‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 62 sur 112 · FEVRIER · texte numérisé non relu

FEVRIER

( Traduction d’a/jres le Times da 31 fevrier igi6.)

Mon cher Ministre,

Au cours de ces derniers mois, vous m’avez, a de frequentes reprises, signale les conditions oil se trouve l’industrie dans certaines parties de la Belgique occupee par l’ennemi et la necessity qu’il y a d’importer des matieres premieres si Ton veut sauver ces industries de la ruine et prevenir un chomage et une detresse universels. Je vous envoie ci-inclus un Memorandum qui montre les choses sous leur vrai jour.

Je dois ajouter que la question dont il s’agit est entierement distincte de celle des importations de vivres en Belgique par la Commission d’ aide arnericaine, a regard de laquelle l’attitude du Gouvernement de Sa Majeste demeure celle qui a ete indiquee au Parlement recemment. A savoir : que le Gouvernement de Sa Majeste facilitera 1’ oeuvre de la Commission aussi longtemps qu’il sera soumis a un controle neutre, completement independant du controle allemand et conformement aux conditions posees a differentes reprises par le Gouvernement de Sa Majeste.

Voici le texte du Memorandum, date du Foreign Office, le 7 fevrier 1916 :

II est venu a notre connaissance que les Beiges seraient fortement sous Fimpression que la detresse de l’industrie beige doit etre uniquement attribute a 1’ action des Gouvernements allies qui empeckent les importations et il a ete souvent soutenu que cette action ne cause pas de gene sensible a l’Allemagne, tandis qu’elle cause a la population de notre alliee les plus penibles pertes.

Gomme on le sait deja, il n’a pas ete possible au Gouvernement^de Sa Majeste d’accepter, dans les circonstances actuelles, que Tindustrie beige soit pourvue de ce qui lui etait necessaire parce qu’il en resultait pour l’ennemi un benefice considerable, sans compter que cela etait de nature a retarder la restauration de Tindependance de la Belgique. Mais, d’autre part, le Gouvernement de Sa Majeste a parfaitement compris la necessity de venir en aide a la population beige; c’est pourquoi il a appuye la Commission d’aide en Belgique et a permis a la Belgique des exportations commerciales sous certaines conditions. C’est aussi pour cela qu’il a decide, il y a quelques mois, de faire connaitre son intention d’examiner les propositions faites en vue de l’importation en Belgique des matieres premieres necessaires, sous le controle d’une agence et avec la garantie de la Commission d’ aide.

Les engagements demandes a TAllemagne, en vue de T execution de ce plan, etaient simples. Ils consistaient a permettre la libre exportation des matieres premieres et l’exportation d’objets manufactures avec lesdites matieres premieres, par le canal de la Commission d’aide; les Allemands devaient, en outre, respecter tous les stocks de matieres premieres similaires et les objets manufactures dont il restait encore des stocks dans le pays, s’ engager a ne pas mettre l’embargo dessus et a ne pas les requisitionner. Toute manufacture ainsi alimentee par la Commission devait jouir des memes privileges et immunites que les magasins de la Commission d’aide. On estimait que les importations effectuees suivant ce systeme suffiraient a reduire le chomage ou tout au moins a apporter a la population un certain allegement a la detresse qui resulte de sa malheureuse situation.

Ce projet fut sounds, il y a quatre mois, aux autorites allemandes de Bruxelles, par la Commission d’aide. Des enquetes ont, depuis lors, ete faites, mais sans resultat, pour savoir oil en etaient les negociations. Jusqu’ici, on n’a re§u de l’Allemagne aucune reponse.

