LES DÉPORTÉS NOIRS
Le consulat et l'empire ne se contentèrent pas d'envoyer aux colonies des déportés habitant la métropole ; il y eut aussi des citoyens des colonies déportés en France. L'histoire que nous avons notée des républicains de la Guadeloupe amenés en France puis dirigés sur Cayenne, est un exemple de ce que nous avançons.
A ce titre, un récit des déportations consulaires et impériales ne saurait omettre la grande déportation des hommes de couleur, déportation qui paraît avoir porté sur plusieurs milliers d'individus, (nègres ou mulâtres) appartenant pour la plupart aux colonies de la Guadeloupe et surtout de Saint-Domingue.
Les personnages 1m plus importants que bous voyons figurer dus cette proscription sent le général Toussaint-Louverture qui fut enfermé au fort de Jfoux et qui y mourut; la famille de ce noir célèbre, qui pendant toute la durée de l'empire fut placée en surveillance dans une ville du midi de la France, et enfin le nègre Annecy, qui* après avoir siégé dans les assemblées nationales sous la Révolution (il fut notamment sous le Directoire membre du conseil des anciens et secrétaire de cette assemblée) passa de longues années au bagne de Porto-Ferrajo (île d'Elbe).
Mais nous étendre sur le sort qui fut infligé à chacun de ces hommes serait empiéter sur le terrain de la biographie pure et noms devons no*i$ barppr à faire connaître les pièces (celles qui sant tombées sous ngs yeux font toutes partie du dépôt ^l'archives du ministère de <la marine) çui fixeront les grandes lignes de l'histoire de la déportation des Sommes 4e couleur.
P'upe façon générale nous devons dire d'abord que les condampés de cette catégorie furent amenés en France des colonies, enfermés d'abord 4 Pontanesen, ptlis, sauf quelques exceptions, confinés dans l'île d'Elbe où un bagne spécial fut créé & leur intention, h Porto-Ferrajo.
Un autre foegne fat créé en Corse, pour remplir le même objet.
C'est le 5 thermidor en X que le gouvernement décide que les noirs déportés des
côionies pont être tenus aux fers seront d'après la demande du ibiûistre, employés aux travaux publics.
A ce moment, lé nombre des noirs et des ifculâtres renvoyés en France par les autorités coloniales est déjà considérable. Sur les Kstes dressées à cette occasion, nous voyons même figurer quelques blancs, officiers de l'armée pouf la plupart. On avait essayé d'en déporter directement un certain nombre de Saint-Domingue à Cayenne ; mais on dut renoncer à ce procédé parce que l'arrivée dans la Guyane de ces condamnés avait été vue avec inquiétude par les colons esclavagistes.
Citons à ce propos quelques passages d'une pétition du 91 thermidor an X, re~ itiise au premier consul par le citoyen Barthélémy, sénateur :
• • . Hier, 20 thermidor, est entrée dans le port de Cayenne la corvette de l'Etat la Nathalie, avec ordre de jeter sur notre sol... dix-huit hoirs de Saint-Domingue; leurs noms et la précaution de les tenir enchaînés de la tête aux pieds désignent asses ces hommes antropephages qui ont tenté d'ensevelir l'autorité de la métropole dans le sang français. .. Tel est le funeste présent que là Guyane vient de recevoir de Saint-Domingue, et si une colonie, rassurée par la présence d'une armée et d'une escadre, n'a pas cru devoir conserver dans son sein des individus qu'elle Juge dan» gérera à son établissement, quelle crainte ne
doit pu éprouver celle-ci, privée de pareils moyens de protection l . . .
Les doléances continuent ainsi assez longuement : les noirs délivreront les prisonniers ; il y aura des incendies, etc., etc. Cette pétition est suivie d'une vingtaine de signatures ; la kttre d'envoi est du citoyen Franconie.
Le gouverneur de Gayenne parle dans le même sens :
Cayenne, 22 thermidor an 10.