‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 65 sur 112 · PROTESTATIONS D’AUTORITES BELGES · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS D’AUTORITES BELGES

Depuis le debut de la guerre, une grande partie des ouvriers beiges ont abandonn6 le travail. La raison en est, d’une part, 1’ arret de nombreuses entreprises industrielles par suite du manque de matieres premieres occasionne par l’isolement cree par l’ennemi, d’autre part, le refus du travail.

La longue duree de cette situation commence a entrainer des consequences facheuses, et comme administrateur du territoire occupe j’ai pour devoir, conformement au principe du droit des gens, de prendre les mesures adequates.

Des Beiges clairvoyants, dejci au printemps 1915, sont venus vers moi et ont attire mon attention sur les dangers du chdmage et du degout du travail. Ils ont demontre que les secours, de quelque c6te qu’ils viennent, constituent en fin de compte une charge pour l’economie politique beige et qu’ils entralnent egalement les ouvriers & l’oisivete. II en resulte que les ouvriers s’amoindrissent physiquement et moralement, qu’en particulier les ouvriers instruits perdent leurs talents et leur savoirfaire et qu’ils seront aussi devenus inutilisables lorsque le temps de paix sera venu pour l’industrie beige.

C’est guidees par ces motifs, qu’ont ete prises, avec la collaboration du ministere beige competent, en aout 1915, mes ordonnances contre l’oisivete, qui furent completees par l’ordonnance du 15 mai 1916.

Ces arretes ne prevoient le travail forc6 que lorsqu’un sans-travail, k qui un salaire confortable a ete offert en rapport avec ses capacites de travail, refuse de travailler sans raisons suffisantes et, par la, tombe h la charge de la bienfaisanee publique. Sera reconnu expressement comme motif de refus legitime celui qui se base sur le droit des gens. Ainsi aucun travailleur ne peut etre forc6 a participer 5 des entreprises de guerre. Les ordonnances reposent sur des considerations saines et conformes au droit qui, sans aucun doute, subordonnent la liberty de l’industrie aux interets de la collectivite.

II s’agit, apres que les situations existantes deja en 1915 nous ont mene depuis ce temps-lh k une calamite publique, de donner simplement une interpretation plus efficace a cette ordonnance.

Dans ce but, les listes nominatives des chomeurs doivent etre donnees par le bourgmestre. Aux chdmeurs qui sont inscrits sur ces listes, on offre, dans des reunions de presentation, du travail moyennant un bon salaire et il est vrai, comme dans le domaine du Gouvernement general il n’y a qu’une quantite restreinte de chomeurs qui puisse etre utilisee, que ce travail doit etre accompli en AUemagne.

Les chSmeurs qui n’acceptent pas le travail qui leur est offert dans ces reunions de presentation, sont conduits de force en Allemagne. Ils regoivent aussi neanmoins un salaire, mais moindre que celui de ceux qui se sont laisses enroler comme travailleurs libres.

J’espere que l’on ne devra faire application de ces mesures que dans des cas exceptionnels. Une grande partie du simple peuple a, dans son

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intelligence saine, justement compris cette affaire et c’est par dizaines de milliers que des ouvriers beiges se sont rendus deja en Allemagne, oil, places sur le meme pied que les ouvriers allemands, ils ont m6rite des salaires plus eleves que ceux qu’ils avaient iamais connus en Belgique et oil, contrairement & leurs compagnons demeures en Belgique dans la misere, eux et leurs families ont efiicacement repris le dessus.

Vous devrez avouer, apr^s ces details que, grace au transport de3 chdmeurs beiges en Allemagne, les interets economiques de la Belgique sont entierement sauvegardes.

Lorsque vous instruisez de cette maniere les sans-travail, vous leur rendez un meilleur service que quand vous les amenez d refuser de travailler et quand vous obligez par la les autorites allemandes a prendre des mesures severes.

S’il faut user de durete lors de 1’ enlevement et aussi si des travailleurs occupes sont enleves, la faute en incombe aux bourgmestres qui se sont refuses a remettre les listes des chdmeurs, ou dont les listes etaient incompletes.

Le Gouverneur general,

(s) Baron von Bissing, Generaloberst.

— Lettre des ministres d’Etat, senateurs et representants de Belgique aux ministres et representants des puissances etrangeres a Bruxelles (29 novembre 1916).

Excellence,

Senateurs et deputes de Belgique, presents a Bruxelles, nous avons l’honneur de communiquer a Votre Excellence la reponse de M. le Gouverneur general en Belgique a la protestation que nous avions cru devoir lui adresser, et dont une copie se trouvait jointe k notre lettre du 9 novembre dernier.

Les considerations d’equite et de justice, l’appel & la raison et au droit, pas plus que les supplications de la population entiere, n’ont rencontre aucun accueil aupres du Gouvernement imperial. Yotre Excellence voudra s’en convaincre par la lecture de cette reponse, dont nous lui remettons une traduction.

Et la situation s’aggrave, et les mesures cruelles qui soulevent l’indignation de chacun des Beiges sont successivement etendues k tout le territoire 1

Nous manquerions a nos devoirs si nous ne relevions les allegations et si nous ne repoussions les considerations dont pretend s’etayer le refus qui nous est oppose.

Nous avons l’honneur de communiquer a Votre Excellence une copie de la replique que nous avons signee sous cette date.

PROTESTATIONS d’aUTORIT^S BELGES

Notre nouvel appel sera-t-il entendu?

Nous n’osons l’esperer.

Dans notre anxiete, nous nous tournons avec con fiance vers le Gouvernement de Votre Excellence et vers ceux des autres fitats neutres.

Nous les supplions d’elever la voix en notre faveur et d’exercer une pression assez energique pour mettre enfin un terme a la situation la plus lamentable.