On n’a jamais eu d’illusions au sujet de la politique des Allemands k ce sujet, mais, aujourd’hui, elle est devenue evidente. Tandis qu’ils declarent, a toute occasion, au peuple beige que la ruine de Tindustrie beige est due uniquement a la politique des Allies, tandis qu’ils se declarent prets a donner aux manufacturiers beiges toutes garanties qu’ils ne requisitionneront pas les matieres premieres importees pour leurs usines, ils sont, en realite, decides a n’accorder aucun arrangement en vue de vend’ au secours de Tindustrie beige, tant qu’ils n’auront pas depouille le pays de la derniere parcelle de matieres premieres ou de produits manufactures qui puisse leur servir, et jusqu’a ce qu’ils aient amene une telle ruine generale que la main-d’ oeuvre beige se voit obligee d’emigrer en Allemagne ou de chercher a s’employer dans des manufactures etablies en Belgique, mais uniquement controlees par des Allemands, et ne travaillant que pour eux. Quand ils auront atteint ce but, autant que le leur permettront toutefois la fermete et le patriotisme des manufactures et

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des ouvriers beiges, alors ils se declareront prets a prendre des arrangements en vue de reapprovisionner le pays dont ils auront auparavant draine toutes les ressources, mais, jusque-l&, ils poursuivront leur politique jusqu’au bout.

Quelques exemples suffiront a demontrer ces faits qui sont notoires. En un mois, du 26 octobre au 26 novembre seulement, par une seule route, on a exporte, de Belgique en Allemagne, 74.000 tonnes de cbarbon, 6.100 tonnes de phosphate, 100 tonnes de plomb, 1.350 tonnes de minerai, 340 tonnes de boisage pour les mines, 1.200 tonnes de guano et 1.600 tonnes de briquettes. Le mois precedent, par la meme route, avaient eu lieu d’importantes exportations des memes articles : 840 tonnes de pyrites; 1.600 caisses d’extrait tannique; 350 tonnes de sous-produits du plomb, des quantites d’acier, de plomb, de caoutchouc et de copal. On sait que la moitie de la production des tissages beiges a ete requisitionnee. Recemment le commandant en chef de la IVe armee en Belgique a publie l’ordre enjoignant, sous peine de lourdes penalit§s, de declarer tous les stocks de coton et interdisant a l’avenir le manufacturage du cot on brut.

En realite, rien ne peut mieux eclairer la politique poursuivie par les Allemands que la garantie donnee 5 un eminent homme d’affaires beige, au sujet de certains metaux, tels que l’acier et le cuivre, indispensables a l’alimentation d’une des principales industries beiges, a la condition qu’il journisse la preuve que ce mttal avail ete. imports. Ce qui revient & dire que tout le stock beige d’articles fabriqu6s avec des metaux aurait ete saisi.

Les matieres les plus essentielles, t.elles que Phuile et les metaux, sont contrblees par des organisations allemandes, dans l’interet allemand, et on ne peut se les procurer que si on se soumet aux volontbs de Pennomi.

Telle est la situation actuelle. Le Gouvernement de Sa Majeste avait fait une tentative en vue de venir en aide aux industries beiges, en permettant Pimportation de matieres premieres, malgre Popinion qu’il avait que ces importations, quoique sous le contrfile de ncutres, seraient d’un grand service k Pennemi.

Le silence des autorites allemandes fait presumer qu’elles n’ont pas donne leur acquiescement h la proposition de la Commission d’ aide.

Leur tactique qui consiste a appauvrir le pays et k obliger la maind’oeuvre a travailler pour leur compte est clairement rev41ee, etle Gouvernement de Sa Majeste doit decliner toute responsabilit6 envers le pcuple beige pour des maux que Pennemi seul a causes et qu’il a, en outre, refuse d’aider k soulager.

B — Note du Bureau Wolff (22 fevrier 1916)

La Norddeutsche Allgemeine Zeitung du 22 fevrier 1916 (n° 522, deuxieme edition) et tons les grands journaux allemands reprodui-

sent le Memorandum de Sir Edward Grey au Ministre de Belgique, et en ajoutent le commentaire suivant, 6manant du Bureau WolfT :

De source autorisee on nous communique ce qui suit & propos de ce Memorandum :

