‹ Les déportations du consulat & de l'empireChapitre 12 sur 20 · SÉJOUR DES DÉPORTÉS A GAYENNE · texte numérisé non relu

SÉJOUR DES DÉPORTÉS A GAYENNE

Victor Hugues ne s'en tint pas à la lettre qu'on a lue plus haut; il profita, peu de mois après, de l'autorisatioa que lui donnaient ses instruetions pour solliciter auprès des autorités de la Guadeloupe le retour dans cette colonie des déportés amenés à Gayenne par V Impatient. Cette demande fut très mal accueillie par le contre-amiral Lacrosse, qui se plaignit vivement au ministre de cette démarche, dans la lettre qu'on va lire :

Basse-Terre, 27 brumaire an XL J'ai eu l'honneur de vous adres?f r avec ma dépêche du 15 vendémiaire, copie d'une lettre du citoyen Victor Hugues, agent des consuls à Gayenne, adressée au capitaine général do la Guadeloupe, tous la date du 23 fructidor an X.

Son objet était relatif aux individus que j'avais exilés de la Guadeloupe au mois de messidor an IX, d'après la note ministérielle qui m'avait été remise avant mon dépafe de France, et dont le gouvernement a ordonné la déportation à Gayenne.

uet agent s'étayant de l'autorisation qu'il dit avoir de permettre à ces déportés de quitter cette colonie, réclame du capitaine général de la Guadeloupe, la permission pour eux d'y rentrer. „

Je vous ai fait part, citoyen minisire, de l'intention où j'étais de ne faire aucune réponse à cette lettre; il n'en est pas moins certain,

gu'oulre les citoyens Gottin, ci-devant chef de rigade, et Kigard, ex-consul à Saint-Barthélémy ,qui ontquitté le lieu de leur déportation, Berne, mulâtre, l'un des déportés à Cayenne est aujourd'hui propriétaire et armateur de deux bâtiments à Saint-Barthélémy qui sont employés à porter des armes et des munitions aux insurgés de Saint-Domingue.

Si ces bâtiments, qui étaient (en voyage?}, lorsque j'ai renvoyé la frégate la Bidon, aux isles de Saint-Thomas et Saint Barthélémy, avaient été de retour avant son départ, infailliblement ils auraient été saisis et arrêtés, comme l'a été la goélette la Diomède, appartenant au nommé Régis Âcquard, mulâtre, et Bellegarde, créole de la Guadeloupe, à bord de laquelle on a trouvé des armes et des munitions pour la même destination.

Il est de mon devoir de vous transmettre ces avis, la sûreté des colonies et i'intérci du gouvernement l'exigent.

Salut et respect,

Là CROSSE.

(Archives de la marine.)

La marine s'émut de celte réclamation, et elle s'empressa de tancer Victor Hugues dans les termes que voici :

15 pluviôse an %XL

11 parait, citoyen commissaire, par la correspondance du capitaine général de la Gua-

deloupe, que, fondé sur l'autorisation <fui tous a été donnée de permettre aux déportés de la Guadeloupe, envoyés à Garenne, de quitter cette colonie lorsque vous le jugeriez convenable, vous avez invité ce capitaine général à leur permettre de retourner à la Guadeloupe. Il paraît encore que les citoyens Gottin et Bi* gard, auxquels vous avez permis de quitter Cay< nne, se sont retirés à Saint-Barthélémy pour entretenir des correspondances avec les révoltés do la Guadeloupe. Ces circonstances, mises scus les yeux du gouvernement, Font décidé à me prescrire de vous faire savoir que son intention est que Jusqu'à nouvelles disposition?, vous n'autorisiez aucun des déportés dont il s'agit h quitter Gayenne. où votre caractère et votre fermeté sauront les maintenir dans l'ordre, attendu que leur séjour ailleurs ne pourrait qu'avoir des inconvénients.

(Archives de la marine.)

