DEPORTATION'S 3ELG*.S
LES DEPORTATIONS BELGES
arguments dem entrant la neeessite de la mesure prise (Exemple : Kolnische Zeiiung, 4 novembre 1916, n° 1125, et 7 novembre 1916, n° 1133).
La Ko nische Volkszeitung, organe officiel du parti du Centre, se distingue par une ardeur particuliere dans cette campagne de presse; elle depasse les autres journaux allemands en intransigeance; voici son article du 5 novembre 1916 (n° 890) :
Personne n’ignore que la question du chomage a conduit a ce que, par une mesure prise de comraun accord entre le commandcment militaire et les autorites imperiales, il a ete mis finalement ordre dans cette affaire, et notamment d’une fa^on telle que les chdmeurs en Belgique sont amends au travail par une espece de contrainte. Ces « chomeurs » en Belgique ne sont pas, — on ne peut absolument pas perdre cette chose de vue, — des ouvriers qui ne parviennent pas 4 trouver du travail, mais des ouvriers inoccupes, qui ne veulent pas travailler. La fa^on de vivre de ces ouvriers etait de plus en plus devenue une lourde vexation.
Ils vivaient aux frais du Comite americain qui pourvoit la population beige de produits alimentaires americains.
Mais ce Comite ne voudra tout de meme pas continuer eternellement a supporter ces frais, et eeux-ci devront d’une fa<;on ou d’une autre etre rembourses k ce Comite. Qui^fournira ce dedommagement?
II ne viendra a l’idee d’aucun Ltat etranger de solder ce montant.
La Belgique seule viendra en ligne de compte pour cela.
D’une fa§on ou d’une autre, la Belgique devra payer cela plus tard, ce pays ou, actuellement, depuis des annees dejb, des milliers d’ouvriers industriels se promenent les mains dans les poches, quoique du travail soit facile a trouver.
Plus longtemps la guerre durera et plus doit s’accroitre ce fardeau de dettes qui est ainsi a la charge de l’Etat beige toujours existant. Quel que soit le sort de la Belgique au moment de la paix, en aucun cas le pays et le peuple de Belgique ne pourront se soustraire a reprendre ce fardeau de dettes.
II est vrai qu’en Belgique meme, on ne s’occupe pas beaucoup de cette question, pas plus que le Gouvernement beige du Havre ne s’en soucie. En ces cercles aveugles, on espere encore toujours en une defaite complete de l’Allemagne et en une indemnity colossale, ce qui entrainerait pour l’Allemagne la reprise h sa charge de ces frais-ci parmi beaucoup d’autres. Mais le Gouvernement allemand, lui, peut-il etre tout aussi insoucieux? En aucun cas. Nous le repetons : quel que soit ulterieurement le sort de la Belgique, il vaut toujours encore mieux pour tout le monde que le fardeau de dettes, qui s’augmente de la fagon deerite, ne prenne pas des proportions illimitees.
EXPLICATIONS ALLEMANDES OFFICIEUSES
II est tout aussi juste de faire cesser a la fois le prejudice cause a l’ordre et a la securite publics, prejudice qui est si intimement en rapport avec l’inoccupation de tant de milliers d’ouvriers.
II est egalement a considerer que c’est seulement en agissant ainsi que pourront etre executees d’utiles « oeuvres de civilisation » qu’il serait, sans cela, tout a fait impossible d’executer pendant la guerre. Personne ne pourra done nier que l’occupation des chomeurs s’impose tout autant au point de vue de Finteret culturel general, qu’elle est desirable dans Finteret particulier de la Belgique. La Belgique aura un jour k remercier le Gouvernement allemand de ce qu’il n’a pas voulu — cedant uniquement a une inquiete pudeur devant la « liberte » des ouvriers de ne rien faire si tel est leur bon plaisir - — laisser la population, dans la personne de ces ouvriers, degenerer au sein de Foisivete.