« Nous sommes convaincus que 1’Administration allemande ne restera pas sans repondre au Memorandum anglais. Pour autant qu’il nous est connu, il a ete fait, de la part des Anglais, des propositions au sujet de l’approvisionnement de l’industrie beige en matures premieres. Ces propositions n’ont pas ete rejetees par 1’ Administration allemande. Elies sont encore soumises 4 l’examen. Un examen attentif est d’autant plus necessaire que les Anglais posent quelques conditions habillees fort innocemment mais ou l’ceil allemand reconnait aisement le pied fourchu. Ainsi, par exemple, d’apres les vues de 1’Angleterre, le prix d’achat des marchandises k exporter de Belgique doit etre depose en Angleterre. II est fort singulier que 1’ exportation de charbons beiges vers PAllemagne soil designee comme preuve du presume pillage de la Belgique par les Barbares. II est connu qu’il existe un echange entre l’Allemagne et la Belgique dans les diverses sortes de charbons et que c’est l’Allemagne qui, en ce moment, fournit plus de charbons k la Belgique qu’elle n’en regoit de 14. II est connu que P Administration allemande favorise de toutes ses forces l’exportation des charbons beiges vers les pays neutres tels que la Hollande, la Suede, etc., afin de procurer des salaires aux ouvriers beiges.

« Ce Memorandum n’est qu’un exemple de plus de Part qu’ont les Anglais d’alterer les faits. »

C — Note officieuse allemande (9 mars 1916) en r^ponse au Memorandum du Foreign Office

La presse allemande du 9 mars 1916 publie sous le titre : « Sollicitude anglaise envers la Belgique », Particle traduit ci-apres :

Norddeutsche Allgemeine Zeitung (n° 68 du 9 mars 1916, 2e edition) :

« II y a quelque temps, Sir Edward Grey remit au ministre de Belgique a Londres, Paul Hymans, une note du ministere des Affaires 6trangeres de Londres se rapportant a P importation en Belgique de matures premieres, destinees k relever P Industrie beige, naturellement sous la forme d’un requisitoire contre PAllemagne. D’apres ce Memorandum, ce sont — evidemment — les Allemands qui sont la cause de laruine del’ Industrie beige tandis que l’Angleterre a, en depit de toutes les graves considerations, immediatement autorise « sous des conditions determinees » l’importation de matieres premieres en Belgique et l’exportation de marchandises de Belgique.

« De prime abord, celui qui a l’habitude de Part deploye dans les m6-

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moires anglais aura ete surpris de constater que la note du Foreign Office ne contient pas ces conditions. Nous sommes en 6tat de reproduire textuellement les conditions anglaises qui sont datees de « Londres, le « 17 aotlt 1915 » :

« Le Gouvernement anglais est dispose ci consentir & V exportation de marchandises de provenance beige vers des pays neutres et allies & condition que les interesses apportent la preuve que leurs marchandises sont de provenance beige et deposent, au prealable, dans une banque du Royaume-Uni le montant devant resulter de cette transaction. Pour cette raison, toutes les demandes pour des permis d’ exportation doivent dtre accompagnees :

« A. D’un certificat de provenance etabli par l’Administration communale ou provinciale de la localite beige dans laquelle l’usine est situee ;

«B. D’un certificat de la banque dans laquelle 1’ argent a ete depose en compte bloque; en outre, la banque devra assumer la garantie qu’on ne pourra toucher a cette somme avant la fin de l’occupation allemande & moins d’autorisation de la part du Gouvernement anglais.

« Au cas oh le paiement de la marchandise se serait effectue avant le 31 juillet 1915, la preuve devra en etre fournie avec documents a l’appui.

« Le Gouvernement anglais n’accordera aucun permis general d’exportation & une usine ou a un article determines. Tout permis d’exportation devra etre demande pour chaque cas separement.

■ Sont exiges, en outre, encore : le nom et l’adresse de l’exp6diteur, du receptionnaire, de la firme d’expedition hollandaise, du port d’embarquement ainsi qu’une declaration detaillee du contenu, des marques et de la valeur de l’envoi.

« Pour quiconque ne connait qu’approximativement les regies de la vie 6conomique, il est evident que, par suite de ces conditions, l’importation de mat.ieres premieres et 1’ exportation de marchandises accord6es avec tant d’empressement etaient rendues impossibles. Dejik le depdt du montant devant resulter de la transaction dans une banque anglaise doit amener la ruine rapide et inevitable de l’industrie beige.

