DECLARATION DU GENERAL VON BISSING
et toutes les assertions suivant lesquelles des ouvriers beiges seraient astreints a des travaux de guerre sont fausses. »
Repondant a une question que je lui posai, Bissing d6clara que 1’ evacuation des Beiges, & qui le travail repugne, avait commence depuis environ deux semaines et qu’elle fonctionnait sans friction; qu’environ 3.000 Beiges avaient ete envoyes en Allemagne jusqu’ici; qu’ils s’abandonnaient k l’inevitable, et s’en allaient tout contents en Allemagne.
A une autre question, il repondit qu’il avait envisage le pays rh6nanwestphalien comme domaine principal pour l’occupation des deportes beiges; que le transfert s’effectuait de la maniere la plus humaine.
« On s’efforce d’eviter toute iniquite au cours de cette operation. J’ai donne des ordres severes d’operer avec la plus grande circonspection dans la selection des personnes qui aoivent etre exp6diees en Allemagne sur base des listes speciales mentionnant les chomeurs qui ont refuse le travail offert. Chaque cas est examine en particulier en presence du bourgmestre competent.
« Les families restant en Belgique sont assistees par nous jusqu’a ce que leurs soutiens gagnent assez en Allemagne pour etre en etat d’envoyer chez eux une partie de leur salaire. A cet effet, des dames allemandes ont pour mission, dans toutes les stations de bienfaisance sociales repandues par nous comme un reseau dans toute la Belgique, de soigner tout specialement les families des deportes.
« On a veille a ce que les salaires des evacues parvinssent a leurs families par la voie la plus courte; les hommes peuvent aussi prendre leurs families avec eux.
« Pr6cisement sur ce point j’ai insiste tout particuli^rement aupres des entrepreneurs allemands, parce que nous desirons que les families voient de leurs propres yeux comment les travailleurs beiges sont traites en Allemagne.
« En sus du bourgmestre competent, un medecin militaire et un membre du Gouvernement civil sont presents a l’examen des cas particuliers afin de collaborer a la selection des evacues.
« Ceux-ci sont bien soignes durant le transfert et on peut dire qu’en general ils saluent avec grand plaisir le retour a un travail regie, rempla§ant l’etat d’oisivete dans lequel ils vivaient jusque maintenant. En Allemagne, ils obtiennent un salaire moyen de 8 marks par jour, alors que le salaire moyen en Belgique n’atteint que 3,50 a 4,50 marks.
« Les conditions alimentaires sont egalement meilleures qu’en
LES DEPORTATIONS BELGES
Belgique. Comme ils ne disposaient que de peu ou pas d’argent lorsqu’ils etaient inoccupes, les provisions alimentaires qu’on peut trouver en Allemagne, mais qui sont tres cheres, leur etaient inaccessibles; ils pourront se les payer aussitot qu’ils travailleront en Allemagne. »
Comme le Gouverneur general me le repeta, il s’efforce, par tous les moyens en son pouvoir, d’avantager, sur le theatre beige de la guerre economique, en ce qui concerne l’evacuation de ceux que, par habitude, le travail effraie, Immigration volontaire vers les provinces rhenanes voisines, oil le travail est abondant.
« Notre bureau industriel a des bureaux auxiliaires et des agences pour Tintermediaire du travail dans toutes les provinces. Les offres de travail en Allemagne sont rendues publiques par la voie de grandes affiches placardees aux murs et verbalement, et le courant de travailleurs qui sollicitent du travail en Allemagne s’enfle de jour en jour.
« Malgre cela, il y a encore dans la partie de la Belgique placee sous mon gouvernement, qui ne comprend pas les deux provinces de Flandre, encore 400.000 a 500.000 chomeurs. Cela signifie qu’avec leurs families, plus d’un million, en dehors des 5.500.000 habitants que compte la Belgique, dependent de F Assistance publique. Le plus grand pourcentage de chomeurs se trouve naturellement dans les centres industriels, specialement dans les provinces de Hainaut, Liege et Namur; 150.000 travaillent volontairement en Belgique meme, notamment dans les mines, qui sont occupees dans la totalite de leur capacite de production.
« Mes efforts ont abouti a ce que les ouvriers qui executent de rudes travaux en Belgique obtiennent une ration supplementaire de pain. Par contre, il n’a pas encore ete possible d’etablir sur une base certaine le ravitaillement en viande des travailleurs manuels. Mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour resoudre la question de 1’ alimentation pour les ouvriers beiges. »
Je gagnai Fimpression que ce probleme-ci est le plus difficile dont von Bissing ait a sfficcuper actuellement et qu’il lui cause quelques soucis. Et s’il faut aussi considerer a un point de vue plus etendu la deportation en Allemagne d’ouvriers recalcitrants et l’encouragement de immigration volontaire comme une replique defensive de l’Allemagne a la pression economique toujours croissante des mesures de blocus des Anglais, il en faut probablement chercher la raison directe dans la question de l’alimentation beige. Quand on observe, du centre