Naturellement, cette mesure, comme d’autres, a ete critiquee par Fennemi. On aurait plutot ete fonde a demander pourquoi elle n’ avail pas encore ete prise plus tot. On pourrait avancer comme excuse que, plus tot, on n’ aurait pas pu prevoir une aussi longue duree de la guerre et que, pour ce motif, on aurait pu eprouver des scrupules a prendre une mesure qui aurait toujours pu, du moins au debut, etre trouvee desagreable par les travailleurs en cause. On doit convenir qu’il en est ainsi; mais cependant dans une certaine mesure seulement. Les contrees envahies de la Belgique auraient pu avoir un tout autre aspect si on avait amene plus tot les ouvriers « inoccupes » aux travaux qu’il importait d’executer.
Pourquoi done sont-ce toujours les soldats allemands seuls qui doivent executer, a cette epoque-ci, des « oeuvres de civilisation » en Belgique?
Pour ces motifs done, non seulement on ne peut pas trouver cette mesure mauvaise, mais on doit, au contraire, exiger qu’elle soit adoptee dans les parties envahies de la France et aussi en Orient. Les criailleries des journaux de provocation fran^ais ne seront pas de nature a nous empecher de le faire.
De la part de la presse de provocation fran§aise, nous sommes habitues depuis si longtemps a l’injuste critique de toute mesure culturelle intelligente prise par le Gouvernement allemand, qu’un peu plus ou moins d’insultes de ce cote importe peu. Le Gouvernement allemand peut etre sur de l’appui general du peuple allemand s’il poursuit ici son chemin tranquillement et surement.
II Fa fait d’ailleurs jusqu’ici sufTisamment en d’autres questions et, par consequent, ne manquera surement pas de le faire en cette question'd.
Au debut de decembre 1916, quittant le terrain de la defense, la presse allemande passa a la contre-offensive. Elle s’en prit au Gouvernement anglais, F accusant, sur la foi d’une correspondance
LES DEPORTATIONS BELGES
anonyme, attribute a un Suisse rentre d’Angleterre et publiee dans le Volksrecht, journal socialiste de Zurich, de soumettre les ouvriers beiges r6fugies a un regime voisin de l’esclavage, que Ton pourrait comparer, disait-on, au sort des hommes de couleur employes dans les plantations de Ceylan et des Indes. On concluait de la que l’indignation manifestee par la presse des pays allies de F Entente, et particulierement par la presse anglaise, au sujet de la deportation des « faineants beiges » en Allemagne, n’etait qu’hypocrisie.
La correspondance « suisse » du Volksrecht , ornee de ces commentaires, fit naturellement le tour de toute la presse allemande (Voir, entre autres, la Kdlnische Zeitimg, n° 1224, du 2 decembre 1916) et un resume en fut telegraphie aux journaux des pays neutres; elle fut recueillie aussi par la presse pseudo-beige du territoire occupe, qui se gardait bien, d’autre part, de publier aucun renseignement sur les scenes de desolation auxquelles donnait lieu chaque jour l’enlevement persistant des « chomeurs ».
Une note detaillee du Bureau Documentaire beige, reproduite au Chap. XXI, § 4, montrera ce qu’il faut croire des « revelations » du benevole « temoin suisse » venu opportunement a la rescousse de la defense allemande.
Nous pourrions allonger a Finfini les citations de cette « litterature », dont le moindre defaut n’est pas d’etre lourde, mais d’etre trop mecanique.
II est temps de passer a la justification offxcielle de l’Administration allemande.
GHAPITRE VIII
L’EXPLICATION ALLEMANDE OFF1CIELLE — DECLARATION DU GENERAL VON BISSING
Voici, en traduction litterale, d’apres le texte allemand de la Norddeutsche Allgemeine Zeitung (n° 316 du 14 novembre 1916), l’apologie officielle allemande de Farrete du 3 octobre 1916, parue d’abord en anglais dans le New-York Times du 12 novembre 1916 :
Entretien du gouverneur gen6ral, baron von Biasing, avec M. Brown, rapresentant berlinois du New-York Times.
