CHAPITRE III
Les Causes et les Mécanismes des Déplacements d'Or
ASS D'août à décembre 1914
Deux courants différents se sont successivement manifestés dans les déplacements d’or engendrés par la guerre. Tout d’abord, pendant les cinq derniers mois de'1914, l’or américain afflue vers Londres ; à partir de janvier 1915, au contraire, l’or allié commence à refluer vers les places neutres, et surtout vers New-York, qui, plus tard, devient l’unique marché libre du métal jaune c’est-à-dire le marché où l’on peut toujours échanger du papier contre de l’or et à parité.
On voit s’amonceler dans les banques des réserves jusqu’alors inconnues. Comment s’expliquent ces deux ten. dances opposées ? Pourquoi, d’août à décembre 1914, l’or neutre's’est-il dirigé vers les places des pays alliés ? Pour le comprendre, il est nécessaire d'analyser briève-
hope
ment la situation qu'occupait la place de Londres au début de la guerre.
Dans les rapports financiers internationaux, Londres joue, depuis un grand nombre d’années, un rôle de tout premier plan. C’est à cause de cette prépondérance de la livre que l’or s’est dirigé vers le marché anglais, d’août à décembre 1914.
Le premier effet de la guerre a été, avant même que les hostilités fussent entamées, d’arrêter subitement le fonctionnement du crédit international dont Londres était le centre.
Dès le 27 juillet 1914, Londres cessait ses opérations d'acceptation et d’escompte du papier étranger. La gravité : de cette mesure s'explique d’elle-même, si l’on se reporte aux considérations qui précèdent, et si l’on envisage le fonctionnement du mécanisme de l’acceptation. Lorsqu’un exportateur américain tire une traite à trois mois sur son client anglais, qu’il l’a fait accepter à Londres par une maison d'acceptation ou une banque, puis escompter sur le marché anglais, il anticipe de trois mois le paiement de sa marchandise, et cette opération a une répercussion immédiate sur le change. En effet, grâce à l'acceptation, dès que la traite de l’exportateur est remise à une banque de New-York, cette dernière est en mesure de vendre du change à vue. Mais si le mécanisme de l'acceptation est soudainement paralysé, les banques américaines, si elles n’ont pas de fonds disponibles à Londres, ne peuvent plus vendre du change à vue, à moins d'exporter de l’or, et cela, même si les traites à échéance éloignée continuent d’arriver sur le marché.
Il en est de même, s’il s’agit d’une opération dans laquelle l’Angleterre ne soit pas directement intéressée. Une exportation de la Chine aux Etats-Unis, payable à
se a en
échéance de deux ou trois mois, se résume en un tirage immédiat de la Chine sur Londres, puis, à l’échéance, par une remise de New-York à Londres, ou un tirage de Londres sur New-York. Les marchés étrangers, pour toutes les opérations de crédit, en étaient arrivés à considérer le concours de Londres, comme un rouage indispensable de leur organisation normale. Il est évident que, Londres se retirant du marché international, le résultat devait être une demande inusitée de lettres de change sur Lon- * dres, accompagnée d’une disparition de l'offre.
Dès le 27 juillet, le chaos des finances internationales était donc extrême, et les divers pays du monde se trouvaient dans le plus grand embarras pour régler mutuellement leurs comptes. En effet, pour solder une dette à l'étranger, il ne peut y avoir que quatre moyens : on peut exporter de l’or, exporter des marchandises, exporter des titres, ou se faire ouvrir des crédits. Mais pendant quelques jours, vers la fin de juillet et au début d'août 1914, aucun de ces quatre moyens ne fut à la portée des pays débiteurs. L’exportation des marchandises était rendue sinon impossible du moins extrêmement difficile, à cause de l'insécurité des routes maritimes, et de la hausse des frets et des assurances. L’exportation de l'or, pour les mêmes raisons, devenait à peu près impraticable, et d’ailleurs un grand nombre de pays, à peine la guerre déclarée, mirent d’une façon plus ou moins déguisée, l’embargo sur les sorties de métal jaune. L’exportation des titres, bien que libre, était impossible, car les différentes Bourses furent fermées avant même que la guerre fut déclarée. La Bourse de New-York ferma ses portes le 30 juillet et le Stock Exchange de Londres l’imita le lendemain. Enfin le mécanisme du crédit international étant brusquement interrompu par l’arrêt des