‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 85 sur 112 · AUX OUVRIERS DES CHEMINS DE FER BELGES · texte numérisé non relu

AUX OUVRIERS DES CHEMINS DE FER BELGES

L’autorite allemande traita, depuis le debut de Foccupation, avec une rigueur particuliere, les ouvriers des chemins de fer beiges.

On sait que tout le personnel des chemins de fer beiges refusa a Funanimite et avec Constance de preter son concours a l’occupant pour la remise en activite de l’exploitation et de l’entretien des lignes ferrees et du materiel.

Aucune promesse ni aucune contrainte ne furent epargnees pour les faire flechir dans la resolution que leur dictait la conscience de leur devoir envers la patrie. On trouvera dans les XVI I Ie et XIXe Rapports de la Commission beige d’enquete (Edit. Berger- Levrault, vol. II, pp. 75 et 81) des renseignements precis sur les actes d’ intimidation, vexations, privations de toute espece, y compris de liberte et de nourriture, represailles contre leurs families, dont ils furent Fobjet de la part des autorites allemandes. Ils tinrent bon : maintenant. encore les chemins de fer en Belgique ne fonctionnent qu’avec un personnel allemand;le nombre des Beiges employes a la refection du materiel est infime; un nombre relativement plus grand d’ouvriers a pu etre contraint de travailler a l’entretien des voies.

Les sevices contre les recalcitrants continuent toujours.

Deux exemples, entre beaucoup d'autres.

Des renseignements recus de la Belgique occupee en decembre 1916 disent :

A Tournai, les ouvriers des chemins de fer beiges out refuse de travailler aux locomotives allemandes. A la suite de leur refus de travailler pour l’ennemi, ils ont ete emprisonnes a Tournai pendant quatre mois d’abord,

LES DEPORTATIONS BELGES

puis, en raison de lour refus persistant., ils ont ete condamnes a un emprisonnement d’un an.

Voila de longs mois qu’ils sont enfermes a la prison de Tournai et ils ne cedent pas. A Tournai, on les admire et on les plaint, parce qu’ils meurent a moitie de faim dans leur prison.

D’autres agents des chemins de fer beiges, de Tournai et des environs, ont ete deportes en Allemagne.

Les Allemands font la chasse aux agents du chemin de fer, dont ils connaissent les noms par les etats de paiement.

Huit mecaniciens des chemins de fer de l’Etat, habitant Bruxelles, ont ete sommes de conduire des trains allemands. Ils ont refuse. Une detention de trois semaines a la Kommandantur, avec accompagnement alternate de promesses et de menaces, n’a pu venir a bout de leur resistance. Pour les en punir, l’autorite allemande vient de supprimer tout secours a leurs femmes et a leurs enfants, en interdisant a la Banque d’avances et de prets de leur verser encore 1’ allocation que ces families en recevaient. Quant aux mecaniciens, ils ont ete expedies en Allemagne.

Ce conflit entre 1’ autorite allemande et les a cheminots » beiges est l’un de ceux oil s’accusent le plus nettement, avec la determination irreductible du patriotisme beige, l’arbitraire et le manque de sinc6rite de 1’occupant.

L’autorite allemande pretend que l’entretien des locomotives et du materiel des trains, et, d’une maniere generale, la circulation sur voies ferrees se font dans l’interet principal ou meme exclusif des Beiges, tandis que les « cheminots » beiges ont la conviction que l’activite des chemins de fer sort surtout aux operations militaires. Oui a tort et qui a raison? Des declarations et documents allemands permettent de trancher la question.

Au cours de poursuites repressives intentees contre des ouvriers de chemin de fer de Tournai, le directeur allemand des chemins de fer de Lille a reconnu que le materiel des trains etait utilise au transport des troupes et des munitions; ces ouvriers n’en ont pas moins ete condamnes.

II va de soi, d’ailleurs, que les autorites militaires allemandes ne se privent pas de l’avantage d’utiliser, pour leurs besoins de guerre, les lignes ferrees et le materiel de traction et de transport dont elles ont pu s’emparer en Belgique : c’est le droit du vainqueur. Ce qu’il y a d’etonnant, c’est de voir l’autorite allemande refuser de reconnaitre ce fait comme justifiant, au point de vue du droit des gens, l’abstention des ouvriers beiges employes a l’entretien de ces voies et materiel. II est si peu contestable que tons les travaux

PIECES DIVERSES

qui touchent aux chemins de fer sont fails dans l’interet des troupes allemandes, que le personnel allemand qui conduit les trains en Belgique, est militarise et que, d’aprfes les reglements allemands mis en vigueur, les chemins de fer no peuvent el re utilises pour les transports des Beiges que pendant les periodes ou ils ne sont pas employes pour les transports de l’armee.

II en fut ainsi des les premiers mois de l’occupation.

Dans la relation de son voyage en Belgique en mars-avril 1915, citee plusieurs fois au cours de cet ouvrage, le delegue municipal munichois, Joseph Humar — pour ne citer qu’un temoin allemand entre beaucoup d’autres — decrit comme suit ( Miinchner Neueste N achrichten, n° 276 du 2 juin 1915, Vorabendblatt) l’organisation du service des chemins de fer ( nous soulignons) :

Tous les trains servent en premier lieu au transport des soldats et des marchandises militaires. Mais la plus grande partie des voies, exception faite pour les contrees a proximite du front, sont mises ii la disposition du trafic des voyageurs. Cependant les civils et les marchandises ne sont admis — memc si le prix des places ou le prix de transport est paye — qu’ii la condition qu’ il y ait encore de la place, en dehors des besoins militaires. Pour des raisons de prudence, militaires et civils voyagent separement. En outre , V Administration allemande se reserve de supprimer le trafic pour un ou plusieurs jours d sa convenance. On n’accorde pas de dedommagement en ce cas; cependant le prix de transport debourse est restitue sur demande.

Encore une fois, ce regime n’a rich d’etonnant de la part de l’occupant en temps de guerre; mais s’il est tel, le refus d’y cooperer de la part des « cheminots » beiges est moins etonnant encore (1).

Rappelons ce principe de bon sens qui gouverne la matiere : l’exercice que l’occupant fait et pretend avoir le droit de faire, de sa superiorite de force, pour la requisition militaire des biens et ressources du pays occupe, est la mesure meme du droit correlativement imparti a la population civile de ce pays, de refuser a l’occupant son concours dans l’utilisation, l’entretien ou le renouvellement des objets ainsi requisitionnes pour des besoins de guerre.

(1) II n'en va pas autrement des voies fluviales. En novembre et d6cembre 1916, 1' Administration allemande a placarde des affiches demandant des ouvriers pour travailler aux canaux beiges; ces travaux ont pour objet de rendre certains canaux beiges accessibles aux bateaux du Rhin et de faciliter ainsi Tapprovisionnement du front allemand de l'Ouest. On ne peut faire grief aux Beiges de ne point se rendre a de pareilles invitations.

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