Les nations pacifiques ne peuvent rester impassibles en presence de la flagrante violation des principes les plus sacres du droit naturel, de la loi positive, du droit des gens et des conventions internationales.

L’honneur de l’humanite exige que l’impartiale histoire n’ait point a enregistrer une coupable indifference pour les plus revoltantes injustices.

Si notre malheureux sort ne les determinait pas & agir, leur propre interet les inciterait k prendre la defense de nos droits imprescriptibles. Ne sont-ils pas le patrimoine commun des nations civilisees, et les peuples n’ont-ils pas tous un egal et primordial interet a en poursuivre le respect?

Nous prions Votre Excellence d’etre notre ardent interprete aupr£s de votre Gouvernement, et si elle daigne lui faire parvenir ainsi l’echo de nos justes plaintes, nous avons une entiere confiance qu’uni aux autres Gouvernements neutres, par une commune et solennelle protestation et par des arguments appropries k la gravite de la situation, il amenera 1’Allemagne a rapporter la plus inique, la plus barbare des mesures dont nous souffrons.

Nous saisissons cette occasion pour renouveler & Votre Excellence les assurances de notre tres haute consideration.

Le 29 novembre 1916.

( Signatures comme ci-apres.)

C bis — R£plique des ministres d’Etat, senateurs et deputes BELGES AU GOUVERNEUR GENERAL VON BlSSING, EN

date de Bruxelles 28 novembre 1916.

Bruxelles, le 28 novembre 1916.

A Son Excellence Monsieur le Baron von Bissing,

Gouverneur general en Belgique, Bruxelles.

Excellence,

Nous venons de recevoir, par M. le baron de Favereau, president du Senat, signataire avec nous des presentes, communication de votre reponse du 16 novembre a la lettre que les membres du Parlement beige presents a Bruxelles le 9 novembre dernier ont eu l’honneur de vous adresser.

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Sans prendre le temps de consulter tous nos collogues dont la plupart sont retenus en province, surs d’ailleurs d’etre les interpretes de leurs pensees et de leurs sentiments, nous ne voulons pas differer de faire entendre nos protestations redoubles au sujct du traitement inflig6 k des milliers de nos compatriotes condamn6s, sans autre forme de proces, 4 la deportation et aux travaux forces. On aurait pu s’attendre k ce que, sous le coup de la reprobation universelle, k la voix des plaintes et des objurgations montant de toutes parts, les autorites allemandes eussent suspendu ces arrestations en masse; mais cliaque jour nous apporte le r6cit d’expeditions nouvelles qui portent k leur paroxysme la douleur, les alarmes et l’indignation publiques.

De ces executions, de la brutalite avec laquelle elles sont menees, des scenes de desespoir qui les accompagnent et que nous avons rapportees, aucun detail n’est conteste. Nous en prenons acte.

Mais vous nous engagez, Monsieur le Gouverneur general, a calmer plutot les sans-travail, k les tranquilliser, k leur representer que si ces mesures sont prises, c’est dans une vue d’utilite publique, pour leur bonheur, pour porter remade a un etat chronique d’inactivite qui les rouille et les demoralise, et pour les tirer de la detresse dans laquelle les a plonges le blocus des Allies.

Amere derision !

Que vaudraient, aupres de nos populations ouvri^res instruites par deux ann6es d’exp6rience, d’aussi lamentables representations? Quel accueil reserveraient-elles a d’aussi piteuses excuses? Et ne nous reprocheraient-elles pas d’ajouter la raillerie 4 leurs tourments?

Reprenons toutefois ces raisons majeures, puisqu’elles sont propagees par une presse complaisante et qu’ elles sont de nature 4 egarer, a l’etranger, l’opinion des neutres.

Votre Excellence attribue le chomage d’une notable partie des ouvriers beiges, d’une part, a l’isolement cree par 1’ « ennemi », d’autre part, a la mauvaise volonte des travailleurs.

L’isolement ! S’il n’avait dependu que de nos allies, dont les ardentes et gen6reuses sympathies nous ont constamment soutenus parmi des epreuves inouies, la Belgique se fut assez vite relev6e de ses ruines et de la stagnation de ses affaires. Votre Excellence n’ignore pas que l’Angleterre se pretait au ravitaillement industriel du pays sur les memes bases que le ravitaillement alimentaire, c’est-a-dire sous le contrdle diplomatique, garantie trop naturelle pour etre refusee. Elle le fut pourtant; le Gouvernement imperial refusa de souscrire a un engagement d’ensemble, se reservant de prendre des decisions dans cbaque cas particular. La combinaison projetee dut etre abandonnee, sans doute sous la pression des industriels allemands escomptant la ruine complete de la concurrence beige.

Mauvaise volonte! S’il n’avait dependu que de nos ouvriers et de leurs patrons, la question du chomage eut ete regime entre eux, sans

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difficult^ insurmontables, grace aux concessions des uns et des autres et & leur esprit de solidarity. Aucun patron, aucun ouvrier (est-il besoin de vanter leur amour du metier?) n’aurait interrompu son travail coutumier si le pouvoir occupant ne lui en avait rendu successivement et systematiquement la pratique impossible.

II faut avoir le courage de le proclamer, — et veuillez, Monsieur le Gouverneur general, ne pas vous en offenser, — s’il y a des cbdmeurs en Belgique, la responsabilite n’en remonte ni & eux ni aux Anglais, mais aux autorites allemandes qui ont tout mis en oeuvre pour qu’il y en ait; et non seulement elles ont rendu le chdmage inevitable, mais elles Pont entretenu deliberement en s’opposant k la reprise du travail Id ou les administrations privees ou publiques y pourvoyaient. Certes une pareille articulation est grave, mais elle est pleinement demontrde, meme par des actes officiels.

