DE L’ARRETE ALLEIV'AND
Comment la population beige a-t-elle accueill. et supporte Fexecution de l’arrete?
La presse allemande s’est efforcee, comme nous l’avons deja remarque, de persuader Fopinion etrangere de ce que Fapplication de la mesure se faisait sans difFicultes et dans le calme.
La realite, lielas ! etait tout autre. II n’est d’ailleurs personne au monde qui ne devine, par F intuition de la seule sympathie humaine, les soulTrances que doivent infliger a des families d’etres humains, des deportations pratiques de cette maniere, en masse et systematiquement, par une autorite aussi peu preoccup6e de se faire aimer que F autorite allemande. Si un doute subsistait, la clamour d’angoisse et d'horreurqui s’est elevee en Belgique, et dont des 6chos,tels que le « Cri d’alarme » du cardinal Mercier et l’emouvant « Appel des ouvriers beiges » a la classe ouvriere du monde, sont parvenus au dehors, sulFirait a le dissiper.
Sur ce point, toutefois, vu le parti pris de silence et de reticence adopte par la presse allemande, force est de nouveau de recourir a des sources non allemandes.
L’ attitude des autorites, d’abord.
Elle est deja decrite dans les documents cit6s ci-dessus.
On y a vu, entre autres, la noble attitude du bourgmestre .et du College echevinal de Bruges; la resistance, aussi, aux sommations et menaces allemandes des bourgmestres d’une foule de petites communes, pourtant tout a fait sans defense par suite de leur eloignement de Bruxelles, ou la presence des Legations neutres est. malgre tout, un frein pour Fautorite allemande; la resistance encore des directeurs d’institutions d’assistance, etc.
Le Conseil communal de la ville de Tournai s’est illustre par
ATTITUDE DE LA POPULATION BELGE
une resolution qui rappelle l’energie, la fierte et l’esprit d’independance des anciens communiers wallons et flamands, qui tinrent en echec jadis Foppression feodale, et a qui la Belgique doit d’avoir connu la liberte civique plus tot qu’aueun autre pays d’Europe.
On trouvera le texte de cette resolution et de la reponse caracteristique de F autorite niilitaire allemande a la fm du chapitre XIV.
Le College echevinal de Bruxelles eut une attitude non moins digne (Voir sa lettre au Gouverneur general, en date du 17 novembre 1916, au chapitre XVIII, § 4, avec pieces justificatives).
Tous les grands corps de FEtat agirent et parlerent de meme; de meme aussi toutes les autordAs morales du pays.
On trouvera dans les chapitres suivants et aux Annexes le texte des protestations solennelles, ou eclatele plus noble courage civique, des representants et senateurs de Belgique presents a Bruxelles, des representants, senateurs et notables d’ Anvers et des environs, de Farrondissement de Mons et de Namur, des eveques beiges, des syndicats ouvriers, des corps scientifiques.
Citons ici cede de la Cour de cassation et des membres des corps judiciaires :
Bruxelles, le 11 novembre 1916.
Excellence,
F Les soussignes, unis dans une meme pensee de solidarity pour la defense du droit, croient de leur devoir de faire connaitre a Votre Excellence l’impression douloureuse que fait dans le monde judiciaire tout entier la recente mesure prise contre une partie de la population beige.
Des citoyens paisibles, appartenant a toutes les classes de la societe et sur tous les points du pays, sont, au mepris du droit naturel, du droit positif et du droit des gens, arrach.es a leurs foyers, t\ leurs families et employes, en Allemagne ou ailleurs, k des travaux qui servent, indirectement tout au moins, aux operations militaires contre la patrie.
C’est la meconnaissance du grand principe de la liberte individuelle, reconnu par tous les peuples civilises.
C’est la meconnaissance, aussi, des principes les plus certains du droit de la guerre qui assure aux populations civiles le libre exercice de leurs droits.
C’est la meconnaissance, enfin, des assurances que Votre Excellence donnait a la population beige, quand elle promettait aux citoyens restes dans le pays, securite et protection.
Cette mesure nous reporte au temps ou le vainqueur emmenait en servitude les populations vaincues et les roduisait en esclavage.