Il faut croire pourtant que Victor Hugues continua de tenir envers les déportés une conduite qui fait honneur à son caractère, car deux ans après nous le voyons se créer de nouvelles difficultés à leur sujet avec le gouvernement impérial. Il s'était brouillé avec un officier employé dans la colonie, le colonel Leclerc, et finalement, usant des pouvoirs que lui conférait son titre de gouverneur dô la colonie, s'en était débarrassé en le renvoyant en France. Le colonel Leclerc, furieux, alla se plaindre au ministère de la marine des procédés dont il avait été l'objet. *t profita de l'occasion pour dénoncer les agis-

sements de Victor Hugues h l'égard des déportés. C'est à ce sujet qu'en Tan XIII le ministre de la marine écrivait à l'agent de Cayenne :

S'il fallait admettre ce qu'allègue à cet égard le colonel Leclerc, il en résulterait :

1° Que vous ne choisiriez votre entourage immédiat que parmi les partisans incorrigibles de l'anarchie, tels que le sieur Beaudrais, déporté da la Guadeloupe en l'an IX, dont vous me parliez dan» votre dépêche du 10 brumaire an Al comme d'un homme dévoué de cœur au gouvernement et qui, nommé sur votre proposition greffier du tribunal de première instance à Cayenne, aurait donné sa démission la veille du 18 brumaire de Tan XIII pour s'affranchir de la prestation du serment ae fidélité k l'empereur; le sieur Guillermin, autre déporté de la Guadeloupe, pourvu de la curatelle des biens vacants ; le sieur Léger, arrêté par la police à La Rochelle pour avoir hautement regretté de ne s'être pas trouvé à la place d'Arena le 18 brumaire an VIII, passé avec vous dans la Guyane et promu par vous, dans l'espace de quatre ans, au grade de capitaine en second de la compagnie des sapeurs, et le lendemain même de la destitution du colonel Leclerc à celui de capitaine titulaire auquel le commandant des troupes avait refusé de le présenter,

(Archives de la marine.)

Cette fois Victor Hugues se sentant menacé écrivit pour se défendre. Il nous parait incontestable qu'il avait fait pour adoucir le sort de ses anciens amis de Té-

Eoque révolutionnaire, les efforts les plus onorables, mais il ne poussait pas 1 abnégation jusqu'à sacrifier sa place ; aussi se défendit-il aussi vigoureusement que possible contre les attaques du colonel Leclerc. Voici ce qu'il répond au ministre dans une lettre du 15 janvier 1806 {Archives de la marine) :

Je commence d'abord par déclarer àVotre Excellence que depuis que j'administre cette colonie, aucun déporté n'a été admis ni à ma Uble, ni à ma société, et qu'il n'en est jamais entré chez moi aucun, si ce n'est pour des réclamations sur lesquelles j'ai prononcé, parce que je dois entendre tout le monde.

Je supplie V. E. de vouloir bien se rappeler qu'en envoyant ces hommes A la Guiane, vous m'aviez fait connaître l'intention de S. M. que j'employasse ceux d'entr'eux qui me paraîtraient susceptibles de l'être Deux de ces

hommes seulement ont été employés par moi, et l'ont été dans des emplois subalternes pour lesquels je ne trouvais point de sujets, l'un après 4 mois, l'autre après 18 mois de séjour et de bonne conduite dans la colonie. Ce dernier ne devait plus d'ailleurs être considéré comme déporté, le général Ernouf l'ayant rappelé à la Guadeloupe antérieurement à l'époque où je lui donnai un emploi.

L'un est le sieur Baudrais, l'autre le sieur Guillermin.

J'avais connu à Paris, en 1791, le sieur Baudrais sous les rapports d'homme de lettres, je le revis à la Guadeloupe, la veille dé mon départ de cette colonie, u avait accompagné mon successeur en qualité de juge.

J'avais su, qu'en mon absence il avait rem* pli les fonctions de président du tribunal à la satisfaction générale. Je connaissais les motifs de sa déportation de la Guadeloupe et ils n'a* vaient rien d'injurieux pour lui.

A son arrivée dans ceite colonie, il protesta auprès de moi de «on dévouement au gouvernement consulaire, du désir qu'il avait de vivre tranquille, et je devais ajouter d'autant

S lus de foi à cette protestation qu'il était âgé e 55 ans, et avait avec lui sa femme du même âge qui 1 a suivi à la Guiane et avait mérité l'estime générale.

