I. — Possessions territoriales
Cette dépendance de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés s’étendait sur le territoire de ces deux paroisses, mais elle avait son centre à Cachant. Quoique la présence dans cette localité puisse permettre d’attribuer à quelque prince mérovingien la donation de ce domaine, nous nous bornerons à constater que, si la terre de Cachant ne figure pas dans le polyptique de l’abbé Irminon, elle était d’un revenu considérable pour le monastère vers cette même époque. Dans son célèbre règlement pour les menses de Saint-Germain, l’abbé Hilduin affecta la terre de Cachant à l’entretien du vestiaire des moines. Comme les rois le faisaient souvent pour les possessions les plus importantes ou les plus contestées, Charles le Chauve confirma, par son diplôme de 822, aux moines de Saint-Vincent (c’est ainsi qu’on appelait alors l’illustre abbaye), le village de Cachant (Villulam Canticantum) .
Dans la liste des fiefs qui dépendent de Saint-Germain-des-Prés, en 1176, et qui se trouve inscrite à la suite du polyptique de l’abbé Irminon, nous relevons les suivants :
« Ce que Anselle de Bruyères possède à Charintru et Cachant.
» La maison et le moulin de Cachant que possède Wilhelm de Saint-Germain, homme-lige du monastère.
1 Arck. nat. S, 2896.
2 Id. LL, 1048.
» Hugues de Chaumont, tient de l’abbaye le châtelet de Petit-Pont et le quartier qui commande les possessions de Cachant, etc. L »
Quelques années plus tard, ce dernier fief, dont les documents nous donnent la spécification et l’importance, et qui consistait en droits de cens, d’hortises et de pressurages, en une redevance de 11 muids et demi de vin, de plusieurs paires de gélines et d’une rente de 15 sols fournis par le trésor abbatial (in bursâ abbatis), revint aux moines.
Par une charte, datée du monastère de Saint-Germain-des-Prés du 1er août de l’année 1200 et munie de son sceau, le sire Hugues de Chaumont, avec le consentement de dame Pétronille, sa femme, faisait à Robert, abbé, l’aumône ou plutôt la vente charitable de son fief de Cachant, sous cette forme que revêtent beaucoup de donations de cette époque : il donne aux moines en pure aumône la 5e partie du fief et leur vend le reste au prix de 160 livres. Cette convention eut pour témoins, du côté de messire de Chaumont, les sires de Bintrincart, Guillaume de Margestel, Réginald de Orli, Richard de Cachant, Jean de Hardeviler, Guillaume de Bois-Roger, Pierre du Levemont, et, du côté de l’abbé, Odon, sous-prieur, Guy, tiers prieur, Hugues Boileau, Guillaume de Dormel, Dom La Jais, trésorier, Bernard, prieur de Thiais, et Simon, cousin de Dom Galtier, camérier 2. C’est dans cette même forme que furent faites plusieurs donations de cette époque; nous nous contenterons de nommer les plus importantes.
Au mois d’avril 1238, Thomas Langlais d’Arcueil, maçon, et sa femme donnèrent tous leurs biens présents et à venir à l’abbé de Saint-Germain, pour qu’il en jouît après leur mort, et, en compensation, les religieux s’engagèrent à leur payer une rente de 20 livres et d’un muid de vin 3.
En 1241, Alleaume, chantre de l’église de Meaux, vendit aux religieux de Saint-Germain, pour la somme de 13 livres, 7 quartiers de vigne qu’il avait à Cachant 4.
1 28° Ansellus de briureiis hoc quod habet apud campum Remintru et Catiquantum.
it° Wilhelmus de Sancto Germano domum suam hujus villa1 et molendinum de Caticanto, et est homo ligius.
■42° Hugo de Calvo Monte Castellulum de Parvo Ponte et burgum circa et eaque habet apud Canticantum, etc.
2 Arch. nat. L. 265, n° 51 ; LL. 1026, p. 120; LL. 1046, p. 31.
3 Id. L. 765.
* ld. LL. 1026, f. 120.
Quelques années plus tard (1249), Henri de Saint-Benoît possédait un arpent de vigne à Cachant, en la censive de Saint-Germain-des- Prés. Il donna la 5e partie en aumône aux religieux de ce monastère et leur vendit les 4 autres parties, pour la somme de 10 livres 1.
La même année, Baudoin de Besons, prêtre, donnait aux mêmes religieux la 5e partie de ses vignes de Cachant et leur vendait le reste, au prix de 30 livres 2.
