‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 4)Chapitre 88 sur 121 · CHATENAY · texte numérisé non relu

CHATENAY

Chatenay était dans l’origine une dépendance d’Antony et dépendait par suite du domaine de l’abbaye de Saint-Germain qui y possédait de vastes terrains fertiles, plantés en vignes, des bois et des prés. Voici, en effet, l’indication que nous relevons dans le Polyptique d’Irminon : Habet in castadino concidam duas partes de leuva; — de vinea, arpennos LXXXXV, ubi, modii DC : de pratis, arpennos LX. « Le monastère possède à Chatenay un bois taillis ayant de pourtour les deux tiers d’une lieue, 95 arpents de vigne, produisant 1500 muids de vin et 60 arpents de prés » L On voit que dans cette mention il n’est pas question de droits seigneuriaux sur cette localité. Nous trouvons, en effet, dès les temps les plus reculés, les chanoines de Notre-Dame de Paris, seigneurs temporels et spirituels de Chatenay. Les habitants avaient certains droits d’usage et de paccage dans le bois des religieux et appuyés par la puissance rivale et très effective de leurs seigneurs les chanoines de l’église cathédrale de Paris, ils étaient plutôt disposés à étendre ces droits qu’à les laisser tomber en désuétude. Nous les voyons à plus d’une reprise soutenir leurs revendications par la violence et porter sans cesse devant les tribunaux leurs prétentions plus ou moins justifiées.

Une première discussion entre les deux parties nous permet de constater un des usages de la contrée. D’après une coutume répandue et dont les vestiges subsistent encore de nos jours, les habitants de Chatenay allaient prendre, dans la nuit du 1er mai, un arbre élevé et droit qu’ils transportaient et plantaient, après l’avoir enguirlandé, sur la place de leur bourg en avant de la porte de l’église. C’était dans le bois du monastère qu’ils allaient, de temps immémorial, couper l’arbre de mai, le mayum, comme il est appelé dans les vieux documents. Comme les habitants le choisissaient parmi les plus beaux arbres de la forêt, les religieux trouvèrent cette coutume onéreuse pour eux et tentèrent de s’en délivrer; mais les habitants ne voulurent pas renoncer à ce que l’usage leur faisait considérer comme un droit. Au mois de septembre de l’année 1262, une transaction vint mettre un terme à ces débats et enlever cette cause de discorde entre les deux parties : les religieux achetèrent, au prix de 40 livres parisis versées

1 Polytique d’Irminon (étl. Longnon), p. 4N.

par eux au trésor de la communauté de Chatenay, l’abolition de la servitude du may; ils reconnurent aux habitants de ce bourg la faculté de mener paître leurs bestiaux dans la partie du bois d’Antony, qui aurait poussé sa huitième feuille, excepté dans la période de l’année comprise « entre l’Assomption et la Saint-Martin à cause des fruits1. » En 1308, le samedi avant Notre-Dame de mars, fut conclue une transaction entre les moines de Saint-Germain et les habitants de Chatenay, pour régler les droits de pâturage dans les bois de Chatenay et d’Antony, compris entre Igny, Chatenay et la Roncillière : Pierre, abbé, et tout le convent donnèrent des lettres par lesquelles ils reconnaissaient que « les habitants de la ville et paroisse de » Chatenay pourront mener leurs vaches, bœufs et veaux ès dits bois. » lorsqu’ils auront la sixième feuille, après la Saint-Remy, moyennant » 1 denier parisis de forte monnoye par an au même jour pour » chaque chef de beste, excepté la maison du Chapitre de Paris, dont » 12 chefs de bestes seront francs de toutes redevances. Laquelle » somme sera portée en l’hôtel des moines à Antony par le vacher de » Chatenay. Celui qui n’aura pas payé sa redevance ne pourra mettre « ses bestiaux ès pasture ci-dessus, qu’il n’aytpayé 12 deniers parisis » d’amende pour chaque chef de beste 2. »

