Arrh. mit. LL. 102't
porter leurs troubles dans la vie des vassaux de l'abbaye. En i i5a, un seigneur du voisinage, Etienne de Macy, à la suite probablement de bien d'autres entreprises du même genre, s'était emparé d'un bomme de corps de l'abbaye, nommé Ingelgran, qui avait creusé un fossé près dun grand cbemin sans son autorisation, et l'avait fait jeter dans ses cachots. L'abbé Geoffroy en appela au Roi. Devant le tribunal suprême Etienne soutint que toutes les terres situées hors d'Antony et ses dépendances lui appartenaient par droit de voirie, que lui avaient légué ses ancêtres. Après des enquêtes et des discussions prolongées, un jour fut fixé pour terminer cette affaire. Etienne de Macy se présenta, amenant avec lui son champion. Les frères Renard et Philippe, religieux de Saint-Germain, y comparurent également avec leur champion au nom de leur abbé. Les parties ayant exposé leurs raisons et n'ayant pu s'entendre, les juges royaux, Guillaume de Gournay, Regnault de Beaumont et Bauldouin de Flandres, prévôt de Paris, décidèrent de terminer ce différend par un duel judiciaire. Les champions se battirent courageusement : celui de Saint-Germain enleva l'œil de son adversaire, le renversa sur le sol et l'obligea à se déclarer vaincu; en vertu de quoi les droits de l'abbaye furent proclamés. Mais ce jugement ne suffît pas pour rétablir la paix entre les deux parties que nous retrouvons la même année avec le même appareil devant les mêmes juges ; il s'agissait de quelques droits d'alignement qu'Etienne de Macy prétendait avoir au village de Paray, dépendant de l'abbaye. Les religieux étaient là avec leur champion; mais Etienne de Macy, se défiant sans doute de la justice de sa cause, partit sans laisser de gages ni de champion ; l'affaire fut donc encore une fois terminée en faveur de l'abbaye. Ce procès vint clore le série des difficultés qu'avaient suscitées aux religieux les compétitions des seigneurs du voisinage. Quelques années plus tard, nous voyons un parent du chevalier Etienne, Jean de Macy, renoncer, en présence du Roi, aux droits qu'il prétendait avoir dans les bois d'Antony. Louis Vil confirma, par une charte datée d'Étampes (1168), cette concession qui mettait un terme aune longue période d'hostilité'.
En 12^8, l'abbé Thomas de Mauléon traita avec ses vassaux d'Antony, et, au mois de juin, fit proclamer la charte de manumission.
!. Arrh. nat. K. î'i. n° 16; LL. to'?'i. p. 3q.
Comme cette charte, conservée aux Archives nationales, présente pkisieurs particularités intéressantes au sujet des libertés accordées et des servitudes imposées, nous allons donner le résumé de ses différents articles :
1° Les habitants sont déclarés exempts delà mainmorte, du formariage et de la taille à plaisir, moyennant l'engagement de payer aux religieux une rente annuelle de loo livres parisis au lendemain de la Purification de la sainte Vierge ;
2" Ils choisiront six d'entre eux pour asseoir cet impôt sur chaque particulier habitant dans la localité et ses dépendances. Ces six délégués devaient jurer devant l'abbé de Saint-Germain-des-Prés ou le prieur d'Antony de faire l'assiette de l'impôt avec justice et droiture. Cette élection se faisait en l'octave de la Nativité de la sainte Vierge ;
3" Si les habitants ne procèdent pas à l'élection au temps fixé, l'abbé de Saint-Germain pourra faire faire l'assiette de l'impôt, soit par le prieur d'Antony, soit par des hommes que ledit prieur trouvera aptes à cette fonction ;
4° Si un imposé refuse ou diffère de payer sa quote-part, le prieur enverra son serviteur pour opérer la saisie des biens du délinquant ;
5° Si quelqu'un aliène une propriété, l'acquéreur devra s'engager à la posséder avec ses servitudes malgré les privilèges qu'il pourrait avoir ;
6° Il est défendu à qui ce soit des habitants d'établir une commune à Antony ou de faire partie d'une commune étrangère sans le consentement de l'abbé ou de ses successeurs ;
7" Les habitants d'Antony, d'âge compétant, seront tenus de repousser, à la requête du prieur, la violence qui serait faite à la personne ou aux biens de l'abbé de Saint-Germain, leur seigneur, comme de bons et fidèles sujets, et de défendre les religieux contre toute espèce d'injures;
8" Les habitants d'Antony, d'Igny (Aquse Morluœ), de Massy, de la Petite-Collerie (de parvo Colorio), porteront leurs vendanges aux pressoirs des religieux. Les gens d'Antony et de la Petite-Collerie paieront deux setiers par muid de mère goutte ; ceux d'Igny et de Macy, un setier par muid, et tous, le tiers du pressurage;
9° Les gens d'Antony fourniront des draps et des matelas à l'abbé et
à sa suite, lorsqu'il passera la nuit en ce lieu. Ils en feront de même pour la grangier tout le temps qu'il lui sera nécessaire de séjourner à Antony pour veiller sur la grange ;
lo" Les religieux devront avoir ban de vin à Antony, droit qui consistait dans le privilège de vendre en monopole deux tonnes de vin. La première était mise en vente depuis la veille de Pâques jusqu'à la veille de la Pentecôte ; chaque habitant était obligé d'en acheter au moins un setier au prix légal; si, la veille de la Pentecôte, il restait encore du vin dans cette tonne, il n'était plus permis de le vendre en vertu du ban de vin. La seconde tonne devait être mise en vente la veille de la Pentecôte, et le ban durait tant qu'il y avait du vin dans la tonne;
II" Personne ne pourra vendre de pain qui n'aura pas été cuit au four banal et dont le blé n'aura pas été moulu au moulin des religieux sous peine de la confiscation de la marchandise. 11 y aura exception les jours de dimanche, où on pourra vendre toute espèce de pain, pourvu qu'elle soit conforme aux règlements; dans ce cas les marchands devront payer aux religieux un droit de deux deniers sur une vente de quarante livres ;
12° Tous les trois ans, les habitants devront curer le cours du ruisseau, depuis l'écluse de la Ville-Haymon jusqu'au moulin; ils feront ce travail lorsqu'ils en seront requis. — Les gens d' Antony feront les foins des prairies du Breuil (de Brolio) ; ceux de la Ville Ilaymon ' les transporteront à la ferme d' Antony avec leurs bêtes de somme. Le prieur d'Antony donnera du pain et du vin en quantité suffisante aux charretiers qui conduiront ces foins. Les habitants d'Antony qui possèdent des bêtes de trait devront travailler pendant quatre jours aux cultures des religieux, savoir : au premier labour, pendant un jour, jusqu'à l'heure de none, de môme au second labour, pour couvrir les semailles dliiver, pendant un jour, jusqu'à l'heure de vêpres ; et enfin pour les labours de mars, pendant un jour, jusqu'à l'heure de none. De plus, lorsqu'ils en seront requis, ils conduiront à la grange d'Antony, avec leurs charrettes et leurs chevaux, les gerbes provenant de la récolte. Le jour où ils accompliront ces différentes corvées, le prieur d'Antony leur fournira du pain et du vin en quantité suffisante, et pour les labours de mars, il paiera trois deniers par charrue ;