MINISTRE
Marine à préfet maritime de Roehefort Je crois devoir vous prévenir, citoyen préfet,
(1) On a lu plus haut la lettre du ministre de l'intérieur.
que 44 individu» devront recevoir incessamment rordre de s'embarquer sur une frégate, où ils seront en sévère surveillance, mais traités avec tous les égards et ménagements que leur conduite pourra leur mériter pendant la traversée.
31 sont des déportés; 43 sont des hommes qu'on éloigne par forme d'exil.
Tous auront dans la traversée le traitement de table d'officiers , mais ils mangeront entr'eux et comme ils n'auraient pas la faculté de pourvoir eux-mêmes à leur approvisionnement» il faut que, paternellement, vous leur fassiez préparer sur leur traitement de table, des provisions non encombrantes, telles que légumes confits, tablettes à bouillons et tous objets qui peuvent adoucir les fatigues de leur traversée. Peut-être quelques-uns d'eux seront-ils susceptibles d'être admis à la table des officiers, mais alors je les indiquerai nominativement. Je n'ai pas besoin de vous recommander le secret le plus impénétrable sur cette mesure jusqu'à son exécution.
A la frégate sur laquelle seront embarqués ces nommes en sera jointe une seconde...
Les hommes qu'il «'agit d'embarquer avec surveillance sont ceux qui sont au dépôt de File de Rhé; il faut leur procurer les habillemens dont ils peuvent avoir besoin, et vous vous entendrez sur cela avec le préfet du département, qui probablement les fournira ; mais s'il s'y refusait, vous le feriez vous-mêm e pour éviter les lenteurs. J'avais destiné pour cette opération la rybèk et la Glorer mais comme celle-ci tarde à arriver à Rochefort, nous y suppléerons pir laMfon...
Je vous prie de m'accuser réception de cette
lettre et de tout préparer pour cette expédition sur laquelle tous recevrez très incessamment des ordres définitifs.
(Archives de la marine.)
Lettre du maire du Château (île d'Oleron) au sous-préfet de Marennes :
13 nivôse an XII.
Ce qui me fâche, citoyen sous-préfet, dans cette mesure, c'est qu'on y ait compris les es* prits turbulens, avec les hommes qui ont tonjours tenu une conduite régulière et soumise; de ce dernier nombre sont les citoyens Daubigny, Brochet, JumillardetGombaud-Lachaise. Gomme administrateur de cette commune et chargé de la police des déportés, je dois leur rendre cette justice et je vous invite même à prier le citoyen préfet d'écrire au gouverne* ment en leur faveur. Ils méritent quelques exceptions, il suffira, je pense, de réclamer la justice du gouvernement pour l'obtenir.
Le nommé Chausseblanche, à moins de droits que personne à l'exception, c'est un homme dangereux d'opinion* et d'actions, tant (ju'au nommé Duval, dit Emmery, c'est une justice qu'il soit excepté.
Arrêté du préfet de la Charente-Inférieure :
Vu les ordres du gouvernement, vu ia lettre du 14 de ce mois du préfet maritime par laquelle il annonce que la frégate sera prête à appareiller au premier jour.
1* Le capitaine commandant la gendarme-
rie nationale du département est chargé du présent ordre.
2° Il prendra de suite les mesures nécessaires pour se concerter avec le préfet maritime et faire rendre à Rochefort tous les individus mentionnés... et existant tant dans les citadelles de Rhé et d'Oleron que dans les prisons de Saintes (i).
3° Aussitôt leur arrivée à Rochefort, ces déportés seront mis à la disposition du préfet maritime... 45 niv. an 42.
(Archives nationales,)
46 nivôse an XII.
Préfet de la Charentfrlnférieure à grand juge
Le ministre de l'intérieur a mis à ma
disposition les fonds nécessaires ; j'ai fait former le décompte à ces déportés, jusqu'à l'époque du 4 pluviôse prochain, de ce qui leur revient pour l'indemnité de 3 fr. par jour que leur a accordé le gouvernement, et j'ai <ionné ordre de faire fournir à ceux d'entre' eux qui manqueraient de vôtemens nécessaires les parties d'habillemens qui leur seraient indispensables... Cette mesure était réclamée par l'humanité vu l'extrême rigueur de la. saison... le nombre de 44 individus portés... se trouve réduit à 41 parle décès de Georget, arrivé
(4) Ceux qui étaient dans les prisons de Saintes, c'étaient les quatre prisonniers amenés du fort de Joux et Lamberthé amené de Parii.
