Mémoires de Saini-Simon. t. III, p. 3gG
receveur des tailles à Saintes, qui négligeait de payer les droits de mutation. Le comte d’Aubeterre, sans plus attendre, fit saisir la terre de Saint-Germain de Yibrac, le 9 août 1714, et céda tous ses droits à Pierre Bérault, bourgeois de Paris, auquel il devait 12000 livres. L’acquéreur, vexé de cette mesure violente, voulut se venger. Il alla trouver les gens d’affaire du cardinal d’Estrées et promit de leur procurer les titres attestant que la terre de Saint-Germain de Yibrac relevait directement de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le cardinal, prévenu par cette déclaration, fit saisir à son tour la terre de Saint- Germain de Yibrac, le 18 décembre 1714. Il mourut peu de temps après, et le cardinal de Bissy lui succéda. Le comte d’Aubeterre lui adressa une requête et lui exposa l’injustice de la saisie opérée sur la terre de Saint-Germain de Yibrac, en le priant de mettre un terme à cette iniquité. L’éminent prélat examina sa plainte et lui accorda ce qu’il demandait, à condition qu’il fournirait un aveu de sa propre seigneurie dans un délai de 3 mois (16 décembre 1715) \
Pierre Bouchard, comte d’Aubeterre, mourut à Paris, le 16 janvier 1748, âgé de 81 ans. Son fds, Louis-Pierre-Joseph, né en 1695, est ce Jonzac dont Saint-Simon raconte le duel, au début de la régence. Il fut maréchal de camp et chevalier de Saint-Louis ; il choisit pour épouse, en 1713, Marie-Françoise Hénault, fille de Jean-Rémy Hénault, secrétaire du roi, et mourut à Bordeaux en 1760, ne laissant qu’un fils, né le 28 janvier 1714, Pierre-Charles-François Bouchard d’Esparbez de Lussan, marquis de Jonzac. Il fut gouverneur des provinces du Poitou, Saintonge et Angoumois, et lieutenant général en 1759. Il épousa Elisabeth-Pauline-Gabrielle Colbert de Seignelay. Cette dame était si charitable qu’elle répétait souvent ces édifiantes paroles : « Nous avons plus besoin des pauvres que les pauvres n’ont besoin de nous. » Pierre-Charles Bouchard d’Esparbez mourut en 1791, sans laisser de postérité. Ce fut le dernier seigneur de Jonzac.
Les douves qui entouraient le château de Jonzac avaient 10 mètres de profondeur et 7 mètres de largeur. Elles ont été comblées vers i85a.