CHATILLON-SOUS-BAGNEUX ET FONTENAY-AUX-ROSES
Comme on le voit dans l’étude sur cette ancienne dépendance de l’abbaye, pour dédommager les religieux de la perte de Combe-la-Ville, qu’il voulait mais ne pouvait leur faire restituer, en 1061, le roi Philippe Ier leur donna la terre royale de Bagneux (de Balneolis) l. C’était un immense domaine, dont plusieurs parties avaient déjà dû être détachées à cette époque, puisque le château qui formait le centre du tief royal et la ville qui s’était, groupée sous sa protection appartenaient, pour le temporel et le spirituel, au chapitre de Notre-Dame. Mais, outre de nombreuses et importantes dépendances qu’il possédait dans la contrée, il comprenait les deux seigneuries principales de Chàtillon et de Fontenay. Ces deux seigneuries se trouvaient placées sous la dépendance de Bagneux et, par suite, les religieux de Saint-Germaindes-Prés étaient soumis, à l’égard de cette ville, à certaines servitudes dont ils parvinrent dans la suite à se délivrer. Ici nous nous trouvons encore en présence de ces barons, dont les ancêtres avaient été les protecteurs ou les défenseurs des populations pendant le temps des invasions normandes et avaient réussi à perpétuer dans leurs races les droits d’avouerie. En 1202, le roi Philippe-Auguste confirmait par une charte la vente que venait de faire aux religieux le sire Jean de Montigny des droits d’avouerie qu’il possédait à Chàtillon 2. Deux ans plus tard, le même roi attestait, par ses lettres datées d’Anet en 1205, qu’Henri, avoué de Bagneux, avait cédé en sa présence aux religieux, pour la somme de 55 livres de Provins, les corvées de Bagneux 3.
Peu de temps après, un autre membre de la famille des anciens avoués de Chàtillon, Bernard de Montigny, faisait donation aux religieux de la cinquième partie d’une redevance de 10 muids de vin qu’il percevait à Chàtillon et leur vendait le reste pour la somme de 40 livres parisis 4.
1 Arch. nat., K. 20 n° 2, cr. Scellé. Le roi Philippe Ie1' donna aux Bénédictins seulement la partie de Bagneux, qui, plus tard, prit le nom de Chàtillon. — Lebeuf, v. p. 177.
2 LEBOEUF, III, p. 575.
3 Arch. nat. K, 27, n° 9, original scellé. Cartvl. A. B., fol. 149. Cartul. abbé
Gui ll., fol. 216.
4 Arch. nat. LL. 1025.
Ces deux seigneuries avaient été attribuées à l’office de la Trésorerie du monastère de Saint-Germain. C’étaient donc les trésoriers qui intervenaient dans tous les contrats qui lurent passés pour ces deux dépendances. Nous allons citer les plus importants.
En 1233, Odon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, autorisa frère Simon, trésorier de l’abbaye, à acheter de Bernard, fils de l'eu Roland, maire de Châtillon, tous les droits qu’il avait sur la mairie de cette localité. Nous trouvons ainsi un exemple de cette charge de la mairie; possédée héréditairement dans une même famille avec les obligations qu’elle imposait, l’influence qu’elle procurait et les revenus qui y étaient attachés. On comprend sans peine combien les seigneurs féodaux faisaient d’efforts pour supprimer une fonction qui, dans bien des cas, était rivale de leur’autorité et pouvait leur créer de sérieuse difficultés. La charte de 1233 nous apprend qu’à l’office de la mairie de Châtillon appartenaient aussi 5 hôtes qui tenaient à cens du maire o arpents de terre. L’abbé, en autorisant l’achat de la mairie, promulgua-t-il la défense de l’aliéner à l’avenir? Ayant sans doute fourn les fonds nécessaires, il imposa aux trésoriers l’obligation de payer tous les ans au trésor abbatial, pour cette mairie, 60 sols en la fête de saint Remy L
Les Bénédictins étaient seigneurs « hauts, moyens et bas justiciers patibulaires à deux piliers en la ville et terrouer de Gliatil lon-lez- Baigneux ». Ces droits, ils durent les défendre plus d’une fois contre les entreprises des officiers royaux. En 1327, Hugues de Garni, garde de la prévôté de Paris, dut donner des lettres pour annuler, une saisie de biens qu’avaient exécutée à Châtillon sur un débiteur insolvable deux sergents à cheval du Châtelet de Paris, sans appeler pour cette opération les sergents du trésorier, seigneur justicier, et pour ordonner la restitution des biens saisis 1 2.
