‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 19 sur 37 · HORS · texte numérisé non relu

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le commerce de la France avec la Grande-Bretagne avait laissé un solde créditeur de 50 millions ; pour le premier trimestre de 1915, au contraire, ce solde était débiteur de 350 millions, et, pour l’année entière, le déficit allait atteindre environ 2 milliards.

Dans les accords intervenus entre les Alliés au début de la guerre, les questions de coopération financière n'avaient pas été examinées. Aucun plan concerté n’avait réglé les conditions d’un concours réciproque.

Elles ne pouvaient être que difficilement abordées. L’Angleterre était bien résolue à faire tous les sacrifices pour maintenir le marché libre de l’or, sinon à l’intérieur, tout au moins dans les transactions internationales. Elle espérait que les Alliés lui apporteraient le contenu de leurs encaisses pour établir une masse commune assurant les règlements d'achats faits pour le compte de tous. Les réseves d’or, en 1915, étaient de 192 millions de livres sterling en France ; de 153 millions, en Russie ; de 45 millions en Italie.

La bonne voie, disaient les Anglais, consiste à réunir en un seul réservoir l’or détenu par les Alliés et à le rendre utilisable de manière à permettre à Londres de réaliser la lourde tâche qui lui incombe pour payer à l’étranger les achats de guerre des Alliés et pour maintenir en même temps la valeur au change de la livre.

Les Alliés, il est vrai, faisaient valoir que des crédits accordés après remise d’or, s’ils amélioraient momentanément le change, par la suite assuraient une hausse de leurs devises, alors qu’elles devaient RS à l’accepteur du fret et du charbon anglais.

En France, deux opinions différentes se manifestèrent. Les uns voulaient que l’on envoyât de l’or sur toutés les places où la dépréciation du franc se manifestait. C’est

là, disaient-ils, le seul emploi d’une encaisse d’or, et la réalisation même du but en vue duquel elle a été constituée. D’autres, plus prudents, — et plus sages — demandaient que les exportations fussent strictement limitées aux points sur lesquels la monnaie nationale montrait la moindre résistance. Ils insistaient sur la nécessité de conserver une forte encaisse métallique, afin de ménager la confiance des porteurs de billets de banque, à un moment où la circulation fiduciaire était appelée à jouer un rôle considérable dans la trésorerie de la défense nationale. D'ailleurs, l'exemple des Etats-Unis au début de la guerre était instructif : les envois d’or, à eux seuls, eussent été impuissants à rétablir l’équilibre de la balance des paiements, si la situation des comptes ne s'était renversée au bout de quelques semaines.

Rien n’assurait, d'autre part, que les choses se passeraient comme en temps normal, et que la France, ayant envoyé de l’or dans certains pays, y trouverait aussitôt de larges crédits. En temps de guerre, des préoccupations de neutralité, des sympathies plus ou moins avouées pour d’autres belligérants, risquaient fort de paralyser ce mécanisme.

Enfin, la vente de l'or sur les places en hausse était une mesure extrêmement grave, puisqu'elle avait pour conséquence de priver définitivement la Banque de France d’une partie de sa réserve en métal jaune. L'état dans lequel quelques mois de guerre avaient mis notre balance des comptes devait bien faire supposer qu’une guerre longue, comme on pouvait, en 1915, la prévoir, entrainerait des déficits du commerce extérieur hors de toute proportion avec les moyens de règlement habituels.

Ceux qui tenaient compte de tous ces arguments estimaient qu'il fallait concentrer les efforts sur un ou deux

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points déterminés, là où la perte de change risquait d’atteindre les proportions les plus graves. C’est leur opinion qui l’emporta.

Dans le courant de mars et d’avril 1915, plus de 150 millions d’or étaient sortis des caisses de la Banque de France. Entre le 8 et le 29 avril 1915, l’encaisse de la Banque, qui, jusque là, avait crû régulièrement, passait de 4.253.400.000 francs à 4.169.000.000, soit une diminution de 84.400.000 francs, correspondant à des envois équivalents à l’étranger et principalement à l’Angleterre. Or, malgré ces lourds sacrifices, et les envois faits régulièrement à la Banque d'Angleterre, le change sur Londres continua à se tendre de plus en plus : le 30 avril 1915, il était à 25,91. Il devenait dès lors certain que, nos achats à l’étranger croissant sans cesse,.et devant croître encore dans une mesure impossible à prévoir, mais qui dépasserait certainement de beaucoup toutes les expériences antérieures, il fallait se préoccuper en toute hâte de recher-

cher des moyens nouveaux, propres à atténuer autant que possible une crise aussi préjudiciable à la défense nationale. 4

Une entente financière avec l’Angleterre apparut bientôt comme le seul moyen de consolider notre position. La question aurait pu se poser de savoir si le gros effort de stabilisation du change ne devait pas se porter de préférence sur la place de New-York, à cause de l’énormité des paiements que la France devait faire aux Etats-Unis. Dès avril 1915, nos paiements mensuels aux Etats-Unis, rien que pour le compte des ministères de la guerre et de l’armement, s’élevaient à 186 millions, au lieu de 17 millions en août 1914. Nos paiements en Angleterre à la même date étant de 61 millions, il fallait, rien que pour les dépenses de ces deux services, envoyer aux deux grands

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