En 1253, Pierre, dit le Mauvais, et Isabelle, son épouse, vendirent pour le prix de 200 livres ce qu’ils possédaient à Cachant, 3 arpents de pré, 2 de vigne, un muid d’avoine, mesure de Paris, qu’ils percevaient à Arcueil, dans la grange de Saint-Denis, 6 sols de menus cens, 3 muids et demi de vin de cens annuel, une plaine mine d’avoine, un pain lait d’un boisseau et demi de blé (de boisello et dimidio bladi), deux chapons de rente et 15 sols qu’ils percevaient, comme ils disaient, pour leur écu, dans l’église de Saint-Germain-des-Prés.
Quelles étaient la nature et l’origine de cette dernière redevance? Nous ne pouvons être affirmatifs à cet égard. Ducange se borne, au mot clypeus, à citer cette phrase de la charte de 1253, sans en donner l’explication. Nous serions assez portés à y voir un reste des anciens droits d 'avouerie ou de protection militaire, qu’avait concédés l’abbaye dans les périodes de péril et d’invasion aux familles les plus puissantes et les plus dévouées de la contrée et qui, dans la suite, ne firent que constituer une charge sans produire aucun des résultats utiles du début. L’apposition ou simplement la peinture des armoiries de ces barons dans l’église était l’indice des devoirs de protection, qu’ils avaient contractés envers le monastère, et surtout des redevances, qui restaient alors le prix de services sans réalité.
Thomas de Maulion acquit de ses propres deniers 4 arpents de vigne, qu’il joignit au domaine de Cachant, pour la fondation de son anniversaire dans l’église de Saint-Germain-des-Prés (1255) 3.
En 1257 ou 1258, maître Jean le Hongrois, chanoine de Chartres, donna à la communauté, pour son anniversaire, les vignes de Cachant, que l’abbaye lui avait accordées et qu’il avait améliorées (premier dimanche de mai) 4.
En 1262, une donation plus importante que les autres vint changer
4 Arch. nat. LL. 1025, f. 100.
2 Id. LL. 1026, f. 121.
3 Gallia christ, t. VII, col. 452.
4 Col. D. Poirier. Bit. tint. ms. fr. 20.816, f. 191. Arch. nat. L. 765.
complètement la valeur du domaine qui s’étendait à Cachant, autour de l’hôtel de Monseigneur l’Abbé. Un ecclésiastique des environs, Ferry de Cachant, curé de Crosne, tenait de son père Henry, ancien maire de Cachant, et de sa mère, Emmeline, une fortune immobilière considérable consistant en 30 arpents de terres fertiles, plantées principalement en vignes et situées au territoire de Cachant et d’Arcueil, aux lieux dits : Colin, Jounête (?), Bonfonteine, la Durade, Hodierne, Rousel, Frémi, Deminte (?), les Groues ou Groes, Pantin, la Croix de Martrey (de Martreyo), la fontaine Saint-Germain, le Gué, Auboure, les Fosses. Obéissant à son dévouement au monastère de Saint- Germain, le curé de Crosne lui donna la cinquième partie dé ses biens et vendit le reste à l’abbé, moyennant 200 livres U
Pour témoigner sa reconnaissance au généreux donateur, Guillaume, abbé de Saint-Germain et chapelain du Pape, avec le consentement de son chapitre, accorde à messire Ferry de Cachant une rente viagère de 12 livres et la fondation d’un anniversaire après sa mort, pour le repos de son âme 1 2.
Au mois de mai 1233, Girard de Bailly, valet du comte d’Anjou, et son épouse, Alipe (?), vendirent aux religieux de Saint-Germain-des- Prés, pour la somme de six vingts livres, la part qui revenait à la noble dame, dans les acquisitions faites pendant son premier mariage avec Henri, maire de Cachant 3 4.
