‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 19 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES EXPLICATIONS ALLEMANDES CFFiCIEUSES — DECLARATIONS DE LA PRESSE ALLEMANDE

Le Gouvernement beige ayant acquis la preuve de la realite des deportations et des violences commises pour les executer, une protestation beige fut communiquee a la presse; le poste radio-tel6graphique de Lyon la reproduisit et la fit penetrer en Allemagne.

En reponse, le Gouvernement allemand fit paraitre dans les journaux d’ Allemagne et dans la presse germanophile des pays neutres plusieurs articles de refutation; selon la metliode habituelle de la propagande allemande, la plupart de ces articles etaient rediges sur canevas originel identique et parurent, en general, simultanement et par series.

On se bornera a reproduire ici quelques extraits et resumes des articles de F une des series, pour que le lecteur puisse observer par lui-meme le mecanisme de ces manoeuvres de strategie journalistique, denuees de spontaneity :

La Kolnische Zeitung, n° 1099, du 28 octobre 1916, incrimine avec indignation les precedes de guerre de la Quadruple Entente, « qui a deporte la population civile allemande de FAlsace et qui traite d’une maniere revoltante les prisonniers de guerre et les civils internes »; elle denonce fhjpocrisie britannique qui a organise le blocus de f Allemagne, tout en proclamant ses sentiments humanitaiies. « Non, ecrit-elle, aucuns bras ne peuvent rester croises chez nous, si nous voulons faire avorter les projets criminels de l’Angleterre... »

« A cote d’autres devoirs, f Administration allemande a egalement

le devoir de veiller a ce que le peuple qui lui a ete confie (sic) ne se relache et ne s’engourdisse pas. »

Le journal allemand attribue au blocus anglais le defaut de matieres premieres; la main-d’ oeuvre en subit un prejudice grave en Belgique : « Situation qui constitue pour nous un danger en ce sens qu’elle fait

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l’affaire des elements paresseux en Belgique, qui estiment que c’est plus avantageux de se faire entretenir par la bienveillance de puissances neutres ou bien par la bienfaisance publique en Belgique.

a Comment veut-on, toutefois, occuper les gens qu’il est necessaire de faire travailler, du moment que, grace a 1’amabilite britannique, il n’y a pas suflisamment de travail? Faire travailler ces gens, qui n’appartiennent pas a l’Etat allemand, dans nos services militaires. — nous ne pouvons le faire; ceci, sans meme examiner la question de savoir si un pareil systeme serait d’ailleurs recommandable. Dans le bassin minier se trouvant dans les environs de la frontiere beige, il y a, par contre, du travail en masse. Pourquoi ne pas en faire profiter les Beiges, de mcme que, d’autre part, des ouvriers beiges sont les bienvenus chez nous? Vaut-il peut-etre mieux que nous laissions les gens courir paresseusement les rues, l’estomac vide, en nous montant des cabales? Nous sommes responsables de la situation en Belgique et nous devons voir comment nous parviendrons a nous acquitter de la tache qui se pose pour notre administration en Belgique, a savoir : de maintenir Vordre, d’empecher que le pays ne tombe dans le marasme et de developper, au conlraire, ses forces vives. En presence des multiples resistances et difficultes que nous rencontrons, il n’est, il est vrai, pas possible d’appliquer de pareilles mesures entierement sans rigueurs : telle n’est cependant pas notre intention. Que doit-on dire en apprenant que des Beiges paresseux ou egares rcgardent tranquillement et les bras croises, lorsque des soldats allemands se voient obliges de cultiver, au surplus encore, leurs champs? Si 1’Administration allemande Unit par y mettre bon ordre, elle realise une bonne auvre, utile aussi bien aux Allemands qu'aux Beiges : tout homme qui se range, non seulement en paroles, mais en realite, du c6t6 de la civilisation et de l’humanite, devrait ne pas refuser de le reconnaitre. »

Article analogue et simultane du Berl’ner-Lokal Anzeiger du 27 octobre 1916 (n° 552) :

Le gouverneur general allemand ne songe ni a requisitionner par la force un homme ou une femme beiges pour l’administration du pays ni & menacer de prison des recalcitrants.

Il est vrai que la situation se presente autrement en ce qui concerne le chomage prononce qui a surtout pris de grandes proportions dans le territoire beige a la suite du blocus anglais.