an XI le 14 pluviôse, par l'évasion de Perrault et deToulotte, quiaeulieu pour le premier le 45 vendémiaire an X et pour le second le 22 pluviôse an XI. . . J'aurais désiré trou ver sur ré tat de ces individus les noms de Gribauval et Caret dit Robertin, contre lesquels j'ai eu plusieurs fois occasion de transmettre des plaintes. Le premier, qui est à la citadelle de Rhé, tous a été désigné comme un homme extrêmement dangereux, inquiet et turbulent auteur de plusieurs lettres anonymes et particulièrement celle de Jérusalem écrites de l'isle de Rhé à des citoyens du département de la Sarthe et de la Mayenne, ce qui a donné lieu à ma correspondance du 8 vendémiaire et 48 frimaire derniers, le second est détenu provisoirement et par précaution dans les prisons de Saintes. L'un et l'autre sont de très mauvais sujets et devi nnent par leur audace un motif d'inquiétude pour ceux à la garde desquels ils sont confiés...
(Archives nationales.)
Le préfet de la Charente-Inférieure écrit encore au grand-juge, le ââ nivôse an XII :
Les déportés sont en sûreté dans les citadelles. Toutes les dispositions sont faites pour l'embarquement.
(Archives nationales.)
Le maire du Château (Oléron) écrit au grand-juge le 26 nivôse an XII, qu'en exécution des ordres du gouvernement transmis par la préfecture, il a fait transférer à la citadelle les déportés désignés pour y
être détenus le 15 de ce mois à six heures du matin. « Le commandant d'armes et le brigadier de gendarmerie m'ont parfaitement seconde dans cette opération, qui demandait autant de prudence que de célérité. » Il y a maintenant à la citadelle 32 déportés, en y comprenant le général Argout, qui y est détenu depuis longtemps. Il recommande Daubigny, Brochet, Gombault et Jumillard, « qui ont donné des preuves de leur soumission aux lois et conservé le plus grand respect pour les autorités constituées. » On a excepté du transfert à la citadelle Buval, dit Emmery, et Chausseblanche, « les premiers devraient jouir de la même faveur. . . » — (Archives nationales.)
Marine à préfet maritime, Rochefort
2 pluviôse an XII.
... Faites embarquer les..., 44 déportés que vous remettra le préfet de la Charenteinférieure,
Ces 44 personnes doivent être embarquées sur une seule frégate, qui sera celle où ne seront ni les généraux, ni l'ambassadeur, ni les autres agents des relations extérieures. . .
• . . Cette mission étant très complexe, je ne sais si les capitaines Senez et Brouard ont le caractère qui lui convient. Si vous en doutez, entendez-vous de suite avec le général Villeneuve pour les remplacer par quelqu'un de plus propre h la remplir. % .
P. S. — Vous avez bien fait de faire embarquer deux mois de vivres pour les passagers.
{Archives de la marine.)
4 pluviôse an 12.
Marine à.préfet maritime de Rochefort
... Les frégates la Cibèle et ktJDidon doivent être munies de quatre mois et die six mois de vivres pour leurs équipages.
Elles prendront de plus deux mois dé vivres pour leurs passagers ...
Il devra être immédiatement (si déià n'a été fait, en conséquence de ma lettre du 2 pluviôse), embarqué sur Tune des deux frégates, 44 hommes portés aux trois états qui m'ont été remis par le grand juge, conformément aux ordres du 1er consul, états dont je vous envoyé copies collationnées. Ces hommes seront rois à bord, sous la responsabilité dû commandant de la frégate, qui veillera et fera veiller par lui- môme à leur garde, de manière qu'aucun d'eux ne puisse s'évader.
Les individus portés sur les trois états se distinguent en 3 classes. Dans l'état n° i et ce'ui n° 3, sontjous individus condamnés & la déportation, soit par le sénatus-consulte du 15 nivôse an 9 (voyez le .n* 1), soit par la haute cour séante à Vendôme, ou le tribunal criminel du département de l'Ain. (Voyez le n° 3.)
Dans rétat n° 2, sont des hommes que la clémence du gouvernement a bien voulu préserver d'un jugement des tribunaux, et qu il a seulement jugé devoir exiler du territoire européen de la République.