Le jeudi avant les brandons de l’année 1269, Renaud de Couppeville, écuyer, vendit aux religieux de Saint-Germain, pour le prix de 20 livres tournois, le droit de 10 muids de vin, qu’il prélevait annuellement sur le pressoir de Malassis, et qu’il tenait lui-même de Pierre de Miromer, écuyer U
Au mois de novembre 1287, Étienne de Meudon, écuyer, fils de Pierre de Meudon, chevalier, donna aux religieux la cinquième partie de toute sa terre d’Estrée (de Atreia), « avec forage, rouage et les autres émoluments, hormi le four banal et le moulin, en reconnaissance des services qu’ils lui avaient rendus ainsi qu’à son père 5. »
Au commencement du xive siècle (1302), nous voyons une personnalité intéressante jouer un rôle prédominant dans l’histoire de cette localité :
1 Arch. nnt. LL. 1026. f. 110.
2 Arch. nat. L. 765.
3 Id. LL. 1025, f. 108.
4 Id. LL. 1025, f. 112, LL. 1046.
5 Id. L. 1765.
c’est celle de Messire Gieffroy Coquatrix, familier de Nostre Seigneur le Roy. Quel était ce personnage, qui jouissait d’une réelle influence et dont les bonnes grâces n’étaient pas à dédaigner? Nous avons déjà fait observer que dans le territoire de Cachant s’élevait un palais, où l’histoire nous permet de constater que les Rois des différentes races venaient faire de fréquentes résidences. Il est permis de supposer que les gens, attachés au service du Roi et jouissant de ses faveurs, parvenaient, soit à l’aide des donations qui leur avaient été faites, soit par des acquisitions personnelles, à s’établir dans le voisinage, de manière à pouvoir continuer leurs services auprès de la cour, et à ne pas laisser périmer leur influence. Nous serions porté à expliquer ainsi l’origine de cette famille, dont nous trouverons l’action dans plusieurs autres dépendances de Saint-Germain. Quoique l’office de cuisinier (coquatrix) royal ne fût pas compris parmi ceux que les usages de la féodalité avaient fait attribuer aux plus illustres barons du royaume, comme ceux d’échansons, de panetiers, de bouteillers, de veneurs, etc., il plaçait cependant ceux qui l’exerçaient dans la possibilité d’approcher de la personne du souverain, de gagner ses bonnes grâces et d’assurer l’avenir de leur race. Déjà, dans un acte de 1262, nous avons relevé la donation d’un quartier de terre, situé derrière la grange d’Hugues le cuisinier. Ne serait-ce pas l’auteur de la fortune de sa famille? Son lils, messire Gieffroy, était déjà possesseur d’une fortune considérable et jouissait d’une influence personnelle auprès du Roi, puisqu’il s’intitulait familier de Nostre Seigneur le Roy. Les archives nous ont conservé un acte qui nous fait connaître la situation de ce personnage et l’importance que ses concitoyens mettaient à l’obtention de ses bonnes grâces : nous allons en donner plusieurs extraits qui caractérisent l’époque :
« Par devant G. de Saint-Martin et Nicolas de Gisors, clercs » notaires jurés, establis de par Nostre Seigneur le Roy de France
» au Chastelet de Paris, furent présents .
» touz de Cachanlt et .
» touz d’Arcueil, ci en que c’il estoient les bonnes genz des dites » villes de Cachant et d’Arcueil et la gringnaire partie d’icelles villes, » affirmèrent et recognurent par devant les dits clerz jurés, pour eulx » et pour toute la communauté des dites villes, que eus et le commun » des dites villes avoient, tenoient et poursuivoient paisiblement » comme leur propre chose leur usaire et pescherie en une rivière, » que l’on appelle Bièvre, courant parmi les dites villes. Les quelles » personnes desus dites, ettendanz et considéranz pour eus et pour » la communaulté des dites villes, les grâces et les bienfaiz, curialités » et courtoisies que Gieffroy Coquatrix, familier de Nostre Seigneur
» le Roy, et Jehanne, sa femme, a eus et aus dites villes ont laiz du » tant passé et ne cessent de faire de joer en joer, tant en recom- » pensation et remunéracion des bienfaiz, grâces, curialités et services » dessus ditz, comme en nous de présent et perpétuel eschange ou » de permutation de quarante solz parisis de cens que les ditz Gielïroy » et sa femme leur sont et seront tenus assigner bien et suffi sam- » ment dedans la S1 Jehan Baptiste prochain en la ville de Cachant et » d’Arcueil. » Ils lui cédèrent l’usaire et pescherie dessus dites(1302) h
Ce personnage entra en négociation avec les religieux de Saint- Germain-des-Prés. Le dimanche avant les brandons de l’année 1304, Gielïroy Goquatrix céda aux religieux, en faveur du pitancier du monastère, une rente de 11 livres 5 solz, à prendre sur une maison sise devant l’église Saint-André-des-Arcs. Les religieux lui donnèrent en échange une rente de 4 livres 10 solz, à prélever sur des prés sis à Cachant, et une redevance de deux muids d’avoine de cens, à prendre sur les dîmes et champarts de Banville, rente et redevance qui dépendaient de l’office du pitancier de Saint-Germain 2.