Je lui donnai au bout de quelques temps la place de greffier du tribunal do iw instance, et vous rendis compte de cette nomination qui fut approuvée d'après les témoignages que j'avai« rendus à V. E. de la bonne conduite du sieur Baudroie.

Il est vrai qu'il a donné sa démission de cette place, non pas la veille du 18 brumaire, comme l'a prétendu M. Leclerc, mais quel* ques jours aupai avant. 11 l'a motivée sur sa faible santé, et sur l'état habituel de maladie où se trouvait sa femme; le médecin qui la voyait m'avait déclaré qu'il fallait qu'elle allât aux Etats-Unis si elle voulait conserver la vie, et le mari et la femme me demandaient l'un et l'autre un passeport.

L'affaire de cette démission était terminée et aucun habitant de la colonie ne s'était imaginé de lui attribuer les motifs que lui donne le colonel Leclerc, lorsque je fus instruit du

Sropos tenu par un déporté, que le sieur Battrais n'avait donné sa démission que pour ne pas prêter le serment de fidélité à Sa Majesté impériale. Je fis appeler, sur-le champ, le sieur Baudrais, auquel J'adressai les reproches

les plus amers... U me répondit qu'il ne pouvait pas empêcher qu'on interprétât malignement sa conduite, que les motifs de m démission étaient les seuls qu'il m'avait précédemment donnés et il partit peu de temps après ponr la Nouvelle-Angleterre....

J'ai promu le. sieur Guillermio, ancien avocat 4 la Guadeloupe» à la plice de curateur aux biens vacants après dix-huit mois de bonne conduite» et, comme je l'ai dit plus haut, lorsqu'il ne pouvait plus être considéré comme déporté puisqull était rappelé.

Il est le seul curateur, depuis l'existence de la colonie, qui ait Htadu compte /rie* successions dont il s'est trou+é dépositaire. U nom* bre en. était considérable. Plusieurs ont été réclamées et rendues intactes ; et en ce moment. ... . le procureur impérial règle les successions de l'année précédente, ce qui ne s'était jamais pratiqué.

Je le répète, monseigneur, ces deux déportés sont les seuls que j'ai employés et V. fi, jugera si j'ai abusé de la latitude que le gouvernement m'avait donnée.

Mais ces deux messieurs ont-ils fait partie de ma société, ce dont je conviendrais facilement si le fait était vrai ?• •• il» n'ont jamais mis le pied ches moi que pour affaires et très rarement. Beaudrais y a mangé deux ou trois (Sots et dans des féies auxquelles le tribunal dont il faisait* partie était invité. Le sieur Guillarmîn n'a jamais pris un seul repas dans ma maison. il ne forme donc en aucune manière mon entourage ...

Victor Hugues passe ainsi en revue les griefs dont il est l'objet ; il parle de Léger

iui, dit-il, est un officier plein d'atenir. înfln, totit en se défendant de tonte accoiotance suspecte avec les républicains, il garde encore* môme à ce moment, asseï de fierté pour leur rendre hautement jus-» tiee.

II prétend dans la lettre qui précède n'afoir employé que deux déportés, dépendant des nièces établissent que deux autres proscrits» les officiers Bertrand et Vintergnier, furent placés par lui dans les bureaux de l'administration de la colonie.

Victor Hugues ne se contenta pas» en réalité, d'occuper certains déportes dans des fonctions civiles, plusieurs s'engage* rent sur les corsaires que le gouverneur entretenait pour la défense de la colonie. Il y eut des déportés de Cayenne blessés en combattant les Anglais sur la cûte d'Afrique. Germain, l'ancien condamné babouviste, l'un des plus indomptables républicains de son temps» fut fait prisonnier dans l'un des combats, et, conduit sur les ponlons anglais, ne cessa de prêcher aux marins et aux soldats français, ses compagnons d'infortune, l'amour de la République et la haine de Bonaparte.

Les archives nationales nous ont fourni au sujet des déportés de Gayenne un certain nombre de pièces très intéressantes.