On lit dans le dénombrement de 1384 : Item, le trésorier d’icelle église a un bostel à Chasteillon, la tierce partie de la moyenne justice, cens, rentes, droitures et environ xviij arpens de terre, puent valoir xxviij livres; item, en ycelle ville, à environ xij muys de vin de vynage; item, tant à Fontenoy comme à Chasteillon, environ xiij arpens de vignes, qui puent valoi, environ viij livres de rentes; item, c solz de menus cens 3. En 1469r « Ambroise Touppin marchand et bourgeois
1 Arch. nat. LL. 1028.
2 Id. LL. 1093, p. 61.
3 Id. LL. 760, n. 29. Dom Du BOURG, L'abbaye de Saint-Germain , an XIV, p. 21.
de Paris, seigneur en partie de Chastillon-lez-Baygneux, » avait fait crier par son sergent, « (irez l’orme du dit lieu où l’on a accoustumé de faire cris, » la défense « que nul ne portast baston, dague, ne tist noyse ou tumulte en la seigneurie du dit Touppin. » Certainement ce bon marchand de Paris faisait acte excellent, en faisant de telles prohibitions à ses vassaux; mais il avait oublié qu’il n’était pas haut justicier. Frère Adam Boulu, trésorier de Saint-Germain-des-Prés, protesta contre ce cry que seul il avait le droit de faire faire en sa qualité de haut justicier. Le malheureux Touppin, voyant la menace du trésorier de soutenir ses droits devant le parlement, s’inclina, reconnut dans un acte public qu’il n’avait que moyenne et basse justice dans son tief, « qu’il ne prétendait pas desrogier aux droits de haulte justice du trésorier, » et, en conséquence, annula cet honnête cry qu’indûment il avait fait faire l.
Le 4 janvier 1481, le trésorier de Saint-Germain « afferma à bail la justice et seigneurie de Chastillon, maison, héritages, 3 arpents et un quartier de vigne, cens, rentes, rouages, forages, dîmes, ventes, amendes, jusqu’à 60 sols » pour le prix de 40 livres par an 2.
Chatillon avait eu des périodes de guerre et de désastres, qui avaient porté une profonde atteinte à sa prospérité. En 1417, Jean sans Peur campa avec l’armée anglaise à Chatillon, en revenant de Meulan et ravagea tous les environs pendant les huit jours qu’il y demeura 3.
Mais les guerres de religion du xvie siècle, surtout pendant la période de la Ligue, furent particulièrement désastreuses pour Chatillon, comme en général pour l’abbaye de Saint-Germain elle-même et ses dépendances, situées dans les environs immédiats de Paris. Pendant le siège de la capitale, l’armée de Henri IV occupa tous ces postes et les dévasta entièrement.
Aussi, dès que la paix permit à chacun de constater les désastres du passé et de pourvoir aux nécessités de l’avenir, voyons-nous les religieux de Saint-Germain obligés de prendre des mesures énergiques pour assurer leur existence et payer les dettes qu’ils avaient contractées pendant les troubles, pour leur nourriture et leur entretien. Le 23 août 1397, ils vendirent à Richard Tardieu, écuyer, secrétaire et conseiller du Roi en ses conseils, seigneur du Mesnil, les seigneuries de Chatillon et de Fontenay avec leurs droits et dépendances, pour la somme de 1300 écus d’or au soleil. Détail caractéristique : l’acquéreur dut ajouter la somme de 66 écus 2/3 pour permettre aux religieux d’acheter deux
