‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 72 sur 112 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

A Son Excellence le General von Bissing, Gouverneur general de la Belgique occupee, a Bruxelles.

Excellence,

Les mesures de rigueur prises par les autorites allemandes contre les chomeurs involontaires de Belgique ont profondement emu la classe ouvriere catholique organisee.

Nos representants politiques vous ont expose leurs protestations et leurs espoirs. L’episcopat a defendu nos interets et nos droits. La plus haute autorite juridique du pays a condamne la legitimite des arretes.

Rien jusqu’ici n’a pu flechir Yotre Excellence. Rien n’a pu la deter-

LES DEPORTATIONS BELGES

miner a retircr les edits decretes contre les chomeurs. Rien n’a pu l’amener a en suspendre 1’execution, ni en Flandre ni en Wallonie.

Tous les jours, les Allemands enlevent des mil|liers d’ouvriers, chomeurs ou non, sans jugemcnt, pour les deporter a l'etranger et pour les y contraindre aux travaux forces.

Cinq cent mille do nos ouvriers sont menaces du meme sort. Dans ces conditions, il nous est impossible de nous taire davantage. Nous devons k notre conscience de faire connaitrea Votre Excellence nos observations sur les motifs justificatifs des edits, les raisons fondamentales pour lesquelles les ouvriers chretiens de Belgique vous en demandent le retrait et enfin 1’ expose de nos desiderata.

On nous dit, Excellence, que vous rejetez la responsabilite du chomage sur le manque de matieres premieres et sur Phorreur du travail des chomeurs beiges.

Si les matieres premieres n’existent plus, n’est-ce pas surtout parce qu’elles ont ete requisitionnees sous des formes diverses par les Allemands, de meme que les machines, les huiles, etc. ?

Si l’Angleterre ne veut pas laisser importer des matieres premieres nouvelles, n’est-ce pas a raison de ces requisitions allemandes? N’est-ce pas aussi parce que l’Allemagne refusa le controle diplomatique des ministres protecteurs?

A ces questions, nous n’avons trouve aucune reponse dans les declarations de Votre Excellence a la presse allemande, dont nous venons de prendre connaissance.

Quoi qu’il en soit, dans aucun cas, la classe ouvricrc beige ne peut etre rendue responsable de ce chomage force, que les arretes allemands punissent, comme un crime, des deux peines immediatement inferieures a la peine capitale, a savoir : la deportation et les travaux forces.

Quant au second motif allegue par Votre Excellence, l’horreur du travail des chomeurs, nous avons le devoir de vous faire observer qu’il repose sur une erreur manifeste. II n’est pas vrai que nos ouvriers beiges soient des paresseux et aient horreur du travail.

Comment done, s’ils l’etaient, auraient-ils fait de la petite Belgique une grande puissance industrielle?

II n’est pas vrai que l’immense masse de nos chomeurs industriels aient refuse un travail remunerateur qui leur etait offert sur le sol beige et dans des conditions qui sauvegardent leur dignite et leur patriotisme. Les renseignements contraires qui ont ete fournis a Votre Excellence, pour l’amener & cette opinion erronee, ne correspondent pas avec la verite. Toutes nos organisations syndicales, a quelque parti qu’elles appartiennent, sont unanimes sur ce point.

Et qui peut mieux en juger que nous, syndicalistes chretiens, socialistes ou independants, qui groupons trois cent mille travailleurs qualifies?

Page 1