CHAPITRE I
La Politique Monétaire de l'Ôr en Angleterre
L’Angleterre n’a jamais cessé de veiller à la défense de son système monétaire. Peut-être est-ce dans ce domaine que l’Angleterre a montré le plus d’esprit de suite et d’ 1DÉUOENE au cours de la guerre.
Bien qu’au moment de la déclaration de guerre Ja couverture métallique des billets en circulation fut égale à 137 %,. comme la Banque était cependant tenue de rembourser en or, si un créancier l’exigeait, les chèques tirés sur elle, et qu’au 22 juillet 1914, elle détint 40 millions de livres d’or pour faire face à 40 millions de dépôts, non compris les dépôts de l’Etat, elle prit aussitôt des mesures pour protéger son encaisse. Le Bank Act de 1844 fut suspendu, de sorte que la Banque put émettre des billets sans contre-partie métallique. Le taux de l’escompte fut élevé à 10 %,, et, fait unique dans l’histoire de l’Angleterre, le gouvernement britannique, afin de subvenir
aux besoins de la circulation, procéda à l'émission de billets d'Etat — currency notes — garantis par un stock d’or de L : 18.500.000. Depuis longtemps, la faiblesse relative de la réserve d’or de la Banque d'Angleterre avait suscité des inquiétudes dans les milieux financiers de Londres. Certains allaient même jusqu’à demander la constitution d’une réserve extraordinaire d’or en vue d’une guerre. Sir Felix Schuster, directeur d’une importante banque de dépôts, avait fait une campagne dans ce sens, et, en 1908, Sir R. Giffen, se plaçant au même point de vue, affirmait la nécessité de constituer un trésor de guerre, ou d’accroître largement la réserve. Les arguments mis en avant étaient fort sérieux : on faisait ressortir les dangers particulièrement graves que pouvait présenter un drainage d’or au début d’une guerre, lorsque la crise extérieure se double d’une crise intérieure. On comparait la maigre réserve d’or anglaise aux réserves considérables et sans cesse grandissantes des autres pays. On faisait ressortir ce fait que la place de Londres, centre monétaire du monde, se trouverait dans une situation extrêmement critique en cas de guerre, ou en cas de crise financière généralisée. En effet, les nations étrangères possédaient à peu près toutes des dépôts à vue sur Londres, et en cas de crise, il était certain qu’elles devraient s’en servir.
De plus, depuis quelques années, les banques étrangères, justement afin de préserver leurs réserves d’or, s'étaient constitué des portefeuilles de change dont une grande proportion consistait en traites sur Londres.
La crise d’août 1914 n’a pas confirmé ces craintes, qui semblaient cependant légitimes. Au lieu de voir, à Londres, les changes baisser jusqu’au point de sortie de l'or, on vit au contraire tous les changes, excepté le change
sur Paris, s’élever précipitamment. Le papier anglais était devenu si rare sur les marchés étrangers, que les débiteurs ne pouvaient faire les remises nécessaires. La crise extérieure, loin d’exiger, de la part de la Banque d'Angleterre, un sacrifice d’or, provoqua donc un renforcement de sa réserve : celui-ci eut lieu à Ottawa notamment et c’est ce fait qui explique les règlements en or, opérés ensuite par l’Angleterre aux Etats-Unis par des envois de métal du Canada. Un revirement s’est produit au début de 1915, dans cette situation, et le maintien du cours de la livre sterling exigea des sorties d’or. Le 7 janvier le dollar atteignit à Londres le point de sortie de l’or : le même jour, la Banque d'Angleterre exporta pour 5 millions de dollars d’or. Ce n’était qu’un commencement. Pendant toute la guerre, la Grande-Bretagne a envoyé de l’or sur les places créditrices des Alliés. Cette politique avait un double but : soutenir le change, en soldant les dettes pressantes ou en obtenant des crédits ; faire naître, sur les marchés créditeurs, une aisance monétaire favorable au placement des emprunts.
