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moyens de change faisaient défaut. Cette opération était possible grâce aux dispositions de la loi sur les Banques de Réserve fédérale, autorisant ces établissements à escompter des acceptations pourvu qu’elles fussent créées à l’occasion de ventes de marchandises. Cette heureuse initiative fut suivie, et d’autres banques parisiennes obtinrent à New-York des crédits en dollars, au moyen d’opérations conclues sur des bases similaires.” |
On remarquera que, dans tous ces accords, la garantie du paiement en or, à défaut de moyens de change appropriés figure toujours. Même lorsque le métal précieux ne se déplace pas, même lorsqu'il reste immobile et, en: apparence, inactif, au fond de la caisse des instituts d'émission, son influence se fait sentir, sa seule présence agit, et, même à distance gouverne la vie économique des nations. C’est ce que certains théoriciens semblent oublier aujourd’hui, malgré l’évidence des faits.
Vers le milieu du mois d’avril 1916, la livre sterling étant cotée 28,93 à Paris, un accord intervint entre la Banque de France et la Banque d'Angleterre, sous les auspices des Ministres des Finances des deux pays. Par cet accord, la Banque de France donnait une fois de plus son concours au Trésor pour lui permettre de faire face à ses paiements à l'étranger : de larges crédits étaient mis à la disposition de la France à Londres, et leur utilisation n’était plus limitée aux paiements que nous avions à faire dans le Royaume-Uni. Ces crédits nous permettaient d'acquérir sur le marché de Londres les remises que nous ne pouvions pas trouver sur notre place pour régler nos nos engagments vis-à-vis de l’Amérique ou d’autres pays. En contre-partie de ces facilités, la Banque de France devait faire des livraisons d’or à la Banque d’Angleterre, ce qui était parfaitement juste, puisque les
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Anglais, pour obtenir du change sur d’autres pays devaient y envoyer de l'or.
Mais la Banque de France, soucieuse de ménager son encaisse d’or en prévision d’une prolongation indéterminée de la guerre, et aussi en prévision du moment où la paix, le développement du commerce extérieur et la suppression du cours forcé exigeraient la mise en jeu de tous ses moyens d'action, changea le mécanisme de ses livraisons d’or. Jusque là, elle avait fait totalement abandon à l’Angleterre de l’or qu’elle lui avait envoyé en exécution de l’accord du 30 avril 1915. À partir d’avril 1916, la Banque ne vendit plus, mais prêta son or à la Banque d'Angleterre, à charge pour celle-ci de le lui rendre après la conclusion de la paix. C’est le 2 juin 1916 que, pour la première fois, le bilan hebdomadaire de la Banque de France fit une distinction, au poste « encaisse d’or », entre l’or en France et l’or à l’étranger, celui-ci figurait dans ce bilan pour 69 millions, contre 4.745.244.913 francs en caisse. Au 31 décembre 1916, l’or à l’ “HrRNeer représentait 1.593 millions.
Un nouvel accord, signé à Calais, le 24 août 1916, par M. Briand, Président du Conseil, M. Ribot, Ministre des Finances, M. Pallain, gouverneur de la Banque de France, M. Mackema, Chancelier de l’Echiquier, et Lord Cunliffe, Gouverneur de la Banque d’Angleterre, vint resserrer encore l’entente financière franco-anglaise, et mettre en œuvre à nouveau la puissance de crédit de l'or. Par cet arrangement, la Banque de France s’engageait à prêter de l’or à la Trésorerie britannique ou à la Banque d'Angleterre ; en échange de cet or, le Trésor français obtenait des crédits en Grande-Bretagne et s’engageait à mettre à la disposition de la Banque de France des sommes destinées à faire face aux besoins du marché des chan-
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ges. Ces sorties d’or devaient être effectuées sur l’ordre et pour le compte du gouvernement français.
L'accord de Calais a été ultérieurement critiqué. Cer-
tains prétendent que l’Angleterre était en août 1916 tellement affaiblie au point de vue monétaire que le gouvernement français aurait pu obtenir des ouvertures de crédits sans aucune remise d’or. Nous ne saurions partager celte opinion. Le gouvernement anglais considéra toujours que le maintien de la parité de la Livre et de l’or était une question vitale. Un refus de concours efficace à la défense de la monnaie anglaise aurait eu les. plus graves conséquences pour nos relations interalliés.
