‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 17 sur 37 · HN PE · texte numérisé non relu

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1.314.604.000 francs de revenu, contre 1.786.838.000 fr. en 1917, soit 26 % de moins, et que la différence incombait au ralentissement des achats de l'Etat à l’étranger, dont le coefficient, par rapport au montant global des entrées, s’était abaissé, d’une année à l’autre, de 42 à 38 %, passant de 756 millions en 1917 à 509 en 1918. Cette diminution était, dans une certaine mesure, un symptôme favorable, puisque loin d’être la conséquence d’un resserrement des dépenses générales, elle coïncidait au contraire avec un fort relèvement des dépenses totales de l'Etat : elle indiquait donc que la France, en 1918, avait pu suffire davantage à ses propres besoins, grâce à l’activité de sa production nationale. En particulier, l’agriculture obtint, cette année-là, des résultats très supérieurs à ceux de 1917, et l’on put en outre moissonner plus de 55.000 hectares de blé dans les régions libérées par l’avance de nos armées, ce qui allégea pour l'Etat, la charge du ravitaillement, en permettant de réduire les achats à l’extérieur. Mais un déficit de 15 milliards ajouté à la dette que les années 1914, 1915, 1916 et 1917 avaient fait peser sur nous venait alourdir singulièrement nos règlements sur l’extérieur.

Ainsi, par le seul jeu des échanges commerciaux avec l’extérieur, la France a contracté une dette de 55 milliards sur l’étranger, de 1914 à 1918, c’est-à-dire à un moment où d'importants éléments de règiement cessaient d’être à sa disposition. La façon dont elle a réglé cette dette sera exposée plus loin. Il est nécessaire, auparavant, d'indiquer les modifications que les mêmes événements ont apportées pendant la même période, à la balance des comptes de l’Angleterre.

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L'ANGLETERRE. — Avant la guerre, le commerce extérieur de la Grande-Bretagne faisait apparaître régulièrement, à la fin de chaque année, un excédent considérable des importations sur les exportations. Pendant la période 1906-1913, cet excédent en tenant compte des mouvements de métaux précieux, a été égal en moyenne à 144,4 millions de livres annuellement. Mais une balance commerciale défavorable — on l’a déjà vu pour la France — n'implique pas forcément une balance des comptes débitrice. Il est d’autres éléments que l’on doit envisager, et qu'on a pris l’habitude de désigner sous le nom d’exportations invisibles. Les frets perçus par les compagnies d'armement constituent l’un des éléments de ce genre d'exportation, et ont une importance toute spéciale, lorsqu'il s’agit d’une marine marchande comme celle de l'Angleterre, qui exploite des lignes régulières dans toutes les mers du monde, et qui possède en outre un flotte considérable de navires « tramps », c’est-à-dire non affectés à une route donnée, et qui vont chercher du fret partout où on leur en offre à des conditions rémunératrices. D’après M. Hobson (1), les gains de la marine marchande anglaise, de 1905 à 1912, ont atteint les chiffres suivants, en millions de livres :

(1) The Export of Capital, Londres 1941.

Un autre chef de recettes, dans les comptes de l’Angleterre, est représenté par des commissions perçues par les banques, et les primes des compagnies d’assurances de toutes sortes. Les fonctions particulières de la place de Londres, qui ont été précisées plus haut, expliquent l’importance des sommes reçues par les banques anglaises en échange des services rendus par elles à leurs clients étrangers. De même, il est naturel que la Grande-Bretagne, première nation maritime du monde, possède un marché d’assurances fortement organisé, et auquel tous les autres pays ont recours. Ces commisions et ces primes ont été estimées, avant 1914, à 2 & % de la valeur totale des importations et des exportations anglaises. Sur ces 2 &, 15 schillings % revenaient aux compagnies d’assurances, schillings aux banques, et le 1 4 restant à toutes les autres charges. On obtient, sur cette base les chiffres suivants :