1 Arch. nat. LL. 1095, p. 02.
2 Id. LL. 770.
3 Troche. Notice historique et archéologique sur Chatillon , Paris, 1850, in-8°.
chandeliers d’argent pour le grand autel de l’église de Chatillon. Le I rère de l’acquéreur, Jacques Tardieu, lieutenant criminel au Châtelet, donna une somme de 3000 livres pour que les religieux renonçassent au privilège de rachat de cette terre, ce que, dans leur disette présente, ils n’eurent pas de peine à promettre. Par cet acte, les Bénédictins cédaient la seigneurie de Chatillon-sous-Bagneux, qui comprenait :
« 1° La justice haute, moyenne et basse, fourches patibulaires, » carcan, four et moulin bannier;
» 2° Manoir seigneurial en ruines et démoli par les gens de guerre ;
» 3° Enclos fermé de murs ruinés ;
» 4° Droicts de lods, ventes, saisines, amendes, confiscations, droicts » d’aubaine, ehampart, vinage, avenage, gélinage;
» 5° Vingt-cinq arpents de terre labourable, la plupart en friche. Ils cédaient également 3 quartiers de vigne en friche au terroir de Fontenay avec une sablonnière, « la seigneurie de Fontenay, avec les » droits de moyenneet basse justice, un hôtel seigneurial qui doit servir » pour exercer la justice, plus 32 sols de cens et rente foncière. » Dans cette localité, les officiers qui dépendaient de la seigneurie étaient le maire, le greffier, le procureur tiscal, le sergent et le geôlier l.
Malgré la vente qu’ils avaient consentie, les religieux de Saint- Germain-des-Prés avaient conservé une partie de leurs droits seigneuriaux à Chatillon. Nous voyons, en effet, le 7 septembre 1669, Jean Seguier leur prêter foi et hommage, en son nom personnel et au nom de son frère Jacques, évêque de Lombez, pour la terre dont ils avaient hérité à la mort de leur oncle maternel Richard Tardieu, et leur payer 300 livres pour les droits de mutation 2. Dix ans plus tard, le 12 juin 1679, les biens des deux frères Seguier étaient saisis pour dette à la requête de Pierre Bec-de-Lièvre, marquis d’Hocqueville, et mis aux enchères publiques. La seigneurie de Chatillon fut adjugée à Colbert, marquis de Seignelay, (pii l’adjoignit à sa terre de Sceaux, et qui, à raison de sa haute situation, fut autorisé par les religieux à se faire représenter pour la prestation de foi et hommage. Les Bénédictins, qui alors avaient relevé leur situation, réparé leurs désastres et rétabli leur prospérité, firent tous leurs efforts pour rentrer en possession des biens aliénés par eux dans les moments de détresse. En vertu d’un édit du Roi réglant le rachat des biens d’église aliénés, ils versèrent le huitième denier du prix de l’acquisition, c’est-à-dire 618 livres lo sols, et présentèrent requête pour le rachat; mais les possesseurs
1 Bib. nat. ms. fr. 16.857, p. 106.
3 A rck . nat. LL. 1018.
actuels du fief de Chatillon firent repousser leurs prétentions et on se contenta de leur rembourser les 618 livres 15 sols versées par eux 1 (25 août 1678). Après avoir désigné un mandataire, le célèbre ministre de Louis XIV rendit foi et hommage, par son entremise, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, le 9 septembre 1682. L’acte qui atteste ce fait est revêtu des signatures de vingt-sept bénédictins, parmi lesquels se trouvent les noms célèbres de Thierry Ruinart, Michel Germain, Thomas Blampain, Denisde Sainte-Marthe 2. Cette seigneurie passa successivement entre les mains du duc du Maine et du duc de Penthièvre, qui en fut le dernier possesseur.
On prélevait sur les revenus de Chatillon-sous-Bagneux 40 sols pour l’anniversaire d’Heloyse Bruire, fixé aux calendes de Juin ou le 1er juin 3.
On prélevait sur les revenus de Fontenay-aux-Roses 110 sols parisis pour l’anniversaire de Gilbert Begaut, fixé aux ides de janvier ou le 13 de ce mois 4.
Les religieux de Saint-Germain ne possédaient aucun droit spirituel à Chatillon. L’église de Bagneux dépendait déjà du Chapitre de Notre- Dame, lors de la construction de la chapelle de Saint-Eutrope, qui devint au xive siècle l’église paroissiale de Saint-Philippe de Chatillon, et dont la collation fut partagée entre les chanoines et l’évêque de Paris.
Suivant la déclaration de 1790, la mouvance du fief de Saint-Germain à Chatillon, possédée par monseigneur le duc de Penthièvre, consistait en 158 arpents 98 perches de domaine et 418 arpents 59 perches de censive, d’après le dénombrement du 30 juin 1788 5.