En presence de cette contrainte exercee par l’Angleterre sur la Belgique en lui coupant toute importation de vivres et de matures premieres, ce qui avait cree une situation economique extremement critique, il etail absolument necessaire que des mesures fussent finalement prises, preservant les elements travailleurs de la Belgique de la ruine et procurant & chaque ouvrier, dispose & gagner honnetemcnt son pain, du travail. Car pour

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toute personne raisonnable, il est evident que la vie et l’ordre publics ne reposeront sur des bases sures dans les territoires occupes que si le ravitaillement de la population est assure. Aupres de toutes les difFicultes economiques amenees par les mesures, contraires au droit des gens, de l’Angleterre, un autre danger vient, toutefois, encore s’ajouter pour le peuple beige — danger avec lequel une administration, a la hauteur de sa tache et connaissant les menees de FAngleterre, doit compter — celui de voir subitement prendre fin le ravitaillement en vivres, organist par 1’ Amerique, en faveur de la population beige et qui pourrait, somme toute, un beau jour, etre arrete par les nobles coeurs que sont les Anglais.

Nous ne pouvons nous figurer que S. Exc. von Bissing n’ait pas deja reconnu depuis longtemps l’importance de ces questions et qu’il n’ait pas songe a en tenir compte dans Finteret meme de la population.

L’ article 53 de la Convention de La II aye lui donne, en tout cas, le moyen d'intervenir, et son intervention promet d’avoir d’autant plus surement du succes qu’elle se fera plus rapide et plus energique...

II est vrai qu’elle (l’autorite allemande) ne pourra, d’autre part, pas hesiter a prendre des mesures radicales, si elle reconnait que la solution de cette question compliquee ne pourra se faire uniquement sur le sol beige. A cet effet, une condition essentielle sera que ces soins en faveur des classes ouvrieres des territoires occupes reposent sur un compromis volontairement conclu avec ces derniers, c’est-a-dire que les ouvriers se presentent autant que possible volontairement pour ce travail. II y aura lieu de leur expliquer alors qu’il est de notre devoir de veiller h ce que certains elements de la population qui n’aiment pas travailler ne tombent pas a la charge des deniers publics de l’litat beige, chose que des journaux beiges ont d’ailleurs eux-memes fait ressortir plus d’une fois. Dans ces conditions, nous estimons que, au besoin, un emploi d’ouvriers beiges, en dehors de la Belgique, c’est-a-dire en Allemagne, s’impose. II est vrai que nous devrons sous ce rapport continuer a observer le principe comme quoi ces hommes ne pourront etre employes directemeni pour des travaux d’ordre militaire allemands. Mais ceci ne sera d’ailleurs nullement necessaire, puisqu’il y a, en Allemagne, encore sufFisamment de travail pacifique, par' exemple notamment dans notre Industrie et dans F agriculture. Une pareille mesure non seulement poursuit des buts humanitaires, en ce sens qu’elle allege les conditions de travail en Belgique, mais repond entierement a la Convention de La II aye precitee puisqu’il s’agit ici de travaux de temps de crise (N otstandsarbeitcn), dans le sens le plus etendu de ce termo.

Les choses se presentent autrement avec les elements paresseux qui sont encore toujours en nombre considerable en Belgique et qui etaient deja vises par un decret, publie ces jours-ci par le Gouverneur general. Comme nous l’avons dit plus haut, il n’pst pas possible que ces elements,

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pousses par cles chauvinistes extremes a fuir le travail, fassent continuellement appel aux denicrs publics de l’Etat beige. Cette fagon d’agir a ete combattue energiquement par les autorites beiges restees au pays. Nous estimons que S. Exc. von Bissing devrait egalement prendre dcs mesures contrc ces personnes, qui prejudicient au salut public de leur pays, en les mettant au travail la ou il y en a et peu importe que ce soit egalement en dehors de la Belgique.

Nous estimons que, en agissant ainsi, nous ne nous ecartons pas d’une ligne des principes de droit international, mais que notre conduite constituerait meme a l’egard de l’Etat beige un bienfait, qu’il y a lieu d’apprecier a sa juste valeur.

Et, en cas de necessite, nous devrions agir de la meme facon dans les territoires que nous occupons a l’Occident comme a l’Orient.

Commentaire analogue et simultane de la Frankfurter Zeitung du 28 octobre 1916 (n° 299, lre edition du matin) :

On ne doit pas croire que la population beige est entierement entre-

tenue par le Comite d’assistance hispano-americain. La moisson du pays, qui a ete jusqu’ici, en grande partie, le travail des troupes allemandes, vient s’y ajouter.