Voici ces pièces, qui sont des notes de police :

La femme Fournier dit l'Américain a reçu

de son mari une lettre timbrée de Bordeaux ; il lui mande : « Que Vatar et Germain montent un corsaire, et que le premier a eu une jambe emportée par un boulet de canon, que Destrem, un général de brigade et plusieurs autres sont morts, que Lemery (officier de santé connu), Brochet et un autre sont en allés anx Etats-Unis, d'où ils doivent repasser en France avec de l'argent ; qu'il a des choses très intéressantes et curieuses à montrer à sa femme et qu'il lui apportera sous peu ; qu'il lui avait envoyé \ ,200 fr. par uo capitaine qui a été fait prisonnier, qu'il l'en dédommagera; que Michel, rentré en France, est un plat valet du gouvernement, et qu'il faut prévenir les citoyens des intentions qui l'ont fait revenir et des motif» que l'on a eus en lui accordant sa liberté, etc.. »

Il termine sa lettre par dire : « Quand estce que la tyrannie finira dans notre malheureuse patrie ? et quand le crime cessera-t-il de régner sur la vertu ? espérons que l'Etre suprême y mettra fin. »

Cette lettre peu signifiante et méprisable dans son commencement, n'a pas cependant para indigne do fixer l'attention de M. Des* marets, à qui on a l'honneur d'en communiquer le contenu en abrégé, en ce qui a rapfort aux projets de Fourmer, et au retour en rance a'éléments essentiellement destructeurs et nuisibles à la tranquillité publique.

Il y est dit que « les lettres qu'on lui adressera et aux autres, seront remises rue Bourgl'Abbé, chez le marchand connu, qui les fera tenir dans ses caisses, comme de coutume, et les enverra au commandant de la flûte qui a apporté les lettres à Bordeaux ».

Cette lettre est parvenue dimanche der-

nier, à la femme Fouraier, et Ton tient le fait de quelqu'un qui Ta lue, — Signé, Gaultier (2 février 1806).

5 février 1806. — . Note pour M. le conseiller d'Ëtat du 3* arrondissement : S. £. le sénateur ministre de la police générale est informé qn'une flûte en relâche à. Bordeaux a apporté en France des lettres des déportés à Gavenne

Î>our leurs parents et amis, et qu'une de ces ettres timbrée de Bordeaux, annonce le retour prochain en France de Lemeri, de Brochet et de plusieurs autres qui se sont retirés dans les Etats-Unis. . .

M. le conseiller d'Etat est invité à utiliser Tavis. . . et à faire vérifier l'objet de la correspondance qui doit être remise au commandant de la flûte en relâche à Bordeaux, dans des caisses, et pour qui ces caisses seront envoyées.

5 février 1806. — Le préfet do police,., est invité à faite vérifier quels sont les motifs des précautions prises pour la correspondance de ces déportés, et de connaître quel est le marchand rue Bourg-l'Abbé qui s'est chargé de les faire parvenir dans des caisses à Bordeaux.

Le 26 février 1806, une note est rédigée, en réponse à la note du 5, relative aux « déportés à Cayennë Lemery, Brochet et autres évadés de cette île et retirés aux Etats-Unis et dont le retour en Franco avait été annoncé dans une lettré timbrée de Bordeaux». Elle dit qu'il n'y a qu'un bâtiment venant de Gayenne à Bordeaux, les Deux Amts; il n'a pas de passagers.

« Le capitaine a ajouté qu'il n'avait au* cône lettre particulière ; il assure que les déportés rêvent toujours le système d'égalité parfaite au point d'endoctriner les noirs; il a dit avoir rencontré Lemeryà New-York. Ce bâtiment était expédié pour le compte de M. Y. Hugues. »

Le 25 février 1806, réponse à la note du 5 courant au sujet des déportés à Cayenne et notamment de Fournier, l'Américain, au sujet de la lettre écrite à sa famine (lettre chez le marchand connu, rue Bourg* l'Abbé).

Le sieur Roche, bonnetier, est le seul marchand qui fesse des affaires à Bordeaux, et H n'a pas été possible de s'assurer s'd avait été chargé de lettres pour cette ville, où il est dans le moment* L on surveille son retour et s'A parvient quelques découvertes Utiles, U en sera rendu compte à son excellence.