On voit du reste dans le même registre les religieux autoriser Gielïroy Coquatrix à faire venir une partie de la fontaine de Cachant en son logis (1301) 3.
Gomme nous pouvons le constater dans la plupart des actes concernant le territoire de Cachant, la culture de la vigne y formait la richesse du pays. Aussi voyons-nous les religieux faire tous leurs elïorts pour accroître l’étendue de leur vignoble. Plusieurs acquisitions importantes avaient été faites dans ce but. D’autres fois, les droits qu’ils exigeaient pour ces vignes étaient si exhorbitants qu’ils décourageaient leurs vassaux et les amenaient à leur abandonner des terrains, dont il leur était impossible de supporter les charges et de retirer des revenus. Le 17 mars 1356, Jehan de la Haye renonça au profit des religieux de Saint-Germain à la possession d’un demi arpent de vigne assis à Cachant, afin d’être déchargé du vin d’espone et du cens qu’il leur devait à cause de cette vigne 4.
Nous extrayons du dénombrement présenté en 1384 aux officiers royaux par Richard de Laître, abbé de Saint-Germain (1361 à 1387) les passages suivants relatifs au domaine de Cachant.
1 Arch. nat. L. 763. n. 64, LL. 1146, p. 60.
2 Arch. nat. L. 1146, p. 60.
3 /et. LL. 1146.
4 Id. LL. 1146, p. 60.
« Item, à Cachant emprés Erquel (Arcueil), un hostel et un molin, haulte justice audit Cachant, un pressouer, fosses a yaux (eau)
1 arpens de prés, tant dedans l’enclosture de l’hostel comme dehors, qui puet valoir, la dite église fournie de 1 chartées foin par an, lx livres parisis ; item, de menus cens paiés à plusieurs jours, environ xvj livres parisis; item, environ ixxx arpens de bonnes terres arables baillées à louaige, montant et avalant, douse muis de grain; item, environ xx arpens de vignes, les quelles nous faisons labourer en nostre main pour le vivre et nécessité de nous et de nos compagnons, puent valoir l’arpent xij sols, valent, en somme, xij livres parisis; item, la couppe des Saussoies vault par an, montant et avalant, environ x livres parisis; item, le dit molin puet valoir par an environ deux muis et demi; item, les prainctes et dismes puent valoir environ v queues de vin, montant et avalant; item, la justice et les ventes peuent valoir environ 1 solz; item, une plastrière, peut valoir par an, montant et avalant, xij livres, et sur ce fault soustenir ledit hostel et appartenances avec le pressoir L »
Pendant les xve et xvie siècles, nous trouvons les religieux occupés par leurs acquisitions successives à arrondir leur domaine de Cachant. Parmi tous ces actes, nous nous bornerons à citer, comme plus important, celui par lequel Jean Desplantes, conseiller en la cour du parlement céda à l’abbaye de Saint-Germain 10 arpents de terre sis à Cachant, moyennant le prix de 92 escus d’or au soleil (14 mars 1512)1 2.
Autour de leur château, qui avait été, pendant une certaine période du xvie siècle, la résidence préférée des abbés de Saint-Germain, et dont la magnificence répondait à cette destination, les religieux possédaient un domaine considérable et productif. Comme nous l’avons fait observer, la seigneurie et les domaines de Cachant et d’Àrcueil avaient été cédés par les abbés à la mense conventuelle, comme compensation partielle pour la cession du château de Berny aux abbés. Le 27 janvier 1698, nous trouvons un bail, par lequel le château et l’enclos de Cachant avec la basse-cour et les bâtiments, où les pressoirs et les bergeries se trouvaient étaient affermés au prix de 1400 livres. Par un second bail, 22 arpents de 4 ares et 26 arpents de prés, avec les dîmes d’Arcueil et de Cachant, étaient loués pour le prix
1 Arch. nnt. L. 7(50, n. “20. Dom Dr Bonne., L'abbaye de Saint-Gerrnain-des-Prés au XIVe siècle, 25-26.
2 Id. LL. 1 146. f. 63.
annuel de 2300 livres. Dans ce bail n’étaient pas compris 90 arpents de terre, qui avaient été précédemment affermés séparément L
Un état de 1706 porte à 183 arpents et demi le total des propriétés que possédaient les Bénédictins à Cachant et à Arcueil. Vers la lin du xvme siècle, les religieux affermaient leurs terres et bâtiments agricoles de Cachant au prix de 3200 livres et ne se réservaient que le château, le parterre, les eaux, les fruits et le grand potager 1 2.
