fut désigné pour représenter la communauté sur cette affaire. Le 16 août 1717, les habitants de Puteaux promirent de lui donner, outre cela, 50 livres de rente, moitié à Pâques, moitié à la Saint-Remy, et d’assister à l’office divin dans l’église de Suresnes les jours de Pâques, de la dédicace de saint Leufroy, patron de la paroisse, et autres grandes fêtes, s’ils n’en étaient empêchés pour cause légitime 2. Ce règlement ne devait pas être toujours fidèlement observé. Les habitants de Puteaux étaient obligés de se rendre en procession à Suresnes, cinq fois l’an et notamment le jour Saint-Leufroy. Le 21 juin 1710, ils laissèrent leur chapelain, le sieur Boidin, aller seul; Jacques Cochery, principal marguillier, et 99 paroissiens avaient refusé de l’accompagner 3. Les Putéoliens aspiraient visiblement à se rendre indépendants. En 1717, le 16 août, ils obtinrent du cardinal Louis-Antoine de Noailles, duc de Saint-Cloud, archevêque de Paris, la permission d’ériger Puteaux en cure. Ils démontrèrent que la fabrique pouvait entretenir l’église ; elle possédait 1300 livres de revenu. Un arrêt du parlement confirma cette érection, tout en sauvegardant les droits des religieux de Saint-Germain-des-Prés comme curés primitifs, le 9 septembre 1718. Une sentence rendue par le parlement, le 23 août 1718, avait dispensé les Bénédictins de fournir une portion congrue au curé de Puteaux, et leur avait reconnu le

1 Arch. nat. LL. 1041 , p. 78.

2 Id. LL. 1041, p. 78.

3 Id. LL. 1041. p. 120-131.

privilège île célébrer l’office dans l’église de cette localité le jour de l’une des deux fêtes patronales, c’est-à-dire le jour de la Nativité de la Sainte-Vierge ou de Notre-Dame de Pitié. L’autre fête était réservée au curé de Suresnes. Au mois de juillet 1722, les religieux furent condamnés à payer annuellement 271 livres 1 au curé de Puteaux. Des maisons bâties sur le territoire de Suresnes et 200 arpents furent compris dans la nouvelle paroisse de Puteaux; mais ils ne lui furent attribués que pour l’administration des Sacrements. Les Bénédictins le tirent remarquer au curé de l’endroit, en 1780, lorsqu’ils lui abandonnèrent les dîmes de Puteaux pour la portion congrue qu’ils lui devaient et qui s’élevaient à 700 livres a. Certains usages qui subsistèrent jusqu’à la Révolution rappelaient aux Putéoliens leur ancienne dépendance. Chaque année, ils se rendaient à Suresnes le jour de Pâques et chantaient les complies dans leur ancienne église paroissiale. Le lendemain, le clergé de Suresnes se transportait avec les paroissiens dans l’église de Puteaux, où il chantait la grand’messe. Outre cela, chaque année, les marguilliers de Puteaux devaient offrir le pain bénit à Suresnes, le dimanche dans l’octave de saint Leufroy, leur ancien patron 3. Nous lisons dans les actes des chapitres conventuels, à la date du 29 juillet 1756, qu’une contestation s’éleva entre les religieux de Saint-Germain-des-Prés et les dames de Saint-Louis de Saint-Cyr, qui avaient la seigneurie de Puteaux 4. La propriété indivise de quelque terrain, situé sur les confins des deux seigneuries, avait occasionné ce litige. Une transaction y mit fin.

L’église de Puteaux n’a rien d’intéressant dans sa structure, mais elle possède plusieurs verrières remarquables du xvie siècle. Ces brillantes peintures représentent les personnes divines, la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, la légende de saint René d’Angers et l’Assomption. C’est ce dernier vitrail qui fut donné, en 1558, par Pierre Barbier, boucher, natif de Puteaux. La verrière de saint René, la plus belle de toutes, est aussi l’offrande d’une famille bourgeoise agenouillée aux pieds du Saint, qu’elle considérait sans doute comme son patron. Aucune inscription ne fait connaître les noms des donateurs 5.

1 Bib. nat. ms. fr. 18.817, p. 330 et 371. Factum, 13.039 et 13.060. '2 Arch. nat. S. 2920.

3 Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, III, 33.

4 Bib. nat. ms. fr. 16.839, p. 114.

5 Guilhermy, Inscriptions de l'ancien diocèse de Paris, III, p. 172.

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