11 suffit, en effet, de feuilleter le Bulletin des Arretks publies depuis le 11 decembre 1914 pour constater que toute une partie de l’industrie Rationale a et£ methodiquement depouillee de tous ses stocks et de tous ses moyens de production, epuisee, paralysee et tarie jusque dans ses sources par la saisie des outillages, P enlevement des machines, les requisitions des matieres premieres, metaux, tissus, produits fabriques, la reglementation outranciere des trafics, 1’institution des « Centrales », la disorganisation des transports, aujourd’hui generalement arretis, la saisie du materiel roulant de nos chemins de fer vicinaux, la suppression de certaines voies et 1’ enlevement des rails, la requisition efl'rinee des attelages et meme des plus rares types de reproducteurs indigenes, nonobstant les promesses les plus formelles, demeurees lettre morte.

A cfite des ateliers, des usines, des manufactures, des fermes et des centres d’elevage ainsi mis a sac, certaines industries avaient survecu, ipargnees comme par miracle, alimentees par d’importantes commandes de la clientele beige. C’etaient des verreries, des laminoirs et forges, des faienceries, des ateliers de construction, d’autres encore. Beaucoup furent mises sous sequestre, c’est-d-dire decapitees en pleine activite, leur personnel ouvrier allant grossir les rangs des sans-travail dont la condition 6meut si profondement Votre Excellence.

Cependant les Pouvoirs publics ne se decourageaient pas et ne discontinuaient pas de s’ employer pour leur procurer quand meme de l’ouvrage. A ne citer specialement quc le Luxembourg, nous sommes en mesure d’attester les prodiges d’ingeniosit6 et de devouement accomplis par ses administrations locales, aidees des plus admirables initiatives des par ticuliers, pour utiliser les bras disponibles & des travaux de voirie, d’amenagement, de plantations, d’hygiene, se traduisant pour les communes en un enrichissement du domaine public et pour les journaliers en plusieurs millions de salaires preleves aux trois quarts sur des dotations privees. Le programme de ces travaux allait s’elargissant, garantissant le pain quotidien a tous ceux qui y collaboraient, Iorsque, brus-

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quement, leur continuation et leur achevement furent interdits par ordrc superieur. Ces defenses reposent aux archives communales : copie en a ete annex6e a la protestation des chefs de l’industrie beige. En sorte que les mandataires de cette province ont pu ecrire que ce sont les mesures prises par l’Administration allemande qui ont accule les travailleurs au chomage qu’elle leur reprochel

Nous aurions mauvaise grace de pousser plus loin cette demonstration, & savoir quo s’il y a des chomeurs, la responsabilite du chdmage ne retombe ni sur eux, ni sur les puissances alliees, ni meme sur les evenements qui bouleversent en ce moment le monde. Helas! Ce n’est pas la premiere fois qu’au cours des calamites que la guerre a dechainees sur notre infortune pays, on aura accuse ceux qui en sont les victimes innocentes d’en etre les auteurs responsables !

Poursuivons. Votre Excellence nous rappelle, dans sa reponse, qu’au mois d’aodt 1915, des arretes ont ete pris de commun accord avec des fonctionnaires beiges, en vue de conjurer les suites nefastes du desceuvrement des ouvriers assistes par la bienfaisance publique. Ces arretes s’inspiraient, dites-vous, d’une pensee de prevoyance. Mais aucune de leurs dispositions pouvait-elle laisser soup^onner que ces ordonnances confereraient a une autorite quelconque le droit de contraindre les recalcitrants a un travail hors du royaume, et bien moins encore contre leur patrie? En pla^ant ceux-ci sous l’egide du droit des gens, elles leur garantissaient categoriquement le contraire.

Or, que voyons-nous?

Au lieu des sanctions comminees, en vue desquelles Votre Excellence s’est concert6e avec des fonctionnaires beiges, nous assistons, depuis des semaines, a un deployment de rigueurs forcen^es, sans exemple dans les codes d’aucune nation civilis6e, et qui atteignent pele-mele des citoyens de tout kge et de toute classe, et, de preference, non pas les sans-travail, mais ceux dont l’habilete professionnelle est le mieux a meme de vous prefer main-forte dans la lutte a outrance pour laquelle l’Allemagne, de l’aveu des chefs les plus autorises de ses partis politiques, entend mobiliser, au meme titre que ses militaires, ses civils et ceux des territoires occupes. Et c’est ce que Votre Excellence appelle « une sanction tout simplement plus efficace de ses ordonnances ». Nur eine wirksamere Durchfiihrung jener Verordnung!

Ah ! Monsieur le Gouverneur general, quelle ironie et combien la franchise de votre Chancelier imperial, proclamant que necessite fait loi, l’emportait sur cet atroce euphemisme !

Quelle ironie de rejeter encore une fois sur les chomeurs la responsabilite du sort qui les attend ! N’ont-ils pas, dedarez-vous, le choix entre le travail force et un engagement volontaire, copieusement remunerei

Quelle ironie, enfin, de vous en prendre aux administrations communales 1 En verite, pourquoi ne livrent-elles pas des listes de chdmeurs, destinees a devenir des listes de proscription? Pourquoi pas?

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Excellence,

Vous daigniez nous promettre, dans la proclamation par laquelle s’ouvrait votre administration, que vou3 vous etiez trace pour programme de restaurer, dans le pays occupe, un regime de paix et de prosp6rite 6conomiques; maintes fois, au sein meme du Reichstag, des applaudissements ont salue le succes de votre mission.

A contempler ce qui reste en Belgique de tout ce qu’un peuple libre y avait edifie, au prix du labeur de plus d’un demi-siecle, l’histoire dira ce que fut cette restauration.