Le moulin de Cachant avait été affermé séparément au prix de 600 livres parisis 3.
Voici la description de la propriété, telle que nous la trouvons dans un document de la fin du xvme siècle.
« La propriété consiste : 1° en un très beau parc, depuis la route » d’Orléans jusqu’à la seigneurie.
» 2° En un château bâti par le cardinal de Tournon; le cardinal )> de Bourbon l’a augmenté. Ces deux abbés habitaient cette demeure.
» Le château consiste : 1° en une cuisine très belle, très commode, » avec une fontaine dedans, de même source que celle d’Arcueil; » à côté, en entrant, deux décharges de cuisine, ensuite un passage » pour aller au parterre.
» A côté du passage, vis-à-vis de la cuisine, est une grande salle » à manger bien éclairée. Dans le corridor, à côté de la dite salle, » est une belle fontaine et un bassin pour rafraîchir le vin en été.
» Après cette grande salle se trouve une autre salle, où est placé
» un billard.
» Ensuite est une chapelle qui termine le bas.
» Au-dessus de ces pièces, sont 6 chambres de maître avec un » corridor qui règne le long. En haut et au-dessus, il y a une chambre » de maître avec un cabinet pour un domestique, le tout très propre. » Ensuite ce sont de grandes chambres qui ne sont pas ornées.
» En face du château, est un parterre, contenant environ 2 arpents, » entouré de deux côtés de très belles charmilles et de deux pièces d’eau. » Au bout est une magnifique pièce d’eau, empoissonnée de 400 carpes.
» La ferme est séparée du château par un mur. Le parc est entouré « de murs de 10 pieds de haut et contient 60 arpents avec des espa- » liers tout autour. Il y a 40 arpents de prairie. Le parc est traversé » par la rivière des Gobelins.
1 Bit. nat. rus. fr. 16.857, f. 320.
2 Id. 16.859, f. 289.
3 Arch. nat. S. 2902.
» Au sortir du parc est un moulin du côté de l’Hay.
» A côté du château, belle écurie à contenir 18 chevaux; remises » pour carrosses.
» Il y avait deux bâtiments en forme de tourelles dans le parc, qui » servaient d’habitation au jardinier. La petite salle à la suite de la » cuisine de la ferme servait pour l’usage des audiences. »
Il y avait une prévôté à Cachant.
Ce même état porte à 8070 livres le produit des terres cultivées, comprises dans les dépendances immédiates du château de Cachant L
La déclaration de 1790 relative au domaine de Cachant est ainsi conçue :
Cet ancien domaine a été confirmé aux religieux de Saint-Germaindes-Prés par le roi Louis le Débonnaire.
1° Haute, moyenne et basse justice.
2° Cens, rentes, lods et ventes, année commune d’après les 10 dernières années. 450 livres.
3° La ferme seigneuriale consistant en bâtiments, cour, bassecour, etc., le parc et l’enclos contenant 62 arpents 36 perches, à l’exception des réserves énoncées au bail, environ 202 arpents tant terres labourables que prés, avec les dîmes de la paroisse d’Arcueil : le tout loué au sieur Barticle 5200 livres, par bail passé devant Lefebre, notaire à Paris, le 23 janvier 1784, première récolte en
et en passant le dit bail, qui l'ait par an
5200 livres, 1200 livres, 133 livres.
4° Le moulin de Cachant, au bout de l’enclos, avec 15 arpents environ, tant en terres labourables que prés, vieilles vignes, patis, tenture des saules, etc., loué 650 livres au sieur le Beau, meunier, par bail du 18 février 1784, jouissance à la Saint-Martin, plus en passant le dit bail, 1800 livres,
faisant par an, 200 livres.
5° 26 livres 11 sols de rente d’indemnité de la dîme d’Arcueil dans
le parc de Montrouge, due par le seigneur du dit lieu.
6° La maison seigneuriale, le parterre, etc., réservés par les religieux, sont à leur usage et ne produisent rien.
7° Le grand potager, contenant environ 3 arpents, et la partie des espaliers à arbres fruitiers dans l’enclos, réservé au dit bail du dit sieur Barticle, peuvent valoir 300 livres.
1 Arch, nat. S. 2902.
Les religieux de Saint-Germain-des-Prés donnaient chaque année au curé d’Arcueil pour sa portion congrue 700 livres,
au vicaire 350 livres,
au jardinier de Cachant 1000 livres.