« Au lieu d’un echange de produits, il n’y aurait qu’une exportation qui se ferait sans qu’une contre-valeur, soit sous forme d’argent ou de marchandises, ne rentre dans le pays. Les industriels ne seraient ni en etat de payer leurs ouvriers, d’entretenir leurs usines, d’acheter des matures premieres ou de disposer d’une fagon commerciale quelconque de leurs capitaux. Ils ne pourraient qu ’ameliorer pendant un certain temps le bilan commercial de V Angleterre pour se declarer, dans la suite, en faillite. Mais egalement les autres declarations exig6es de 1’industrie beige par 1’ Angleterre ne sont, ni plus ni moins, aue Yespionnage commercial organise. A l’aide de ces donnees, l’Angleterre aurait les relations commerciales beiges completement en mains et, fidele 6 son mot d’ordre donn6 au debut de la guerre, elle s’en serait certainement servie.

« Done ici encore une condition inacceptable qui prouve que, raerae chez des Allies, l’amitie n’existe plus lorsqu’il s’agit de questions d’interet.

« Malgre tout, V Administration allemande en Belgique n’a pas cess6 de s’efforcer, en accord complet avec les directions centrales de 1’ Empire, de venir en aide a Yindustrie beige autant que faire se peut.

« Avant tout, elle a dej& declare, au mois d’aout de l’annee 1915, aux interesses que des matieres premieres importees ainsi que des marchandises destinees k F exportation ne seraient pas requisitionnees, tout en laissant aux interesses le soin d’ecarter les conditions impossibles posees par FAngleterre. Depuis lors, les negotiations se poursuivirent peniblement et petit k petit FAngleterre put etre amenee k n’ etr angler l’industrie beige que lentement au lieu de le faire en une seule fois. En premier lieu, elle accorda le versement d’une somme a concurrence des salaires ouvriers, ensuite a concurrence du prix de revient. Au commencement, elle ne voulait laisser entrer dans le pays que 45 % du prix de vente, ensuite 50 %. Dans les derniers temps, son offre a meme monte jusqu’a 80 % pour des marchandises indispensables a FAngleterre. L’Administration allemande maintient, toutefois, fermement les conditions qu’elle doit poser non pas dans son int6ret, mais dans celui de Findustrie beige, k savoir : paiement integral sans donnees favorisant I’espionnage commercial !

« Elle attend done Facceptation de ces conditions posees depuis longtemps. Elle F attend, d’autant plus qu’elle paie, de son efite, au comptant toutes les requisitions que la guerre economique de FAngleterre a rendues necessaires et fait, de cette fagon, tout ce qui est dans son pouvoir pour enrayer Fappauvrissement. Elle ne peut donner que de V argent; les matieres premieres doivent passer le blocus anglais. Par contre, aussi longtemps que FAngleterre cite comme exemple de notre « politique de spoliation » F exportation de charbon, encouragee par nous autant que possible, au lieu de reconnaitre que nous procurons de cette facon a 100.000 ouvriers employes dans les charbonnages de leur pays le pain quotidien, aussi longtemps que la haine embrouille a ce point les idees, on ne peut donner aux Beiges ainsi qu’a leur industrie pas grand espoir sur leurs fr^res d’ alliance anglais. »

D — Note de l’auteur au sujet de la proposition d’arrangement

SOUMISE A l’ AUTORITE ALLEMANDE AVEC L’AGREMENT DuGoUVERNE-

ment anglais en aout-septembre 1915

Le Gouvernement anglais n’a evidemment pas laisse sans replique la note officieuse allemande du 9 mars 1916, repondant au Memorandum du Foreign Office des 7-21 fevrier 1916; toutefois, cette replique n’a pas encore ete livree a la publicite. En attendant, il n’est pas sans interet d’ajouter aux pieces principales de la polemique, publiees jusqu’ici et

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qui sont reproduces ci-dessus, quelques renseignements de detail qui se trouvent dans le domaine public en Belgique occupee, et auxquels font allusion plusieurs des protestations publiques d’autorites beiges citees dans le corps de l’ouvrage et ci-apres, chapitre XVIII.

