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bien : 1° à l'égard du contrôle des réserves des banques que 2° au point de vue de la fixation des taux d’escompte et 3° de la façon de consentir des prêts. La révision du système d'organisation du Trésor et du sous-Trésor (Sub Tresury) irait de pair avec ces réformes. Ce système, qui datait de 1846, était la source constante de plaintes parce qu'il permettait au gouvernement d'intervenir sur le marché des capitaux et de favoriser indûment, au moyen de dépôts, certaines banques ou certaines localités ; cependant il est de fait que le pouvoir du gouvernement de faire dés dépôts a plus d’une fois sauvé le pays d’un manque de capitaux pendant la période de mobilisation des récoltes et qu’en 1907, en déposant 150 millions de francs dans les banques de New-York, le gouvernement a considérablement tempéré les conséquences du krack. La question de l'émission des billets se rattachait à celle de l’élasticité. Les Etats-Unis, depuis que le Japon a abrogé sa loi de 1882, étaient le seul grand pays commercial dont la circulation fut garantie par des titres. Quoique 95 % des affaires en Amérique fussent traitées au moyen d’autres instruments que la monnaie, une réserve élastique de monnaie était d’une grande importance pour un pays qui produit annuellement plus de 40 millions de francs de denrées agricoles, cette réserve est nécessaire pour mobiliser les récoltes. |
La rigidité gênante de ce système a été prouvée mainte et mainte fois. Après la cessation des paiements en espèces de 1879, les affaires américaines se sont accrues constamment de 1881 à 1893. À ce moment l'émission des billets a diminué de environ 1.500.000 francs (1 milliard 500 millions), après 1893, la situation -devint plus difficile. La circulation des billets augmenta alors d’environ 500.000.000 de francs et les banques étaient encombrées
de monnaie superflue. On constata que les banques pouvaient assurer les besoins de la circulation par les bénéfices qu’elles pouvaient faire en achetant les valeurs publiques requises comme garanties de l’émission. Mais les personnes bien informées étaient d’accord que tôt ou tard la circulation garantie par des titres serait remplacée par une émission de billets couverts par de l’or et du papier commercial, c’est-à-dire par les produits naturels du pays. Une loi de secours en cas d’urgence est le seul effort sérieux concernant la circulation, qui ait été fait pour compléter l’Act de 1862. En 1908, après la panique de l’année précédente le Congrès a voté la loi dénommée « Aldrich Vreeland Law », d’après laquelle le Trésor devait tenir à la disposition des banques pour 2.600.000.000 de francs de billets destinés à être émis contre une garantie constituée par des obligations fédérales ou municipales de catégories déterminées et à être retirés de la circulation au moyen d’un impôt progressif. Au mois d'août 1914, l’Aldrich Vreeland Law rendra les plus grands services.
Les défauts du système, très réels au point de vue intérieur, étaient encore plus accusés si l’on étudiait les rapports commerciaux des Etats-Unis avec l’étranger.
Le Bank Act ainsi que nous l’avons montré plus haut, avait été établi à une époque où le commerce avec l’étranger était relativement peu étendu et où l’on ne portait que peu d'attention aux besoins de crédit du commerce maritime. À mesure que l’interdépendance financière des différents pays augmentait, que le commerce étranger et que le surplus des richesses des Etats-Unis s’accroissaient, les lacunes du Bank Act devinrent de plus en plus apparentes. Si les statistiques du commerce et des banques sont fondées, l’ambition manifestée par les Améri-
cains de voir New-York prendre la place de Londres comme centre bancaire du monde pouvait se justifier ; le système bancaire rendait au contraire pareille éventualité complètement impossible. Les Etats-Unis n'avaient pas une pratique suffisante des opérations des banques et ne possédaient pas les rouages nécessaires pour permettre à Wall Street de porter le dixième des fardeaux de Lombard Street, New-York n’était même pas un marché libre de l'or.