Revenus 6958 livres 17 sols 8 deniers.
Charges 2050 livres 2 deniers L
Seigneurie temporelle.
Comme nous venons de le voir, les religieux de Saint-Germaindes-Prés n’avaient pas seulement à Cachant et à Arcueil des propriétés foncières considérables; ils y possédaient également une seigneurie temporelle et une juridiction prévôtale avec toutes ses dépendances pour l’exercice de la justice. Cette seigneurie était, du reste, limitée à l’étendue de leurs propriétés et ne s’étendait guère au delà du territoire de Cachant.
Les Bénédictins de Saint-Germain, qui ne possédaient à Cachant qu’une simple seigneurie temporelle, se trouvaient, dans une partie de leur domaine, placés sous la seigneurie spirituelle des Bénédictins de Saint-Denis, patron de la paroisse d’Arcueil, et leur devaient, par suite, les différentes dimes de ces terres. Cette situation, qui aurait pu créer des difficultés et devenir l’origine de dissensions pénibles au sein de la famille monastique, fut résolue dans un sens pacifique et fraternel, grâce à des concessions mutuelles, qui maintinrent ou rétablirent la bonne harmonie.
Au mois de septembre 1285, Mathieu, abbé de Saint-Denis, après avoir établi qu’il avait droit : 1°, à la 36e partie des fruits annuels sur 22 arpents de terre labourable; 2°, à la 24e partie sur 30 arpents; 3°, à la 36e partie sur 52 arpents de vigne; 4°, à la 36e partie sur 6 arpents appartenant au pitancierde Saint-Germain, déclara que, tant en son nom qu’au nom du prieur de Saint-Denis-de-l’Estrée qui percevait ces droits, il consentait à faire cession pure et perpétuelle de ces revenus aux religieux de Saint-Germain, en échange d’un jardin que ces derniers abandonnaient à leurs frères de Saint-Denis. L’abbé Mathieu et le prieur de l’Estrée s’engageaient à faire amortir ce jardin, situé près de la porte des Frères Mineurs de Paris, avec leur
1 Bib. nnt. ms. fr. 20.818 f. 18, 55, 59. Arch. nat. S. 2858.
manoir et jardin contigu, et à payer pour ce jardin un cens annuel de 8 solz et demi aux religieux de Saint-Germain, qui y conservaient leurs droits de justice G
Un accord du même genre fut conclu quelques années plus tard entre les deux monastères. Au mois de février 1299, Réginald, abbé de Saint-Denis en France, céda à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés la redevance d’un muid de blé, qu’il avait droit de percevoir annuellement sur le moulin de Cachant, en échange d’une redevance de 5 solz parisis que Saint-Germain possédait sur un jardin, sis près du collège des Escoliers de Saint-Denis 1 2.
Mais, malgré ces efforts, la juxtaposition de puissances forcément rivales ne pouvaient manquer d’avoir de fâcheuses conséquences pour le maintien de la paix. Les religieux de Saint-Denis-de-l’Estrée possédaient à Arcueil « un hôtel, une grange et des propriétés. » Les religieux de Saint-Germain, comme seigneurs de Cachant, leur réclamèrent la redevance d’un muid d’avoine, payable à la Saint-Martin d’hiver. Ceci fut accordé et convenu par une transaction, signée le 13 avril 1389.
Plus tard, les religieux de Saint-Denis protestèrent contre cette transaction. Us se disaient seigneurs d’Arcueil et, par suite, prétendaient avoir droit à toutes les dîmes, grosses et menues; ils accusaient d’usurpation les religieux de Saint-Germain qui, sous prétexte qu’ils étaient seigneurs de Cachant, village où il n’y avait que 3 ou 4 maisons et qui, étant en la paroisse d’Arcueil, dépendait de sa seigneurie, percevaient la moitié de la dîme du blé et du vin et voulaient encore prendre un muid d’avoine sur l’autre moitié. Malgré le plaidoyer qu’il avait soumis à ses juges, le Prieur de Saint-Denisde-l’Estrée fut condamné par la cour des requêtes à payer aux religieux de Saint-Germain la redevance contestée du muid d’avoine3.
