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qui n’a pas assez été mis en lumière — que les banques allemandes de Londres ont continué leurs opérations plusieurs mois après la déclaration de guerre.
Aucune statistique officielle n’a été publiée quant à l'importance de ces envois. Schmidt, dans son étude intitulée : « Die Wechselkurse und ibre Beherrschung wahrend des Weltkrieges und der Uebergangazeit », évalue leur total à 800 millions de marks. Ce chiffre est bas, comparativement au stock d’or de la Reichsbank, lequel, malgré de fréquents emprunts, s’élevait encore, le 81 décembre 1918, à 1.282 millions de marks. C’est que le gouvernement allemard a commencé de très bonne heure à centraliser l’or du pays dans les caisses de la Banque d’Empire au moyen d’une active campagne de propagande. Il a pu ainsi maintenir le stock de métal jaune de ‘la Reichsbank, pendant toute la durée des hostilités, à un niveau très supérieur à celui d’avant-guerre, bien que les envois d’or à l’étranger n'’aient jamais complètement cessé. En novembre 1917, après que le traité de Brest- Litovsk lui eut assuré un important versement d’or russe, ce stock s’élevait à 2.550 r::11ions de marks. Mais ensuite, l’encaisse a diminué graduellement : malgré le danger que présentait pour la Reichsbank cet affaiblissement de la couverture de ses émissions, le gouvernement a été obligé de revenir à sa politique du début de la guerre parce que tous les autres moyens de règlement lui faisaient défaut. Au même moment, d’ailleurs, beaucoup de théoriciens allemands affirmaient que l'or, à la suite du bouleversement économique du monde, allait perdre son privilège de régulateur des échanges internationaux. Les événements, on peut dès aujourd’hui l’affirmer, ont démenti ces prévisions.
Si les exportations d’or de l’Allemagne n’ont pas joué
un rôle plus considérable, et sont, en somme presque négligeables à côté des exportations d’or des Alliés, cela tient aussi à une autre cause, qui se rattache étroitement à létat du marché monétaire américain. En 1914, les Etats-Unis n'étaient nullement préparés à devenir les banquiers du monde. Le renversement de la balance de leurs comptes, les envois d’or affluant de tous les pays d'Europe qui, jadis, aspiraient l’or américain, ont causé tout d’abord aux Etats-Unis un certain étonnement, on peut même dire un certain embarras. Ne possédant pas, comme Londres, un mécanisme bancaire extrêmement spécialisé, et en relations avec l’univers, ils n’ont su, pendant longtemps, qu’empiler dans des coffres l’or des belligérants, sans profit ni pour ces derniers, ni pour eux-mêmes. L'Allemagne, ne pouvait se faire ouvrir outre-Atlantique, des crédits reposant sur une base large, a dû resteindre bientôt ses envois de métal jaune : l’encaisse tout entière de la Reichsbank aurait franchi l'Océan, sans que le change du mark s’améliorât d’une façon durable. A partir d'avril 1917, le marché américain étant fermé pour les Empires Centraux, ceux-ci n’ont plus ::porté d’or qu’à destination de la Suède, et, dans une moindre mesure, de la Hollande, du Danemark et de la Suisse, et ces envois sont restés très faibles jusqu’à la fin de la guerre, surtout si on les com pare au flot de métal jaune que les Alliés ont déversé sur le continent américain.
Pour les Alliés, la situation était toute différente : les Alliés avaient Londres. Par une combinaison qui sera analysée plus loin, 1a place de Londres a servi de centre de règlements des dettes alliées : interposée entre l’Europe et les Etats-Unis, elle a été le canal par où l’or de l’Entente s’est écoulé lentement vers New-York en alimentant des crédits de plus en plus larges, en faisant naître des faci-
lités de plus en plus nombreuses, qui, sans cet intermédiaire, n’eussent pu être obtenues.
Avant d'aborder l’étude du mécanisme des envois d’or de l’Entente vers les neutres, il est indispensable d’indiquer sous l'influence de quelle nécessité les pays Alliés ont dû se défaire de leurs réserves métalliques. Les causes étant élucidées, l’analyse des procédés permettra de mesurer l’ingéniosité avec laquelle des ressources bancaires extrêmement diverses ont été mises en œuvre, au moyen de cet or, pour assurer l’effort quotidien et le succès final.
La FRANCE. — Quelle que soit la diversité des causes qui, pour chacun des pays de l’Entente, ont amené l’exode du métal jaune, on peut cependant les rattacher à une cause unique et générale : le renversement de la balance des comptes des pays alliés, et, en particulier, de la France et de l’Angleterre.