L’homme est maitre de sa personne, de ses forces et de sa volonte. Los travaux forces sont une peine reservee aux grands crimes.
LES DEPOKTATlOiNS BELGES
Les soussignes se permettent de le rappeler a Voire Excellence et esperent qu’elle se fera aupres du Gouvernement imperial le defenseur de la Belgique confiee a sa vigilance et a sa garde.
Ils presentent a Votre Excellence les assurances de lour haute consideration.
A Son Excellence Monsieur le Baron von Bissing ,
Gouverneur general en Belgique.
N. B. — Suivent cinq cents signatures environ : Cour et Barreau de cassation; Cour d’appel et Barreau de Bruxelles ; Tribunal civil et Tribunal de Commerce de Bruxelles ; Juges de paix et Prud’hommes de Bruxelles.
Quant a la population, son courage et son patriotisme avaient ete d’emblee et spontanement a la hauteur des actes de ses edilites, de ses magistrats, de ses eveques, de ses representants politiques.
Peut-on s’empeclier de fremir de pitie et d’admiration quand on lit ces passages detaches de F Appel des ouvriers beiges aux ouvriers des autres pays :
Nous avons tout fait pour que cette supreme epreuve de Fesclavage nous fut epargnee.
Nos plus hautes autorites sociales ont demontre a 1’occupant la souveraine injustice et toute l’iniquite de ces mesures.
La Cour de cassation de Belgique lui a demande de retirer ses edits parce qu’ils etaient contraires au « droit naturel », au « droit positif », au « droit des gens ».
L’episcopat de Belgique, avec a sa tete l’eminent cardinal Mercier, lui a demande le retrait des edits parce qu’ils etaient contraires a la morale et a la parole donnee.
Nos representants politiques ont demande de retirer les edits, paroe que, pour un Beige, travailler en ce moment pour les Allemands, c’est combattre la Belgique.
Nos chefs d’industrie ont demande le retrait des edits, parce qu’ainsi « toute vie economique dans notre patrie deviendra impossible, et qu’on lui fera rendre son dernier soupir ».
Les ouvriers, socialistes et catholiques, hommes et femmes unis dans une meme pensee de solidarity et dans une meme angoisse, ont demande de retirer les edits cruels parce qu’ils etaient contraires aux droits, a la parole donnee, a la civilisation, au patriotisme et a la dignite de la ciasse ouvriere.
Tout est reste vain! L’Allemagne, qui a un besoin extreme de bras, n’a voulu reculer l’application de ces edits ni d’un jour ni d’une heure. Pour toute reponse, elle a envoye plus de soldats et plus de mitrailleuses.
ATTITUDE DE LA POPULATION BULGE
Maintenant la classe ouvriere beige regarde da cote des puissances neulres.
La Belgique, martyre du droit, ne veut plus de constatations verbales ni de sympathies platoniques. Elle veut des actes.
Les neutres et leurs classes dirigeantes laisseront-ils aneantir la classe ouvriere d’un peuple civilise?
Ouvriers, nous ne doutons pas de vous, notre cause est la votre.
11 nous semble quo si nous ne denoncions pas l’attentat qui nous menace, vous nous le reprocheriez un jour, disant : « Vous n’aviez pas le droit de vous taire et de souffrir votre martyre en silence; vous etes depositaires pour votre part de l’honneur de la condition ouvriere. Si un peuple de travailleurs civilises est reduit quelque part en servitude, toute la classe ouvriere est atteinte. C’est un precedent terrible. Nous, ouvriers, nous n’aurions pas laisse commettre un pared attentat. C’est de 1’esclavage qu’est sortie la classe ouvriere moderne, elle ne peut y rentrer. »
Ouvriers, du fond de notre detresse, nous comptons sur vous. Agissez !
Quant a nous, meme si la force reussit un moment a reduire nos corps en servitude, jamais nos ames ne consentiront.