Pour mettre un terme à des difficultés toujours possibles, le 15 janvier 1523, une convention fut signée entre les religieux de Saint-Germain-des-Prés et Léon Hullin, prieur de Saint-Denis-del’Estrée. Les premiers devaient avoir la dîme du blé et du vin sur le territoire, qui s’étend depuis le pavé qui vient de la banlieue, par Malladerie, jusque au Bourg-la- Reine. La seigneurie de Cachant s’étendait donc jusqu’à la rivière de Bièvre, venant de Lay (l’Hay) et
1 Arch. nat. LL. 1026, f. 121.
2 Id. L. 765.
3 Id. S. 2902.
tombant à Arcueil. L’autre côté, depuis Areueil jusqu’à Lay, devait appartenir au prieur de Saint-Denis-de-l’Estrée, excepté une vigne appelée la Gaye, laquelle devait être exempte de dîme et qui était du domaine des religieux de Saint-Germain. Comme le terrain du prieur de Saint-Denis-de-l’Estrée était meilleur que le reste, le dit prieur consentit à payer, en compensation, une rente de 3 livres 10 sols aux religieux de Saint-Germain L
En fait de servitudes féodales, notons la suivante que nous relevons dans l’aveu présenté par Roger le Mère, le Ie1' may 1393 : il reconnaît qu’il est tenu de fournir quatre draps de lit à l’abbé de Saint-Germaindes-Prés, toutes les fois qu’il vient coucher à Cachant1 2.
En l’année 1407, Guillaume, évêque de Bethléem, institua par son testament une chapellenie en l’église de Saint-Germain-des-Prés en l’honneur de saint Biaise et saint Martin. Il légua, pour cette fondation, une maison, qu’il possédait à Cachant et qui fut désormais appelée la maison de Bethléem, et plusieurs arpents de terre situés dans les environs immédiats de la ville. Le chapelain devait dire une messe par semaine. L’abbé avait la collation de cette chapellenie 3.
Le 12 janvier 1495, les religieux affermèrent le moulin, le pressoir banal, la terre et seigneurie de Cachant, cens, rentes, champarts, dîmes, près, saulsayes, pour le prix annuel de 150 livres.
D’après un arrêt rendu au xvue siècle (8 mars 1653), les marchands bouchers de la ville et des faubourgs de Paris pouvaient faire pâturer leurs bestiaux dans les terres en jachères de la banlieue, depuis la moisson faite jusqu’au commencement d’avril dans les prés hauts et bas fauchés, depuis le mois de juillet jusqu’à la mi-mars dans les grands chemins et terrains vagues. Un siècle plus tard, les habitants d’Arcueil et de Cachant vinrent se plaindre que certains bouchers avaient mis leurs troupeaux avant la Saint-Martin d’hiver dans leurs prairies et les avaient ainsi privés de leur récolte habituelle de regain. Us suppliaient, en conséquence, les religieux de prendre leur cause en main et de les défendre contre les usurpations des bouchers parisiens 4.
En 1735, les bergers de quatre bouchers de Paris, ayant conduit leurs troupeaux de moutons dans une pièce fraîchement ensemencée
1 Arck. nat. LL. 1146, p. 37.
2 Id. LL. 1146, f. 61.
a Id. 1146, p. 62.
4 Id. S. 2902.
do luzerne et ayant ainsi causé un notable dommage à la récolte, les religieux intervinrent. Les bouchers s’empressèrent de leur présenter des excuses, en promettant de ne plus recommencer dans l’avenir et en demandant grâce pour le passé L
Nous trouvons, au commencement du xvme siècle, les religieux en négociation avec Messire Pompone de Reffuge, chevalier de l’ordre de Saint-Louis et seigneur d’Arcueil, au sujet des dîmes de cette localité. Ce seigneur avait cédé les dites dîmes au curé d’Arcueil pour son gros, à la condition qu’il solderait aux religieux de Saint- Germain le muid d’avoine qui leur était dû sur son domaine. En 168(i, le curé d’Arcueil avait rétrocédé ces dîmes aux religieux de Saint- Germain-des-Prés, (pii ne voulurent pas admettre que la redevance du muid d’avoine lut comprise dans le marché. Après de longues discussions, des arbitres, nommés pour les trancher à l’amiable, décidèrent que M. de Reffuge était redevable aux religieux d’une rente annuelle de 50 livres et d’une somme de 800 livres pour les arrérages. Pour la redevance annuelle, M. de Reffuge céda aux religieux la censive, seigneurie et justice sur 30 arpents de terre, situés sur le chemin d’Orléans et d’Arcueil à Bourg-la-Reine. Les religieux devaient encore recevoir 26 livres d’indemnité annuelle pour les dîmes qu’ils avaient droit de percevoir sur 56 arpents enfermés dans le parc de Montrouge 1 2.