Les statistiques des mouvements des métaux précieux en Angleterre n’ont pas été publiées pour toute la période de la guerre : elles s'arrêtent dans le courant de 1916, pour ne reprendre qu’en juillet 1919. Les chiffres des deux premières années, toutelois, sont significatifs. En 1913, l’Angleterre avait importé & : 59 millions d’or, et en avait exporté & : 46 millions. En 1914, les importations s’élevèrent à £ : 58 millions, et les exportations à & : 30 millions ; ce dernier chiffre représente une diminution très marquée sur l’année précédente. En 1915, le rapport se modifie : & : 10 millions d’importations, et & : 38 millions d’exportations. On est fondé à affirmer que les exportations d’or de l’Angleterre, en 1916 et jusqu’en avril
1917, n’ont fait qu'augmenter de mois en mois, soit que l’or exporté provint des ressources propres de la Banque d'Angleterre, soit qu’il eût été envoyé à cette dernière par la Banque de France, en exécution d’accords de 1916 que nous avons déjà exposés.
En 1916 et 1917 jusqu’à l’entrée en guerre des Américains, Londres réglait plus de 5 millions de livres sterling par jour, dont ? millions correspondaient à des remises à l’étranger.
L’Angleterre luttait sans cesse en faveur du maintien de son étalon d’or. Pour limiter au minimum possible l'exode permanent d’or, elle contractait des emprunts et des crédits commerciaux. Elle réglait des marchandises importées, telles que le sucre de Java, avec des Bons du Trésor. Elle soutenait le cours de la livre à New-York, par des envois d’or et par la vente de titres en dollars. Mais l’importance de son portefeuille en titres américains devait lui permettre de trouver après la fin des hostilités, dans la puissance de son portefeuille des valeurs fournissant un revenu élevé.
Tandis que tous les belligérants suspendaient les remboursement en espèces, Londres les continuait en principe. Certes, le gouyernement avait émis des billets, les Currency notes, qui remplaçaient les souverains et quiconque demandait de l’or à la Banque d’Angleterre obtenait en fait difficilement satisfaction. Mais en Allemagne et en Autriche, avant la guerre, les demandeurs d’or aux banques d'émission éprouvaient des difficultés égales et devaient donner leurs noms aux Etablissements qui les transmettaient aux fonctionnaires du Trésor et au directeur de la Banque d’Emission.
En fait, en Angleterre, chaque fois que l’or était néces-
saire pour des besoins commerciaux réels, il était fourni par la Banque d’Emission.
Pour maintenir l’encaisse, les banques et les bureaux de poste ont été invités à employer dans leurs paiements des billets au lieu d’or ; la fuite des pièces d’or a été interdite par la loi et les orfèvres sont dans l’imposgibilité de se procurer du métal. Les troupes se rendant au front ne devaient pas emporter d’or.
L’exportation était légalement en fait, sinon en droit, centralisée par la Banque d'Angleterre.
Les avis quotidiens de la Banque sur les sorties d’or furent supprimés.
En avril 1917, l'intervention américaine transforma la situation de la place de Londres. Les Alliés trouvaient dans le Trésor américain un prêteur largement approvisionné, grâce au concours des banques. Le concours des Etats-Unis ne fut pas d’ailleurs limité aux règlements d'achats faits en Amérique. Les Alliés étaient débiteurs sur des places où les monnaies nationales faisaient prime sur la livre sterling. Les règlements y furent assurés par la Trésorerie de Washington qui n’hésita pas à apporter notamment en Espagne son or, évitant ainsi une dépréciation du franc et de la livre sterling.
Cette politique obligea le gouvernement américain à prendre certaines précautions pour que cet événement n'ait pas de conséquences fâcheuses pour l’élasticité du crédit public. Un amendement du 21 juin 1917 au Federal Reserve Act permet au gouvernement fédéral d'augmenter dans le pays sa circulation en billets tout en accroissant sa couverture métallique. À cet effet, cet amendement :
1° diminue pour les banques affiliées au Federal Reserve System la proportion légale des réserves par rapport aux dépôts ;
2° transfère la totalité de ces réserves dans les caisses des 12 banques de Réserve Fédérale.
