‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 13 sur 37 · NAS · texte numérisé non relu

NAS

nation de l'Angleterre et qui, en retour, ferait ouvrir un crédit à Londres au profit de la personne désignée par l’exportateur du métal.

Certains financiers américains insistaient pour qu’on soldât, coûte que coûte, et en or, au besoin, la balance des comptes des Etats-Unis avec l'Angleterre. Pour cela ils proposaient d'apporter des modifications aux lois bancaires afin de faciliter la sortie du métal précieux. L’Angleterre ne cachait pas ses préférences pour ce mode de paiement. Le gouvernement américain, au contraire, éprouvait de vives inquiétudes à l’idée d’affaiblir dans des proportions aussi sensibles une réserve d’or d'autant plus nécessaire que les Etats-Unis se trouvaient, au moment de la déclaration de guerre, en pleine réorganisation bancaire. Une preuve de cette inquiétude est fournie par la question posée par le « State Department » de New-York à la Banque d’Angleterre, aux fins de savoir si, dans le cas où l’Amérique solderait sa balance défavorable en or, l’Angleterre serait disposée à agir de la même façon s’il lui arrivait de se trouver dans une situation analogue. La Banque ne répondit pas d’une façon nette à cette question.

Le 4 septembre, le Federal Reserve Board réunit les représentants des clearing-houses des villes de Réserve, afin d'examiner avec eux la situation créée par la dislocation du système des paiements internationaux. Cette assemblée décida de réunir une certaine quantité d’or, qui serait déposée à Ottawa, au Ministère des Finances canadien, au compte de la Banque d'Angleterre. Un comité se constitua. Le chiffre de la réserve d’or, du gold pool, fut fixé tout d’abord à 150 millions de dollars, dont 25 millions devaient être immédiatement et effectivement transférés à Ottawa. Ce projet fut soumis, le 5 septembre,

di —

au Contrôleur de la Circulation, et, le 8, au Bureau de Réserve Fédérale, qui s’occupait alors d’organiser le système d'émission nouveau, dont la mise en vigueur était prévue pour le 1* novembre suivant. Le 11, ce Bureau annonçait que le projet était momentanément abandonné. Mais, presque aussitôt, la persistance et l’aggravation de la crise eurent raison de cette intransigeance : le 20 septembre, le gold pool de 100 millions de dollars était constitué. Chaque banque devait participer à cette exportation en proportion de sa réserve d’or. Le quart de la souscription devait être appelé immédiatement, et le reste suivant les décisions du Comité d'Organisation.

Au début d'octobre, la souscription n'étant pas encore terminée, 9 banques de New-York firent une avance de 10 millions de dollars pour permettre au Comité de commencer ses opérations. Le but du Comité n'était pas d’exporter de l’or en quantité suffisante pour faire baïisser le change au-dessous du point de sortie de l’or, mais simplement de vendre des livres toutes les fois qu'il estimerait les cours trop élevés par rapport à la situation réelle du inarché. Les demandes d’achat devaient être accompagnées de la justification de l’usage qu’on voulait faire de la remise.

D'ailleurs, cet or, centralisé par le gold pool, et prêt à être remis en paiement, était surtout destiné à donner confiance aux créanciers anglais de l’Amérique. Les promoteurs de l’opération ne croyaient pas qu’il serait nécessaire de l’envoyer effectivement à Ottawa, et c’est précisément cette conviction que l’or n'aurait pas à quitter le territoire des Etats-Unis, qui détermina l'adhésion du Bureau de Réserve Fédérale à la combinaison. Les choses ne se passèrent pas ainsi. Pour que le change s’améliorât sans que les envois d’or devinssent nécessai-

AA

res, il eût fallu que les banques et maisons d’acceptations anglaises, créancières de l'Amérique, eussent la volonté et le moyen de renouveler les crédits qu'elles avaient ouverts. Pour cela, il eût fallu qu’elles pussent trouver auprès de la Banque d'Angleterre de larges facilités de mobilisation, à une époque où l’inquiétude générale pouvait amener un nouveau « run » aux guichets des établissements d'émission. Aucune de ces conditions n'était réalisée, ni réalisable. La réserve disponible de la Banque d'Angleterre était tombée de & : 29.300.000, le 23 juillet, à moins de & : 10.000.000, le 6 août ; tandis que ses engagements passaient dans le même temps de & : 56 à & 68 millions. Il fallut donc envoyer au Canada l'or réuni par le Comité.