Les états sus-mendonnés sont apostilles de
notes qui fixeront l'opinion du capitaine de la frégate, sur laquelle ils seront embarqués, sur la nuance de traitement dont chacun d'eux est susceptible.
Quant aux individus portés dans l'état n° 2, leur transport aux colonies n'est qu'un exil, et le commandant de la frégate devra les traiter, selon leur rang dans la société, avec les égards que pourra justifier leur conduite à bord.
Pour tous il doit se rappeler ce principe, que l'intention du gouvernement est d'empêcher ces bommes de nuire, mais qu'il ne veut exercer de rigueur sur eux que celle qui est indispensable. Ainsi, si les individus portés aux états ci-joints doivent être surveillés et détenus même, de manière à ce qu'aucun d'eux ne s'évaae, ils ne doivent pas moins éprouver tous les bons traitements que comportent leur situation et l'exactitude de cette surveillance, sur laquelle le premier consul prendrait en mauvaise part la moindre omission.
Déjà il a été pourvu à leur vêtement, conformément aux ordres que je vous ai donnés, soit par vous-même, soit par le préfet du département de la Charente-Inférieure. Je vous ai donné ordre d'embarquer pour eux des vivres frais pour leur traversée, et je me réfère à cet égard aux dispositions contenues dans ma dépêche du 4 nivôse. Le capitaine qui les aura sous sa garde distinguera l'ex-général Simon, homme remuant qui a commis le crime (avoué par lui-même) de vouloir insurger l'armée et provoquer l'assassinat du Ie* consul, mais qui peut être susceptible de repentir.
Tous ces 44 individus devront être mis sur
la même frégate, comme je l'ai déjà dit, et les instructions que j'adresserai aux commandants de l'expédition leur diront où ils devront être débarqués. . .
. . . Vous ne négligerez rien pour que l'expédition des deux frégates soit couverte, autant qu'il sera possible, du plus grand secret. Veuillez donc les tenir prêtes à partir.
(Archives de la marine.)
On remarquera, cette fois encore, à
3uel point le ministre , se montre réservé ans sa correspondance, même avec l'amiral commandant à Rochefort, sur le point où les déportés seront exilés. Il ne prononce pas le nom de la Guyane, et cela au moment même où il lui indique métictileusement (dans la même lettre, trop longue pour être reproduite en entier, et dont je ne cite que les passages relatifs aux déportés), au moment même, dis-je, où il lui indique les divers points d'atterrissage de la traversée que les deux navires vont effectuer et le lieu où se rendent les passagers non déportés.
Le 22 pluviôse an XII, le préfet de la Charente-Inférieure, ayant appris que la Cybèle est prête à prendre la mer, écrit au grand-juge:
J'ai chargé le capitaine commandant la gendarmerie nationale de ce département de rassembler tous ces individus, placés les uns dans les citadelles des isles de Ré et d'Oléron, les autres dans les prisons de Saintes. . ;
Je dois tous rappeler qu'au lieu de 44 individus, il ne s'est trouvé d'embarqués que 40, s'étant trouvé trois individus décèdes ou évadés, et le quatrième, l'ex-général Simon, en faveur duquel le gouvernement a usé d'indulgence... — GUILLGMARDKT.
(Archives nationales.)
Rochefort, 25 pluviôse an XII.
Préfet maritime à ministre de la marine
... Ces frégates sont encombrées plus que vous ne pourriez l'imaginer et je crains que cela nuise à leur marche, car il y a excès de changement.
Les frégates seront prêtes à faire voile lorsmie votre courrier extraordinaire me parviendra; alors, les éléments seuls pourront retarder leur appareillage.
Quarante-un déportés ont été embarqués sur la Cyhèk; depuis Péçoque de leur embarquement, Pex général Simon a obtenu sa liberté par ordre du conseiller d'Etat Real, que m'a transmis le préfet du département de la Charente-Inférieure, i
J'ai remis au capitaine Senez les 3 états nominatifs de ces déportés ; il exercera sur eux la surveillance que voua recommandez et de la manière que vous le prescrivez.
Des vêtements ont été fournis aux déportés, et des vivres frais ont été approvisionnés pour adoucir leur situation dans la traversée.
La mise en liberté de l'ex-général Simon, détruit les obligations particulières que vous imposiez au capitaine Senez, concernant ce militaire. — Martin .
(Archives de la marine.)
Marine à contre-amiral Villeneuve, à Rochefort
28 pluviôse, an XII.