C’est là ce qu’on a appelé la « mobilisation de l’or ». Jusqu'en 1917, en effet, les banques avaient une partie de la réserve légale, en argent liquide déposé dans leurs caveaux. L'effet de la loi du 21 juin 1917 amena les banques non seulement à augmenter le chiffre de leurs réserves déposées dans les banques de Réserve Fédérale, mais encore à effectuer dans ces banques le dépôt de la plus grande partie de leurs réserves d’or et de « bons » d’or. On émit des billets de la Réserve Fédérale jusqu’à concurrence d’une somme qui dépassa le chiffre de l’or et des « bons » d’or retirés de la circulation. Les lois qui régissent le Federal Reserve System autorisent les émissions de billets avec une couverture or de 40 %, à condition que ces billets soient garantis également par des dépôts, entre les mains du fonctionnaire désigné à cet effet, de papier de commerce escompté pour une valeur nominale égale à celle du montant des billets émis.
Malgré la participation des Etats-Unis à la guerre, la balance commerciale a continué de se solder par des excédents d’exportations considérables qui, pour l’année 1919, dépassaient 4.100 millions de dollars. Les importations d’or européen, toutefois, se sont fortement ralenties, et les exportations d’or américain ont beaucoup augmenté, pour des raisons qui ont été précédemment exposées. Ce mouvement contraire à celui qui avait prévalu pendant les premières années de la guerre, n’en a pas moins laissé aux Etats-Unis, à la fin de 1919, un excédent net d’or importé égal à près de 1 milliard de dollars.
Grâce à ce concours l’Angleterre pouvait alléger ses fabrications de moyens de paiements sous forme d’ou-
vertures de crédit, d'émissions de billets du Trésor ou ‘ d’envoi d’or à l’étranger.
Cependant Londres assurait encore les règlements sur les marchés neutres, qui ne cessaient de recevoir l’or de Londres au point d’en être saturés. Mais en même temps, au cours de cette période, pendant laquelle l’encaisse de la Banque de France baisse visiblement, malgré les apports du public, les réserves d’or de la Banque d’Angleterre, loin de diminuer, s’accroissent. L’encaisse qui, au 1” juillet 1914, était de 38.500.000 livres, était passé à 69 millions le 30 décembre de la même année ; fin 1915, elle était à & : 51 millions ; fin 1916, à & : 52.800.000; fin 1917, à &£ : 57 millions ; fin 1918, à £ : 78.500.000 ; fin 1919 à plus de & : 91 millions ; et fin 1920, à & : 126 millions.
Ces chiffres seraient inexplicables si l’on ne plaçait pas en regard le relevé de la production de l’or à l’intérieur de l’Empire britannique pendant la même période, et la production mondiale.
Empire Britannique Mondiale Empire Britannique Mondiale (1}
(en millions de Livres) 1913 58 94 1918 51 79 1914 56 90 1919 50 75 1915 60 96 1920 48 69 1916 59 93 1/2 1921 47 68 1917 56 86 1922 44 65
Pour 1923, on prévoit une amélioration de 10 millions de livres sterling.
(1) C. f. Chronique de M. Roulleau, dans le Journal de la Société de Statistique. Mars 1923.
Ii ne suffit point de constater la perte sans cesse croissante de l’Angleterre et de ses dominions dans les productions annuelles d’or. Il faut savoir quelles difficultés soulevèrent les dépréciations de la Livre sterling par rapport au dollar, sur les marchés extérieurs, et les bouleversements qu’elles amenaient dans le coût de production des mines d'or.
On sait, par ce qui a été exposé au début de la présente étude, que les producteurs d’or vendent leur marchandise à prix fixe. Ils ont le privilège de jouir d’un débit illimité et d’un prix de vente constant, quelque ROUE, que puisse être le coût de production.
Si le coût de production s'élève par suite de la cherté croissante de la main d’œuvre, de l'outillage, des matériaux divers, du frêt, la marge de bénéfices décroît. Certaines exploitations ne peuvent plus vendre lucrativement. La production de l’or diminue.
Le remède est-il de payer l’or plus cher ? Mais alors l'importateur sera conduit à exporter plus d’or en monnaie qu'il n’en reçoit en lingots, sans autre résultat que de grever le budget et finalement d’appauvrir la circulation monétaire.
Puis si l’or nouvellement produit est payé plus cher que l’or ancien et monnayé, comment le métal jaune pourra-t-il continuer à jouer le rôle d’étalon monétaire international ? Etendre la prime à toutes les monnaies serait nécessaire.
