‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-PrésChapitre 65 sur 168 · Caution ou défense · texte numérisé non relu

Caution ou défense

de sonner au dit prieur. Si ce dernier va avec le curé, il prendra la moitié de ce qui a coustume d’être perçu pour cette dernière onction. S’il n’y va pas, ni quelqu’un des siens, le curé prend tout. Personne n’a droit de faire un service à note, dans l’église de Naintré, sans y appeler le prieur ou ses commis. Messire Jehan Frommageau fut condamné par l’official de Poictiers pour ne point s’ètre conformé à cette règle. Le prieur a toujours coustume de dire la dernière messe à note, excepté aux enterrages et obsèques, esqueulx enterrages le curé chante la dernière messe parce qu’il a la charge de faire ledit enterrement. Le prieur célèbre les dernières vêpres de la Toussaint, après lesquelles le curé commence les vêpres des morts. Les anciens curés : Guillaume Symonneau, messire Jehan Barreau et Philibert Lebeau n’avaient mis aucun destourbier ou empeschement à la joyssance de ces droits.

2. — Barlhomé Babin, prêtre, âgé de 4o ans, est originaire de Naintré et réside à Coursée depuis 12 ans. Il a exercé quelque temps les fonctions de vicaire dans cette paroisse. Après avoir confirmé les déclarations du précédent témoin, il ajoute que le prieur a droit de dire ou de faire dire par son commis les vêpres aux quatre fêtes annuelles : Noël, Pasques, la Pentecôte et la Toussaint. A cette dernièi’e fête, lors que le prieur a terminé les compiles, le curé commence les vêpres. Le prieur a aussi la faculté de prendre la moitié des offrandes de toutes les nopces qui se font en l’eiglise de Naintré et des autres offertes qui se font es chapelles estans en la dite paroisse. Lors qu’il était vicaire de Naintré, il espousa une jeune fille à la chapelle de Clanay, paroisse de Naintré. L’offrande qu’on fit à ceste occasion fut mise dans un soupeau1 de la chapelle, et départie ensuite par moitié entre lui et le prieur.

3. — Jehan Mignon, charpentier, a toujours eu sa résidence et demorance en la paroisse de Naintré. Il habite au bourg de Corsée. Agé de 60 ans, il connaît le prieur de Puigiraud depuis 3o ans. Il déclare qu’il a droit de chanter ou faire chanter la messe aux quatre grandes fêtes annuelles et de commencer les vêpres.

4. — Jehan Grange, laboureur, demeure à Corsée et est âgé de 60 ans. Il affirme que le prieur a droit de prendre la moitié des mortuages. Lui les a payés par moitié au prieur et au curé, lors qu’il a perdu deux enfants. Des voisins lui ont dit qu’ils avaient toujours agi de la sorte.

5. — Cristofle Sigoigneau, clerc, demorant au bourt de Naintré, se dit âgé de 26 ans ou environ. Originaire de Courbon, évesché de Luçon, il habite depuis six ans avec le prieur. Il a ainsi vécu en sa compagnie, deux ans, au lieu de Bellenouhe et, quatre ans, à Naintré. Par le commandement de Jehan de Puigiraud, depuis quatre ans, il a perçu plusieurs fois les droits de mortuages, notoirement des Chenaulx et Caillaux, demourans ou village de la Tour Savari, paroisse de Naintré; de Joachin Fouquet, demorant près l’oustel de Veloux, assis en la paroisse, et mesmement d'une

i . Soupeau ?

nommée la Goulête, demorant au pont d’Eslrée, et de plusieurs autres des noms desqueulx, il n’est de présent recors, et ce voiant et sachant le vicaire du défendeur. Aussi depuis le dit temps de quatre ans a vu et sceu que le dit demandeur, comme prieur, a droit et a acoustumé d’avoir, prandre et percevoir la moitié du devoir deu pour raison du sacrement de unction, et lequel devoir, il, dépposant, depuis le dit temps de quatre ans, une foiz a levé, receu pour et nom du dit demandeur, en la compaignie du vicaire du curé, qui lors était messire Philibert Lebeau et ung nommé Archambault de Glanay (?) demorant en la dite paroisse. Il a vu son maistre lever plusieurs fois ce droit des nommés Jehan et Thomas Ricardons, héritiers de feu Jehan Ricardon, le père, et de Jehanne, famé du dit Ricardon, et de Catherine, leur fille, tous demorant ou dit bourg de Naintré. Le prieur a droit de faire dire ou dire des trois messes en note, les deux dernières. Aux quatre grandes festes annuelles, il a droit de célébrer par lui ou ses commis. Depuis quatre ans, il a toujours vu le prieur joyr paisiblement de ce privilège. A la Toussaint, dernièrement passée, le sieur Boudault a voulu empescher frère Jehan Chuppin ou Chopin religieux et commis du prieur, de commencer les vespres ; il a fait un grand tumulte en l’esglise.