Du 1° août au 1°” décembre 1914, les exportations d’or des Etats-Unis se sont élevées à près de 105 millions de dollars, dont la presque totalité a été envoyée à Ottawa. Comme ils ont reçu, au cours de la même période, $ : 18.000.000, les sorties nettes, pour les 4 mois, se sont trouvées ramenées à 87 millions de dollars.

Quant à l'emprunt de la Ville de New-York, qui venait à échéance à partir de septembre 1914 (1), et dont 80 millions de dollars, sur un total de 100 millions, avaient

(1) Les bons souscrits se distribuaient entre Paris et Londres de la façon suivante :

Sept. 1914 Londres 2.170.000 Sept. 1914 Paris 7.000.000

Oct. 1914 — 2.310.000 Oct. 1914 — 10.450.000 Nov. 1914 6.225.000 Nov. 1914 — 35.550.000-- Déc. 1914 — 2.605.00) Déc. 1914 — 8.590.000 Janv. 1915 — 400.000

Total. . . . 13.410.090 Total. .'. 61.590.000

V. Alfred Mawas : Le sons monétaire et le change anglais depuis la guerre, p. 189 ets.

été placés à Paris et à Londres, son paiement fut également assuré par un Comité de banquiers. Un syndicat, à la tête duquel se trouvaient les maisons J.-P. Morgan et Kuhn, Loeb et C°, souscrivit un emprunt à la Ville au taux de 6 %. Le syndicat offrit à la Ville le change nécessaire au paiement des tranches étrangères à un prix fixe et convenu d’avance. Si le syndicat arrivait à se procurer le change à un prix inférieur, son bénéfice devait être limité à 2 % le reste devant revenir à la Ville de New-York. Les banques faisant partie du syndicat s’engagèrent de leur côté vis à vis de ce dernier à lui offrir de l’or ou du change en proportion de leurs souscriptions à l’emprunt. Entre le 16 septembre et le 6 novembre, les souscripteurs, fournirent 52 millions de dollars dont 17 millions en change ou chèques, et 35 millions en or, soi: plus de 67 %. À partir du milieu de novembre, c’està-dire pour les trois derniers appels du syndicat, les banquiers u’eurent aucune difficulté à se procurer le change nécessaire.

A mesure que les semaines s’écoulaient, le cours du dollar, grâce aux mesures qui viennent d’être décrites, grâce surtout à l’influence de causes générales qui seront analysées plus loin, s’améliorait. Le change de New-York sur Londres qui, en septembre, s’était maintenu entre $ 4,95 et 5,06 pour 1 livre sterling, et, en octobre, entre $ 4,90 1/2 et 4,97 1/2, descendait en novembre à $ : 4,88, c’est-à-dire à son niveau moyen de la première semaine de juillet. Le redressement du dollar se poursuivit en décembre. En fin d’année, il faisait une légère prime sur la livre sterling (4,85 1/2 contre 4,866 au pair) et l’or précédemment exporté commençait à faire retour à New- York. Compensation faite des sorties, les statistiques des mouvements du métal jaune laissent, pour le mois de

AG

décembre, un solde d’entrées de près de 4 millions de dollars. C’est le premier symptôme de cette suprématie monétaire que les Etats-Unis vont exercer dans une mesure de plus en plus grande, pendant toute la guerre et après l’armistice, et qu’ils exercent encore aujourd’hui.

2° De Janvier 1915 à Novembre 1918.

On a vu dans la première partie de cette étude que, à partir de janvier 1915, les importations nettes d’or vont en croissant aux Etats-Unis et dans les pays neutres. D'où vient cet or ? Pourquoi l’importe-t-on ? Telles sont les deux questions qui vont être successivement examinées.

Il est nécessaire d’indiquer dès l’abord que la presque totalité du métal précieux qui est entré sur le territoire des Etats-Unis pendant la guerre provenait des pays alliés.

Cependant, il ne faut pas oublier qu’en 1915, pour enrayer la perte que subissait sa monnaie nationale sur les places neutres, l'Allemagne, ne prévoyant pas que la guerre pourrait se prolonger pendant plusieurs années, adopta tout d’abord une politique conforme aux données de l’expérience d’avant-guerre : elle exporta de l’or. Cet or provenait, pour la plus grande partie, du trésor de guerre de la tour de Jullius, et fut exporté par l’Allemagne dans les sacs même où la France l’avait enfermé au moment où, en 1871, elle avait versé l’indemnité de guerre. Le premier de ces envois d'or était à destination l'Angleterre, où il parvint en traversant les Pays Scandinaves. On ne doit pas oublier, en éffet — c’est un fait

Page 1