Je tous préviens, citoyen général, que les frégates la Cybéle et la Didon, doivent partir incessamment et sur Tordre qui en sera donné par le préfet maritime du 5e arrondissement, pour une expédition secrète Je vous prie de concourir en tout ce qui dépendra de vous, à ce qui' pourra accélérer leur départ.
(Archives de la marine,)
Marine au capitaine commandant les frégates la Cjbèle et la Didon
28 pluviôse an XII.
... Le préfet du 5e arrondissement me mande que, conformément aux ordres qu'il a reçus, il a fait embarquer sur L'une de ces irégates 4i individus, destinés à être débarqués à Gayeune et mis à la disposition du commissaire du gouvernement.
Ces i dividus, dont les listes vous seront remise?, doivent être détenus et surveillés à bord avec tout le soin et l'attention nécessaires pour prévenir leur évasion. Lorsqu'ils seront débarqués à Gavenne, vous en prendrez un reçu du commissaire du gouvernement et vous me l'adresserez à votre retour. Le préfet maritime vous fera connaître la distinction qui doit être mise entre ces individus pendant la traversée, et vous-même vous modifierez le traitement dont ils sont suceptibles d'après la conduite qu'ils tiendront. ..
Il a dû être pourvu à leur vêtement, des livres choisis doivent avoir été embarqués
Sour leur traversée, et vous donnerez des orres pour qu'ils vivent entr'eux en nombre proportionné à leur convenance personnelle, et à ce que comportent les localités du bord. S'il en est quelqu'un dont la conduite mérite une distinction plus particulière, vous êtes autorisé à la lui accorder, pourvu que vous puissiez garantir sa non-évasion.
(Archives de la marine.)
A bord de la frégate la Dicton à.l'Isle d'Aix, le 3 ventôse an 12.
Brouard, capitaine de vaisseau, commandant les frégates la Didon et la Gybèle, à ministre de la marine.
Général ministre,
... Je me conformerai scrupuleusement aux instructions du gouvernement concernant la surveillance et le traitement que devront éprouver les 40 individus destinés pour la colonie de Gayenne ; ils sont embarqués sur la frégate la Cybéle. On a eu l'attention de les dis-
Ïtoser tous de la manière la plus convenable à eur situation et aux localités du bord. Il a été pourvu à un supplément de vivres pour la traversée, et leur conduite jusqu'à ce jour n'a donné aucun sujet de mécontentement...
(Archives de la marine.)
Rôchefort, 7 ventôse an XII.
Préfet maritime à marine
La Bidon et la Cybèle «ont entièrement disposées; aujourd'hui les passagers embarquent (i), et demain la communication avec la terre est deffendue. Ces frégates partiront au premier souffle de vent favorable.
Avant de pousser plus avant ce récit, notons les réclamations d'un nommé Déforme, capitaine de gendarmerie de la Charente-Inférieure, que nous trouvons éparses dans ce dossier de l'embarquement des détenus. Ce Delorme s'adresse à Regnault de Saint-Jean-d'Àngély, conseiller d'État.
Il désire obtenir une gratification par forme d'indemnité pour les dépenses extraordinaires que lui ont occasionnées le rassemblement et la translation des déportés de la Cybèle.
Mon attachement à S. M. Impériale et à mon devoir m'avaient fait redoubler de zèle, et en moins de trois semaines je suis parvenue rassembler, tant dans les lies que dans plusieurs villes, tous ces déportés que j'ai été assez heureux de pouvoir embarquer sans qu'il en manquât aucun. Cette opération m'a
(1) C'est-à-dire les passagers libres. On a Vu plus haut que les déportés sont déjà confinés a bord depuis plusieurs jours.
constitué dapg de grandes dépenses, non-seulement pour moi-môme, mais encore pour tout ce qui m'entourait et par esprit d'humanité, je n'ai pu refuser à quelques-uns des dits déportés, les choses de première nécessité dont ils manquaient.
En résumé, notre homme voudrait neuf cents francs. Le général Moncey lui a promis une gratification ; il l'attend toujours. Regnault de Saint- Jean- d'Àngély, qui paraît en bons termes avec Fouché (il le tutoie dans ses lettres), renvoie cette demande au ministre de la police. Généralement on trouve qu'il mérite quelque chose, mais que neuf cents francs, c est cher. Je ne trouve pas au dossier la solution de l'incident.