Il faut, en outre, tenir compte des dépenses des services gouvernementaux à l’étranger, des remises des particuliers, des ventes des vieux bateaux, etc., qui donnent

pour les années choisies : F 1905 13,0 1908 13,6 1911 14,2 1912 14,4

D'autre part, les publications de 1’ « Inland Revenue »

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permettent de calculer les bénéfices réalisés sur les placements au dehors. On a ainsi :

Ces diverses sources de revenus permettaient à l’Angleterre non seulement de solder la différence passive de son commerce extérieur, mais encore de réaliser chaque année un surplus important, qu’il est aisé de calculer, pour les années considérées, en combinant les chiffres qui précèdent à ceux du commerce extérieur, publiés par le Board of trade. Le tableau suivant indique, toujours en millions de livres, le montant de ce surplus :

Cela ne signifie pas que l’Angleterre recevait effectivement ce solde. Il faut simplement entendre par là qu’une fois qu’elle avait payé tous ses achats à l'étranger et tous les services qu’elle en avait reçus, il lui restait à recevoir de l’étranger des sommes dont elle aurait pu, à la rigueur, réclamer le paiement, mais qu’elle n’eut pu obtenir que de deux façons : soit en restreignant ses exportations, visibles et invisibles, soit en augmentant ses importations, visibles et invisibles, également. En fait, cet excédent s’investissait automatiquement en placements au dehors.

Jusqu'en 1914, l'Angleterre disposait donc chaque

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année d’un crédit d'environ 200 millions de livres sur l'étranger. C’est ainsi qu’elle a pu se constituer ce portefeuille de valeurs étrangères, et notamment de valeurs américaines, qui a été d’un si grand secours pour les Alliés, et qui, actuellement, est encore assez important pour que certains y voient un moyen de régler dans son intégralité la dette de l’Angleterre vis à vis des Etats- Unis.

La guerre a profondément modifié la situation financière de l’Angleterre. Les éléments actifs de la balance des comptes ont été réduits de toutes parts, tandis que le déficit du commerce extérieur s’alourdissait dans des proportions toujours grandissantes. Le tableau suivant indique, d'année en année, la progression de l’excédent des importations, en millions de livres, et sans tenir compte du mouvement des métaux précieux :

Août-Décembre 1914 102,5 Janvier-Décembre 1915 371,8 1916 346,5

soit, au total, depuis août 1914, 2.769,2, dont 1.741 millions pour la période qui va du 1” août 1914 au 31 décembre 1918.

En compensation de ce déficit, que recevait l’Angleterre du chef de ces exportations « invisibles » ? Bien qu’il soit tout à fait impossible de fournir à cet égard des chiffres précis, on peut cependant indiquer que les bénéfices réalisés par la marine marchande pendant la

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guerre ont été très inférieurs à ceux de la période précédente. Dès le début des hostilités, dix millions de tonneaux ont été réquisitionnés par le gouvernement britannique ; 3.454.928 tonneaux ont été coulés pendant la campagne sous-marine. Il est vrai que le taux des frets a subi une marche ascendante, représentant à la fois l'augmentation du coût d’exploitation et l’accroissement du risque. Mais, si les compagnies de navigation anglaises ont réalisé de gros bénéfices, elles ont cependant perçu à l’étranger une masse de fret moindre que celle qu’elles recevaient avant la guerre. Il faut remarquer aussi que, si les différents alliés étaient débités de frets dus pour des transports maritimes effectués par la flotte anglaise, le règlement de cette dette n'avait pas lieu sur le champ. Le gouvernement anglais, le plus souvent, payait l’armateur en livres sterling, pour le compte du pays bénéficiaire du service : les profits de la compagnie de navigation n'étaient pas modifiés par cette opération, mais le montant des exportations invisibles en était diminué d’autant. Enfin, les bénéfices réalisés par l’Angleterre pour les services rendus par ses banques et ses compagnies d'assurances, ont été fortement atteints par la guerre. Si le mécanisme des règlements internationaux, un moment interrompu, s’est ensuite rétabli dans la mesure du possible, les perturbations apportées par le gigantesque conflit dans les relations de pays à pays se sont inévitablement traduites par une perte pour le marché de Londres. Cette perte s’est accentuée encore du jour où le dollar a commencé à faire concurrence à la livre : il n’est pas douteux que, pendant la plus grande partie de la guerre, c’est New-York qui a satisfait aux besoins du marché sud-américain. | Sous l'influence de ces diverses causes, la balance des

