SÉNAT
Le département de l'Orne ne fournit aucun membre au Sénat; mais on sait que l'ancien couvent de laVisitation d'Alençon, avec une dotation de vingt à vingt-cinq mille francs de revenu, fut assigné comme résidence à Rœderer, nommé à la sénatorerie du ressort de la Cour d'Appel de Caen, par décret du 5 vendémiaire an XII. Pour approprier cette maison à sa nouvelle destination, le gouvernement employa une somme de vingt-six mille francs. On conserve encore à Alençon le souvenir des fêtes officielles données à la sénatorerie.
Roederer (Pierre-Louis), né à Metz en 1754, bien que n'appartenant pas au département de l'Orne, a laissé de nombreuses traces du séjour qu'il y fit dans les trente dernières années de sa vie. Il nous est impossible de le suivre dans les différentes carrières qu'il parcourut. Avocat, conseiller au parlement de Metz, publiciste, député, procureur-syndic du conseil général du département de la Seine au 10 août, professeur à l'Ecole centrale de Paris, membre de
l'Académie française, président du conseil d'Etat, directeur de l'instruction publique au ministère de l'intérieur, sénateur, ministre plénipotentiaire de la France près la république Helvétique, ministre des finances du roi Joseph à Naples, administrateur du grand duché de Berg pour le jeune prince Louis, fils aîné du roi de Hollande, commissaire extraordinaire du gouvernement impérial clans la 3e division militaire, membre de la Chambre des pairs pendant les Cent- Jours, conseiller général du département de l'Orne et pair de France sous le gouvernement de juillet, agriculteur, économiste, historien, littérateur : cette simple énumération suffit pour donner une idée de la variété des aptitudes de cet esprit admirablement doué, également souple et vigoureux, et sachant allier à une activité infatigable une finesse et une sagacité merveilleuses. Mêlé aux plus grands événements de notre histoire depuis 1789, ce personnage politique échappe à notre appréciation, en raison môme de la part considérable qu'il y a prise. On l'a accusé d'ambition; il est permis de regretter, au contraire, qu'au lieu de se réduire à jouer un rôle secondaire en se faisant le serviteur complaisant des Bonaparte, il n'ait pas eu l'ambition de se placer au premier rang parmi les patriotes en servant alors uniquement la France.