Or, de 1914 à 1918, l'augmentation du coût par tonne de minerai était au Transvaal de 17 shillings 11, à 21 shillings 1 ; alors que le rendement par tonne fléchissait de 21 lines environ.
Les causes de cette réduction de bénéfices étaient multiples : raréfaction de la main d'œuvre au Transvaal, les
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indigènes occupés passant de 209.000 en 1905, à 152.000 en 1918. Hausse du prix de toutes les matières utilisées dans l'extraction. Or elles étaient achetées à un cours qui enregistrait la disparité du dollar et de la livre et souvent un écart plus grand. Le charbon valait dix fois plus qu'avant la guerre. La dynamite quatre fois.
Les doléances des propriétaires miniers furent entendues. Elles étaient d’autant plus légitimes que l’Angleterre, depuis le début des hostilités, avait le monopole d’achat de l’or des Dominions. Une commission d’enquête fut nommée au début de 1918, afin « d'examiner les différents problèmes qui surgissent en ce qui concerne la circulation monétaire et les changes étrangers pendant la période de reconstruction et de faire un rapport sur les mesures nécessaires pour assurer le rétablissement des conditions normales, en temps voulu ». En 1918, la production avait diminué pour les huit premiers mois, au Transvaal, de 1.315.000 livres sterling, alors que les prix étaient accrus de 468.000 livres. Il fallait trouver un remède.
Deux solutions simples pouvaient être adoptées. Ou maintenir le prix de l’or au cours officiel de l’once standard et affirmer une parité or et livre qui ne correspondait pas à la réalité, puisque la livre n’était point à parité avec le dollar ; ou bien enregistrer la réalité en déclarant que l’once standard serait payée un prix plus élevé que le cours officiel. Mais alors une élévation du prix de l’or payé par les hôtels des Monnaies provoquerait un bouleversement complet du prix des choses qui aurait les plus fâcheuses répercussions sur l’économie générale. Pour donner satisfaction aux réclamations d’une importante industrie, on ne pouvait se lancer dans une pareille aventure.
S'en rendant compte eux-mêmes, les producteurs réclamèrent non le relèvement du prix auquel la Banque d'Angleterre achète l’or (77 sh. 10 1/2 d. par once standard) mais l'attribution aux exploitants d’une prime à la production. Sous cette forme, les doléances des compagnies sud-africaines semblèrent plus facile à accepter.
Cependant, la Commission spéciale d'enquête nommée par le Gouvernement britannique, après une étude approfondie de la question, se déclara opposée à l'octroi d’une prime ou d’une subvention quelconque ayant pour but de stimuler la production du métal jaune. Et elle donna à l’appui de son refus, diverses raisons dont on ne saurait méconnaître la force.
L'or, rappela-t-elle, étant l’étalon de valeur, il est impossible de le payer plus cher que sa valeur d’échange exprimée en papier monnaie. L'’octroi d’une prime aurait pour effet de réduire le pouvoir d’achat de tout l’or existant dans le monde et de provoquer une nouvelle hausse des prix de toutes choses. L’accroissement du prix des choses qui en résulterait se répercuterait dans toutes les branches de l’activité sociale, sur tous les commerces et toutes les industries, y compris celle de l’of. Les exploitants des mines sud-africaines le subiraient comme les autres industriels : leurs ouvriers, en présence de la nouvelle élévation du prix des vivres, réclameraient de nouvelles indemnités de cherté de vie ; le coût des matières premières indispensables à l’équipement des mines s’accroîtrait, etc. Et rien ne prouve qu’au bout de peu de temps, non seulement l’accroissement des charges qui en résulterait compenserait l’augmentation du prix de vente de l’or produit, mais encore la dépasserait. Il faudrait donc recourir à une nouvelle élévation du prix de l’or... Mais, où s’arrêterait-on ? Par consé-
quent, si on modifiait le prix de l’or, on ne ferait qu’en déplacer ou en ajourner la solution, à brève échéance d’ailleurs.
