DECLARATION DU GENERAL VON BISSING
de guerre oil je suis, le developpement actuel de la lutte economique en Belgique, qui devient visiblement de plus en plus cornpliquee, violente et amere, ce plienomene se range, dans Fordre d’importance, a peine apres n’importe lequel des combats qui se livrent actuellement sur les differents fronts, et il revele, jusqu’a un certain degre, a quelles pensees strategiques fondamentales F Allemagne a decide d’obeir dans sa lutte economique supreme avec l’Angleterre.
Considerees sous cet aspect, les remarques suivantes du Gouverneur general au sujet de sa mesure d’evacuation, dont la portee est si grande, prennent une importance particuliere.
Les ordonnances reposent sur de saines considerations legislatives. Sans aucun doute elles mettent les interets de la communaute audessus de la liberte particuliere, faussement comprise par les ouvriers. Les ordonnances ont cela de commun avec beaucoup de lois, en particulier avec la legislation sociale allemande, reconnue dans le monde entier comme exemplaire.
Les situations fausses en Belgique ont, avec le temps, conduit a une crise et les circonstances imposaient des mesures radicales pour Fassainissement des situations, devenues intenables.
En ce qui concerne les raisons pour lesquelles on a envoye les ouvriers en Allemagne, au lieu de les forcer au travail en Belgique, le Gouverneur general dit :
« Comme je Fai mentionne plus haut deja, pour ce qui concerne les matieres premieres l’industrie beige depend des pays d’outremer. Par suite du blocus anglais, les matieres premieres n’arrivent plus dans le pays. En sus de cela, FAngleterren’autorise que dans de petites proportions et a des conditions impossibles, Fexportation des produits beiges. De la sorte, les travaux industriels sont condamnes a F arret.
« D’autre part, le blocus anglais et Fetat de guerre ont force les territoires occupes a une communaute economique intime avec FAllemagne. L’ Allemagne est le seul grand pays avec lequel la Belgique entretient des relations commerciales. L’ Allemagne n’a pas decrete d’interdiction des paiements a Fegard de la Belgique comme il est de coutume de le faire a Fegard des pays ennemis, et il s’ecoule continuellement de Fargent allemand dans le pays. Comme il y a maintenant des centaines de milliers de chomeurs en Belgique, et qu’en Allemagne le travail est en abondance, Foccupation des sans-travail beiges en Allemagne devient un devoir economique et social.
« On m’a objecte que, par letransfert d’un nombre illimite d’ou-
LES DEPORTATIONS BELGES
vriers en Allemagne, la vie de famille des ouvriers beiges serait detruite.
« A cela, je ne pus repondre que ceci : c’est que, precisement, les circonstances actuelles present aient du danger pour la vie de famille. Un liomme qui travaille a l’etranger, pour sa famille, — comme l’ont fait en temps de paix les nombreux ouvriers beiges qui emigraient en France, et des centaines de milliers d’ltaliens dans l’Amerique du Nord et du Sud, — apporte plus au bonheur de la famille que celui qui ne travaille pas et qui reste chez lui.
« D’ailleurs les ouvriers qui prennent volontairement du travail en Allemagne peuvent rester en relation avec leurs families et resolvent, quand ils le desirent, un conge pour se rendre en Belgique a intervalles reguliers.
« Ils peuvent meme emmener leurs families en Allemagne. Deja des dizaines de milliers d’ouvriers beiges se sont rendus volontairement en Allemagne oil ils sont mis sur le meme pied que les ouvriers, ou ils toucbent des salaires jusqu’ici inconnus en Belgique et ou, au lieu de subsister d’aumones publiques et de vivre dans la misere, ils atteindront de nouveau le bien-etre.
« Ces ouvriers qui sont fatigues de ne rien faire depuis si longtemps ont profite avec joie de la circonstance pour remuer a nouveau leurs forces productives en vue d’ameliorer leur condition, pour eux et leurs families. Le nombre de ces travailleurs productifs serait beaucoup plus grand si des influences de toute espece ne s’appliquaient a deconseiller aux ouvriers d’ accepter du travail en Allemagne.
« Nous devons contraindre pour leur propre bonheur, ceux qui sont incertains et qui hesitent.
« Lorsque nous faisons cela, cela se passe de la fa<?on la plus humaine possible. Si, en des cas particuliers, des duretes sont inevitables, alors, ceux qui en sont Tobjet n’ont qu’aen remercier ceux qui les ont empeches d’accepter du travail. »