‹ Les déportés de Fructidor, journal;Chapitre 4 sur 10 · I. Incroyable chez te denliite · texte numérisé non relu

I. Incroyable chez te denliite

D«Mia Mtiriquc d« 1797. (liibliothcqu* NatioiuU : EaUmpM.)

comme vous ne sont pas citoyens. » Ils ont trouvé fort mauvais que les officiers communiquassent avec les déportés. Ce n'était pas là leur mission. Aussi ont-ils prononcé de suite, sans examen, qu'il fallait que nous retournions à Rochefort, bien que nous n'ayions plus de gouvernail. Notre équipage, de son côté, est décidé de ne pas marcher sans garder les commissaires comme otages quand ils viendront lui en réitérer l'ordre. On les jettera à la mer au premier danger. Cette résolution leur parvient. La frégate est alors hors d'état de mettre à la voile.

5 avril. — Nous recevons deux lettres contradictoires, l'une d'un détenu de Saint-Maurice, l'autre d'un citoyen de Rochefort. La première nous assure que nous serons déposés à Blaye sous trois jours; l'autre, que nos lettres et paquets seront remis au capitaine de la Décade qui viendra nous prendre au Verdon.

2 0 avril. — A cinq heures et demie nous apercevons un bâtiment. On le signale. C'est la Décade. Elle mouille à la chute du jour.

•J2 avril. — Depuis quarante jours que nous sommes en mer, nous n'avons pas eu un moment de repos. Après un combat opiniâtre où nous sommes spoliés de tout, quand nous demandons à descendre à terre pour reprendre quelques effets, on nous leurre afin que nous ne sachions où donner nos adresses et que nous consommions le peu qui nous reste sans pouvoir le remplacer. On nous fait enfin rembarquer tout nus. A huit heures, la première embarcation part. Nos vieillards commencent à croire qu'ils iront dans le Nouveau Monde. Le dénuement où ils se trouvent, le changement d'équipage, les infirmités qui les accablent leur rendent ce moment plus cruel. Ils invoquent la mort. Quoique nos malades n'aient plus qu'un souffle de vie, on les hisse à bord,' comme des bêtes de somme. Nous voilà sur la Décade. L'officier de quart prend son porte-voix et nous donne la consigne : « Messieurs les déportés, il vous est expressément défendu de communiquer avec qui que ce soit de l'équipage. Vous reprendrez les places que vous aviez sur la Charente. Vous remplirez le» articles du règle-

ment dont les pancartes sont à la porte des rambardes de votre dortoir. » Les voici :

I. — Les déportés seront détenus dans le lieu qui leur est destiné (l'entrepont) depuis six heures du soir jusqu'à sept heures et demie du matin et plus tard, si les circonstances retardent le nettoyage du pont ou tout autre motif.

IL — Lorsque les détenus auront des besoins pendant la nuit, ils auront pour y satisfaire des bailles divisées dans leur local, lesquelles bailles seront vidées de quatre heures en quatre heures par les gens de l'équipage. Pendant le jour, quand ils seront sur le pont, ils iront à la poulaine, lieux d'aisance à droite et à gauche de la proue du bâtiment, à moins de mauvais temps, et dans ce cas les bailles seront mises dans la batterie (i).

II L — Les déportés seront applatés par plats de sept. Les heures de leurs repas seront celles de l'équipage, c'est-à-dire des matelots, devant vivre comme eux et de la même chaudière. Ils mangeront dans la batterie depuis le grand mât jusqu'au panneau de l'avant. Ils auront pour le service pendant le repas quatre novices qui iront à la chaudière et à la cambuse prendre leur manger.

IV. — Entre leurs repas et aux heures indiquées, lorsque les circonstances le permettront, les déportés pourront se tenir sur les passe-avant et dans la batterie; mais jamais, sous aucun prétexte que ce puisse être, ils ne passeront au delà du grand mât, ni n'iront sous les cuisines sous peine d'êtres punis comme infracteurs de l'ordre (2).

V. - Il leur est expressément défendu de lier a>.cune conversation avec l'équipage et d'insulter personne sous les peines édictées par le précédent article (.<).

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