Quant à la mortalité, elle fut grande parmi les déportés. Dès novembre 1803, Yictor Hugues, donnant quelques nou-.

relies de la déportation, annonce que, sur es quarante proscrits de la Cybèle, douze sont morts, cinq sont parvenus à s'évader. La colonie de Cayenne fut attaquée et prise par l'ennemi, le 12 décembre 1808. La façon dont la résistance fut à cette occasion organisée par Yictor Hugues motiva son envoi devant on conseil d'enquête; il choisit Jour défenseur un avo* cat, ancien conventionnel, le célèbre

Prieur de la Marné. La conduite dti gouverneur, dans les incidents qui précédèrent la capitulation, fut violemment incriminée par quelques déportés, surtout par Yatar ; un proscrit, Vintergnier, prit au contraire sa défense avec énergie. Victor Hugues fut acquitté. Mais les relations qu'on 1 accusait de ne cesser d'entretenir avec le parti républicain lui furent imputées à crime par la police, qui réclama contre lui un arrêté d'exil de Paris.

Au reste, donnons la preuve du fait :

Rapport de police adressé à Vempereur

13 septembre 18! f.

Le sieur Victor Hugues, ex-commissaire de Y. M, a Cayenne, est depuis quelque temps de retour à Paris, je sai» qu'il y voit des "personnes dont les opinions ont été exagérées» Quoi» Sue jusqu'à présent je n'a je point appris que ans ces visite» eu réuoiona il se soit ma * passé de repréhensible, cependant d'après le caractère du sieur Y. Hugues et ses liaisons, je pense que aa présence à Paris peut ne pas y être sans inconvénients. J'ai l'honneur de proposer à V. M. de m'autoriser à l'ea éloigner è moins qu'elle ne juge devoir lui faire donner une destination par son ministre de la marine.

(Archives nationales.)

Yoici quelques pièces sur le retour des proscrits en Pranee après la capitulation de Cayenne. Ces déportés, fidèles aux de-

voirs du patriotisme, avaient préféré être ramenés en France avec la garnison, plutôt que de rester libres, dans la Guyane, sous un gouvernement étranger. Leur conduite fut à cet égard semblable à celle de leurs compagnons des îles Seychelles, et ils en furent tout aussi mal récompensés parle gouvernement impérial :

Marine à Volice générale

Paris, 8 mai 4809.

M. Victor Hugues, commissaire de Tempe* reur, commandant en chef dans la Guyane et à Cayenne, vient d'arriver sur un parlementaire à Morlaix. Il m'annonce qu'après la capitulation de cette colonie, il a été décidé que les déportés, par ordre de S. M., seraient renvoyés en France, avec la garnison qui est incessamment attendue.

Je m'empresse, en conséquence, de vous • transmettre l'état nominatif des déportés qui devaient exister à < Mayenne, lors de sa reddition, d'après les renseignements que me fournit la correspondance antérieure du commissaire de S. »fil«, afin que V. E. puisse donner d'avance, à leur égard, les ordres qu'elle Jugera convenables (je ne sais quand ni où ils arriveront).

M. Victor Hugues s'exprime sur leur compte ainsi <ju'il suit, dans la lettre cpi'il m'écrit de Morlaix, sous la date du 27 avril dernier :

« Le sieur Vingtergnier, chef de bataillon réformé, l'un d'eux, est passé sur le même bâtiment que moi; je lui ai ordonné de rester à mon ordre... (sic) en attendant ceux de Votre Excellence.

» La conduite de cet officier a été bien différente de celle des autres déportés, il s'est rendu utile dans plusieurs circonstances, il m'a toujours paru désiré servir; et, dans le tems, il est, je crois, le seul qui ait été signer pour le Consulat à vie et pour l'avènement à 1 empire de notre auguste souverain.

» Quelques autres se sont assez bien conduits; mais, quoiqu'il n'entre pas dans mes principes d'aggraver les maux de qui que ce soit, je dois dire qu'il y en ar dans le nombre dont l'exaltation n'a pas de bornes et qui croyent avoir acquis une grande importance par leur déportation. »

Je prie Votre Excellence de vouloir bien m'accuser la réception de cette dépêche et de recevoir, etc...