Sans doute, affirmait-elle, il est désirable de disposer d’une réserve d’or, dont le rôle le plus important est de permettre le règlement des dettes à l'étranger. Admettons qu'on puisse accroître cette réserve par l'octroi d’une prime à la production. Si la balance du commerce extérieur s'établit en faveur de l'Angleterre, le montant de cette réserve augmentera automatiquement ; dans Ce cas, la prime est inutile. Si, au contraire, la balance du commerce extérieur venait à être défavorable, l’Angleterre serait obligée d'envoyer de l’or en règlement, et dans ce cas c’est l’acheteur étranger seul qui profiterait de la prime grâce à laquelle on se serait assuré cet or...
Théoriquement, le raisonnement était inattaquable. En fait, on pouvait temporiser. La solidarité financière des Alliés aboutissait à une faible perte de la livre par rapport au dollar en 1918. Puis certains instituts d'émission achètent, à certains moments, mais d’une manière tout à fait discrète (et sans modifier en quoi que ce soit la valeur des billets) de l’or, avec une prime variable. Ils le font dans le but de renforcer les gages de la circulation fiduciaire et ils peuvent sacrifier à cela telle ou telle partie des bénéfices par eux réalisés dans d’autres opérations. Mais une pareille pratique n’était pas le relèvement public du prix de l’or qui est une chose tout à fait différente. Autrement dit, ils ne paient pas l’or plus cher, ils le paient à son prix, mais ils accordent accidentellement une sorte de subvention à ceux qui le lui apportent.
En 1919, la situation s’aggrava. Au cours des hostilités on avait pu calmer les producteurs des mines en leur rappelant que l’Angleterre avait par ses achats, en 1914,
1915, 1916...1918 soutenu les cours qui, sans cela, se seraient effondrés en conséquence des dangers de la guerre sous-marine. La guerre finie, l'argument ne portait plus. La solidarité financière disparaissait et la dépréciation subie par la livre papier apparaissait. La thèse de la parité de l’or et de la livre n’était plus soutenable. Il fut décidé en avril 1919, par un ordre en Conseil, qu’on pourrait dorénavant délivrer des licences d'importation du métal pour les besoins du marché libre. Le cours moyen cota alors 100 sh. l’once de fin. On renonçait aux pratiques suivies depuis 1916, et d’après lesquelles on demandait aux importateurs du métal qui n'étaient pas sur la liste des gros producteurs à qui la Banque d’Angleterre achetait l’or sur place, de vendre tout leur métal importé à l’Institut d'émission.
On permit ensuite aux producteurs australiens d’exporter le métal afin de justifier, par le fait, qu’ils recevaient un prix officiel inférieur au prix réel du marché. Ils obtinrent à Shanghaï un prix moyen de 95 sh. 9 d. l’once standard. L'expérience était probante. Il fut donc décidé en juillet 1919, après accord entre la Banque d’Angleterre et les producteurs du Transvaal, de la Rhodésie, de l’Afrique occidentale et de l’Inde, que l’or aurait un régime commercial différent suivant sa provenance.
L'or extrait des mines serait vendu librement dans la durée de cinq semaines suivant son arrivée. La Banque d'Angleterre délivrerait des permis d'exportation si cela était utile à la négociation.
Est-ce à dire qu'après le mois de juin il y ait eu à Londres retour au marché libre de l’or ? En fait l’importation et la vente des lingots sont permises, mais l’importateur doit obtenir une licence. Il existe dans ce régime plusieurs quotations de l’or. Le prix officiel payé par la
% nn
Banque d'Angleterre, le cours du marché libre et enfin le prix spécial de l’or non exportable.
Une autre difficulté surgit par suite des disparités de cours de la livre sterling et de la livre sud-africaine. Après vente du métal en Angleterre, les banques intermédiaires du Transvaal doivent en rapatrier le prix pour payer les producteurs. Elles négocient de ce chef des traites sur Londres pour un montant élevé. Les conditions de change anglo-sud-africain viennent donc augmenter ou diminuer le bénéfice des banques sud-africaines. Jusqu’en 1920, par suite des difficultés d'exportation du métal, la livre sud-africaine suivit le cours de la livre anglaise. De nombreux billets furent alors émis par les banques du Transvaal qui avaient la liberté d'émission. Ils étaient d’ailleurs remboursables en or.