Le 23 avril 1716, Madame la duchesse de la Ferté, ayant un jardin à côté du parc des religieux, leur demanda l’autorisation d’élever une grille de 144 pieds de long entre le parc et son jardin, pour l’ornementation de ce dernier. La qualité de leur voisine les engagea à accueillir favorablement sa requête et à accorder l’autorisation demandée. Cette même permission fut continuée à ses héritiers, le duc et la duchesse de la Force, avec la restriction qu’en cas de vente ou de location, la grille serait détruite et la porte de communication entre le parc et le jardin condamnée 3.
Nous trouvons dans les archives un témoignage de l’intérêt que les religieux de Saint-Germain portaient à leurs vassaux. Le chemin de Cachant à Arcueil était fort mauvais et, malgré la petite distance qui séparait ces deux localités, beaucoup de bêtes de somme périssaient victimes de cet état de choses. Le prieur et les religieux de Saint-
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Germain-des-Prés s’entremirent auprès du roi et obtinrent la permission d’ouvrir entre ces deux localités un chemin de 36 pieds de large, qui devait être pavé de grès neuf. Les habitants offraient pour ce travail la somme de 6700 livres, provenant de souscriptions volontaires. L’emplacement du vieux chemin devait être abandonné aux propriétaires des terrains pris pour le nouveau Grâce aux instances des religieux, un subside royal vint faciliter l’exécution de ce projet, qui avait une réelle importance pour la prospérité de la contrée. Ils fournirent pour ce travail 3600 livres. Un particulier qui jouissait à vie du château en donna 600. Les personnes qui possédaient quelques biens à Cachant contribuèrent à cette entreprise, suivant leurs moyens et la taxe qui fut faite par le sieur de la Motte L
En 1671, les religieux de Saint-Germain-des-Prés passèrent un traité avec l’Hêtel de Ville de Paris. Ils obtinrent de prendre 18 lignes d’eau en superficie des fontaines de la ville, provenant de Rungis 2 et cédèrent à la ville les eaux de Cachant, dont la source n’était éloignée que de 15 toises de l’aqueduc provenant de Rungis 3.
En 1767, les religieux de Saint-Germain-des-Prés se plaignirent de ce que leur maison et propriété de Cachant étaient presque ruinées par les dépenses que faisait le régime. Les supérieurs majeurs s’en étaient pour ainsi dire emparés. Le supérieur général froissé promit de ne plus y retourner 4.
Charles Gaspar et Guillaume de Vintimille, archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud, pair de France, etc. permit aux religieux de célébrer la sainte messe dans la chapelle de leur château de Cachant, excepté les jours de Pâques et fêtes annuelles, et à condition qu’on n’y administrerait aucun sacrement, qu’on n’y ferait aucune bénédiction d’eau, ni de pain, et que la messe serait seulement pour les religieux et non pour les fermiers et étrangers 5.
On prélevait sur la terre de Cachant :
1° Le xv des calendes de février ou le 18 janvier, xxx sols pour l’anniversaire d’Agnès, épouse de Pierre de Montreuil (deMusterolio)6.
4 Arch. nat. S. 2902, R. N. FFR. 18817, f. 448.
2 Rungis cant. de Villejuif, Seine.
3 Arch. nat. LL. 1046, f. 71.
4 Id. Bibl. nat. ms. fr. 24.056, f. 75-76. Factum 24.056, f. 75-76. 3 Id. LL. 1046, f. 68.
r> Id. LL. 1027. f° 40.
2° Le xm des calendes d’avril ou le 20 mars, pour l’anniversaire d’Émeline, mairesse de Cachant (majorissa), xl sols, payables à la Saint- Remy b
3° Le ij des ides de décembre ou le 12 du même mois, pour l’anniversaire de Jehan, 40 sols 1 2.
Lieux dits ( Cachant et Arcueil).
Le caretour de l’Orme.
Le chantier des groes.
L’Écho.
L’Épinette.
La Bruyère.
Le Batteau.
La croix de Cachant.
Mirebeau .
Long Boyau.
Pantin.
La Pisotte.
Le patis d’en Haut.
Le moulin de Mallassis.
Les Sablons.
Le Sentier aux chevaux.
La longue Raye.
La Platrière.
Bonfontain.
1 Arch. nnt. LL. 1027, f° 50.
2 Id. LL. 1('27, f° 75.