(Archives de (a marine.)

On voit, par la lettre qui précède, que Victor Hugues est assez monté contre les déportés, qui, nous l'avons dit plus haut, incriminèrent sa conduite au point de vue de la défense de la colonie avant la capitulation. Il n'en convient pas moins de lui rendre justice, malgré cette lettre, et de reconnaître qu'il s'était plusieurs fois compromis, auprès des autorités, à cause des tempéraments dont il avait usé à l'égard • des proscrits pendant qu'il exerçait les fonctions de gouverneur.

Voici d'autres pièces relatives à la rentrée des déportés survivants dans la mère- , patrie :

Nantes, Ht juin 1809.

2« vmêiox Bureau dei ports

Au mJfittlre de ta maHn$

Jfai l'honneur, monseigneur, de tous informer de l'arrivée d'un parlementaire portugais nommé Wor de Uarf cap. Acacio José Gorea, qui a mouillé hier sur la rade de Miodin, apportant la garnison de Cayenne qui, d'après ta capitulation n est pas prisonnière de guerre.

Je joins ici le rapport du capitaine.

Je vous adresse par ce courrier, monseigneur, sous le timbre : administration générale des colonies, la liste des militaires et passagers arrivés par ce bâtiment, en vous faisant connaître les mesures que j'ai prises pour opérer promptemenr le débarquement ae la troupe. Aussitôt qu'il sera effectué, le parlementaire sera renvoyé et fat donné les ordre* nécessaires pour que personne ne commun!* que avec la teira Je aub».. etc. — Le commissaire principal chef maritime, gim«a(?)

(Archives de la mariné.)

Déclaration française

Je soussigné, capitaine du trois* mâts portugais Fleur-de-Mer, déclare venir de rite de Cayenne, en la Guyane française, en 54 jours de traversée, après avoir été expédié de la dite lie en parlementaire, ayant à bord 26 hommes d'équipage portugais et 189 passagers militaires, y compris sept déportés aussi français,

8 lus lia* «tara* et ah enfants, tons provenant e la capitulation de Cavenne, Déclare de plue «voir été visité par plusieurs divisions anglaises, par diverses hauteurs, et hi#r 10 courant aï été visité par deux frégates anglaises qui étaient mouillées sous Hedic et Houat.

Laquelle déclaration J'affirme avec vérité. Bade de JUodin, le 11 juin 4809,

Signé : ACiXio josb coânào.

(Archives de la marine.)

19 juillet 1809.

Folie* à maréchal duo de Cmeglûmo, premier wêpecteur général de la gendarmerie impé* Haie.

Reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de (n'adresser le 4 de ce mois au sujet des individus déportés à Cajenne en Tan 12 et particulièrement des nommés Fournter et Sabatier. Je vous remercie de cette communication. *

(Archivée nattonaks.)

Voici la lettre clu maréchal duc de Conegliano :

Le capitaine de la gendarmerie de la Charente-lQférieure, chargé en l'an 12 de la surveillance spéciale et de l'embarquement des individus condamnés à la déportation à Gayenne, m'adresse ses observations particulièrement à la rentrée en France de sept de ces

individus (ainsi que l'annonce la Gazette de France du 20 juin dernier). Ayant été à portée d'étudier le caractère de cet hommes désignés, il les regarde comme très dangereux, particulièrement les nommés Fourrier et Sabatier... (Archives nationales.)

7 décembre 1809.

Château et Monroy, déportés revenus de Cayenne, sont demeurés à Nantes pour caule de dénuement et d'infirmités. Lé premier, presque aveugle, désirerait retourner dans sa famille à Paris ou à Gompiègne ; le second sollicite la permission de se rendre à Montferrand (Puy-de-Dôme), tous deux des secours pour leur voyage. On propose 30 centimes par myriamètre et des passeports pour Compiègne et Montferrand, où ils demeureront en surveillance. (Approuvé.)

(Archiveb nationales . )

Ainsi se termina la déportation des républicains à Cayenne sons le premier empire.

Il nous reste à faire connaître les souffrances que la police impériale ne leur épargna pas après leur retour en France.

Page 1