6. — Jehan Petil, texier, est âgé de 5o ans, a toujours habité la paroisse, dont il est natif. Il déclare que le prieur a droit de prendre la moitié de ce qui est perçu pour la dernière onction, et la moitié des devoirs deus pour raison des mortuages des corps entrés en l’eiglise et cymetière de Naintré. Il y a dix-liuit ans qu’il a payé la moitié de ces droits au prieur, et à messire Janon, alors curé.

7. — Frère Jehan Chuppin, ou Chopin, religieux de l’ordre de monseigueur de Saint-Benoist, âgé de 3o ans, vit depuis quatre ans avec le prieur. Il dit que ce dernier a droit d’être appelé à tous les services, lui ou ses commis. S’il y a trois messes à notes, ses commis et lui ont droit de célébrer les deux dernières. Le curé allant mettre quelqu’un en unction doit prévenir le prieur ou son commis. L’un d’eux l’accompagne pour l’aider à bailler le dit sacrement de unction. Ils perçoivent, pour ce, deux sols qu’ils partissent par moitié. Le prieur a droit de dire ou de faire dire par son religieux vespres aux quatre grandes festes annuelles, mesmement à la feste de la Toussaint. Depuis quatre ans, il a toujours vu le prieur jouir paisiblement de ce privilège jusqu’à la Toussaint dernièrement passée. Lui, frère Chuppin, sur l’ordre du prieur, revestit la chappe et commença vespres. Le curé Boudault les commença aussi et fit grand bruit et scandalle dans l’eiglise.

8. — Colas Mignon, laboureur à braz, demeurant au village de la Bartonnalière, est âgé de 60 ans et natif de la paroisse de Naintré, où il a toujours résidé. Il connaît le prieur depuis 35 ans, et sait qu’il a droit de prendre la moitié du mortuage. Il y a un an, il était présent lorsqu’un nommé Jehan Grange le lui paya pour une sienne fille.

9. — Jehan Dupin, mosnier au moulin de Domine, en la paroisse de Naintré, déclare que, depuis 20 ans, il a fait enterrer au cimetière de la

paroisse quatre de ses enfants, sa mère Jehanne Popeline, et son oncle. Colin Popelin. Il a toujours payé la moitié du mortuage au prieur.

io. — Meri Mesmin, laboureur à bœufs, demorant à Chef-de-Ville, et Pierre Alart demerant à Corsée confirment tout ce qui a été dit.

Jehan Boudault, voyant sa cause compromise, se laissa contumacer pour éviter de plus grands despens. Il n’assista qu’aux premières dépositions.

Maurice Claveurier, commissaire gardien et conservateur général des privilèges de l’université de Poictiers, après avoir pris l’advis de plusieurs hommes saiges, es invoqué le nom de Dieu, il déclare par sentence et jugement que le dit Boudault, par ses deffauts et contumaces, n’est plus à oyr, ni à recevoir. Il le déboute et fortclut de toutes et telles deffences qu’il avait et pouvait avoir au contraire. Et en ce faisant, il déclara que à bonne et juste cause, le dit demandeur c’est dolu et complainct, que à tort et sans cause le dit deffendeur c’est opposé et a prins la deffense de Cailler et Laquest. Il maintient et garde par ses présentes le dit prieur demandeur et complaignant en ses dix droits, saisines et possessions par lui dessus prétendues et alléguées. Il lève la main du roy apposée sur les choses contencieuses. Il condapmne le dit Boudault, deffendeur, es despens dudit demandeur par lui faits et à faire en ceste cause. Il donne commandement au premier sergent sur ce requis de mettre ces lettres à exécution et à d’ajourner par devant lui en la court de l’université, à certain jour et compétent, le curé de Naintré pour voir tauxer les despens exigés par le demandeur, le 22e jour de septembre de l’an i485.

Le lendemain, 23 septembre, le sergent royal, Léonard du Planche, signifie cette sentence à Jehan Bonnault, procureur de Jehan Boudault, qu’il trouva au palais de Poictiers.

Les dépens furent fixés à 3o livres, 5 sols, un denier, le 16 novembre i485. Après avoir manifesté le désir d’appeler de cette sentence, le sieur Boudault fit savoir qu’il y renonçait (16 décembre 1 485).

La sentence était passée en chose jugée et exécutée depuis cinq ans. Le curé de Naintré l’avait lui-même approuvée, puisqu’il avait payé les despens. Cependant quatre ans plus tard, avril 1489, il demanda et obtint des lettres de la chancellerie du roy lui permettant de faire

appel de cette décision, contrairement à la coutume du Poitou qui le défendait après an et jour.