En 1920, la demande d’or des Indes provoqua la sortie des métaux du Transvaal. Les banques sud-africaines furent assaillies de demandes de remboursement en métal. Elles durent alors en acheter à Londres. En février 1920, la moitié du métal envoyé à Londres était réexpédiée au Cap. La fuite de l’or provoquait une dépréciation du change africain. Mais en janvier 1921, après une crise qui avait ralenti les exportations et entraîné une balance commerciale défavorable pour l’Union sud-africaine, les exportations reprennent. En avril 1921, le change africain fait prime sur la livre sterling. Le Transvaal décide alors le retrait de l’or de la circulation et crée des certificats d’or émis par une banque centrale, spécialement créée à cet effet, qui ne rembourse les billets que si le prix de l’or est inférieur au taux légal de la Banque. Mais celui-ci étant identique à celui de Londres le problème de la parité des deux livres est résolu.
Désormais, ces difficultés étant surmontées, passé le
délai de cinq semaines l’or était acquis au cours officiel par la Banque d'Angleterre. L'or ne provenant d’ailleurs que des mines ne pouvait obtenir aucune autorisation d’exportation. Ainsi l'or d’origine Soviétique fut acquis à des cours voisins du prix légal de 77 sh. 9 d. l’once standard. Le prix de l’once sur le marché libre tombe de 100 sh. à 90.
La politique de l’Angleterre sera de diriger la plus grande quantité possible de métal vers les Etats-Unis pour y provoquer une diminution de la puissance d'achat du dollar qui facilitera le retour à la parité du dollar et de la livre sterling. Au cours de 1921, les importations d’or à Londres ont atteint 42 millions de livres dont 37 venaient de l’Amérique du Sud. Les exportations s’élevaient à 53 millions dont 47 1/2 aux Etats-Unis. Aussi, fin du mois de décembre 1922, le cours de l’once standard ne cotera plus que 88 sh. 5 d.
À la fin de 1920 la parité de la livre et de l’or sur un marché libre paraissait fort éloignée. La circulation de la Banque avait cru de 29 millions de livres, au 27 mai 1914 à 133 millions de livres, au 29 décembre 1920. L’encaisse de 36 millions de livres à 91.200.000. Mais il faut surtout tenir compte de l’existence d’un facteur particulier : les billets émis par le gouvernement anglais, et qui portent le nom de Currency notes. Le principe sur lequel repose l’émission fiduciaire, en Grande-Bretagne, s’opposait à ce que la Banque créât des billets non garantis par de l’or. Le Bank Act fut bien suspendu, au début de la guerre, mais la Banque n’usa des facultés qu'il mettait à sa disposition que pendant une semaine. Cependant, les besoins énormes que faisait naître la guerre rendaient nécessaire une augmentation rapide de la circulation. On se décida donc à créer, par une loi
du 6 août 1914, des billets d'Etat, ayant cours légal illimité, gagés partiellement par une réserve d’or de & : 28.500.000 et par des billets de la Banque d'Angleterre, et pour le surplus des valeurs de l'Etat. La loi donnait au porteur de ces billets le droit d'obtenir, à la Banque d'Angleterre, le remboursement à vue en monnaie d’or. Au 31 décembre 1920, les Currency notes en circulation représentaient un total de & : 316.974.800 couverts par de l’or jusqu’à concurrence de 13 %.
Les chiffres qui précèdent mettent en évidence un fait bien grave ; un fait si grave que Londres n’a jamais consenti à l’énoncer ouvertement : l’étalon d’or a cessé d’être à la base du système monétaire anglais. Les mouvements d’or qui ont eu lieu pendant la guerre ont eu pour conséquence de faire disparaître, pour un temps, ce marché libre de l’or qu’une pratique séculaire avait fixé sur les bords de la Tamise.