Mais l’histoire dira aussi que le demantelement et le d^peuplement de nos provinces occupees, au profit de l’Allemagne combattante, n’auront pas ete consommes sans que, plus haut que de vaines 6chappatoires, retentissent k travers le monde les cris de revolte des d6port6s, les imprecations de leurs families et la protestation de la conscience publique.

Yeuillez agreer, Monsieur le Gouverneur general, l’assurance de notre haute consideration.

LISTE DES SIGNATAIRES Ministres d’ Elat.

Baron de Favereau, president du Senat.

Vicomte de Lantsheere, ancien president de la Chambre.

Devolder (J.), senateur pour Arlon — Marche — Bastogne.

Vandenpeereboom ( J.), senateur provincial de la Flandre occidentale.

Comte Woeste (Ch.), representant d’Alost.

Senateurs.

Brunard (Hubert), pour Nivelles.

Braun (Alexandre), pour Bruxelles.

De Becker-Remy, pour Louvain.

De Blieck, pour Malines.

Baron de Mivius, pour Namur — Dinant— Philippevillc.

De Ro (Georges), pour Bruxelles.

Vicomte de Jonghe d’Ardoye, pour Roulers — Tliielt.

Du Bost (Edouard), pour Bruxelles.

Baron d’Huart (A.), pour Namur — Dinant — Philippeville.

Dupret (Georges), pour Bruxelles.

Baron E. de Kerchove d’Exaerde, pour Alost.

Hallet (Max), pour Bruxelles.

Hanrez (Prosper), pour Bruxelles.

Keesen (abbe), senateur provincial du Limbourg.

Lekeu (Jules), s6nateur provincial du Hainaut.

Mesens (Edmond), pour Bruxelles.

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Poelaert (Albert), pour Bruxelles.

Speyer (H.), pour Arlon — Marche — Bastogne.

Vinck (E.), senateur provincial du Brabant.

Au nom de la Deputation permanente du Brabant,

Janssen (Charles).

Membres de la Chambre des Representants.

Levie (M.), ancien ministre, depute pour Charleroi.

Bertrand (L.), pour Bruxelles.

Buisset (fimile), pour Charleroi.

Buyl (A.), pour Ostende — Furnes — Dixmude.

Cocq (F.), pour Bruxelles.

De Bue (Xavier), pour Bruxelles.

Vicomte de Jonghe d’Ardoye, pour Bruxelles.

Delporte (Antoine), pour Bruxelles.

Baron d’Huart (A.), pour Dinant — Philippeville et le Luxembourg. Du Bus de Warnaffe, pour Arlon — Marche — Bastogne.

Elbers, pour Bruxelles.

Hanssens (Eugene), pour Bruxelles.

Harmignie, pour Mons.

Janson (P.-E.), pour Tournai.

Marquis Imp£riali, pour Huy — Waremme.

Jourez (Leon), pour Nivelles.

Lemonnier (Maurice), pour Bruxelles.

Lamborelle (Dr), pour Malines.

Rens, pour Alost.

Tibbaut (E.), pour Termonde.

Wauters, pour Huy— Waremme.

Wauwermans, pour Bruxelles.

§ 2. — Protestation des senateurs et representants de l’arrondissement de Mons.

A — Lettre au gouverneur general von Bissing (2 NOVEMBRE 1916)

Mons, le 2 novembre 1916.

A Son Excellence, le General von Bissing, Gouverneur general de Belgique,

Bruxelles.

Excellence,

Deputes et senateurs de l’arrondissement de Mons, nous avons pour devoir de protester energiquement contre les levees d’hommes valides

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auxquelles 1’ autorite militaire procede en ce moment dans notre region, et de porter a votre connaissance la juste reprobation qu’elles soulevent.

Les faits se passent de la maniere suivante :

Des placard ordonnent aux citoyens ages de dix-sept ans et plus de se rendre tel jour, k telle heure en un lieu designe, sous menace, en cas de desobeissance, des peines les plus severes, ou bien, disent certaines affiches, sous peine, pour le contrevenant, d’etre declare ch^meur.

Los hommes rassembles sont parques en plusieurs groupes.

Un premier triage 61imine plusieurs categories : pretres, medecins professeurs, vieillards, infirmes, etc.

Apres quo la selection s’opere.

Tous ceux que les recruteurs choisissent sont mis a part et diriges, sous bonne escorte, ver la gare ou un train les attend. Les autres sont renvoyes dans leurs foyers.

Nous ne savons suivant quelle regie le choix se fait : on enrole des chomeurs, mais aussi beaucoup d’ autres personnes qui n’ont jamais chfime et appartenant aux professions les plus diverses : bouchers, boulangers, patrons tailleurs, ouvriers brasseurs, electriciens, cultivateurs ; on prend aussi de tout jeunes gens eleves d’athenees, d’universites et autres ecoles superieures, et, d’ autre part, des chefs de famille d’un certain age, ayant charge de nombreux enfants.

Les procedes de recrutement sont divers : parfois l’oflicier recruteur se base sur les listes de population, parfois il exige li production de la carte d’identite. 11 lui arrive aussi de s’efforcer d’obtenir le consentement des personnes convoquees Quelques engagement ; ont ete souscrits, sur lesquels il est stipule que la duree est fixee a quatre mois, le salaire a 5 marks, le logement choisi par 1’ autorite allemande et que le voyage sera gratuit a Taller le lieu de destination reste indetermine. Le plus souvent, les signatures sont donnees sous Tempire de la crainte ou sous Teffet de la promesse de quelques jours de repit avant le depart.

Les hommes enroles par contrainte partent sans que leur famille sache vers quel pays ni pour combien de temps Au debut, ils se presentaient sans vivres, sans linge ni vetements de rechange, ne sachant pas le sort qui les attendait.

