‹ Les Déplacements du Pole Monétaire et ses Conséquences Economiques de 1914 à 1923Chapitre 21 sur 37 · A EE · texte numérisé non relu

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cité monétaire et les bases de son crédit, nous coopérions au maintien du cours de la livre, à laquelle les circonstances liaient dans une certaine mesure la valeur internationale du franc. L'amélioration de la livre sterling devait forcément amener à Paris l’amélioration de toutes les autres monnaies. Le gouvernement français et le gouvernement britannique ne tardèrent pas à se mettre d’accord sur un programme de collaboration féconde.

La conférence de Paris, tenue le 7 février 1915, entre les Ministres des Finances de France, d'Angleterre et de Russie, posa le principe suivant : « Les Alliés sont d’accord pour déclarer que les trois puissances sont résolues à unir leurs ressources financières de même que leurs ressources militaires ». L'accord franco-anglais du 30 avril 1915 fut la première manifestation tangible de cette nouvelle politique. Il inaugure ainsi le recours à l’ouverture de crédit, instrument financier extrêmement souple, dont la valeur n’est pas subordonnée aux facultés d'absorption de tel ou tel marché, et dont on règle l'importance et les modalités sur les nécessités et les ressources d'une période fixée à l’avance. Par l’accord du 30 ‘avril, le gouvernement britannique ouvrait au gouvernement français un crédit de 1.500 millions de francs, et le gouvernement français s’engageait en retour à envoyer à Londres, par le moyen de la Banque de France, 600 millions d’or. Cette convention, comme le disait M. Ribot à la tribune de la Chambre, le 7 mai 1915, était parfaitement équitable : l’Angleterre ouvrait des crédits à la France afin de permettre à celle-ci de régler par son intermédiaire ses dettes non seulement envers la Grande- Bretagne, mais aussi envers le Canada et surtout les Etats- Unis. En échange, la Banque de France envoyait de l’or en Angleterre, afin que celle-ci, par ses exportations de

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métal jaune pût enrayer la baisse de son change sur l'Amérique, résultat inévitable de l’opération. D'ailleurs, les envois d’or de la Banque de France devaient être échelonnés et non pas effectués en grande masse. Il y avait eu, sur ce point encore, deux théories en présence : certains soutenaient qu'il fallait, d’un seul coup, inonder d’or le marché américain. Les Alliés, disait-on, ne seraient pas sensiblement appauvris par un envoi global de deux ou trois milliards d’or, qui remettrait d’un seul coup nos changes en équilibre, tandis que des envois fractionnés n'auraient que des effets temporaires et limités. L’argument eut été juste, s’il s’était agi d’une fluctuation des changes due à une crise passagère de quelques mois. Mais la cause de rupture d'équilibre devant agir toujours dans le même sens, et pendant des années, il eût été bien imprudent de recourir à ce procédé ; le résultat eût été un violent soubresaut des cours des changes, qui aurait ensuite repris son mouvement de hausse graduelle ; or, les mouvements fréquents de hausse et de baisse dans le cours des changes, en poussant à la spéculation, aux envois brusques et aux brusques retraits de capitaux, sont plus néfastes qu’une dépréciation constante. Il était donc plus sage d'effectuer aux Etats-Unis des envois d’or limités, une «-inondation progressive » du marché, qui, graduée selon les besoins, permettrait d’enrayer les hausses subites dues à l’abondance des règlements, et ferait naître dans ce pays une situation monétaire propre à faciliter singulièrement l’émission des emprunts indispensables. Il était nécessaire de ménager l’encaisse d’or de la Banque de France, réserve précieuse, constituée avec peine, dont une mobilisation imprudente eût risqué d’ébranler le crédit de notre établissement d'émission. Quant au mécanisme de l’opération, il était très simple :

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le gouvernement britannique s’engageait à prendre pour 1.500 millions de francs de Bons du Trésor: français, renouvelables dans les trois ou six mois, portant intérêt à un taux égal à celui que payait le gouvernement britannique pour ses propres bons du Trésor, et définitivement remboursables un an après la conclusion de la paix. Cet accord marque l'inauguration de la politique d’ouvertures de crédit, dont les Alliés ont fait, depuis, un usage de plus en plus important, et qui a permis de trouver des moyens de règlement dans les disponibilités de trésorerie des Etats consentant ces ouvertures de crédit, jusqu’à un total fixé par l’accord des gouvernements. On doit remarquer que l'initiative du gouvernement suscita une politique parallèle, mais de caractère privé, pour le règlement des dettes commerciales.