Nous ajoutons ceci : « Quelles que soient nos tortures, nous ne voulons la paix que dans Findependance de notre pays et le triomphe de la justice. »
On a lu, dans les relations reproduces ci-dessus, avec quel stoicisme les deportes subissent Fepreuve qui les frappe si inopinement et d’une maniere si cruelle. Refoulant leurs angoisses et leurs larmes, pour ne pas donner a Fennemi de signes de faiblesse, contenant Findignation, la colere et la revolte qui grondent dans leurs ames de eitoyens libres, ils partent en silence pour les lieux de rassemblement ; mais arrives la, et, une fois enregistre leur refus presque unanime de signer les engagements «volontaires » de travail qu’on leur offre sous menace « d’expedition forcee », leurs sentiments eclatent dans le chant eperdu et incessamment repete des hymnes nationaux beiges et frangais. La nuit, au passage dans les villes des trains qui les emmenent, on les entend crier de Finterieur des wagons verrouilles et non 6claires : « Vive le Roi !... Vive la Belgique !... Nous n’avons pas signe !... Nous ne signerons pas !... »
L’esprit de fraternite de ceux qui restent s’exalte au spectacle de tant de misere et de tant de resolution.
Un temoin oculaire des environs d’ Anvers ecrivant de Belgique, le 30 novembre 1916, dit :
La plupart (des deportes de sa region) appartiennent a des families q li manquent elles-memes de tout. Ils sont en general insuflisamment
LES DEPORTATIONS REECES
vetus. Les spectateurs qui parviennent a approcher ces mallieureux leur donnent ce qu’ils ont eux-memes sur lc dos. Malgre toutes cos mesures, le courage et la force de resistance sont admirables. Personne ne signe les engagements allemands. En partant, les deportes chantent les airs nationaux et, lorsque le train passe dans le voisinage de localit6s, ils jettent des billets ecrits au crayon et portant : « Nous n’avons pas signe. »
La presse liollandaise, qui a des correspondants en Belgique, a, du reste, donne quantite de renseignements precis sur l’attitude des deportes et de leurs concitoyens.
Nous ne lui emprunterons pourtant que deux recits et quelques lettres, montrant surtout le stoicisme et la farouche tenacite des deportes.
De Telegraaf (Amsterdam), numero du 4 novembre 1916, edition du matin (Correspondance de la frontiere) :
Le transport des civils s’elfectue dans des wagons de marchandises et de betail. Deja depuis plusieurs jours, regulierement on a vu passer le soir, apres 7 heures, des trains sur le cliemin de fer de ceinture de Bruxelles. Un t6moin nous fait a ce sujet la declaration suivante :
« La vue de ces trains provoque une impression penible. Je me trouvais devant un excentrique, oil un de ces trains devait s’arreter. Je devais, naturellement, restcr en dehors de la palissade cloturant la voie ferree. Par les interstices nous apercumes des visages de deportes. Un civil prisonnier cria : « Nous devons aller on Allemagne. Nous sommes ici a soixante dans le meme wagon. » Sans doute, il fit part a ses camarades d’infortune, qui ne pouvaient nous apercevoir, quo des civils se tenaient a fexterieur, car tout 4 coup des cris de : « Vive la Belgique ! Vive notre armee ! Vive le Roi ! » s’eleverent du wagon. Ces exclamations furent repetees sur toute fetendue du train. Des femmes sortirent des maisons. Elies pleuraient. Tout le monde comprenait l’horreur de la situation de ces pauvres gens conduits en esclavage. Le depart mit fin a cette scene. »
Le meme journal public (numero du 5 novembre 1916, edition de 4 heures) les trois lettres ci-apres d’ouvriers deportes.
La premiere missive est envoyee par deux fils a leurs parents, domicilies dans un village des environs de Gand, oil des arrestations en masse ont ete operees :
Lorsque nous fumes conduits hors du village, nous fumes diriges sur Gand, ou nous arrivames le soir vers 11 heures, devant le palais « Vooruit ». Les vVllemands nous enleverent nos cartes d'identite et nous enfermerent dans la salle des fetes.
ATTITUDE DE LA POPULATION BELGE
Le lendemain matin, a 10 heures, on donna a chacun d’entre nous une tartine de pain aigri, sans graisse, et de l’eau ; a 2 heures, nous regum* s la meme ration, et, a 7 heures du soir, le meme traitement nous fut inflige. Tel fut le menu des trois premieres journees. Mais ce n’est pas de cette maniere-la qu’ils nous ameneront a signer.