G’est un spectacle douloureux que celui de la separation inopinee et brutale des membres d’une famille, sans communication, sans adieu 1

Le chagrin, l’anxiete et Tindignation ont envahi bien des foyers. Cette deportation est la pire des peines. Elle revolte le sentiment le plus her et le plus profond de notre race, Tamour de la liberte, de la liberte du travail surtout et Tattachement au sol natal.

L’ autorite militaire a declare, k plusieurs reprises, que si elle proc£dait k pared enrdlement, c’est parce qu le bourgmestres ont refuse de designer eux-memes les chbmeurs de leurs communes.

Faut-il defendre les bourgmestres de ce reproche?

Nous Taffirmons fermement: il n’est pas justifie. Tous les bourgmestres

LES DEPORTATIONS BELGE3

ont fait afficher l’ordre de 1’ autorite qui requiert les chdmeurs de se faire inscrire sur les registres tenus par 1’ Administration communale En ae conformant a cette injonction, les bourgmestres ont fait tout ce qu’ils devaient; ils ne pouvaient rien faire de plus, les lois de notre pay3 ne leur permettant pas, en effet, de s’introduire chez les particuliers et de se livrer k des recherches sur leur etat social : le Beige est maitre chez lui et ne doit compte k personne de ses conditions d’ existence.

Le bourgmestre qui se serait permis de dresser lui-meme la liste des chdmeurs et l’aurait livree a l’autorite militaire, se serait attire la malediction publique. En agissant ainsi, il se serait associe au coup de force qui va contraindre un grand nombre de nos concitoyens k se rendre en Allemagne pour effectuer le travail le plus rebutant et le plus odieux, celui dont 1’efTet se tourne contre la patrie.

Sans doute, on a dit que les travailleurs ne seraient embauches que pour les entreprises etrang^res a la guerre; mais que vaut pareille explication?

En prenant la place d’un ouvrier allemand, l’ouvrier beige permet de remplir un vide dans l’armee allemande.

Travailler pour 1’ Allemagne, c’est se battre contre la patrie.

Aussi l’instinct public ne s’y est pas trompe : il a resiste aux appels les plus pressants et aux promesses les plus allechantes affich6es sur nos murs. Tres rares sont ceux que l’appat de gros salaires a attires en Allemagne

La presse a taxe notre population ouvri^re de faineantise : c’est la calomnier.

Les Beiges ne sont pas des paresseux, mais ils aiment leur pays et ils ont conscience des devoirs sacres que la guerre leur impose. Nul homme d’honneur ne peut les blamer de leur resistance.

Nous avons tenu, Excellence, a vous exposer ces faits afin que vous puissiez employer votre haute autorite k mettre un terme & une violation flagrante du droit des gens.

Quant a nous, nous eussions manqu6 k nos devoirs do mandataires publics si nous n’avions fait entendre la voix de notre conscience dans un moment aussi grave et aussi douloureux.

Agreez, Excellence, l’expression d; notr consideration la plus distinguee.

(Ont signe :)

Senateurs :

Mosselman, Roland, vicomte Vilain XI I II, Demerge. Reprcscntants :

Alph. Harmignie, Masson, Bastien, Maroille, Brenez, Servais.

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B — REPONSE DU GENERAL VON BlSSING A LA PROTESTATION

des s£nateurs et representants de Mons (9 NOVEMBRE 1916)

Bruxelles, le 9 novembre 1916.

Aux Deputes de Mons,

En reponse k votre lettre du 2 novembre 1916, dans laquelle vousnous priiez de renoncer a la deportation des chdmeurs vers l’Allemagne, j’ai l’honneur de vous faire connaitre que votre demande ne pourra etre prise en consideration.

Depuis le debut de la guerre, une grande partie de la population beige chdme. Les raisons qui creent cette situation sont, d’une part, rinactxvite de beaucoup d’6tablissements industriels provoquee par la penurie de matures premieres resultant du blocus ennemi, d’autre part, la mauvaise volonte mise a travailler.

La longue duree de cette situation commence a faire apparaitre de facheux resultats, et, en qualite de gouverneur du pays occupe, S. Exc. le Gouverneur general de Belgique, se basant sur le droit des gens, a pour devoir de prendre les mesures n6cessaires pour parer a cet etat de choses.

Des Beiges eclaires se sont deja adresses au printemps 1915 a S. Exc. le gouverneur general et ont d£montre les dangers du chomage et de l’aversion du travail.

Us ont montre que les secours, quelle que soit leur provenance, finissent par peser sur la population et entrainent en meme temps les ouvriers dans l’oisivete.

Mais cela aurait pour consequence que les ouvriers s’affaibliraient pkysiquement et moralement et que, en particular, les ouvriers instruits perdraient leurs aptitudes et leur dexterite et qu’ils deviendraient inutilisables pour l’industrie beige lorsque la paix future serait retablie.

Pour ces raisons, les arretes pris contre le chomage ont ete mis en vigueur en aout 1915 avec l’aide du ministre beige competent et completes plus tard par l’arrete du 15 mai 1916.

Ces arretes ne prevoient la contrainte au travail que si le chomeur refuse sans motifs suflisants, pour un salaire proportionnel qui lui est offert, un travail conforme k ses aptitudes et tombe par la a charge de la bienfaisance publique.

Toute infraction contraire au droit des gens est formellement reconnue comme motif de refus fonde. Done aucun ouvrier ne pourra etre contraint h prendre part a des travaux de guerre. Ces arretes reposent sur des considerations saines, conformes k la loi, et qu’ordonnent, sans doute possible, l’interet de la masse et la liberte de chacun. II ne s’agit plus ici que de Tapplication, apres que les situations qui s’etaient presentees avaient conduit k une calamite publique.