Les raisons en étaient données par M. L. J. Laughlin, l'économiste américain bien connu et l’adversaire des méthodes du régime. Il écrivait :
« On a reconnu que notre système bancaire, particulièrement subdivisé et indépendant : 1° ne peut exercer aucune action sur les mouvements d’or internationaux par le changement du taux de l’escompte ; 2° est incapable, aux termes du National Act, de créer des succursales à l’étranger susceptibles de fournir aux exportateurs américains les fonds dont ils ont besoin, dans le but de se plier aux conditions particulières de crédit à l’étranger ; 3° ne peut pas développer avec un succès complet le mécanisme nécessaire pour traiter les opérations de change international ; 4° manque de l’unité de direction nécessaire pour fournir les moyens financiers convenables aux mouvements d'exportation des produits. Actuellement, les Etats-Unis ne sont pas considérés comme un centre financier et industriel tel qu’ils auraient le droit de l'être, en raison du rang qu’ils occupent, grâce à leur richesse. Les entreprises internationales préfèrent établir leur siège central dans des pays dont le système bancaire repose sur des bases plus stables. Elles ne veulent pas encourir les risques d’événements tels que la panique de 1907, la suspension des paiements et les
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désordres financiers généraux. Elles trouvent plus avantageux d'opérer sur les places où elles ne craignent pas de pareils dangers inutiles, et où elles sont sûres en même temps de trouver tous les arrangements dont elles ont besoin, en fournissant les garanties convenables et suffisantes. Toutes ces observations élevées contre notre situation sur le marché financier international tendent à éloigner de nos rivages les entreprises que des considérations spéciales n'obligent pas à avoir chez nous le centre de leurs opérations. Nous sommes ainsi privés de bonnes affaires et le marché américain, dans une certaine mesure, se trouve isolé ».
En conséquence des lacunes de ce système, la plus grande partie du commerce américain recevait ses subsides financiers de banquiers étrangers et payait un tribut à ces banquiers. Car d’après le National Bank Act il était interdit, on le sait, aux banques d’accepter des lettres de change à terme. En corrélation avec ce qui est ou était probablement une saine politique au point de vue national, on éprouvait une certaine répugnance à engager ses capitaux dans des opérations à long terme. Le papier courant en Amérique était le billet à ordre direct. Un importateur américain était donc incapable de conclure des arrangements avec son banquier pour accepter d’après les règles courantes à l’étranger le papier à terme tiré sur lui par son vendeur. Deux alternatives s’offraient à lui. Il pouvait faire une remise directe au vendeur à l’étranger s’il possédait les fonds ou pouvait obtenir une avance sur son billet à ordre. Sinon, il était obligé de laisser payer l’expédition de marchandises à l’expéditeur étranger, ce que celui-ci fait seul généralement en tirant une traite sur l’acheteur et en la remettant à l’encaissement à son banquier.
Quand l'acheteur est inconnu à l'étranger, de telles traites doivent être remises à l’encaissement. Telle est la procédure employée pour le commerce à distance relativement peu éloignée. Zi suffit de la comparer avec celle qui est usitée en Grande-Bretagne où l’on emploie le papier à 60 et à 90 jours de vue, pour se rendre compte de son infériorité. Les difficultés étaient beaucoup plus grandes quand il s’agissait de transactions avec le Far West ou l’Amérique latine si recherchées par les Américains. L’importateur américain était conduit à recourir aux facilités offertes par les banques de Londres et à payer ses achats au moyen d’une lettre commerciale de crédit du correspondant à Londres de son banquier de New-York. Ceci n’était pas seulement compliqué, mais coûteux pour l’importateur qui devait payer une com: mission à son banquier américain, comprenant la commission payée à la Banque de Londres pour son acceptation. Il y avait aussi le risque de perdre au change. Au moment où un crédit est ouvert, le coût de la remise de 10.000 livres pour créer un effet à Londres ne devait être que de 48.000 dollars, au taux de 4 dollars 66 la livre, tandis que, pendant que l'effet mûrit, le change peut monter, et il coûtera à l’importateur 48.700 dollars. Aussi M. L. M. Jacobs, disait-il à la Commission monétaire Nationale au sujet des « acceptations de banque » :
« Comme conséquence de l’inaptitude de nos banques à prêter leur appui au commerce d'importation en acceptant des effets à terme, les importateurs américains dépendent, dans une grande mesure de Londres et sont obligés de payer à cette ville un tribut annuel considérable, sous la forme de commissions d’acceptations. »
Au sujet du commerce d’exportation, M. Jacobs disait :
« Cette pratique non seulement ajoute à l’importance
