‹ Les déportations du consulat & de l'empireChapitre 9 sur 20 · POUCE SECRÈTE · texte numérisé non relu

POUCE SECRÈTE

Police à préfet de la Charente-Inférieure

Je vous adresse l'état des individus dont le

gouvernement a ordonné la déportation

L'inspecteur général de la gendarmerie nationale ?2) est chargé de faire conduire auprès de vous les nommés Brissevin, Château; Fournier et Michel, détenus au fort de Joux, et Lamberté,

évadé de l'icle d'Oleron et repris à Paris

Lorsque ces hommes seront arrivés dans votre ville, vous jugerez s'ils devront être diriges sur l'isto drOleron ou sur Rochefort. Je vous recommande de tenir secrètes les dispositions

(0 Le capitaine de gendarmerie.

(2) Le général Moncey.

que vous ferez pour l'exécution de cette mesure, afin d'enter les évasions qui pourraient avoir lieu si elle était connue. Votre correspondance »ur cet objet doit être adressée « moi seul, et rappeler la division indiquée en marge de ma lettre.

42 frimaire, an XII.

Préfet de la Charente-Inférieure à grand juge

Le 4 de ce mois, le préfet maritime n'avait encore aucun ordre du ministre de la marine à ce sujet (rembarquement des déportés).

Mais ces ordres vont être donnés, car voici que le ministre de la marine a été pressé d'agir par le premier consul luimême.

La première pièce émanant des autorités maritimes qui nous tombe sous la main est un « rapport au premier consul», du ministre Decrès, dont nous trouvons la minute aux archives de la marine. Decrès s'exprime aiasi :

Citoyen consul,

Vous avez ordonné le transport h Cayenne des hommes détenus à Tisle de Rhé, et vous m'avez prescrit de m 'entendre avec le grand juge pour qu'il y adjoignit tel nombre d'individus de la même espèce qu'il serait convenable.

C'est le 9 frimaire que j'ai reçu xes ordres, et, le 10, j'ai écrit au grand juge pour leur exécution. Le 19, il m'a envoyé la note de ouarante-quatre individus à faire embarquer, dont

cinq sont à extraire du château de Joux; je ne sais s'ils sont rendus h Rochefort.

Quoiqu'il en soit, la frégate la Cybele est le bâtiment propre à cette mission, cette frégate vient d'être radoubée à neuf, et est en partance à l'ile d'Aix (1).

Elle portera les hommes dont il s'agit si le premier consul consent qu'elle ait cette destination.

Je proposerais d'y embarquer encore

50,000 francs çn argent, car des traites ne sont pas de 1 l'argent comptant, et les hommes que j'envoie en feront dépenser, au moment même de leur arrivée.

Mais ces hommes sont pour moi de quelque embarras pour la traversée. Ils appartiennent à diverses classes de la société, et, par conséquent, ils sont susceptibles de nuances dans leur traitement.

J'aurais pu les déterminer, si le grand juge m'eût donné à cet égard des renseignements. Mais les états qu'il m'a remis ne m'ont donné que des indications trop incertaines, et j'ai rhonrieur de de nander au premier consul ses ordres k ce sujet.

To is seront-ils traités cpmme soldats passagers pendant la traversée?

Quelle est la nuance d'égards qu'on peut avoir pour chacun d'eux? et quels sont ceux à qui on accordera ces é.ards?

Quel traitement leur sera fait en arrivant à Cavènne?

Quels approvisionnements et fournitures leur seront délivrés avant de partir?

(1) C'était une frégate construite en i 789, portant 26 canons de 18 et 14 canons de 8.

— im —

Ce sont là des questions que je suis confus de faire au chef au gouvernement, mais connaissant son éloignement pour l'aspérité des mesures à prendre, je craindrais de tomber dans l'inconvénient du nivellement, ou dans dans celui de l'excès d'égards pour des individus que je ne connais pas, si je donnais des ordres sans avoir pris les siens.

Le voyage de Cayenne peut être considéré pour ces gens-là, sous deux points de vue :

Exil et déportation.

L'exil demande naturellement des égards, et dans la traversée, et pendant le séjour à Gayenne. Il demande, par conséquent, des nuances dans la nature des ordres que je donnerai.

La déportation comporta des mesures purement coercitives.

Si tous les individus portés sur l'état doivent être traités de môme, j'ordonnerai que tous mangent à la gamelle du matelot ; je leur ferai compléter à chacun un sac de deux chemises bleues, quatre chemises blanches, six mouchoirs, un bonnet trois paires de souliers, habit-veste et culotte de drap, un chapeau, un sarrot et une culotte de toile, six paires de bas de fil, trois paires de souliers, un baume et une couverture.

J'ordonnerai qu'on embarque, pour chacun d'eux, les outils nécessaires à leur profession, et je prescrirai au commissaire Hugues de les livrer a leur industrie en arrivant dans la colonie et de leur faire fournir la paye et la ration du soldat jusqu'à ce qu'ils(aient pourvu par|euxmômes aux moyens de leur subsistance.

S'il en est qui doivent être soumis à un régime différent, je prie le premier consul de me donner ses ordres. ..*..—• dbcibs.

La lettre suivante, insérée dans la Correspondance de Napoléon 7er, et adressée à Decrès. est indiquée comme portant la date dû 11 frimnire an XII. N'est-ce pas une erreur d'impression? Elle semble en effet répondre au rapport de Decrès, lequel, on Ta vu, vise un envoi du grandjuge en date du 19 frimaire. J'incline à penser que le rapport de Decrès (dont la minute ne porte d'ailleurs aucune date) est du 20 frimaire an XII, et la lettre que voici du 21, môme mois :

Les individus, citoyen ministre, atteints par le sénat us-con suite seront traités comme déportés, les autres, comme exilés. En général, faites-les bien traiter, pourvu qu'on soit sûr qu'ils ne s'échappent pas J'approuve que vous fassiez partir la frégate la Cibèle et la frégate la Gloire avec les déportés — Bonaparte.

Ce n'est point la frégate la Glaire qui accompagnera la Cybèle à Cayenne.

11 nous reste à donner encore le texte de nombreux documents relatifs au rassemblement des déportés et aux mesures prises pour leur embarquement. Désormais, comme on va le voir, les autorités maritimes vont prendre une part de plus en plus importante à ce travail préparatoire de la déportation projetée. Le départ des proscrits est proche.

4 nivôse, an XII.

foliçe à préftf de la Charente-Inférieure (à lui seul),

« Je viens de donner au ministre de la marine les détails qu'il m'a demandés sur les individus détenus à l'isle d'Oiéron dont rembarquement doit avoir lieu incessamment ; cependant comme quelques-uns y ont été conduits sans qu'on m'ait fait connaître leurs prénoms, leur signalement et leur profession, je n'ai pu satisfaire à sa demande à cet égard.

Le ministre invite donc le préfet à combler cette lacune ; puis il ajoute :

Si \ous recommande de nouveau de tenir secrète la mesure ordonnée par le gouvernement, le ministre de l'intérieur m'a annoncé qu'il avait misa votre disposition les fonds nécessaires pour faire payer ce qui était dû aux détenus (1), par ce moyen ceux qui doivent partir pourront acquitter les dettes qu'ils ont contractées, et emporter avec eux le résultat . de leurs économies.

(Archives nationales.)

Page 1