Au xvie siècle, la bonne harmonie paraît rétablie, du moins sur ce terrain, entre le chapitre de Notre-Dame et le monastère de Saint- Germain. Le 30 août 1540, les chanoines, après avoir fait vérifier avec soin les bornes de partage entre les deux seigneuries, protestèrent de leur volonté de s’acquitter toujours fidèlement de leurs obligations envers les religieux 3. Malgré cette promesse, nous voyons, le 9 janvier 1662, le sieur Boutemotte, fermier du chapitre pour la terre et seigneurie de Chatenay, cité devant les tribunaux à la requête du prévôt d’Antony pour avoir envoyé à l’abandon ses vaches dans les bois des religieux : ses huit vaches avaient été surprises et emmenées par le garde forestier. Le dégât causé ayant été constaté, le fermier fut condamné à payer aux religieux 40 livres d’amende 4. Pour prévenir le retour de pareilles difficultés, une sentence du parlement vint régler définitivement les droits et les obligations de chacun ; les habitants de Chatenay étaient maintenus dans le droit d’envoyer leurs

1 Arch.nat. LL. 1025, LL. 1040.

2 de Launay, 2000 ans d'histoire, p. 232.

3 Arch. nat. LL. 1048, p. 81.

4 Jd. S. 2898.

bœufs et leurs vaches paccager dans les taillis appartenant aux religieux et âgés d’au moins six ans; ils devaient déclarer le nombre de leurs bêtes et payer un denier par tête à la Saint-Remy; de leur côté, les fermiers des religieux étaient tenus d’indiquer les chemins à suivre L

Une autre source de difficultés existait qui devait troubler plus d’une fois dans la suite la bonne harmonie entre les deux voisins. Les habitants de Chatenay possédaient des vignes dans un quartier désigné sous le nom de clos d’Antony et soumis à la seigneurie de Saint- Germain ; ils ne supportaient qu’avec impatience le droit de pressurage par lequel ils étaient obligés de porter leurs vendanges aux pressoirs banniers d’Antony et de payer la redevance exigée. De là une suite ininterrompue de discussions, de révoltes, de procès. Pour mettre un terme à ces désordres, les religieux consentirent à entrer dans la voie des accommodements. Le 5 septembre 1683, une transaction fut conclue entre Dom Marlot, procureur de l’abbaye de Saint-Germaindes-Prés, et les habitants de Chatenay; on lixa à 40 sols les droits de dîme et de pressurage pour chaque arpent de vigne, moyennant quoi chacun acquérait le droit de disposer de sa vendange à son gré 1 2. Malgré la ratification qui en fut faite, le 8 janvier 1683, par le chapitre de l’abbaye, cette transaction n’avait qu’un caractère transitoire; elle fut successivement prorogée pour diverses périodes. Enfin, le 9 octobre 178i2, les religieux consentirent à un accord définitif qu’ils étendirent aux habitants des localités voisines, Massy, Wisson; ils renoncèrent pour toujours à leurs droits de pressurage, moyennant une redevance annuelle de deux livres par arpent de vigne; pour les vignes nouvellement plantées, cette redevance n’était exigible qu’au bout de trois ans 3.

Nous aurons épuisé tout ce que les archives de Saint-Germain nous ont conservé sur le passé de cette localité, en mentionnant le procès soutenu, en 1768, par les religieux contre les dames de la seigneurie de Chatenay au sujet de leurs droits respectifs sur la maison du petit Chambard, bâtie sur une portion du dos de Berny. Les dames de Chatenay ayant prouvé que le terrain contesté faisait partie de leur censive, les officiers de Saint-Germain durent séparer par des bornes les territoires de Berny et de Chatenay 4.

1 Arch. nat. S. 2898.

2 Id. L. 776.

3 Id. L. 776.

4 Bib. nat. ms. fr. 16.859, p. 271.

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