Id.., LL. n46, p. 64i
21 juillet, de midi jusques à vespres ; Jehan de Puigirauds’y transporta en personne ; Olivier Levraud s’y fit représenter par Jehan, son fils. Celui-ci ne voulut pas entendre raison. On ne trouva d’autre moyen de trancher la difficulté que de mettre l’immeuble contesté en la main du roi et d’ajourner les parties (2 septembre).
Le procès traîna en longueur. Le prieur de Naintré et Olivier Levraud comparurent maintes fois devant le conservateur des privilèges de l’université, soit en personne, soit par l’intermédiaire de leurs procureurs, Huguet Dorin et Jehan Charlet. Enfin, le 1 4 janvier i55<), il y eut une enquête et on entendit plusieurs témoins.
Moreau Jouyn, paroissien de Naintré, âgé de 83 ans, environ, dit qu’il connaît l’immeuble en litige ; il en a joui à diverses reprises. À sa connaissance, les prieurs de Naintré, Bélin et de Lion (?), en ont toujours perçu les fruits par eux, ou plus ordinairement, par leurs fermiers. Il soutient qu’Olivier Levraud n’a aucun droit sur ceste terre. Cependant, il raconte qu’il s’occupait une fois à labourer ce terrain, lorsque vint à passer Jehan Dintay, allant au gibier. Il lui affirma que cette terre lui appartenait et qu’il en récoltei'ait le blé qu’il y sèmerait. Il ajouta qu’il n’en fit rien.
Jehan Menuau, de Naintré, âgé de 75 ans, dépose qu’il ne sait pas d’une manière certaine quel est le propriétaire de cette terre. Il ne faut pas s’en étonner, car il a esté touzjours aulx moulins et autres besongnes et n’a guère vacqué au dit lieu de Naintré.
Perrot Juliot, âgé de 60 ans, connaît la pièce de terre depuis environ 3o ans. Il a toujours vu le prieur de Naintré recueillir les fruits de ce terrain. Néanmoins, une année dont il ne se récorde pas bien, feu Lineteau de la Bartonnalière laboura cette pièce, mais il bailla son droit de labourage à frère Pierre Josseaume, prieur alors du dit prieuré. Il n’a jamais vu personne s’opposer a la levée des fruits qu’en fait le prieur.
Jehan Ducas, 60 ans, paroissien de Naintré, affirme par serment qu’il ne sait à qui appartient cette terie.
Perrot Savary, laboureur, dépose qu’il a toujours entendu nommer cette pièce de terre le petit Corpin au prieur.
Jehan Martin, laboureur, âgé de 60 ans, ou environ, raconte qu’il connaît bien le terrain litigieux, et qu’un nommé Josseauuxe la lui donna à labourer, après lui avoir montré un gros esbaupin, servant de devise. L’année qu’il le labourait vint Olivier Levraud, escuyer, o temps de meslives, au moment où lui, témoins, amassait le blé. Le dit escuyer n’y mist oncques empêchement.
Jehan Bastart, âgé de 4o ans ou environ, dit qu’il connaît la terre en qxxestion et que du temps de frère Pierre Josseaume, il la laboura avec une autre pièce attenante appartenant à Olivier Levraud, escuyer. Un jour, dont il ne se récorde, lui qui parle, cultivant les dites terres, se présentèrent alors
frère Pierre Josseaume et Olivier Levraud. Ils lui firent tirer une raie par manière de devise entre les terres du prieur et du dit Levraud, à partir d’un gros esbaupin, sur la fontaine Saint-Germain. Il a toujours vu les prieurs e cueillir les fruits de cette pièce de terre.
Mathurin Bouer, laboureur, âgé de 35 ans, dit qu’il travailla en la dite ièce, à la journée, aux temps de mestives, avec Jehan Bastart. Celui-ci lui montra la devise entre les terres du prieur et du dit Levraud. Elles étaient outes les deux en froment. On mit les gerbes du prieur, d’un côté et celles du sieur Levraud, de l’autre. Ce qui appartenait au prieur fut mené en sa grange.
Jehan Mathe, le jeune, déclare qu’il connaît la terre en question et qu’il ne fut oncques de sa mémoire qu’il la vist exploiter aux prieurs de Naintré. Une année, dont il ne se récorde pas, frère de Lyon la voulut bailler au père de lui qui parle, mais il la refusa pour ce que il n’avait lors point de bœufs. Les prieurs en ont toujours recueilli les fruits ou la dixme.
Jenin Lepage dépose que du temps au nepveu du prieur de Lyon, lequel estoit prieur, il vit le père aux Lineteaul de la Barthonnalière qui labourait la terre en question. Il entendit le prieur affirmer qu’elle était sienne et Jehan Dintay la réclamait aussi. Sur ce débat, lui qui parle s’en alla et lessa les dessusdils en celles paroles. 11 ouyt dans la suite que le prieur avait gagné et eu la levée.
Johanne, femme de feu Philippon Cousturier, diligemment interrogée, déclare qu’une année dont elle ne se récorde, elle demourait par service avec ledit Levraud, escuyer. Elle fut à la dite terre avec dame Ka terme d’Alongira, sa femme. Cette terre est prest le clouz du prieuré et tient à la terre de Lineteau. Elle aida à départir les gerbes de fourment. Fors icelle année, elle a toujours vu l’escuyer prandre et lever la dite terre.
Perrin Savary, âgé de 4 o ans, dépose qu’il a vu labourer la dite terre à Pierre Fouasson et à Yeri Yergier, mes qu’il ne sut pas bien à qui en appartenaient les levées, ni à qui appartient la dite terre, mes qu’il sut bien que le dit escuier en a un lospin qui touche à la terre susdite dont il est question.