II importe, comme nous l’avons dit, de ne pas confondre les propositions d’arrangement conlractuel faites en aout et septembre 1915, par le Comitd industriel beige et la Commission for Relief in Belgium, pour Introduction en Belgique de matieres premieres et l’exportation de produits manufactures, avec les conditions de fait auxquelles le Gouvernement anglais avait subordonne ant6rieurement certaines exportations commerciales beiges en l’absence d’une reglementation bilaterale.

Ces conditions ou formalites auxquelles se soumettaient les industries beiges etaient en substance les suivantes :

1° L’exportation de marchandises beiges se faisait do Hollande vers les pays neutres et allies;

2° Une requete devait etre adressee au Gouvernement britannique, indiquant les expediteurs, destinataires, expediteurs hollandais, nombre, contenu, couleur et marque des cobs, port d’embarquement;

3° Un certificat attestant l’origine beige de la marchandise devait etre produit, emanant de l’Administration communale ou provinciale de la localite ou se trouvait l’usine productrice ou d’ou provenaient les marchandises;

4° Quant au paiement, s’il avait eu lieu avant le 31 juillet 1915 en Belgique, la preuve en devait etre faite par le serment de la banque neutre ou alliee ayant servi d’intermcdiaire.

S’il n’y avait pas eu paiement en Belgique 4 ladite date, pouvoir devait etre donne a une banque anglaise de recevoir le prix, qui resterait bloqu6 chez elle pendant la duree de l’occupation de la Belgique. Toutefois, le Gouvernement britannique accordait, dans certains cas, une autorisation speciale de retirer ce depot et de le transferer en Belgique dans la mesure n6cessaire pour le paiement des salaires des ouvriers des usines interessees.

On remarquera que la plupart de ces conditions de fait sont celles qui sont decrites ou resumees dans la note officieuse allemando du 9 mars 1916, mais qu’elles y sont faussement representees comme constituant les clauses de l’arrangement contractuel propose, en aout-septembre 1915, par le Comitd industriel beige et la Commission for Relief in Belgium.

Les conditions de la proposition d’arrangement etaient, en substance, les 6uivantes :

Un « Comite industriel >', comprenant des representants des di verses industries beiges, des membres hollandais et des representants de la Commission for Relief in Belgium, serait organise k Bruxelles, sous le patronage des ministres des Gtats-Unis, d’Espagne et des Pays-Bas a Bruxelles, La Haye et Londres, et serait l’intermediaire collectivement responsable et garant des usines beiges remises en activity pour l’impor-

tation des matieres et Pexportation des produits, selon les conditions imposes.

On choisirait pour les remettre en activite les usines occupant le plus d’ouvriers, afin de soulager le maximum possible de misere.

Toute la production de chaque usine patronnee par le Comite devrait etre exportee.

Toute la matiere premiere employee devrait venir d’outre-mer ou etre d’origine beige.

Le Gouvernement allemand s’engagerait k ne pas requisitionner ou acheter la matiere premiere, les marchandises manufacturees, les sousproduits, Poutillage et les machines de ces usines. Les autorites allemandes s’abstiendraient d’obliger ces usines k travailler d’une fagon quelconque pour elles, ni & intervenir en rien aupres de leur personnel.

Ces usines seraient placees sous la protection de la Commission for Relief in Belgium, de la meme fagon que les d£p6ts de vivres de celle-ci en Belgique et le transport de toutes les marchandises importees de Hollande ou export£es vers ce pays se ferait sous le drapeau de la Commission for Relief in Belgium.

Tous les comptes concernant les exportations et les importations du Comite industriel seraient concentres a Pagence de Rotterdam, dftment contrdlee par un expert comptable.

Des statistiques seraient adressees a l’effet de determiner les matures premieres qui sortiraient de Belgique, sous forme de produits manufactures.

Un bilan mensuel etablirait les depenses relatives aux importations et les sommes regues pour les exportations; les excedents des recettes sur les depenses seraient remis a la Commission for Relief. Celle-ci aurait le droit, a l’aide des recettes qu’elle realiserait en Belgique par la vente des vivres, de faire en Belgique des paiements, pour venir en aide aux indigents, pour une somme egale k celle que lui procurerait le surplus des exportations sur les importations a un taux de change a fixer d’accord avec le Comite industriel. Toutes les sommes non depensees de cette fagon seraient deposees et bloquees jusqu’a la conclusion de la paix, dans une banque neutre a choisir par la Commission for Relief. Celle-ci remettrait au Comite industriel des certificats de depdt pouvant servir de gage h des emprunts locaux en Belgique destines a payer les salaires.

