SOUPE ETES
d'Europe ou des Amériques et les rejetant soit vers Londres, soit vers les Indes suivant la balance des comptes, créditrice ou débitrice de Londres sur Bombay et réciproquement.
Les Indes ne renvoyaient guère vers Londres que des souverains de poids faibles et des demi-souverains rognés, des espèces en tel état n’étant acceptées pour leur valeur nominale que dans le Royaume-Uni. Cette monnaie avait été probablement abimée en Egypte, où c’est une véritable industrie d’enlever aux pièces tout ce qu'il est possible de métal et de ne leur laisser qu’un minimum exigé par la Banque d’Angleterre.
La plus grande partie de cet or importé était affecté à des emplois industriels : bijoux, bracelets... ou thésaurisé sous forme de barres. L’Extrême-Orient est un dans cette pratique. Chinois et Indiens s’y adonnent avec une continuité qui explique la puissance d’absorption du métal jaune depuis la Perse jusqu'aux extrêmes confins de la Chine.
Les industries de la bijouterie étaient aussi demandeurs de métaux soit en Europe, soit aux Etats-Unis. On estimait en 1913 que 261.950 kilos d’or, d’une valeur de 900 millions de francs avaient été affectés à de tels emplois. Au cours de l’année qui a précédé la guerre, la France affectait à des emplois industriels 25.000 kilos ; l’Allemagne 30.090 ; les Etats-Unis 53.800.
Ainsi la demande de l’or sur le marché de Londres était active, même au moment des besoins monétaires. Cette situation ne pouvait qu'être favorable au marché de Londres, à condition que la production mondiale fut suffisante pour satisfaire à la fois aux besoins industriels et monétaires.
Or, à la veille de la guerre une autre augmentation
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de la demande de métal jaune s’était produite en raison de la politique de la plupart des banques d'émission qui accroissaient leur encaisse, soit pour améliorer leur régime de circulation, comme aux Etats-Unis, soit pour renforcer leur trésor de guerre, dans la crainte d’un conflit international prévu et redouté.
Le Trésor des Etats-Unis était obligé de garder une immense quantité d’or de manière à maintenir à leur parité légale les greenbacks et les certificats d’argent. Pour le Trésor et les banques nationales réunies, et non comprises les banques privées et les Trust companies, l’encaisse dépassait 6.581 millions de francs d’or — soit autant que la Banque de France et la Banque de Russie ensemble. De 1900 à 1910, le Trésor des Etats-Unis et les banques nationales accroissaient leurs encaisses de 3.015 millions soit 114,7 %. Ils s’appropriaient 18,5 % du total de la production mondiale du métal jaune. Mais au cours de la même période, on enregistrait un accroissement de 769 millions de francs ou 488,3 % dans l’encaisse de la Caisse de Conversion argentine et un accroissement de 475 millions de francs dans la Caisse de Conversion du Brésil. Il en résulte que les Etats-Unis, l'Argentine et le Brésil ont augmenté leurs encaisses d’or en dix ans de 4.759 millions, soit 25,1 % de la production du monde.
En Europe, le principal accroissement s'était produit en Russie et en France. La reprise des paiements en espèces en Russie avait été rendue possible par les étroites relations politiques et financières de ce pays avec la France qui soutenait la Russie de toute la force de son crédit. Aussi l’encaisse de la Banque d’Etat passait-il de 1.788 millions de francs en 1900 à 3.286 millions en
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Si on envisage la situation de la Banque de France, on remarque que son encaisse d’or est passée en dix années de 2.340 millions de francs à 3.280 millions, soit une augmentation de 40,1 %. Pivot de l’Union latine, elle était obligée de prendre les mesures qui maintiendraient le franc d'argent à sa parité conventionnelle de 1 à 15 1/2 alors que le rapport métallique était de 1 à 40 ou même à 00.
Le volume de sa circulation qui s'élevait fin 1910 à 5.261 millions, le rôle de l’encaisse comme trésor de guerre justifiaient cette politique. Pour la période décennale 1901-1910, les importations de lingots d’or en France s’élevaient à 3.821 millions dont 2.067 millions venant d'Angleterre et 1.147 millions des Etats-Unis.
La Banque de France avait recueilli 3.500 millions de cette importation. Elle en avait ensuite remis 1.805 millions à l'hôtel des monnaies et affecté 1.171 millions à grossir son encaisse. Le surplus, soit 500 millions, était livré aux exportateurs.
Londres était ainsi le pôle monétaire de toute notre politique de l’or. Il en allait ainsi et à cause de l’existence du marché libre sur cette place, et encore et surtout parce que notre situation de créancier du monde nous rendait créditeur non des Anglais, mais de la place qui réglait la plupart des créances internationales. Ainsi apparait déjà la vérité de cette affirmation que le pôle monétaire n’existait à Londres qu’autant que la place était le pôle des crédits et règlements internationaux.
L'Allemagne était aussi un gros consommateur d’or. Elle avait fait de 1900 à 1910 une politique de renforcement de son encaisse qui passait de 625 millions à 827. La préoccupation de constituer un trésor métallique de guerre à côté du Trésor de la Tour Julius expliquait cette