En dehors de tous les inconvénients qui résultent naturellement de l'inflation du stock monétaire et des crédits, il va de soi que , les engagements de la Banque en étant venus à dépasser de beaucoup son encaisse, il lui était impossible de rembourser en or les billets émis par elle et les Currency notes émis par le gouvernement. La réserve métallique n’y aurait pas suffi. C’est pourquoi la remboursabilité du billet, bien qu’elle n'ait jamais cessé d'exister théoriquement, n’est en fait, qu’une chimère. Lorsque des particuliers demandent à la Banque d'Angleterre le remboursement en or des billets qu'ils détiennent, on fait appel à leur patriotisme, et, dans la plupart des cas, ils s’inclinent. Toutefois, s'ils insistent, et s’ils produisent des « raisons suffisantes» de leur insistance, la Banque consent à leur verser de l'or, mais aux trois conditions suivantes : ils doivent en signer le reçu,
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s'engager à ne pas l'exporter, et s’engager à ne pas le fondre pour en fabriquer des bijoux ou des objets d’art. Cet or ne peut donc être utilisé par eux que pour des règlements sur le marché intérieur; mais ces règlements s'effectuent aussi commodément en billets de banque, ou en Currency notes, puisque les prix ne sont pas dédoublés, et il ne saurait y avoir, dans ce cas, de « raison suffisante » pour accorder le remboursement.
On voit par quel subterfuge la Banque d’Angleterre est arrivée à protéger sa réserve de guerre sans que le cours forcé ait jamais été établi. Mais un fait brutal n’en existe pas moins : c’est que les détenteurs de billets, de chèques, de titres de crédit quelconques libellés en sterling, ne peuvent plus dire que leur papier vaut Re l'or. Mais chaque jour modifie cette situation.
À la paix, la livre subit un certain fléchissement ; c'était fatal puisque l’Angleterre se trouvait dans une position débitrice à l’étranger. Pour’ rétablir d’une manière indiscutable la livre sterling comme moyen international de paiement, il était nécessaire de la ramener, d’une manière aussi stable que possible, à la parité de l'or. En effet, comment établir des compensations avec une monnaie à cours variable.
Pour arriver à ce résultat, la Grande-Bretagne devait obtenir la réparation des pertes qu'elle avait subies. réaliser des économies et payer ses dettes. Elle se mit à la besogne avec une continuité de vues dont elle ne pouvait prendre exemple que dans sa propre histoire et avec une ardeur qu’un peuple ne tire que de la victoire.
La marine anglaise avait été de toutes les marines alliées la plus éprouvée par la guerre et c'était par les torpillages que l’Angleterre avait subi ses principaux
dommages de guerre : on lui attribua en compensation la plus grande part de la flotte de commerce allemande et la reddition de la flotte de guerre ennemie fut exigée. On se souvient comment elle fut détruite, à Scapa-Flow. . Ainsi la supériorité maritime anglaise fut vite rétablie. Les Américains cherchèrent bien à la lui disputer : ils ne purent y réussir, faute d’équipages pour monter l’énorme flotte qu'ils avaient construite à grands frais pendant la guerre.
Les sacrifices que les Anglais avaient consentis en matière de taxation furent maintenus. D’importantes économies furent réalisées sur l’armée, car la position insulaire de la Grande-Bretagne, ainsi que la confiance qu’elle avait mise dans la Ligue des Nations, les lui rendaient possibles. Il fallait réduire la marine : l'Amérique, la seule nation dont l’Angleterre pouvait redouter la compétition, la seule nation qui pouvait la dépasser dans la course aux armements, vint à son secours. Il ne serait pas nécessaire d’invoquer d’autre motif à la faveur qui accueillit, en Angleterre, la réunion de la conférence sur la limitation des armements navals.’
Enfin, l'Angleterre entreprit la liquidation de ses dettes et créances de guerre. Sa part de l’emprunt anglo-français, les bons du Trésor qu’elle avait émis sur le marché américain, ses soldes débiteurs dans les banques étrangères furent scrupuleusement payés à leur échéance ; elle signa un arrangement pour le remboursement des avances reçues du gouvernement américain ; enfin, elle proposa, sinon de remettre totalement, du moins de réduire les créances qu’elle-même possédait sur les gouvernements alliés. *
En même temps, elle s’attachait à une politique intérieure de déflation. Ainsi le but proposé fut obtenu et
la livre revint promptement à un point très voisin de la parité avec l'or. Déflation et hausse du change étaient une dangereuse expérience pour un pays chez lequel l’exportation constitue une nécessité vitale. Elles risquaient de causer une diminution dans ses exportations, et, comme conséquence, une limitation dans la production qui à son tour, amènerait le chômage. ,
Une crise s’ensuivit effectivement. Mais, sur ce point même, la nature et les événements vinrent en aide à l’Angleterre. Le principal article de ses exportations, en effet, n’est pas un produit manufacturé : c’est le charbon, qui constitue une nécessité pour le monde entier. La demande sur les charbons anglais a été intensifiée par la surproduction allemande. Les filés et tissus de coton, qui viennent au second rang comme articles d’exportations, résistent également : en effet, grâce à la hausse de la livre, elle paie sa matière première moins cher, à l’inverse de l’Allemagne, sa principale concurrente.