Es tienne Lineteau, âgé de 70 ans, dépose qu’il a vu Gillet Audrin et Pierre Fouasson labourer la terre contestée, comme fermiers de Levraud. Il ne sait si le prieur de Naintré avait une propriété à cet endroit.
Après avoir entendu les témoins à charge et à décharge, considéré les raisons de part et d’autre, invoqué le nom de Dieu, les arbitres choisis pour trancher cette affaire, François Jarnon et Guillaume Moreau, prêtres, se prononcèrent en faveur du prieur de Naintré et de ses successeurs. Ils reconnurent que leCorpin lui appartenait. Le sieur Levraud avait huit jours pour accepter ou rejeter cette sentence. S’il ne voulait pas reconnaître cette décision, il devait payer cent sols d’amende
à Jehan de Puigiraud. Il fut admis que le petit Corpin contenait sine boicelées et qu’un gros esbaupin planté en ce lieu servirait à fixer les limites des possessions appartenant au sieur Levraud et au prieur de Naintré (27 juillet i4&9) *•
En 1 464» Jehan de Puigiraud se plaint amèrement de la malveillance de quelques habitants de Naintré. Il avait sur la rivière du Clain, à Moussay, une écluse, droit de moulin et des boucheaux où il prenait beaucoup de poisson. La chaussée qui formait l’écluse se terminait au pré d’un nommé Magnier (?). Des malfaiteurs parmi lesquels on avait vu Andry Chaille, eschevin de Poitiers (?), son fils Pierre, Guillaume Arnauldeau, Jehan Richart, l’aîné, et Jehan Richart, le jeune, Perrin et Jehan Pleignart, Pierre Glaveurier, se transportèrent sur les lieux, creusèrent un grand fossé et rompirent la digue. L’eau ne coula plus aux boucheaux et les poissons ne tombèrent plus dans le filet. Le prieur de Naintré éprouvait ainsi un dommage de plus de cinquante livres. Il alla faire des remontrances aux coupables; mais ils ne voulurent oneque oyr, ni écouter. Un procès fut engagé. En sa qualité d’escolier de l’université de Paris et comme membre de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Jehan de Puigiraud obtint que l’affaire fut portée au Châtelet de Paris (26 janvier 1 463). Le 18 août de la même année, il formula une complaincte judiciaire devant Aymer de Morry, licencié en loix et juge de Châtelleraut, pour le comte du Maine, vicomte de cette ville, et fit adjourner les délinquants au Châtelet, pour le 20 octobre. Autant que nous le savons, ils ne répondirent point à cet appel. Nous ignorons quelles furent les suites de cette affaire et si le prieur de Naintré obtint pleine satisfaction. Nous lisons, à la date du 20 janvier 1462, que Jacques de Villers, seigneur de l’Isle-Adam, conseiller, chambellan du roy et garde de la prévôté de Paris, commissaire gardien, conservateur général, donné aux maistres régens et escoliers, estudiant en l’université, accorda à Jehan de Puigiraud des lettres de sa sauvegarde et commanda aux officiers royaux, péagins, traversiez, gardes des ports, ponts, portes, passages et collecteurs de taille de veiller sur lui et ses familiers *.
Le maire et les eschevins de Poitiers possédaient une dîme à Naintré. Ils prétendirent que Jehan de Puigiraut, messire Jehan Jamon, curé
1. Arch. nat., S. 3969, registre, pp. 38-35. 3. Jd., S. 39G9.
de Naintré, le curé de Beaumont et son vicaire, leur avaient dérobé plusieurs gerbes de baillarge, dans quelques pièces de terre où ils avaient droit de dixmage. Les accusés furent condamnés par Loys de Cressol de Florensac, séneschal du Poitou, et se soumirent à la sentence (8 juin 1 466) *.
Jehan de Puigiraud, prieur de Naintré, et Guillaume Merlin, escuyer, seigneur de Froncilles, avaient en commun la dixme des Vallets. Le premier prélevait 4septiers de froment, mais il devait fournir une maison ou grange pour mettre tous les blés, vins et potaiges de cette dixme, comme le faisaient ses prédécesseurs. L’ancienne grange avaitelle disparu ? C’est à présumer, car Guillaume Merlin demanda au prieur d’en faire construire une à Corset, à la place de celle qui y existait jadis. On pouvait craindre un procès. Pour le bien de la paix, les intéressés se transportèrent en la cour du Seil (ou Scel) de Châtellerault, où la justice se rendait au nom de très haut et puissant prince, monseigneur le comte du Maine, vicomte du dit lieu. Il fut convenu que Jehan de Puigiraud ferait construire une grange suffisante, dans l’espace de trois ans. Le sieur Merlin devait en avoir une clef, pendant les mestives, et la rendre ensuite. En attendant, le prieur de Naintré était obligé de fournir un local pour recevoir les dixmes. A cette seule condition, il pourrait prélever quatre septiers de blé. Si la grange n’était pas construite dans un temps déterminé, il était loisible au dit Merlin de refuser au prieur l’avantage dont il jouissait (ao novembre i466)1 2.
Jehan de Puigiraud était aussi prieur de Bellenoue 3 4. C’est en cette qualité qu’il comparut, le i3 avril 1470, devant Anthoine Thibault, escuier, grenetier du grenier à sel, établi à Loches, commissaire sur le fait des francs fiefs et nouveaulx acquetz faits par gens d’église et non nobles en pais et conté de Poictou et ressors d’icelluicy, et Anthoine Gendrot, licencié en loix, commis de Pierre Gendrot, escuier, seigneur des Roches, aussi commissaire des francs fiefs. Il fit bon et loyal serment et déclara que, depuis le temps de cent ans, il n’avait rien été donné, légué ou aulmosné au dit prieuré \