On n'insiste pas toujours assez, lorsqu'il s’agit du déficit de la balance des comptes d’un pays, sur un fait qui doit être mis en lumière : c’est que, quelle que soit l'importance de la différence, il faut, de toute nécessité, qu'elle disparaisse, et que le débiteur s’acquitte. Les comptes d’un pays, pas plus que ceux d’un particulier, ne sauraient demeurer indéfiniment en suspens. Lors. qu'on dit que, entre deux pays à même étalon monétaire, la hausse du change est le signe du déficit des comptes de l’un d’eux, il ne faut pas oublier que ce même phénomène est aussi l'indice des efforts que fait celui-ci pour
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s'acquitter. Pendant toute la guerre, les comptes de la France vis à vis des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, de même que les comptes de cette dernière vis à vis des Etats-Unis, ont été, chaque année, déficitaires. Mais chaque année, cette différence a été réglée, les commerçants américains ont reçu tout leur dû, et c’est pourquoi la guerre a pu durer. Pour combler le déficit, plusieurs moyens ont été mis en œuvre : à la base de la plupart d’entre eux, que trouve-t-on ? Des envois d’or. L’or a été le pivot de la guerre financière. Son rôle n’a jamais été plus important, son influence plus puissante, qu’à partir du jour où il a disparu de la circulation, et où, concentré dans les caisses des établissements d’émission, il a joué ‘sous les formes les plus diverses, son rôle d’élément de compensation des comptes internationaux.
Si, d’août 1914 à janvier 1915 l’Angleterre a vu l’or américain abonder sur son marché, la France, de son côté, jouissant des avantages d’une situation acquise, n’a pas eu à entamer sa réserve. C’est à partir de 1915, seulement que l’or français s’est ébranlé. Cette résistance s’explique aisément : la France, avant la guerre, occupait dans le monde une situation exceptionnelle, puisque suivant une formule bien connue, elle était créditrice partout, débitrice nulle part. Cependant, la balance du commerce proprement dite nous était, au cours des années qui ont immédiatement précédé 1914, presque constamment défavorable : de 1903 à 1907, la moyenne de notre commerce d’importations s'était élevée à 5.190 millions de francs, contre 7.070 millions aux exportations, soit un excédent favorable de 1.880 millions, mais, de 1908 à 1912, la proportion s'était renversée, et, les importations atteignaient 7.070 millions, les exportations étaient tombées à 5.690 millions, de sorte qu’un solde défavo-
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rable de 1.110 millions était apparu. En 1913, l’excédent d’importations s'élevait à 1.632.693.000 francs. Mais, si l’on considère au lieu du commerce extérieur, le total des comptes du pays, la situation se renverse et la France devient créditrice sur toutes les places du monde. En effet, elle possédait alors, sous forme de valeurs étrangères, détenues par ses nationaux, un chef de créances considérable. Les créances périodiques résultant du paiement des coupons ont diminué d'importance à partir du jour où les nécessités de la défense nationale ont exigé le rapatriement du portefeuille étranger de la France. Mais avant la guerre, et pendant les premiers mois de la lutte, elles ont largement contribué à faire du franc une monnaie de premier ordre, et à favoriser la constitution, dans les caves de la Banque de France, d’une énorme encaisse d’or. D’après les travaux de M. Neymark, on peut admettre que la France possédait, à la veille de la guerre, pour 40 milliards de francs de valeurs étrangères productives d'intérêt. En acceptant comme revenu moyen un taux de 4 1/2 % on est bien près d’une évaluation exacte. En 1914, la France inscrivait donc à l’actif de ses comptes à l’étranger un revenu annuel de 1.800 millions. Il faut, à cet égard, rentre justice à nos grands établissements de crédit, qui centralisaient les sommes à nous dues par l’étranger du fait de l'échéance des coupons, et qui étaient le canal par où nous arrivait cet or, que recueillaient ensuite des mains prévoyantes.
Autre élément d’actif : si, malheureusement, à l’in- . verse de ce qui se passe pour l'Angleterre, notre marine marchande ne peut nous procurer des frets considérables, et si, contrairement à ce qui a lieu pour l'Italie, et, dans une moindre mesure, pour l’Allemagne, l’émigration de nos nationaux ne nous assure pas le flux continuel d’une
épargne constituée à l’étranger et faisant retour dans les banques de la métropole, — du moins les frais de séjour des étrangers en France, et spécialement des Américains, venaient fournir un appoint non négligeable à notre solde créditeur. (1)
Grâce à l’action convergente de tous cés éléments, chaque année, une fois nos dettes payées, nous nous trouvions en possession d’un solde en or qui, tout naturellement, se dirigeait vers la Banque de France, dont le billet avait la même valeur que l’or et présentait, en outre, des avantages pratiques qui le faisaient préférer dans la circulation nationale et internationale. La Banque, avec une persévérance et une clairvoyance auxquelles on doit rendre hommage, a poursuivi pendant de longues années une politique d’encaisse, dont il est nécessaire d'indiquer rapidement ici les résultats, car, sans cette concentration préalable, il eut été impossible aux Alliés d'envoyer, pendant la guerre, sur les places neutres, les quantités d’or dont ils ont pu se défaire et qui, seules, leur ont permis d’équilibrer leurs comptes.
C’est surtout depuis l’année 1908 que cette politique d’encaisse s’est développée, aidée par l’abondance monétaire qui succéda, sur les marchés étrangers, à la violente crise de 1907. Cette abondance, en permettant aux places étrangères d’abaisser le taux de leur escompte, favorisa le retour en France de capitaux qui avaient émigré, soit à l’occasion d'emprunts, soit en raison de l’appât d’un
(4) Fixer la somme exacte provenant de ce chef est extrémement difficile. Cependant on peut en avoir une idée lorsqu'on sait que les dépenses annuelles des touristes américains étaient évaluées par Îles financiers des Etats-Unis, à un total de 1.250 millions de francs dont la majeure partie revenait à la France. (American Finance, Philadelphie, 1916).