Mercredi soir, a ll1' 30, une voix cria : « Die Leule von X... liier hornmen (Que les gens de X... viennent ici) ! »
Nous pensames qu’on allait nous envoyer en prison, oil Ton doit etre mieux qu’ici. Quand nous fumes dehors, nous nous vimes entourc-s de deux rangs de soldats qui nous conduisirent a la fabrique Plezante- Vest, oil nous nous trouvons encore.
Nous y arrivames a 1 heure du matin et nous y trouvamcs des sacs a paille infestes de vermine.
Le lendemain matin, a 9 heures, on nous donna a boire une infusion de glands, mais nous ne resumes pas de pain; a 1 heure de l’apr£s-midi enfin, nous pumes manger de la soupe a satiete; apres ce repas, nous nous sentimes si alourdis et si incommodes, que tous nous nous etendimes pendant une heure sur notre sac a paille. Le repas du soir consista en un peu de mauvais cafe et de pain.
L’epreuve de la faim continue. Mais nous vous assurons, pere et mere, que nous ne signerons jamais. Nous l’avons dit a la Maison communale, nous sommes et nous restons de vrais patriotes. Nous ne savons encore quand nous partirons d’ici. Nous avons bon courage; ne vous en faites pas pour nous. Les Allemands ne parviendront pas a nous dompter. Notre volonte est celle de l’Yser. [ Yzer signifie aussi fer en flamand.]
La deuxieme lettre est adressee par un ouvrier a son patron :
Voici deja toute une semaine, dit ce travailleur, que nous nous defendons contre les Allemands et nous esperons pouvoir toujours rester forts.
Ce serait une grande lachete de notre part de travailler pour 1’ennemi, et, par ce fait, de prolonger la guerre. Nous sommes tous eompletement d’accord sur ce point.
Nous sommes ici au nombre de 2.300. 11s ne nous feront pas plier; nous n’ avons pas le droit d’etre mieux partages que nos freres du front, qui, pour nous, luttent et souffrent. Nous ne pouvons faire un pas sans que les Allemands, avec leur fusil ou leur bai'onnette, soient sur nos talons. Ayez la bonte de demander chez moi que l’on veuille bien m’envoyer un peu de vetements, car la temperature fraichit deja.
On raconte ici que les Allemands veulent nous contraindre a travailler, sans que nous ayons signe un contrat; je trouve cela arbitraire. Des amities k tous et ayez, vous-meme, bon courage. L’heure de la liberte finira par sonner.
La troisieme lettre fut ecrite par un jeune homme arrete au
LES DEPORTATIONS BELGES
bureau du controle militaire ( Meldeamt ) au moment ou il venait pour la eomparution periodique :
Pere, ecrit-il, quand nous passions dans la rue, je vous ai vu et je vous ai salue. Vous avez peut-etre trouve etrange le fait qv.e je ne vous ai pas seulement serre la main. Vous comprenez, cependant, pourquoi je ne l’ai pas fait. Le plus prudent est d’obeir aux Allemands, aussi longtemps qu’ils ne font pas violence a notre conscience.
Quand nous arrivames ici, dans le batiment, et qu’on nous dit que nous devions signer, ce fut une telle explosion de cris, de protestations et de huees, que le public qui se trouvait a l’exterieur a certainement du l’entendre. Ce fut notre seule reponse...
Le Telegraaf est un journal sympathique a la cause des Allies et hostile a TAllemagne.
