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pays anglo-saxons 247 millions, alors que, dans le même mois, le total des paiements à l'étranger pour le compte des ministères de la guerre et de l’armement était de 277 millions. Or, le marché de New-York était dans une toute autre situation vis-à-vis de la place de Londres que vis-à-vis de la place de Paris. En juin 1914, le change sur New-York oscillait à Paris entre 513 et 516, le pair étant. de 518,25. On estime qu’à cette époque, les Etats-Unis devaient à la France 1 milliard de dollars, soit un peu plus de 5 milliards de francs. Ils devaient à Londres au même: moment une somme beaucoup plus considérable, évaluée à 4 milliards de dollars, environ 20 milliards de francs. De plus, pour l’année fiscale 1914, finissant au 30 juin, les Etats-Unis devaient à l’Europe, en plus et en dehors des marchandises exportées, 55 millions de dollars. Les Etats-Unis, peuple en plein développement économique, empruntaient les capitaux dont ils avaient besoin à l’Angleterre, en raison des liens étroits d’affinité qui les unissaient à leur ancienne métropole, et des grandes facilités de règlements qu'ils y trouvaient : le mouvement commercial entre l’Angleterre et les Etats-Unis était très actif, ceux-ci achetant à celle-là de grandes quantités de laine, de caoutchouc et de thé. Le commerce des Etats-Unis avec l’Angleterre, au cours de l’année fiscale 1913-1914, était égal à 2.971.359.315 francs, tandis qu'avec la RUE il n’était que de 800 millions de francs.
La France avait donc tout avantage, au lieu de chercher à soutenir directement son change sur New-York par tous les moyens en son pouvoir, à se tourner délibérément vers la Grande-Bretagne, aider celle-ci à soutenir son change sur l’Amérique, et effectuer les règlements français à New-York en passant par Londres, ce qui revenait, au lieu de convertir les francs en dollars, à convertir
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les francs en livres sterlings et celles-ci en dollars. Ce fut cette dernière politique qui fut choisie, et avec raison : en effet. la dépréciation du franc par rapport au dollar s’expliquait par la quantité de nos achats en Amérique, achats non susceptibles de réductions notables, et d’autre part, nous ne disposions pas, sur notre place, d'éléments sérieux de compensation pour nos dettes d’outre-Atlantique. Nos exportations vers l’Amérique étaient insignifiantes au regard de nos importations, puisque, pour les 10 premiers mois de 1915, elles s’élevaient à 59.195.000 dollars, tandis que nos importations dans le même laps de temps étaient de 402.625.000 dollars. Les riches Américains ne venaient plus en France, et surtout le portefeuille français ne contenait qu’un chiffre peu élevé de valeurs américaines. L’amélioration et la stabilisation directe du change français à New-York se présentaient donc comme une œuvre extrêmement difficile exigeant des sacrifices énormes et pour un succès incertain.
Au contraire, la place de Londres, comme en témoignait la lenteur et la modération de la perte de la livre par rapport au dollar, était dans une situation différente. Fin juillet 1914, les créances de l’Angleterre sur New- York étaient, on l’a vu, quatre fois plus importantes que les nôtres, et, de plus, grâce à sa double situation de premier marché libre de l’or et de lieu de compensation des dettes internationales, la Grande-Bretagne possédait sur New-York des facilités de règlement auxquelles les nôtres n'étaient pas comparables. En outre, l'Angleterre qui n'avait pas eu à soutenir le premier choc de la guerre, par suite de la non-mobilisation immédiate de sa population mâle, et qui était mieux organisée que nous au point de vue commercial, parvint à maintenir son commerce extérieur presque intégralement pendant les deux premières
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années des hostilités, de sorte que, malgré le conflit dans lequel elle jouait son rôle, des moyens de règlement sur tous les pays neutres pouvaient être trouvés en abondance sur la place de Londres. Les rentrées périodiques qu’assurait à l'Angleterre son portefeuille étranger concouraient encore à maintenir le Royaume-Uni dans cette situation favorisée qui se manifestait par le maintien presque intégral de la puissance de la livre sterling dans les règlements internationaux. Le marché anglais s’efforçait aussi, par la hausse du taux de l’escompte d'attirer la plus grande quantité possible de capitaux et surtout les capitaux américains. On arrivait ainsi, par l’appât de l’intérêt à créer à Londres des réserves de dollars qui évitaient des perturbations de changes. Ainsi, la place de Londres pouvait mettre à notre disposition une organisation de compensation ancienne et fortement outillée, et un approvisionnement de moyens de paiement sur l'étranger beaucoup plus important que celui qu'aurait pu nous offrir, à la même époque, la place de New-York. Bien que la devise en dollars commençât déjà à gagner du terrain, à mesure que la situation créditrice des Etats-Unis s’affirmait, il a fallu longtemps pour qu’elle en vienne à inspirer dans les milieux du commerce international la même confiance que la traite en livres. En 1917, lorsque les Etats- Unis entrèrent à leur tour dans le conflit, le dollar subit un choc sérieux et la considération dont il commençait à jouir sur les places neutres reçut de ce chef une rude atteinte. La circulaire des Banques Suisses témoigne, à cette époque, du mécontentement avec lequel les neutres enregistrèrent cette preuve du manque de stabilité de la nouvelle monnaie standard.
Dans la situation où se trouvait l'Angleterre, en lui envoyant de l’or nous élargissions à notre profit sa capa-