Dans sa complainte, Jehan Boudault disait qu’on l’avait condamné comme contumace et défaillant, lui à qui on ne prenait pas la peine d’assigner les jours où il devait se présenter devant son juge. Pour ce, il avait été condamné à grant somme de deniers.

Il affirmait que le prieur l’empêchait de percevoir sur ses paroissiens ses droits ou revenus. Il maintenait avoir droit d’aler par le cimetière de Naintré réciter le ne recorderis, de prandre la dixme des novalles, des vins et oblacions et toutes les chandelles offertes au-dessoups des ciultiers de Notre Dame et de Saint-Germain.

11 réclamait la jouissance et possession de la moitié de dix derniers de fouage, de io sols, six deniers et une polie qu’il prétendait être dus par la paroisse de Naintré. Symon Herbert, licencié en loix, conseiller du roy, conservateur des privilèges de l’université de Poictiers, le débouta de ses prétentions, le 21 octobre 1490.

Il le fit adjourner pour se voir tauxer à payer les despens qui furent fixés, le i3 décembre, à la somme de 18 livres, 5 sols, quatre deniers.

Le 27 décembre, Guion Olivier, sergent ordinaire du roy, en la senéchaucie de Poictiers, notifia cette sentence au sieur Jehan Boudault. Celui-ci, bien qu’il n’y eût pas d’opposition possible, répondit qu’il ferait appel. Sur ce, le sergent saisit le temporel du curé et commit pour l’administrer, Mathurin, Mathé Boucher et Bartholomé Giraud. Le revenu de ces biens devait servir à payer ce qui était dû au prieur de Naintré.

Six mois s’étaient écoulés et on touchait à l’époque de la moisson II déplaisait à Jehan Boudault de voir les fruits de sa terre sous séquestre. Après avoir réfléchi au moyen de lever cette entrave, il croit l’avoir trouvé et emploie une nouvelle précédure. Mathurin Richart, prêtre, se transporte à Chatellerault, en son nom et comme son procureur, et prie Guillaume Regnier, huissier et sergent du roi, d’ajourner par devant les assises Jehan de Puigiraud et les commissaires préposés aux biens séquestrés, leur défendant de rien innover pendant le procès (10 juillet 1 491)-

Le prieur de Naintré ne se laisse point déconcerter par ce coup inattendu. Le i3 juillet, il obtient du roi une lettre scellée du grand sceau, en cire jaune, à simple queue, renvoyant l’affaire devant le parlement, dont elle relevait régulièrement. Simon Herbert, conservateur des pri-

vilèges de l’université, convoqua les parties en sa présences et chargea Loys Roullevin d’administrer le temporel curial. Jehan Boudault, persuadé plus que jamais que sa cause était mauvaise, renonça à toute action judiciaire.

Le 3 août (1491), Mathieu Richart l’affirma, en son lieu et place, devant Guillaume Régnier, huissier, sergent du roi, Guillaume Gaultier, Mace Boucher et Jehan Devault.

Après avoir été sommé de rendre ses comptes, le 19 septembre 1491, le sieur Roullevin fut condamné à payer à Jehan de Puigiraut 18 livres, 5 sols, quatre deniers tournois, 23 décembre 1491-

Laurent Lucas, conseiller du roi, conservateur des privilèges de l’université de Poictiers, le taxa en outre à payer les despens qui s’élevèrent à la somme de cent ung sols, 6 deniers tournois, le jeudi 22 mars 1492 *.

Une pièce de vigne tenant h la grange au prieur devint un objet de litige et de contestation. Jehan de Puigiraud en avait cédé la jouissance à François Jamon, sa vie durant. Celui-ci lui avait donné en retour l’usufruit du petit Corpin. Lorsque F. Jamon permuta sa cure avec un nommé Belin, le prieur de Naintré rentra en possession de sa terre. Plus tard, Philibert Lebeau, mal informé sans doute, accusa Jehan de Puigiraud d’avoir usurpé les biens de la cure. Un procès s’engagea, que Jehan Boudault songea à poursuivre, dès son arrivée à Naintré. Cependant sur l’advis de leurs parans et amis, et pour obvier aux jugements des hommes toujours douteux, les parties passèrent l’accord suivant. Le prieur conserva cinq brasses de la pièce de vigne, du côté de sa grange. Le surplus fut délaissé au curé. Celui-ci céda à son tour à Jehan de Puigiraud la moitié du petit Corpin, qui contenait en tout huit boisselées. Des murs de six pieds de haulteur, sans le chapeau, devaient être élevés à frais communs, pour séparer ces héritages, 12 may i484 a-

Il nous reste à parler de deux incidents d’un caractère spécial. Ils nous prouveront que le temps n’améliorait pas les relations entre le clergé paroissial et le prieur de Naintré. Jehan de Puigiraud avait reçu jadis de l’abbé de Saint-Germain quelques reliques de saint Thuriève

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