Les premieres dix mille livres sterling deposees a la banque neutre choisie seraient gardees par la Commission for Relief, comme gage de la bonne foi du Comit6 industriel pour la bonne execution, par toutes les usines, des conditions imposees. En cas de violation d’une de ces conditions, la somme serait confisquee; le Comite industriel aurait a son tour le droit de la reclamer a Pusine en faute.

Les Gouvernements interesses publieraient une liste des matieres premieres et des produits manufactures dont le Comite industriel pourrait

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s’occuper et ils approuveraient les noms des firmes patronnees par le Comite industriel.

En resume, les engagements k prendre par l’autorit6 allemande en vertu de l’arrangement auraient ete les suivants :

1° Autorisation aux usines beiges patronnees par le Comite industriel d’exporter leurs produits non consideres comme contrebande de guerre, et d’importer, pour les besoins de leur fabrication, toutes les matures premieres necessaires;

2° Engagement du Gouvernement allemand de laisser a l’abri de requisition, d’achat ou d’immixtion quelconques les matieres premieres, les produits finis, les sous-produits, le materiel et boutillage, les propri6tes et le personnel desdites usines; engagement aussi de n’obliger aucune de ces usines k executer aucun travail quelconque pour le compte des autorites civiles et militaires allemandes ;

3° Octroi au Comite industriel et a ses usines de toutes facilites pour la correspondance avec l’etranger, les transports, les voyages, les exemptions de taxes.

L’intervention de la Commission for Relief in Belgium et du Comite industriel, tous deux controles par les ministres des puissances neutres, aurait constitue, pour le Gouvernement britannique, une premiere garantie reelle de l’observation des engagements sollicites, par les auteurs du projet, du Gouvernement allemand.

Une seconde etait que les fonds de la balance seraient restes bloques dans une banque neutre avec affectation d’un gage de 2.500.000 francs, mais des emprunts faits en Belgique, sous la couverture de ce dep6t, eussent procure tout de suite les valeurs necessaires pour les besoins des usines.

On ne voit point comment eussent pu resulter, de cette combinaison, l’espionnage commercial au profit de l’Angleterre et la faillite des industries beiges.

Telle est la proposition que l’autorite allemande laissa volontairement sans response durant plus de cinq mois, comme elle 1’avoue elle-meme dans sa note officieuse du 9 mars 1916.

La note ci-apres, emanant d’une personne de la Belgique occup6e, que sa situation met a meme de connaitre les faits dont elle parle, confirme la conclusion que nous avons deduite au chapitre X, § 2 et dans la presente note :

Les Allies n’ont jamais refuse de fournir a la Belgique les matieres premieres necessaires k ses fabriques et usines. Ils ont seulement demands, pour ne pas jouer un r61e de dupe, que l’Allemagne leur donnat la garantie que les matieres premieres, introduces pour remplacer celles qui avaient ete saisies, ne seraient pas confisquees 4 leur tour.

Dans la seconde moitie de l’annee 1915, un groupe d’industriels beiges a offert a 1’ autorite allemande des moyens pratiques de realiser les desiderata des Allies : le ravitaillement industriel se serait fait comme le ravitaillement alimentaire, sous la direction du Comite national et le protectorat des memes representants des trois puissances garantes. L’argent provenant de 1’ exportation des fabricats aurait servi k 1’ achat de nouvelles matieres premieres. La combinaison echoua. Le Gouvernement imperial, <k Berlin, refusa de souscrire k un engagement d’ ensemble, se reservant de prendre des decisions dans chaque cas particulier. II dut ceder, d’une part, hla pression des industriels allemands qui escomptent la ruine complete de l’industrie beige et, d’autre part, & celle des autorites militaires qui, des lors, meditaient de conserver en Belgique des contingents d’hommes momentanement inoccupes pour s’en servir quand elles en auraient besoin.

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