Ainsi, l'Angleterre a recouvré sa place à la tête du commerce du monde : elle a maintenu la livre sterling comme monnaie universelle. Il n’existe pas dans l’histoire de lutte économique où un peuple ait montré plus de patience, de ténacité et d'énergie.
Ce n’est point tant par une politique de déflation que l’Angleterre restaure la puissance d’achat de la livre que par un retour à l’activité commerciale et bancaire. Le total des pouvoirs d’achat dont dispose la collectivité anglaise n’est pas très différent à la fin de 1922 de ce qu'il était en décembre 1919. Ce qui n’a pas empêché M. Mac Kemma, président de la London Joint City and Midland Bank d'affirmer le 24 janvier 1923 que la déflation était la cause de la dépression commerciale anglaise.
En fait il y a eu réduction des dépôts par rapport à
l’année 1920. Mais ce résultat était inévitable. L’année 1920 fut caractérisée par un boom des valeurs. Il y a réduction des currency notes. Qui pourrait se plaindre de cet assainissement ? Mais le rôle capital a été joué par la politique fiscale. L’Angleterre a mis son budget en équilibre. Elle a définitivement écarté tout danger d’inflation nouvelle. C’est la transformation des déficits budgétaires en excédents permettant la réduction déjà considérable de la dette publique qui a été la cause réelle de la réappréciation extérieure et intérieure de la livre.
Le marché de Londres, sous l’impulsion de cette politique, redevient rapidement le centre des transactions internationales. La livre tend à la parité avec le dollar. Elle n'offre plus au milieu de 1923 que quelques points d'écart. Le marché de Londres a pu émettre des valeurs, dans les six premiers mois de 1922, pour un montant légèrement inférieur à celles qui ont été placées aux Etats-Unis. (2.688 millions de dollars aux Etats-Unis ; 2.245 millions de dollars en Angleterre). De plus le marché de Londres a été rapidement renfloué par le concours même des pays d'Europe. Certains détenteurs de capitaux, dans les pays à monnaie dépréciée, par peur de la dépréciation de leurs changes, vendent leurs monnaies aux guichets des succursales des banques anglaises contre des crédits en livres, ils vendent à proprement parler leurs richesses pour un loyer de 2 %, taux qui leur est servi par les banques, richesses qui seront reprêtées à T et 8 %. La mise en sécurité des capitaux européens à Londres a contribué pour beaucoup à augmenter les disponibilités de cette place en 1922, c’est à elle qu'est due en partie la hausse du Stock Exchange et l'accueil : de Londres aux emprunteurs étrangers. En vendant leurs disponibilités aux Anglais les industriels allemands
notamment préparent la concurrence de l’industrie britannique sur les marchés qui seront ouverts à cette industrie par la finance anglaise. Le mécanisme est même encore plus avantageux aux Anglais que l’on ne l’imagine en général, car non seulement ils prêtent avec profit les crédits en livres qu’ils ont ouverts aux vendeurs de monnaies étrangères, mais ils leur reprêtent même sur place leurs propres monnaies qui ne quittent pas les succursales des banques anglaises. Les Anglais perçoivent un loyer sur la marchandise vendue et une différence de taux d'intérêt sur l’emploi de la marchandise achetée, sans compter la préparation à un essor nouveau de leur industrie.
Malgré des secousses répétées depuis 1914, le marché de Londres, sans être redevenu le pôle unique monétaire, est d’ores et déjà le pôle par excellence du crédit.
. Qu'est-il advenu des ambitions américaines qui, au lendemain de l’armistice, entrevoyaient l’hégémonie de l'or en leur faveur ?