Le Nieuwe C our ant de La Haye est, au contraire, un journal hollandais, tres attache a la neutrality de son pays et, qui plus est, est du nomhre des quatre ou cinq journaux hollandais autoris£s, par privilege de P autorite allemande, a penetrer en Belgique. Ses correspondents etablis en territoire occupe doivent naturellement, dans leurs informations, menager avec grand soin les susceptibilites allemandes. Un de ces correspondents a ete temoin en gare de Malines d’une scene de depart de malheureux deportes beiges. II la depeint comme suit (numero du 10 novembre 1916) {nous reunions) :
Nous etions sur le troisieme quai de la "gare de Malines... Le train stoppe. Que se passe-t-il? Sur le premier quai, une grande foule se tient silencieuse. Elle est formee par des hommes, jeunes et d’age mur. Ce sont des ouvriers. Ils tiennent tous un paquet a la main. On dirait des ouvriers de fabrique rentrant chez eux par le train des abonnes. Mais, en pared cas, ils font du bruit, on entend leurs eclats de voix ; ils fument leurs pipes et les jeunes se font des farces. Maintenant, au contraire, ils sont la sans bouger. Qu’est-ce que cela signifie? « Ce sont des ch6meurs que l’on deporte », dit notre compagnon allemand. Notre attention s’eveille brusquement. Oui, ce sont des prisonniers! Une corde separe le quai en deux espaces. Autour de la partie delimitee se promenent quelques sentinelles, le fusil a la main. Ce ne sont pas des ouvriers rentrant libremant chez eux apres une journee de travail; non, ce sont des malheureux qui, apres deux ann4es de chomage sans pain, mais soufferles en liberte, vont subir ce soir la deportation sous forme d’un esclavage national. L’ Allemande qui se trouve dans notre compartiment opine que « ces gens n’ayant pas fait de mal, pourquoi done les fait-on prisonniers?... »
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Ce spectacle douloureux provoque, en effet, les reflexions des compagnons de voyage du correspondent : une veuve allemande qui a pitie des chomeurs, un courtier allemand qui approuve que ces « paresseux » soient mis au travail force pour leur propre bonheur, un commercant beige qui se plaint timidement des maux de l’occupation allemande et affirme que, malgre tout, les Beiges veulent faire jusqu’au bout leur devoir envers la patrie.
Le correspondent reprend alors :
Quelle attitude pourrait prendre un Hollandais dans un tel debat? II est venu ici en neutre, avec permission speciale, pour veiller aux interets des Beiges. II est done oblige de se taire. Mais son coeur saigne de tout ce qu’il voit et entend. Quel triste et terrible sort de devoir chomer pendant des annees 1 Quel sort doublement amer que de devoir ainsi partir pour l’etranger !...
Et je me demandai : « Notre peuple, que ferait-il au moment du danger, en de pareilles annees de detresse? » En ce moment, la reponse vient du dehors. Quand des Beiges nous disent qu’ils veulent rester Beiges, alors notre coeur s’ouvre. Et tous les cceurs nationaux allemands, anglais, francais et hollandais sont les memes. Voila comment nous autres, Hollandais, devrions etre aussi a l’heure de l’epreuve.
Un long train entre en gare, compose de voitures de 3e classe. Un commandement href : « Einsteigen » (Monter). Ils obeirent tranquillement; mais, une fois qu’ils furent dans le train, 1’ eclat se produisit malgre eux et la reponse du peuple beige eprouve retentit a travers l’obscurite :
Ze zullen hem niet ternmen.
Den fieren Vlaamschen Leeuw.
(Ils ne le dompteront pas, — le her lion flamand!)
Enfin, ces informations beiges et hollandaises ont re<?u une confirmation implicite ou indirecte dans les appreciations ci-apres, d’origine non suspecte.
Le Diisseldorfer General- Anzeiger (n° 578 du 12 novembre 1916) a du avouer la repugnance generale des ouvriers beiges a se soumettre ala mesure; il ecrit (note repetee par d’ autres journaux) :
Cette affectation au travail des chomeurs beiges, qui, comme on le sait, a ete executee ces temps derniers par notre haut commandement militaire, convient naturellement aussi pen aux chomeurs beiges touches par la mesure qu’a nos ennemis.
De son cote, F important journal liongrois Vilag a publie, — affirme
LES DEPORTATIONS BELGES
une correspondance de Budapest, 9 novembre, a la Morning Post (20 novembre 1916), — une lettre, d’ailleurs largement censuree, de son correspondant bruxellois, datee du 5 novembre et donnant une idee des conditions dans lesquelles les deportations s’efTectuaient.
Le correspondant dit que les Beiges « ne consideraient pas T6v6nement avec les yeux pleureurs de vieilles femmes »; qu’ils se rendent, en silence, sur les lieux oil ils ont ordre de se rendre, mais « portant la tete haute, la haine dans les yeux et la revanche au coeur ».