Les commerçants français qui, à cette époque, n'avaient nullement l’habitude de recourir à l’ouverture de crédit, accoutumés qu'ils étaient à trouver à Paris, dans de bonnes conditions, tout le change nécessaire à la couverture de leurs achats au dehors, éprouvaient de grandes difficultés à régler les importations que l’état économique du pays rendait de plus en plus nécessaires. Ils se heurtaient en outre à l'interdiction légale — levée seulement le 11 février 1916 — de réaliser à Londres les titres négociables au Stock-Exchange qu’ils pouvaient avoir en leur possession. Le marché de New-York semblait également fermé aux importateurs français, du moins en ce qui concerne les ouvertures de crédit, seul moyen de règlement qu’ils pussent envisager afin de s’affranchir de la perte du franc vis-à-vis du dollar. En effet, le marché américain, habitué à emprunter à l’Europe, se trouvait désorienté par son brusque changement de position, et par la réorganisation sur de nouvelles bases de son système bancaire. Avant

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cette réorganisation, les banques américaines ne participaient pas au commerce international, leurs opérations ne sortant pas du territoire de l’Union. La réforme, décidée par la loi du 29 décembre 1915, et réalisée plus tôt qu'on ne l'aurait désiré, sous la pression des événements européens, avait été accomplie le 16 novembre 1914. Les nouvelles banques de Réserve Fédérale possèdent dans leurs attributions le droit de réescompter des effets représentant des prêts dont le montant est destiné à des usages commerciaux. Les « member banka » ont l’autorisation d'accepter des tirages provenant de l’importation et de l’exportation des marchandises. Il était précisé que l’acceptation devait être tirée par une maison directement en relations avec l’importateur ou l’exportateur des marchandises, et qu’elle devait porter au recto la preuve suffisante de ce que sa cause résidait bien dans une vente réelle, ou dans un envoi impliquant l'importation ou l’exportation de marchandises. De plus, les engagements des banques vis-à-vis d’un même emprunteur sont limités à 10 % de leur capital et de leur réserve s’il s’agit d’un engagement sur simple signature et sans garanties, et à 25 % dans le cas où des garanties sont déposées. La loi exige en outre que pour les garanties constituées en titres la marge réservée soit au moins de 15 % de leur valeur au cours.

Cet organisme tout neuf manquait de souplesse : les banques américaines, ignorant tout de la pratique des acceptations dont Londres avait eu jusque là le quasi monopole, éprouvaient quelque difficulté à s’adapter à leur nouvelle situation ; les banques et les commerçants français, habitués à s’adresser à Londres — et dans de faibles proportions — n'avaient pas encore pris l’habitude de regarder de l’autre côté de l'Océan, sauf de très

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rares exceptions. Aussi, le marché français restait-il inerte, malgré les bonnes dispositions américaines et le taux d'intérêt extrêmement bas du papier commercial aux Etats-Unis, résultat voulu des exportations d’or pratiquées par les Alliés. En juillet 1915, la maison Rothschild (de Paris) noua les premières relations en obtenant d’un groupe de banques américaines, à la tête duquel se trouvaient la maison J.-P. Morgan, la National City Bank, la First National Bank, la Guaranty Trust et la National Bank of Commerce, un crédit important consenti pour un an à © % contre dépôt d'obligations de chemins de fer Pensylvania et Chicago-Milwaukee rachetées par le Trésor français ; au bout d’une année les titres des chemins de fer furent rachetés par les compagnies qui émirent en échange des obligations en dollars.

Afin de faciliter cet accord, la Banque de France s’engagea à mettre éventuellement à la disposition de l'Etat les moyens de change nécessaires pour assurer à l’échéance la couverture des crédits. En août 1915, la Banque de France prit l'initiative de former un groupe financier français, au premier rang duquel figuraient le Crédit Lyonnais et le Comptoir d’Escompte, et se mit en relations, au moyen d’un délégué spécialement envoyé par elle, avec la maison Brown Brothers, représentant dixneuf des principales banques et trust-companies de New- York. C'était, comme le fit remarquer M. Pallain dans son compte-rendu à l’Assemblée générale de 1916, « la première application positive aux opérations internationales d’escompte et d'acceptation de la loi sur la Réserve fédérale. » Par ce moyen, la Banque obtenait un crédit de 20 millions de dollars, réalisé par des tirages d’acceptations à 90 jours de vue, renouvelables, et s’engageait à assurer la couverture en or à l’échéance si les autres

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