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LES PRÊTRES DÉPORTÉS. — INCIDENTS DIVERS

Pendant la période qui s'étend de 4800 à 1845, la Corse ne cessa guère d'être un lieu de rélégation. On a lu plus haut que, concurremment aVec 111e d'Êlbè, là, Corse servit à l'internement des noirs et mulâtres enlevés des colopies: ei* outre, le ministère de la marine fut. successivement chargé d'y transporter « le nommé Jean- Baptiste Ornano, frère du législateur de ce nom », amené par ia gendarmerie de Lyon à Toulon (an IX); puis les « réfugiés malthais», gue Ton ïie paraît pas avoir consultés bien sérieusement sur lé' poirçt de savoir s'il leur convenait d'aller" cultiver des concessions en Corse (an X); enfin,

Elus tai*d, l'empereur y envoya ae" nbrareux prêtres (surtout des prêtres italiens), à la suite de circonstances que nous allons brièvement expliquer.

Au début de l'année 1814, lé conflit engagé entre Napoléon et le pape prisonnier était arrivé à son état le plus aigu. L'arme principale du pape dans cette lutté était

le refus de « l'institution canonique » aux évoques nommés par l'empereur, refus qui mit ce dernier dans la nécessité de convoquer un concile national pour arriver à créer un modus Vivendi. Malgré la surveillance du ministre de la police, les brefs Ai pape refusant l'institution aux évoques récemment nommés circulaient en France, colportés d'un diocèse à l'autre par des associations occultes.

, La guerre a^ait pris un caractère partifculièrement violent en Italie : en Toscane, où M. d'Osmond, évèque non institué par le pape, rencontrait un clergé très hostile, et dans les territoires enlevés au pape, où tout l'ancien gouvernement ecclésiastique vivait dans un état de sourde insurrection, se refusant à prêter serment au « gouvernement intrus ».

Les documents conservés aux archives du ministère de la marine constatent au'à la fin de l'empire un grand nombre de prêtres italiens furent, par Tordre direct de l'empereur, transportés en Corse et à l'île de Caprera, soit pour avoir protesté contre l'invasion des Etats romains, soit pour s'être rangés du côté du pape dans sa lutte contre les évêques non institués. Ces mesures furent appliquées à environ cinq cents, individus, et les envois de prêtres déportés se succédèrent sans interruption de 1811 à 1814. Les documents ; officiels qualifient les déportés de « prêtres turbulents et perturbateurs ». Ces embarque-

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ments de prêtres ne furent, avons-nous besoin de le dire, précédés de rien qui ressemblât à des mises en jugement des individus déportés. Ce furent des mesures purement coercitives, des actes de bon plaisir : mais nous n'en sommes plus à nous étonner de voir Bonaparte prendre directement la responsabilité de semblables proscriptions.

Les personnages les plus marquants parmi ceux qui furent envoyés en Corse par suite des circonstances que nous venons de noter sont : Thomas Àrezzo, archevêque in pariibus de Seleucia en Asie ; Torello, coadjuteur de l'évêché de Torrinieri ; Burdet, supérieur des trappistes de la Cervara, et Nervi, procureur général de Tordre des théatins ; les autres sont des archiprêtres, des moines (surtout des trappistes), des curés ou de simples prêtres, et enfin, mais en petit nombre, quelques employés civils appartenant à l'administration du gouvernement papal (1).

J'aurai fait connaître tout ce qui concerne les déportations effectuées^ sous le consulat et l'empire quand j'aurai dit que je trouve, dans les dossiers de la marine, la trace de deux hommes déportés (sous le consulat) à Saint-Domingue par mesure

fi) Consulter, pour plus de détails 'sur ce sujet, notre travail : Déportations de prêtres sous le premier empire. (Revue historique, décembre

desimpie police. (1) Plusieurs autres étaient destinés au même exil; le triomphe de l'insurrection des noirs empêcha le départ de ces bannis. Les dossiers parlent également de deux mamelouks du premier consul (Mourat et Ali) dont on semble pressé de se débarrasser à tout prix en les envoyant aux colonies sous bonne et sûre garde. (Je ne sais ce qu'on en fit en réalité.)

Enfin ne devons-nous pas considérer comme de véritables déportés ces soldats du dépôt de l'île de Rhé, au sujet desquels les documents officiels s'expriment ainsi qu'il suit (lettre du ministre de la marine au préfet maritime de Rochefort, 45 nivôse an IX)?

... Ces frégates... embarqueront en outré tous les hommes existons au dépôt' de l'Isle de Ré, Le ministre de la guerre va donner des ordres pour le rassemblement à Rochefort de ces hommes*. . et vous aurez à vous concerter avec les commandants militaires sur cette .disposition, et notamment sur le moment auquel devra s'effectuer la translation et l'em-

(1) Dupaty et Ferragus. Ce dernier fût ensuite renvoyé de Saint-Domingue à Cayenne, où il fut retenu au bagne de Nancibo ; il passa quelques années plus tard aux États-Unis. C'était un royaliste dont le nom véritable paraît être de Ferragués, sans que nous soyons certain de ce détail, fl a pubUé une brochure : Relation de la déportation et de Fexil, à Cayenne, dtun jeune Français sous le consulat de Bonaparte, en 1802.

barguement des soldats du dépôt. Vous savez qu'il est composé d'individus qu'il importe de surveiller attentivement et qui devront, en conséquence, être consignés à bord. . . La nature de la mission que ces frégates auront à remplir exige qu'il soit embarqué sur chacune d'elles iO chirurgiens; mais il conviendra qu'en tétant ces officiers de santé toujours

Ï>rêta à recevoir une destination, vous leur àissiez ignorer jusqu'au moment de leur départ qu'ils doivent passer sur ces bâtiments.. . Je vous prie de me répondre à cette lettre pour moi seul.

Quant aux projets de déportation non suivis d'exécution (ou dont je ne découvre pas de trace certaine d'exécution) ils sont nombreux. Enumérons en quelquesuns.

Yoici d'abord un projet de coloniser au ipoyen de déportés, accompagnés de leurs familles, les extrêmes limites de nos possessions en Guyane, qui donne lieu à cette lettre du minisire de la marine, si curieuse et si intéressante au point de vue de l'histoire de nos établissements coloniaux :

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