En dehors de ces opérations officielles, des conventions privées intervenaient. Certaines d’entre elles reposaient elles aussi, en dernière analyse, sur des exportations d’or français. On doit citer, à cet égard, l’ouverture de crédit du 25 novembre 1916, pour le compte de certaines compagnies de chemins de fer français ayant à régler des achats de matériel aux Etats-Unis. Le mécanisme était le suivant : la compagnie achetait des bons du Trésor français qu’elle déposait à la Banque de France jusqu’à concurrence du montant de l’achat, au bénéfice de la National Bank of Commerce. Puis elle tirait des acceptations à 90 jours, à vue, sur la National Bank of Commerce. La Banque escomptait ces traites sur le marché, et, avec l’argent obtenu, payait les achats. Il pouvait y avoir jusqu’à cinq renouvellements, ce qui reportait le règlement définitif à 18 mois. Passé ce délai, les compagnies de chemins de fer devaient vendre les Bons déposés à Paris à la Banque de France, et, avec les fonds obtenus, devaient effectuer les paiements nécessaires aux Etats- Unis, si !cs taux de change étaient favorables, sinon, les
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compagnies devaient se mettre en mesure d’exporter de l’or avec le concours de la Banque de France.
Toutes ces opérations expliquent, dans une large mesure les mouvements des métaux précieux pendant la même période. Du 1” août 1914 au 31 mars 1917, les Etats-Unis ont reçu environ 1.400 millions de dollars d’or ; sur ce chiffre 1.300 millions de dollars ont été fournis par les Alliés, et la part de la France dans ces envois dépasse 550 millions de dollars, soit 43 %. En effet la Banque de France avait livré à l’Angleterre, dans le même laps de temps, 2.840 millions de francs, dont 35 millions de livres sterling d’or vendu et 77 millions de livres d’or prêté. Plus de 150 millions de francs d’or étaient sortis avant la convention franco-anglaise d'avril 1915, et figurent presque en totalité dans les statistiques d’entrée de la douane américaine. En 1918, le gouverneur de la Banque de France déclarait : « En 1915 et 1916, notre coopération indirecte au soutien des changes alliés sur le marché américain, a entraîné l’exportation d’environ ? milliards 1/2 de notre encaisse (2.568 millions) ». Evidemment, une telle politique n’eût pas été réalisable si les rentrées d’or dues au patriotisme du public français n’étaient venues combler à mesure les vides qui se produisaient dans les réserves de la Banque.
La « campagne de l’or » inaugurée en juillet 1915 sous les auspices du gouvernement a permis, grâce aux apports volontaires des particuliers, de porter l’encaisse d’or de 3.391.549.695 francs le I* juillet 1915, à 5.015.287.291 francs le 30 décembre de la même année, alors que, le 24 juillet 1914, elle n’était que de 4.104.390.951 francs.
Le mois d'avril 1917 marque le début d’une période nouvelle, non seulement en ce qui concerne les événements de la guerre, mais aussi en ce qui concerne la poli-
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tique financière des grands pays en lutte, et la politique de l'or. Les Américains s'étant rangés aux côtés de l’Entente perdaient leur qualité de neutres et devenaient nos alliés. Dès lors, il n’y avait plus de raison pour que les règlements que la France devait effectuer en Amérique fussent faits par l'intermédiaire de la Place de Londres. La France allait pouvoir obtenir des crédits directs à New- York, les Etats-Unis acceptant le principe de la solidarité financière de même que celui de la solidarité des armes. Les accords financiers franco-anglais, conclus à un moment où il était difficile de couvrir les dettes contractées par l’Entente de l’autre côté de l’Atlantique, ne répondaient plus à la situation respective des trois alliés, et il n’eût pas été sage, de la part de la France, de continuer à gager ses crédits en Grande-Bretagne, pour les achats effectués dans ce pays, par des envois d’or à la Banque d'Angleterre. La révision qui s’imposait fut l’objet de l'accord franco-anglais du 29 mai 1917, complété le 30 juin de la même année. Les grandes lignes de cet accord, grâce auquel les sorties d’or français ont pu être sinon enrayées, au moins considérablement ralenties, sont les suivantes : les rapports financiers de la France-et de l’Angleterre étaient entièrement modifiés ; le gouvernement français s’engageait à faire face désormais au moyen de ses propres ressources américaines à toutes ses dépenses en dollars dans l’Amérique du nord. Le gouvernement anglais ouvrait au gouvernement français des crédits en sterling jusqu’à concurrence de 32 millions de livres, destinés à couvrir le paiement des achats de ce dernier dans le Royaume-Uni, pendant les mois de juillet, d'août 1917, le gouvernement britannique s’engageait à accorder un supplément de crédits si les besoins français dépassaient la somme prévue. À son tour le gouvernement français ou-