« Grace h Fetranglement economique impitoyable de la Belgique par FAngleterre, plus d’un million de Beiges appauvris, hommes, femmes et enfants, dependent de l’assistance publique. Par suite du barrage de Fimportation des matieres premieres et de Finterdiction de F exportation des produits ouvres, FAngleterre a condamne a peu pres 500.000 ouvriers beiges a line situation chronique d’inactivite demoralisante. Eux et leurs families tombent actuellement a charge des communes. A fin de porter remede a ces conditions, qui devenaient de plus en plus insupport ables et qui sont egalement nuisibles a l’ensemble de la population beige comme aux particuliers, je viens d’introduire des ordonnances qui ont pour but d’engager les ouvriers beiges sans travail a se rendre volontairement en Allemagne, et de transferer ceux qu’a priori le travail effraie, qui refusent d’entreprendre le travail repondant a leurs capacites qui leur est offert. »
Ainsi etait congue la these, qui invite 4 la reflexion, que le lieutenantgeneral baron von Bissing, gouverneur de Belgique, me developpa aujourd’hui au cours d’un entretien d’une heure dans sa demeure de Berlin oil j’ai ete regu par lui. Le Gouverneur general etait accouru de Bruxelles pour conferer, avec les strateges et autres hommes d’Etat eminents, sur les questions economiques et alimentaires do FEmpire et
LES DEPORTATIONS BELGES
sur les problemes vitaux de la Belgique; il etait assis a son bureau sur lequel etaient amonceles des statistiques de bourses du travail et d’autres avis officiels : une reelle personnalite prussienne, dure comme l’acier trempe, mais connue, a l’egal de Hughes, pour son amour de la justice. II avait l’air peut-etre un peu fatigue et vieilli a la suite de deux annees de dur labour et de la responsabilite qui pese sur lui, en tant que premier fonctionnaire de la Belgique. Son Excellence s’etendit encore un peu plus loin sur cette these et il rattacha le blocus anglais de la Belgique et la « replique defensive » de l’Allemagne, qu’il faut voir dans P evacuation des chomeurs d’habitude, a la guerre mondiale economique qui, maintenant, est entree dans un nouveau stade et qui, apparemment, approche de son apogee. Il dit :
« Par suite du blocus des matieres premieres, PAngleterre essaie de reduire les industries beiges en son pouvoir.
« Des commergants beiges m’ont dit qu’ils craignaient que la Belgique non seulement eut a faire la lutte economique apres la guerre avec l’Allemagne, mais a entrer en concurrence avec PAngleterre, et qu’il est indispensable a I’industrie beige de rester en activite, specialement en vue de la concurrence anglaise.
« La deportation d’ouvriers beiges n’est une durete ni pour le pays ni pour la population. C’est une necessite creee par la guerre; elle est au fond un bienfait pour les travailleurs et une benediction pour le pays.
« Pour expliquer ceci, je dois entrer plus avant dans les details et me reporter au ler decembre 1914, date de mon entree en fonctions. A cette epoque, je reconnus immediatement les dangers qui devaient etr-e provoques par le chomage et entrepris d’etudier le probleme. »
Von Bissing continue a parler :
« Le blocus economique impitoyable de 1’Allemagne par l’Angleterre a egalement fait souffrir la Belgique. L’economie sociale beige qui, comme on le sait, est basee sur Pimportation de matieres premieres, a ete depouillee par le blocus des choses qui sont pour elle des conditions vitales. Il s’ensuivit un fort accroissement du chomage et l’assistance des sans-travail devint une necessite. La longue duree de la guerre conduisit a l’utilisation abusive de l’assistance et a des situations sociales intenables.
« Rien ne demoralise autant Phomme qu’une longue inactivite et rien ne conduit plus a Palfaiblissement d’un peuple que le fait qu’une grande partie de sa population est forcee dese croiser les bras pendant des annees.