LES DEPORTATIONS BELGES

A cet effet, les listes nominatives des chdmeurs devront nous etre adressees par les bourgmestres. Lors des reunions, il est offert du travail, contre un bon salaire, aux chdmeurs mentionnes sur la liste, et ce travail doit etre effectue en Allemagne, vu que, dans le territoire du Gouvernement general seul, un nombre limite de chdmeurs pourront etre employes.

Les chdmeurs qui, lors de ces reunions, refusent le travail offert seront diriges de force en Allemagne.

Ils obtiennent aussi un salaire, mais plus petit que celui qu’ils auraient eu s’ils s’etaient engages comme travailleurs libres. Le Gouverneur general espere qu’il ne devra faire usage de ces mesures que dans des cas exceptionnels.

Une grande partie du peuple a, avec sa comprehension saine des choses, juge la situation d’unemaniereexacte, et c’est par dizaines de mille que les ouvriers beiges ont pris librement le chemin de 1’ Allemagne oil, mis sur le meme pied que les ouvriers allemands, ils gagnent des salaires plus eleves que ceux qu’ils ont jamais connus en Belgique et oh, au lieu de tomber dans la misere comme leurs compagnons restes au pays, ils dievent leurs families h un rang plus eleve.

D’apres ceci, vous devez accorder que par les deportations des chdmeurs beiges en Allemagne, l’interet du peuple beige reste entierement sauf. Si vous vous adressez dans ce sens aux chdmeurs, vous leur rendrez un meilleur service qu’en les entrainant dans la voie du refus de travailler, et contraindre par lh les autoritds allemandes a des mesures sevdres.

Si, lors de la deportation, il y a de la severite et qu’il y a des ouvriers actifs qui sont enlevds, la faute incombe aux bourgmestres qui se sont refuses a donner les listes ou bien dont les listes etaient incompletes.

Pour le Gouverneur general (Signature).

G — RtPLIQUE DES S&NATEURS ET REPR&9ENTANTS DE MoNS AU GOUVERNEUR g£n£raL VON BlSSING (27 NOVEMBRE 1916)

Mons, le 27 novembre 1916.

A Son Excellence, le General von Bissing,

Gouverneur general en Belgique ,

Excellence,

Nous avons pris connaissance de la reponse en date du 9 novembre, que Votre Excellence a bien voulu faire <k notre lettre du 2 novembre, laquelle nous est parvenue par l’entremise du Comite provincial de secours et d’alimentation de Mons, h qui elle a dtd adressee.

Tdmoins de l’enrdlement dans notre rdgion, nous avons la conviction

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que l’execution des arretes relatifs au chdmage a eu lieu en violation flagrante des considerations que vous nous exposez. Nous ne pouvons que repeter que le mobile de cette operation n’a pas ete de procurer du travail aux chdmeurs ni de decharger la bienfaisance publique de l’entretien de gens sans emploi.

Permettez-nous de vous signaler quelques faits k titre d’exemple :

A Quaregnon, sur 1.000 ouvriers appeles au contrdle, 304 ont ete deportes. Parmi ceux-ci, il y a 227 non chomeurs (parmi lesquels 4 cultivateurs, 5 patrons boulangers, 6 ouvriers boulangers, un patron boucher, 1 ingenieur brasseur, directeur d’une grande brasserie, un gros negotiant, le fils d’un maltre de forges, un patron imprimeur).

II est k noter que le nombre des hommes appeles au contrdle est relativement peu eleve eu egard a la population totale, mais il ne faut pas perdre de vue que nous sommes au centre du bassin houiller et que tous les ouvriers mineurs ont ete exemptes.

L’observation s’ applique 4 toutes les autres communes.

A Dour, sur 137 deportes, l’on compte 117 travailleurs dont 9 cultivateurs, 4 etudiants et nombre de petits patrons travaillant chez eux.

A Wasmes, sur 186 deportes, 130 non chomeurs.

A Frarneries, sur 200 deportes, 187 non chomeurs.

A Hornu, sur 140 deportes, 87 non chdmeurs.

A Paturages, sur 139 deportes, 134 non chomeurs.

A Ghlin, sur 155 deportes, 109 non chomeurs.

A Havre, le bourgmestre a declare aux officiers recruteurs que tous les hommes convoques a l’enrolement etaient occupes (il avait procede & une enquete et demandait a faire la preuve). On ne tint pas compte de ses observations et, sur 450 hommes appeles au controle, 46 furent deportes, tous occupes.

Des proportions equivalentes se retrouvent dans toutes les communes.

Est-ce un effet du hasard? Non, la plupart du temps, le choix des ouvriers qui ont du travail en Belgique a ete voulu deliberement. Les recruteurs paraissent avoir une predilection marquee pour les ouvriers les plus exercds de certaines industries : contremaitres, ouvriers d’ ateliers et de laminoirs, verriers, cordonniers, ajusteurs, tiectriciens, cultivateurs.

C’est ainsi qu’aux Forges et Laminoirs de Baume k Haine-Saint-Pierre, sur 400 ouvriers qui ont passd au contrdle, 52 ont ete deportes.

Aux usines Gilson, h La Croyere, 50 ouvriers ont dte ddportes sur 225 appeles au contrdle.

A la Societe La Brugeoise et Nicaise et Delcuve, 56 sur 389.

A la Societe anonyme des Laminoirs de La Croyere, 51 sur 73.

Aux usines Boulonneries et Fonderie de La Louviere, 25 sur 131.

Aux ateliers de Bouvy, k La Croyere, 25 sur 145.

A la Compagnie centrale de Construction, a Haine-Saint-Pierre, 37 ouvriers et employes travaillant ont ete deportes, soit 10 % du personnel occupe.