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comptes de l’Angleterre, de créditrice qu’elle était avant la guerre, n’a pas tardé à devenir débitrice. Au 31 décembre 1915, à une époque où la livre sterling n’était pas encore sérieusement atteinte, cette monnaie perdant moins de 5 % sur la place de New-York, le déficit du commerce extérieur de l'Angleterre s'élevait à 372 millions de livres au lieu de 144 millions en 1913. Si l’on rapproche de ces chiffres celui du solde créditeur annuel de la balance des comptes d’avant-guerre, soit 200 millions de livres, et si l’on tient compte de la baisse du produit des exportations invisibles, on voit dans quelle mesure le bilan annuel de la Grande-Bretagne a été grevé par la guerre. Cet endettement s’est produit d’autant plus vite que, par l'effet de la guerre, les déficits des balances commerciales des belligérants n’ont pu être réglés selon la manière simple à laquelle on pouvait recourir auparavant. La politique s’est introduite dans les relations commerciales et en a momentanément modifié le caractère. Les sommes dues par l’Angleterre aux neutres, et notamment aux Etats- Unis, devenus les créanciers du monde, devaient être payées soit immédiatement, soit dans des délais très courts. Au contraire, les sommes dues par la France, l’Italie ou la Russie à l’Angleterre, n'étaient pas, ne pouvaient pas être payées intégralement. Il fallait, ici, que la solidarité financière se manifestât par des ouvertures de crédit. Ainsi, en considérant les échanges commerciaux de l’Angleterre avec chaque pays étranger pris isolément, on voit que, d’une manière générale, la balance est favorable pour l’Angleterre lorsqu'il s’agit de pays qui se trouvent dans l’impossibilité de régler leurs achats à l’étranger et auxquels il faut accorder des crédits ; tandis que la balance est défavorable lorsqu'il s’agit de pays

qui exigent le paiement immédiat ou à court terme de leurs exportations. L’Angleterre se trouvait donc dans l'impossibilité de se servir de ses soldes créditeurs comme d’un moyen de change sur les pays avec lesquels la balance était déficitaire, et c’est pourquoi elle a été obligée, pendant la guerre et même depuis, de continuer ses placements au dehors, dans les pays alliés et dans les Dominions.

L'existence et l’accroissement continu de cette dette de l'Angleterre vis-à-vis des Etats-Unis et des autres neutres explique en grande partie les mouvements d’or qui se sont produits pendant la guerre. L’or anglais, de même que l’or français, a joué tout d’abord le rôle d’instrument de compensation pur et simple, puis d’instrument de crédit. Cet or exporté a servi de gage, au moyen de mécanismes divers, à tous les achats de l’Entente. Il a permis de faire les achats, il a permis de soutenir les changes alliés, et notamment le change de la livre sterling pendant toute la période où les dettes françaises au-delà de l’Atlantique se sont réglées par l’intermédiaire de cette monnaie. Les multiples utilités de l’or ne sont jamais plus clairement apparues que pendant ces années de déséquilibre économique et financier, au cours desquelles la richesse acquise, les réserves constituées des Alliés, ont été l’un des facteurs déterminants de la victoire. Il reste à examiner les mécanismes qui ont mis en jeu toute la puissance de crédit de cette masse d’or. |

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