‹ Les déportations du consulat & de l'empireChapitre 8 sur 20 · MICHEL · texte numérisé non relu

MICHEL

Ne confie à personne ma lettre, car elle pourrait peut-être me nuire.

(Archives nationales.)

La pièce suivante (du 6 brumaire an XII) est une pétition adressée au grand juge par les quatre détenus au fort de Joux, Brisvin, Château, Michel et Fournier l'Américain. Ce dernier met ces mots au-dessous de sa signature :

« Vous qui me connaissez une vie sans reproche et sans remords, devez-je m'atendre à linfortune d'une pareille destinée?»

Les pétitionnaires s'expriment ainsi :

Renfermé depuis notre arrivée dans des ca-

semâtes, couchés deux à deux dans un mauvais grabat, ne voyant le jour que par des abat-jours de 30 pouces d'ouverture, dans un enfoncement de S pied d'aipesseurs de mur, il y a trov grosse grilles de feres à distances les uns des autres, d'ans ces lieux affreux, Ton est obligé d'y faire du feu toute l'année. Pour parvenir dans ces cachot Ton est obligé de passer sous des voûtes avec un falot» Tau y filtre à travers ; nous ne voyont que tous les 24 heures ceux qui apportent nos vivres, plus, supporté les incomodités journalières, nos santés sa faiblissent jour nellement d'être > renfermés. Le citoyen préfet de Besançon peut vous donner un tableau des localités, luimême a frémie de notre cituation, il nous promis de son propre mouvement de vous écrire, il nous dit aussi qu'il allet donner des ordres pour nous faire adoussir notre sort. Jusqu'à ce jour, ses bontés sont restés sans exécution...

En résumé, les signataires demandent :

i° De nous faire loger dans un local sain et sajubre, 2° la liberté de nous .promener dans les cours du château, 3° de nous faire réunire tous les quatre; 4° la permission de vous adresser nos réclamations sous cachet en ligne direct.

(Archives nationales.)

Une correspondance s'engagea au sujet des diverses réclamations des prisonniers du fort de Joux, entre le grand-juge, le ministère de la police et le préfet du

Doubs, elle ne renferme rien que les pièces précédentes n'aient fait connaître.

Au moment, d'ailleurs, où les quatre détenus envoient au grand-juge la pétition que Ton vient de lire, leur départ du fort de Joux est proche. Dans quelques jours ils vont être enlevés de ce lieu où ils ont tant souffert.

Le 4 frimaire, nous constatons' (par une lettre delà femme de tyichel) lepr présence à la prison du Temple à Paris. Là encore, ils ne font qu'un très court séjour. Le gouvernement a donné Tordre de les réunir à leurs compagnons d'infortune des îles de Rhé et d'Oiéron.

L'envoi de ces proscrits à Cayennè est décidé. Il va être effectué.

RASSEMBLEMENT . ET EMBARQUEMENT DE QUARANTE PROSCRITS. LEUR DÉPART POUR CAYENNE.

Un trait que cette déportation de l'an XII a de commun avec la déportation de Tan IX, c'est le soin extrême que prend le gouvernement d'assurer le Secret de l'expédition. Secret assurément bien gardé, puisque jusqu'à ce jour, à ma connais-

sance, aucun travail historique n'a révélé le fait môme de cette déportation. Ainsi, détail remarquable : la collection des lettres- mimi tes du ministère aux préfets maritimes, que j'ai eu occasion de compulser aux archives de la marine, constitue une' série de registres dont la reliure est contemporaine des événements que nous allpns raconter; eh bien, cette correspondance ne fait aucune allusion un peu claire à la déportation ; je n'y trouve que des formules vagues, telles que « les frégates sont parties pour leur destination », etc. Les lettres qui dounent au préfet maritime de Rochefort des instructions relatives à rembarquement des proscrits sont simplement conservées dans des chemises ou- n'ont été reliées que très postérieurement. On voulait évidemment éviter toute indiscrétion, cacher l'événement, môme au personnel administratif, et ne confier le secret de ce qui se faisait qu'aux agents dont le concours était strictement nécessaire & l'exécution des ordres du premier consul.

Au début de l'an XII , un échange actif de lettres s'établit entre le grand-juge, les ministres de la police générale, de la marine et les fonctionnaires du département de la Charente-Inférieure ; il s'agit de rassembler les déportés, épars dans les deux îles, de les mener à R ^chefort et de les embarquer. Nous allons donner un aperçu de cette correspondance.

Les pièces suivantes sont empruntées aux archives nationales :

Brumaire an 42.

Note pour le grand juge

La décision en marge du rapport Joint ne parait avoir pour but que de faire déporter les individus compris dans le sénatus-consulte.. . Avant de faire le travail indiqué, on croit devoir observer qu'une lettre du 1er consul du 17 frimaire an XI avait non seulement ordonné cette mesure contre ces individus, mais encore contre ceux dénommés dans l'état n* 2, et qui sont également détenus dans les isles d'Oleron et de Rhé. Ces hommes doivent-ils être également déportés ? La plupart de ces individus ne furent point compris dans le se* natus-consulte parce qu'ils étaient alors arrêtés, con.me prévenus de complicité avec Metge, Chevalier et autres qui furent depuis i onaamnés à mort, par une commission militaire. Cette commission n'ayant pas jugé qu'il y eut lieu à mettre ces hommes en jugement, ils furent envoyés à l'isle. d'Oleron. 11 existe encore 4 individus compris dans le sénatus-consulte qui sont détenus je crois au fort de Joux et un & Paris. Ce dernier s'était évadé de l'isle d'Oleron... Doivent-ils être envoyés h l'isle d'Oleron, pour être réunis aux autres? Us sont portés dans l'Etat n* 3... » (4)

(4) Nous 'nous expliquerons plus loin sur ces états n0i 4, 2 et 3 dont parle cette note.

pouce secmcte 20 brumaire an XII.

Général Moncey à grand juge [poux vous seul).

J'ai reçu votre lettre du 48 de ce mois, relative à la translation du fort de Joux à Oléron, des nommés Brissevin, Château, Michel et Fournier ; j'ai aussitôt donné des ordres... J'ai chargé le capitaine du Doubs (1) de s'entendre avec le préfet pour la route qu'il jugerait la plus convenable de suivre, ou la ligne droite ou la ligne par Paris; la même escorte y prendra Lamberté, sinon je le ferai conduire à Oléron par une autre voie.

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