On ne voit pas la raison pour laquelle la population beige n’accoinplit pas ce travail elle-meme et ne serait, en outre, pas requisitionnee pour tous les travaux, tels que la conslruction de routes, de voies ferrees, la reconstruction de batiments publics et d’autres travaux analogues, commandes par l’interet meme de la population beige et de l’Etat beige, qui doit quand meme tenir a ce que ses citoyens gagnent largement leur vie en travaillant, au lieu de les voir tomber a la charge de l’assistance publique, dont il devra bien supporter, en fin de compte, les frais. 11 ne s’agit d’ailleurs pas de travaux qui ont un rapport quelconque avec la guerre, car on n’exigera pas, des habitants des territoires occupes, de travailler dans des fabriques de munitions et d’armes, etc. Ce serait, toutefois, fort naif de ne pas entreprendre la construction ou l’entretien d’une route servant aux interets economiques du pays, pour la raison que des soldats allemands pourraient peut-etre egalement s’en servir. Il est inutile que l’Administration allemande s’engage dans de pareilles subtilites.

Le travail est un devoir moral, et ce a tel point que l’on devrait

donner l’occasion de satisfaire ce devoir, meme en dehors des frontieres du pays si la situation — qui n’a, en verite, pas ete causee par l’Allemagne — le rendait desirable. Quiconque sait apprecier la valeur morale du travail ne s’y soustraira pas, et ce d’autant plus qu’il sera certaine-

ment bien remunere La guerre a aneanti tantde valeurs dans tousles

territoires occupes et notamment dans ceux qui ont ete, pendant un certain temps, le theatre des operations, que tous les bras doivent acti-

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vement s’cniployer on vue de faire revivre la vie publique et economique, et chaque journee d’hesitation represente une perte qu’il sera impossible de rattraper. En prenant ces mesures, nous no devons certainement pas nous laisser arreter par des considerations quelconques vis-h-vis de nos ennemis.

Commentaire analogue et simultane de la Kdlnische Volkszeitung du 28 octobre 1916 (n° 868) :

... L’industrie du pays est, en ce moment encore, en grande partie arretee, parce que FAnglefcerre a coupe l’importation de matieres premieres. Les metiers choment egalement, dans bien des parties du pays, pour les meraes raisons... La population avait refuse de travailler dans Fagriculture a la culture des champs, en partie h la suite d’une antipathic personnelle pour les travaux d’ agriculture, mais encore davantage a la suite de sa haine pour l’envahisseur et ce parce que des brochures mensongeres lui avaient dit que, en travaillant de la sorte, elle servait les interets de Fennemi... Aucun vainqueur ne peut voir vegeter derriere lui une armee de sans-travail, parce que ces milliers de declasses forment un danger constant pour lui-meme. Un vainqueur, toutefois, qui a a coeur les interets culturels et economiques des territoires occupes par lui, ne peut, par suite de raisons economiques et culturelles, continuer a voir que des milliers de forces ouvrieres restent inoccupees et soient abaissees au role de personnes vacant de l’ assistance publique.

Aussi, en ce moment oil un radiogramme de Lyon annonce qu’enfin Fon tient compte de cette necessity et que, en fin de compte, un ancien desir se realise, on devrait saluer cette nouvelle, dans Finteret de ces pays memes, par des remerciements, aussi bien en Belgique qu’en Pologne, chez les neutres, comme chez nos ennemis. Est-ce que Fon veut, que, en Belgique, Falimentation du peuple ainsi que la securite du pays, dependent continuellement des mesures arbitraires de la Grande-Bretagne, ainsi que du bon vouloir de FAmerique? Nous ne discuterons pas sur des subtilites relatives au droit des gens avec des ennemis, dont Faction militaire constitue une suite ininterrompue des violations les plus graves du droit des gens... Du moment que 1’Angleterre, par son blocus, ne donne pas sufFisamment de travail a la population des territoires occupes, ce serait criminel de miner, pour cette raison, moralement et physiquement, ces populations. Dans ce cas, il n’y a qu’un moyen : celui de donner a ces sans-travail de Foccupation dans les territoires voisins. Nous esperons que cela se fera dans la plus large mesure.

Du 4 au 7 novembre 1916, nouvelle serie de commentaires identiques en leur fond; on s’y attache a relever, d’une part, dans la presse beige et pseudo-beige, d’autre part, dans la presse hollandaise, des informations sur la misere croissante en Belgique, comme

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