LES DEPORTATIONS BELGES

Aux ateliers Spiltoir, Happez et Meek, 4 Haine-Saint-Paul, 14 ouvriers ont 6t6 deportes, ce qui represente 70% du personnel occupe, soumis au contrSle et 40% de tout le personnel.

Aux Hauts Fourneaux et Fonderies de La Louvtere, la deportation du personnel a atteint 70%, ce qui met l’usine dans l’impossibilite de continuer sa fabrication.

Aux usines Boel, a La Louviere, on a enleve 249 hommes dont un chef de bureau, 10 employes, 21 contremaitres et 217 ouvriers.

Tous les employes et ouvriers de ces usines qu’on a deportes etaient au travail au moment du contr6le.

A la verrerie de Jemappes, seul etablissement de l’espdce dans notre arrondissement, l’application du systeme est d’un effet saisissant.

Cette usine fut remise en marche le 4 decembre 1915; elle a travaille sans interruption et d’une allure ascendante jusqu’au ler septembre 1916. Elle dut chdmer jusqu’au 10 novembre pour reparer certains fours, avec le projet d’elargir son activite. On lui a enleve plus de la moitie de son personnel d’elite. A titre de precision, nous citons des chiffres :

40% des souflleurs;

60% des premiers gamins de souflleurs;

30% des deuxidmes gamins de souflleurs;

40% du personnel des repasseurs;

35% des 6tendeurs;

100% des ouvriers electriciens ;

100% des ouvriers ajusteurs, etc...

Quelle perturbation pour cette industriel

Ce que nous venons de dire de la marche ascendante des verreries de Jemappes s’applique 5 la plupart des industries dont nous venons de parler.

Nous mettons a part les ckarbonnages, dont l’activite est consid6ree avec faveur; nous voulons surtout parler des ateliers de construction, des laminoirs, des falenceries, des fabriques de chaussures, des usines de produits ceramiques, etc... Aucune de ces industries, grande ou petite, n’a ete atteinte par le blocus ou du moins n’a eprouv6 d’empeckement majeur de ce chef. Le temps d’arret qu’elles ont eu parfois a subir avait pour cause l’interruption des transports, Pinsuflisance de combustibles ou de minerals (faute de moyens de transport) et surtout les rigueurs d’arretes qui ont frappe de saisie une partie de l’outillage ou qui limitent la dur6e du travail 4 un nombre d’heures fort restreint (les fabriques de chaussures).

Les industriels n’ont pas manque d’exposer aux officiers recruteurs combien il importait, pour la bonne marche de leur exploitation, de laisser leur personnel intact. Leurs observations n’ont pas ete ecoutees ou gu6re.

Chose caracteristique et qui revele la volonte arret^e de choisir dans des professions ou des categories determinees, il est arrive 4 l’autorit6 militaire de faire grouper 4 part les ouvriers d’usines en pleine activite et

PROTESTATIONS d’aUTORITES BELGES

d’effectuer leur clioix sous les yeux du chef de l’etablissement et nonobstant ses protestations; il en fut ainsi pour les ouvriers des laminoirs de Jemappes, pour ceux des ateliers de constructions de Nimy et des ateliers de Bouvy a La Louviere.

Quels griefs peut-on faire a ces braves gens qu’on arrache a leur famille, qu’on soustrait au travail national, pour les contraindre de travailler au profit de l’Allemagne?

Quelles infractions ont-ils commises?

La deportation est une peine cruelle et immeritee pour eux, et pour nous, Beiges, un mal national.

A toutes les requisitions de matieres, d’outillages, de chevaux, qui ont deja fait de si grands ravages, fallait-il que vint s’ajouter la plus abominable de toutes : celle de l’homme?

Par le developpement de la civilisation, par l’adoption de lois de guerre codifiees dans les conventions internationales, il semblerait que jamais plus un peuple vaincu ne put etre soumis a pareille torture et que la liberte individuelle des habitants paisibles dut desormais etre respectee. Tous, chbmeurs comme travailleurs, devaient etre laisses dans leurs foyers.

Et vit-on jamais population plus calme, plus sto'ique dans la souffrance? Fut-elle jamais l’occasion d’une charge ou d’un souci pour le Gouvernement imperial?

Vous vous efforcez de rassurer notre patriotisme, Excellence, en nous declarant que les Beiges deportes ne prendront point part a des buts de guerre... Mais ne travaillent-ils done pas a des buts de guerre tous ceux qui cooperent d’une maniere quelconque aux entreprises des peuples belligerants? Le cultivateur qui fournit la gTaisse a l’armee, le tailleur qui fagonne des vetements, le corroyeur, le cordonnier, le bucheron, le terrassier ne participent-ils pas aux objectifs de guerre? Quiconque met le pied sur le sol de l’Allemagne pour travailler devient un auxiliaire de l’armee allemande, quelque ouvrage qu’il fasse.

C’est si vrai que le Gouvernement imperial veut etablir le service civil obligatoire ; tous les civils seront par le fait militarises.

Et avant meme que les autorites allemandes aient mis en vigueur cette nouvelle legislation de guerre, elles l’appliquent a la Belgique occupee. Elies l’imposent aux Beiges contre leur propre pays, nonobstant les assurances solennelles qui avaient ecarte de leurs soucis cette odieuse perspective.

Jamais, Excellence, jamais le droit des gens n’a reconnu aux vainqueur6 pared pouvoir, jamais il ne consacrera pareille iniquite.

Ne nous demandez pas de dire a nos populations que c’est dans leur interet qu’on les expedie en Allemagne : le faisant, nous trahirions notre patrie.

Agreez, Excellence, l’expression de notre consideration distinguee.

Les Deputes et SSnateurs de V arrondissemenl de Mons

(Signatures).

