Abbé de Cognac, op. cit
annuellement de ses sujets et vassaux 4oo livres et quingentas gallinas, nous dit un manuscrit 4.
Le 3 décembre i54a, Alain de Sainte-Maure fournit un dénombrement de son fief au cardinal de Tournon, abbé de Saint-Germain-des- Prés. Ce dernier lui ayant demandé plus de détails, il répondit, le 20, qu’il agirait comme ses prédécesseurs. Cependant, le 20 avril i543, il présente un aveu très détaillé, mais il proteste que c’est pour cette fois seulement, car il ne veut point s’imposer des charges nouvelles 3.
Alain de Sainte-Maure épousa Françoise-Anne de Ponthieu, dont la sœur Jacquette s’était mariée à Pons de Polignac, sieurs des Roys, en la paroisse de Fontaines. Toutes les deux étaient filles de Louis de Ponthieu, seigneur des Touches de Périgny. Les de Ponthieu étaient protestants ; nous ne savons si, dès cette époque, le seigneur de Jonzac avait embrassé les nouvelles doctrines ; car il mourut en i558, avant les premiers troubles. Son fils aîné, Jean, né en i55i, avait sept ans à la mort de son père. Il eut d’abord, pour tuteur, Antoine de Sainte-Maure, son oncle, seigneur de Réaux et de Mosnac, puis Pons de Polignac, son oncle maternel. Ce fut sans doute l’influence de celui-ci qui l’entraîna dans les rangs de l’armée protestante, en 1 568. Son château fut occupé par les troupes royales. La ville entourée de barricades assez primitives, construites à la hâte, était incapable de résister à un coup de main. C’est ce qui enhardit l’ennemi. Toute la Saintonge, d’après d’Aubigné dans ses Mémoires, était parsemée de petites garnisons qui s’attaquaient à chaque instant. Un jour, on se concerta pour aller un matin attaquer les quatre compagnies françaises et italiennes, logées et mal retranchées dans la ville de Jonzac. Elles ne purent résister aux milices commandées par des chefs tels que Boisrond ; de méchantes barricades, formées de planches et de tonneaux, furent bientôt enlevées. Les assiégés vaincus et dispersés furent passés au fil de l’épée par les vainqueurs altérés de sang et de carnage. Il n’y eut de sauvés que ceux qui parvinrent à se réfugier dans le château. Cette fois encore le parlement de Bordeaux prononça, le 16 mars 1670, un arrêt de mort contre 563 religionnaires, arrêt qui ne fut pas exécuté. Jean
1. Bibl. nat., ms. latin ia838, p. 173. Jonzacï dominus habet pro insignis canem venaticum celerem qui, a levitate, levrier vulgo dicitur. a. Arch. nat., S. 3967.
de Sainte-Maure figura parmi les personnes frappées de la peine capitale, avec deux de ses parents, Guy de Sainte-Maure, seigneur de Montauzier, et son fils, connu sous le nom de capitaine de Chaumont *.
La place de Jonzac, démantelée après un si cruel assaut, fut occupée à plusieurs reprises par les troupes de l’un et de l’autre parti , qui s’y livrèrent à toutes sortes de brigandages. C’est ainsi que Certon, gardenotes à Jonzac en 1574, nous explique qu’il a dû refaire tous les livres terriers, ce qui lui a donné beaucoup de peine et demandé beaucoup de démarches, parce qu’à l’occasion des dernières guerres advenues au royaulme de France, et mesmement au présent comté, les amphitéotes de haut et puissant Jehan de Sainte-Maure, monseigneur de Jonzac, ont été perdues par l’injure des guerres et troupes, incursions de gendarmerie, qui a séjourné, passé et passé par ce bourg et chastellenie du sir de Jonzac, et que les titres, instruments, baillettes, enseignes, pancartes, papiers, timbres, perdus parla prise de son château, ont été rompus, détruits, mis au feu par les soldats de la religion, par le gouvernement de plusieurs et divers cappitaines qui ont séjourné longtemps au chasteau *.
Jean de Sainte-Maure rendit hommage au cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain, le 26 mai i58o1 2 3 4. Il épousa Marguerite Dieuzaide de Montbasin et mourut en i584, à 33 ans, sans laisser de postérité. Sa soeur, Isabeau, lui succéda et prit le titre de dame de Jonzac ; mais ses droits sur la châtellenie, comme elle le fait connaître dans une déclaration du 3o juin 1594, étaient bien réduits. Sa mère, Françoise de Ponthieu, était usufruitière de la plus grande partie ; un sieur de Merville, créancier du précédent seigneur, jouissait d’une autre partie, par engagement, si bien qu’elle n’estime pas ses revenus à plus de quarante écus de rente. Isabeau de Sainte-Maure avait bien près de 4o ans lorsqu’elle épousa Jacques Levasseur, seigneur de Gongnée, Ludon et Sargots. Il rendit hommage, en 1604, pour la châtellenie de Jonzac ; l’année suivante, Isabeau de Sainte-Maure était séparée de corps et de biens avec son mari ; en 1607, elle était veuve *.
1. Mémoires d’Agrippa d’Aubigné. Charpentier, Paris, x 854 , P- 178 — Bulletin de la Société des Archives de Bordeaux, t. IX, p. 333. — Les capitaines Saintongeais au XVI • siècle, M. de la Morinerie.