‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 15 sur 37 · DER · texte numérisé non relu

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gain plus élevé, ce qui nous procura une période prolongée de changes extrêmement favorables. En 1897, lors du renouvellement du privilège de la Banque, l’encaisse jaune était de 1.945 millions. En 1905, elle avait passé à 2.855 millions, et, à la fin de 1909, elle atteignait 3.495 millions, soit une augmentation de près de 650 millions en 4 ans. Fin 1913, elle s'élevait à 3.517 millions. Pendant les 6 premiers mois de 1914, chaque bilan hebdomadaire enregistre un nouveau bond de l’encaisse jaune, qui bat chaque fois son propre record. Au 1” mars, elle était de 3.098 millions, au 24 juillet, elle atteignait 4.104.390.951 francs.

Lorsque la guerre éclata, la situation financière de la France était d’une solidité telle que plusieurs mois durent s’écouler avant que les premiers indices du fléchissement devinssent évidents. Cette résistance, cependant, devait forcément céder, parce que les comptes de la France avec l’extérieur devenaient de toutes parts débiteurs. Les étrangers n'étant plus autorisés à pénétrer en France, ne contribuaient plus au règlement de nos dettes sur leur pays. Les transports maritimes, remis au gouvernement, étaient affectés uniquement au ravitaillement du pays et à la défense nationale. La balance des comptes, privés de ces éléments d’actif, voyait son passif s’alourdir de jour en jour par suite du déséquilibre rapidement croissant de la balance du commerce. C’est là la cause principale et primordiale du déficit, et pour la France, et, comme on le verra plus loir, pour l’Angleterre.

En 1914, malgré les troubles profonds apportés dans les échanges extérieurs de la France par les événements des cinq derniers mois de l’année, l’excédent des importations sur les exportations se maintient à peu près au même niveau que dans les années antérieures : cet

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excédent s'élève, pour l’année tout entière, à 1.524.695.000 francs, au lieu de 1.632.693.000 francs en 1913. Mais d’août à décembre, le commerce extérieur total subit une forte diminution, à la fois à l’entrée et à la sortie. En 1915, une modification considérable s’introduit dans le rapport de ces deux nombres, resté constant depuis tant d’années : le déficit de la balance commerciale est, pour les douze mois, égal à 7 milliards de francs. Ce changement ne s’est pas produit d’un seul coup : pendant les trois premiers mois de 1915 la moins-value a été de 800 millions de francs pour les importations, et de 970 millions pour les exportations. Au mois d’avril, un brusque changement se produit, coincidant avec la hausse du change sur l’étranger. Les importations d’avril 1915 ne laissent plus qu’une moins-value de 33 millions en chiffres ronds, alors que la moyenne mensuelle du premier trimestre était de 270 millions : ce relèvement provient pour 102 millions de l'entrée d'objets fabriqués, et une diminution de 140 millions persiste sur les matières nécessaires à l’industrie. Les exportations restent stationnaires, et en mai, faiblissent encore, tandis que les importations continuent de croître. Le mois de juin, pour la première fois fait apparaître une plus-value des importations par rapport à la période correspondante de 1914 : la plus-value totale est de 63 millions. Bien que, dans ce même mois, les exportations se relèvent un peu, on voit, si l’on considère l’ensemble du premier semestre de 1915, que les importations atteignent 8.550 millions, et les exportations 1.450 millions, de sorte que la balance du commerce, pour ces 6 mois, laisse un solde de 2.100 millions d’exportations non contre-balancées par des exportations. On peut juger de l’importance de ce chiffre

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si l’on se souvient que le solde moyen déficitaire était, en temps de paix, de 1.500 millions pour une année.

En août 1915, nos importations étaient de 600 millions supérieures à celles d’août 1914, chiffre qui montre l'importance du tribut que douze mois de guerre nous avaient amenés à verser à l’étranger. Le même mouvement se poursuit en septembre, octobre, novembre et

décembre, caractérisé par une lente augmentation des ex-

portations, qui restent toujours en moins-value considérable sur les chiffres d'avant la guerre (bien qu’étant en . plus-value sur les chiffres des mois correspondants de 1914) et par une plus-value énorme et toujours croissante des importations.

Si l’on compare les résultats du commerce extérieur pour 1915 avec ceux de 1914, on obtient les résultats globaux suivants : les importations en 1915 sont de 8.074.492.000 francs, contre 6.402.169.000 francs en 1914, soit, au profit de 1915 une plus-value de 1.672.323.000 fr. Les exportations sont de 3.022.302.000 francs, contre 868.834.000 francs en 1914, soit, pour 1915, une moins-value de 1.846.532.000 francs. L’excé-

dent d’importations en 1915, est de 5.052.190.000 francs,

si l’on applique aux marchandises achetées en 1915 les prix de ces mêmes marchandises en 1914. Ces chiffres ont été rectifiés par l’administration des Douanes, en tenant compte de la hausse des prix qui s’est manifestée en 1915, et qui donne le résultat suivant :

Importations 11.035.794.000 Exportations 3.937.369.000

Excédent d’importations 7.098.425.000

Bien que ce chiffre soit faible comparé aux excédents des années qui ont suivi, il est assez considérable pour que, d’ores et déjà, on puisse concevoir que l'exportation pure et simple de l’or ne saurait être qu’un secours bien insuffisant dans une telle conjoncture. L’Entente sera donc acculée à rechercher des mécanismes nouveaux pour que cet or dégage toute sa puissance de crédit.

En 1916, le déséquilibre s’accentue de mois en mois. L’Administration des Douanes, en communiquant les résultats du commerce spécial pour le premier semestre de 1916 fait observer que ces deux chiffres sont établis d’après les barèmes de 1915, alors que la valeur réelle des marchandises a considérablement augmenté depuis. Aussi conseille-t-elle, pour obtenir les valeurs réelles, de majorer les importations de 91 % et les exportations de 50 %. En procédant à cette rectification, on obtient les résultats suivants pour le premier semestre de 1916 :

Importations 8.516 millions Exportations 2.573 — Balance 5.943 —

La progression continue ensuite à s’élever, puisque le même mode de calcul appliqué aux sept premiers mois de 1916 donne un déficit de 7.346 millions, soit plus d’un milliard par mois. Pour le seul mois de juillet, les statistiques font apparaître un excédent d’importations de 677 millions qui ressort en réalité, après rectification, à 1.406 millions. Pour les onze premiers mois, le déficit atteint 6.108 millions, selon les statistiques, soit près de 13 milliards. Enfin, pour l’année 1916 toute entière, les statistiques donnent le tableau suivant :

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