LES DEPORTATIONS BELGES

§ 3. — Protestation des s6nateurs, reprGsentants, d6put6s permanents et conseillers provincianx de la province de Namur an gouverneur g6n6ral von Bissing (27 novembre 1916).

Namur le 27 novembre 1916.

A Son Excellence le Gowerneur general, a Bruxelles.

Excellence,

Une emotion sans precedent a traverse le pays, a la nouvelle de la resolution du Gouvernement general relative a la deportation des ouvriers; une grande douleur s’est emparee de toutes les ames en assistant aux mesures d’execution; la plus cruelle anxiete r£gne dans toutes les families.

Investis de la confiance des habitants de la province de Namur, nous sentons le devoir, au moment oil nos concitoyens sont deja sur le chemin de l’exil, d’unir nos voix aux voix eloquentes et 6nergiques qui ont proteste contre la violation des imprescriptibles prerogatives inherentes a la personne humaine, affirmees par les legislations positives de toutes les nations civilisees, reconnues comme sacrees par le droit international. « La liberty individuelle est garantie », proclame la Constitution beige; elle trace a tout pouvoir, sur notre sol, les limites de son action. Dans les tourments oh s’epuisent les nations devraient briber d’un pur eclat les principes essentiels sans lesquels la civilisation n’est qu’un leurre : respect de la personne humaine, respect du sentiment patriotique, respect des conventions. Que reste-t-il de ces principes, si on arrache le citoyen a son pays, k sa famille, a ses affaires; si on l’oblige a un travail utile k l’ennemi et que reprouve sa conscience, si on transgresse les solennels engagements pris dans les congres de la paix ratifies par les parlements? Les nations, comme les individus, n’ont-elles pas un honneur a garder?

On avait dit solennellement que le souci sincere du pouvoir occupant 6tait de provoquer, de favoriser la reprise de la vie nationale dans le domaine social et dans le domaine economique, et on signalait a la hate, avec fiert6, les progres accomplis et les fruits obtenus ! Que ces paroles, que ces promesses paraissent vaines aujourd’huil Que voyons-nous, en effet? Hier, on defendait aux communes d’entreprendre des travaux publics et on les sommait de refuser toute assistance par le travail aux ouvriers necessiteux, aujourd’hui on enleve a l’industrie et a l’agriculture la main-d’oeuvre et, cruelle ironie, on exile, pour travailler au profit de l’ennemi, ceux-l<k qui pouvaient travailler dans leur patrie k la restauration des cites detruites.

Tout au moins, en faveur de cette population qui a tant souffert et qui, en de nombreuses communes de notre province, vit de privations au milieu des ruines, pouvait-on esperer quelque compassion! Tout au

PROTESTATIONS d’aUTORITES BELGES

moins aurait-on du reflechir au sort lamentable de ces families auxquelles on enl^ve le pere, les enfants en age de travail! Que de ruines materielles et que de tortures morales aux foyers oh resteront, sans protection et sans defense, des vieillards, des malades, des femmes et des enfants ! L’esprit reste epouvante a la pensee de cette entreprise qui, contrairement. a tout droit, provoque la dislocation des families avec toutes ses consequences morales, materielles et sociales.

Excellence, d’un peuple independant et fier, sous le regime de l’occupation, on ne peut obtenir la resignation, qui assure l’ordre public et la soumission a l’autorite, qu’en respectant scrupuleusement ses sentiments patriotiques.

Toute mesure arbitraire qui blesse ces sentiments, tout acte injuste et inhumain n’engendrent que ressentiment et que haine.

Aussi dur que soit notre langage, il n’est que la protestation sincere d’hommes publics accomplissant, quoi qu’il arrive, loyalement leur devoir.

Veuillez agreer, Excellence, l'assurance de nos sentiments de consideration tres distinguee.

Les Senateurs, Representants, Deputes permanents, Conseillers provinciaux de la province de Namur :

Cousot (Georges), senateur, Dinant; de Mevius (baron), senateur, Suarlee; d’ Hu art (baron Alfred), senateur, Bruxelles; de Pierpont (Alberic), senateur, Nam^che;

Higguet (Gabriel), senateur, Saint-Servais ;

Bologne (Joseph), representant, Liege; d’Huart (baron Albert), representant, Sovet;

Honinckx (Georges), representant, Namur;

Coppee, depute permanent, Fosses;

de Gaiffier d’Hestroy (baron), representant, Namur;

Devaux (Dr), representant, Senzeilles;

Everard (Georges), representant, Rochefort;

Cartuyvels de Collaert (baron), conseiller provincial, La Plante; de Jaiffe, conseiller provincial, Mazy; de Jonghe (vicomte), conseiller provincial, Anthee; de Lhoneux (Leon), conseiller provincial, Namur; de Liedekerke (comte H.), conseiller provincial, Evelette; de Montpellier (baron Adrien), conseiller provincial, Vedrin; de Pierpont (Edouard), conseiller provincial, Riviere. de Tiiysebaert (baron Ferdinand), conseiller provincial, Jambes; Devolder (Armand), conseiller provincial, Bonneville;

Doucet de Tillier (Henri), conseiller provincial, Tillier;

Gvraud, conseiller provincial, Nameche;

Hamoir (Jules), conseiller provincial, Namur;

LES DEPORTATIONS BELGES

Henry (Georges), vice-president du Conseil provincial, Anhee; Higguet (Firmin), conseiller provincial, Saint-Servais ;

Petit, conseiller provincial, Upigny;

Proces (Arthur), conseiller provincial, Namur;

Ronvaux (fidouard), conseiller provincial, Namur;

Wasseige (Max), conseiller provincial, Namur.

§ 4. — Protestations du College echevinal de Bruxelles.

A — Lettre au gouverneur general von Bissing (17 NOVEMBRE 1916.)

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