de Londres, et milite contre l'importance de New-York en un centre financier, mais cause en même temps de graves préjudices à notre commerce d'exportation. Depuis l’époque où l’on ne peut plus tirer d’effets sur nos banques, de l'étranger, à la suite d'expédition de marchandises aux Etats-Unis, il y a en conséquence à l’étranger peu d'effets susceptibles d’être achetés pour être remis aux Etats-Unis en paiement de marchandises expédiées par ce pays. En d’autres termes, sous notre régime bancaire actuel, nos importations ne créent pas une provision de lettres de changes sur New-York par exemple, lesquelles peuvent être vendues à l'étranger aux personnes ayant des paiements à faire à New-York. Cela signifie aussi que nos exportateurs, à leur grand désavantage, dépendent de Londres. Ils ne peuvent pas, lorsqu'ils expédient des denrées à l’Amérique du Sud ou en Orient, les facturer avantageusement en dollars des Etats-Unis, lorsqu'ils sont exposés à la concurrence. Ils ne cherchent naturellement pas à évaluer leurs denrées dans la monnaie du pays auquel elles sont expédiées ; leur seule alternative est donc de les évaluer en francs, en marks ou en livres sterling ; ces dernières seront choisies de préférence en raison de la répartition et de l’étendue du commerce de la Grande-Bretagne créant par le monde, sous les auspices du système bancaire anglais, une demande importante constante et une offre pareille de lettres de change sur Londres. Du fait que nous sommes obligés de libeller nos effets en livres sterling, on voit immédiatement que nos exportateurs sont obligés de subir les risques du change; ce qui est un handicap considérable lorsqu'ils concourent avec les exportateurs de la Grande-Bretagne. »
La manière dont le commerce d’exportation, sous le régime bancaire antérieur à 1913, était handicapé, a son
exemple le plus clair et le plus important dans l’exportation annuelle de la récolte du coton. Les Etats-Unis envoyaient à l’étranger pour environ 2.500.000.000 de francs de coton, c’est-à-dire environ la moitié de leur récolte. En Angleterre, un pareil commerce d’exportation eût été pour les banques la source de bonnes affaires qu’elles auraient traitées de manière à laisser le maximum de profit aux producteurs. Aux Etats-Unis, le procédé était différent. La négociation de la récolte se faisait pratiquement au moyen d'effets à 60 et à 90 jours tirés sur Liverpool, Londres, Paris ou Berlin. Or, avant la guerre, tout ce que les banques américaines faisaient se résumait à quelques changes temporaires dans le Sud et à New-York pour prélever une commission sur les « affaires en route » et ces pratiques subsistaient encore en 1914. Le résultat de ceci était de permettre aux financiers européens de prélever quelques millions de dollars sur les récoltes américaines.
À côté des dommages causés au commerce avec l’étranger par un système défectueux d'organisation bancaire, il y a aussi les dommages subis par le commerce en raison de l'inexistence d’un marché d’escompte. L’existence d'un pareil marché sera impossible tant que l’emploi des lettres de change et leur acceptation par les banques seront interdits. Citons encore M. Jacobs :
« La faiblesse de notre système bancaire, en comparaison des systèmes européens, doit certainement être attribuée en partie à une omission du Bank Act qui ne permet pas aux banques de faire des acceptations. C’est une faiblesse qui entraîne le pays vers des pertes économiques importantes. Faute d’un marché national d’escompte, la grande majorité de nos marchands et de nos industriels sont obligés de restreindre aux capitaux amé-
ricains leurs demandes d'emprunts, soit en escomptant leur papier à leurs banques locales ou en le négociant auprès de courtiers (note-brokers). Tous, sauf les plus importants et les plus forts, sont pratiquement privés des bénéfices de la concurrence à l’étranger pour leur papier. En dehors des grandes entreprises ayant des ramifications internationales qui leur permettent d’organiser leur crédit à l’étranger, nos marchands ei nos industriels ne profitent pas des faibles taux d’escompte de l'étranger, sauf en ce que les courtiers qui empruntent en Europe sur la garantie du papier commercial ont des facilités plus grandes pour négocier leurs achats. Ce qui plus est, les commerçants et les industriels, bénéficiaient dans une mesure relativement faible d’une accumulation de fonds dans les banques de New-York. Le faible taux des avances à vue a un effet contraire plutôt qu’un effet direct sur le taux auquel les commerçants doivent payer les capitaux. La faiblesse du taux des capitaux à vue, en d’autres termes, indique plutôt la stagnation sur le marché aux valeurs qu’un manque de demandes de la part des commerçants et des industriels. De tels taux n’agissent pas comme stimulants du commerce en général, pas plus que des taux élevés pour les capitaux à vue n’agissent immédiatement pour s'opposer à un sûr développement. »
Dans un autre ordre d'idées, la plupart des banques de New-York ne pouvaient que prêter leurs fonds à Wall Street dans un but de spéculation, à un faible taux d’intérêt. Il est inutile d’insister sur les inconvénients qui ont fait abolir le National Bank Act, sans cependant faire disparaître immédiatement les pratiques anciennes.