‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-PrésChapitre 2 sur 168 · P. Viollet, op. cit · texte numérisé non relu

P. Viollet, op. cit

maître, constituait ce qu’on appelait le domaine ; l’autre, distribuée entre des personnes plus ou moins dépendantes, formait ce qu’on désignait sous le nom de tenures.

La première était seigneuriale à l’égard de la seconde, qui restait perpétuellement soumise envers elle à des obligations de différents genres.

Si les tenures étaient grevées d’obligations libérales, elles étaient nobles, possédées par des vassaux et se nommaient bénéfices.

Les tenures grevées d’obligations serviles étaient ignobles, Elles se trouvaient entre les mains de colons, lides, serfs, et on les désignait sous le nom de censives.

La terre salique était la terre attachée au principal manoir ; c’était le domaine lui-même. Cette terre n’était donnée ni en bénéfice, ni en censive ; le maître l’occupait lui-même en la faisant cultiver par ses gens.

Bénéfices et fiefs

Le bénéfice était un usufruit mettant celui qui en jouissait dans la dépendance personnelle du propriétaire, auquel il prêtait serment de fidélité et dont il devenait l’homme. Le propriétaire prenait alors le nom de seigneur, et l’usufruitier, celui de vassal. Le bénéfice n’avait ce titre que par rapport au possesseur; pour celui qui le concédait, c’était un alleu.

Le bénéfice, d’abord précaire, révocable, puis viager, finit par devenir héréditaire et prendre le nom de fief : feodum, Jeudum, fevam. Ces deux termes sont accouplés dans plusieurs documents des XIe et XII8 siècles. Un scribe du XIe siècle nous laisse cette précieuse observation : beneficium quod vulgo dicitur feudum. La conversion des bénéfices en fiefs s’est accomplie dans une période de 5 siècles. On trouve des fiefs en Bourgogne, au XI° siècle, mais, par contre, il n’est pas rare de rencontrer, en France, des bénéfices viagers, au

XIe siècle. Il y en eut en Angleterre jusqu’à la fin du XIIIe siècle1.

Les évêques accordèrent aussi à des ecclésiastiques des biens d’églises en bénéfices, c’est-à-dire en usufruit.

Fiefs divers

Les seigneurs inféodaient, donnaient en fiefs les offices les plus humbles et les métiers manuels. Les cuisiniers, les meuniers étaient des feudataires d’une certaine espèce, qui juraient fidélité et qualifiaient de fief leur cuisine, leur moulin, pour lesquels ils étaient tenus à redevance.

Ils concédaient aussi à titre de fiefs leurs droits utiles, tout ce qu’ils avaient à prélever sur les personnes et les terres. Ainsi un vassal du comte de Champagne tenait de lui, en fief lige, la moitié des abeilles qu’il trouvait dans les bois.

Ils inféodaient encore des objets et des revenus dont ils n’avaient pas le droit d’être les détenteurs, comme des dîmes ecclésiastiques, des églises, des chapelles, des abbayes, des évêchés.

A partir du XIIe siècle, l’usage s’établit de donner en fief : une somme d’argent, une rente, une pension perpétuelle à prélever sur le trésor seigneurial ou sur une recette déterminée. A côté du fief-terre, du fief-office, se plaça le fief-argent. Les seigneurs cherchèrent ainsi à multiplier leurs vassaux, sans compromettre l’intégrité de leur domaine territorial. Par le fief-office, ils se procuraient les administrateurs, les percepteurs et les juges nécessaires à l’exercice de leur pouvoir ; par le fief-argent ils augmentaient leurs forces militaires et trouvaient contre leurs ennemis des défenseurs dans le vasselage pensionné ou soldé2.

1. P. Guérard, Prolégomènes du cartulaire de Saint-Père de Chartres. — P. Viollet, op. cit.

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