SIEYES LA BAUME
AVOCAT
DÉPUTÉ DU TIERS ÉTAT
(S^NKCHAL'SStK DE DR AGLIGNAN)
Joseph-Barthélémy Sièyes , avocat , seigneur de La Baume ;!), né à Fréjus, le 28 juin 1744, était le frère aîné de l'abbé Emmanuel Sièyes, député de Paris '2). Il épousa , en 1774 , Mademoiselle Marie-Thérèse Roubaud de Grasse.
Nommé viguier et receveur des Domaines à Fréjus , en 1776 , il fut élu, le 27 avril 1789, député à l'Assemblée nationale par le tiers é(at de la sénéchaussée de Draguignan.
Sièyes La Baume fit vérifier ses pouvoirs , le 13 juin , et prêta le serment du Jeu-de-Paume le 20 du même mois. Il vota constamment avec la majorité.
Après la session, il revint à Fréjus auprès de son frère, Léonce Sièyes, qui avait été administrateur du Directoire du Var, en 1790. Lui-même remplit les fonctions de maire de cette ville, du 21 pluviôse an IV au 1" floréal an VI (3\ Appelé à Paris, sans doute par son frère, l'abbé Sièyes, qui avait acquis une grande influence dans le gouvernement, Barthélémy Sièyes fut nommé, le 11 germinal an VIII (!•' avril 1800), juge au tribunal de cassation, et membre de l'ordre de la Légion d'honneur, le 25 prairial an XII (13 juin 1804).
(1) Délibération du conseil communal de Fréjus : « Des remerciements sont votés à M. Barthélémy Sièyes pour le projet qu'il aurait fait de faire dessécher l'étang de la Baume, dont il est acquéreur > (1781, f» 140).
(2) Comme son frère, Emmanuel était fils d'Honoré Sièyes et d'Anne Angles; né à Fréjus, le 3 mars 1748, il fut élu, le 19 mai 1779, député du tiers état de la ville de Paris.
(3) Du 21 janvier 1796 au 20 avril 1798.
Le frère du célèbre abbé Sièyes était encore simple juge à la Cour de cassation, en 1810 i^), et demeurait à Paris, dans le faubourg S'-Germain, rue S'-Dominique, n" 14. Il mourut dans cette ville, le 25 novembre 1830.
Joseph-Barthélémy Sièyes ne laissa point de postérité, mais son frère, Léonce, avait plusieurs enfants dont un fils, le comte Jean- Ange-Marie-Joseph Sièyes, représenté aujourd'hui par sa fille. Madame la comtesse de Laubespin née Juliette Sièyes. Le comte de Laubespin, sénateur, est décédé à Paris, le 5 janvier 1896, à Tâge de quati-evingt-six ans, après avoir consacré sa longue existence aux ceuvres de bienfaisance. 11 avait fondé, avec Madame de Laubespin, l'admirable institution de Tassistance par le travail qui lui a survécu, et à laquelle le comte et la comtesse, née Sièyes, ont employé les revenus d'une immense fortune.
Léonce Sièyes, dont je viens de parler, avait épousé une demoiselle Maurine, fille d'un notaire de Fréjus, qui eut plusieurs enfants, représentés aujourd'hui par le général Jaubert et par la famille Panescorse. Le géologue Ferdinand Panescorse avait, comme son cousin Jaubert, les plus brillantes qualités. Son fils, Henry Panescorse , a donné un exemple d'un parfait dévouement pour les sciences en léguant sa maison à la Société archéologique de Draguignan.
(1) Ambassadeur à Berlin, le 10 mai 1798 ; membre du directoire, le 16 mai 1799, consul et sénateur, le 13 décembre; richement doté par Napoléon, l'abbé Sièyes aurait pu lui obtenir uue situation plus brillante.
PUYLON DE SINÉTY
OFFICIER DE GAVALEHIB
DÉPUTÉ DE LA NOBLESSE
(sÉm-CHAUSSÉE PE MARSEILLE)
Le comte André-Louis-Esprit de Sinéty de Puylon, né à Marseille, le 4 juin 1740, fut élu député à TAssemblée nationale, par la noblesse de la sénéchaussée de cette ville, le 4 avril 1789.
Services militaires : Page du roi en la grande écurie, le 8 mai 1755 ; lieutenant réformé à la suite du régiment Dauphin-cavalerie, le 29 août 1758; cornette, le 14 mars 1759 ; capitaine, le 19 mai 1761 ; major du régiment, le 2 mars 1772 ; chevalier de S -Louis, le 2 juin 1777. Ses états de services étaient suivis de la note ci-après : « Plein d'intelligence, de zèle, de modestie et de talent, très instruit ». Il quitta le service, en 1779.
i" juillet 1789. — Vérification faite de ses pouvoirs qui furent reconnus réguliers, le major de Sinéty siégea toujours dans le côté gauche de l'Assemblée et montra néanmoins beaucoup de modération dans ses principes (i).
11 mars 1790. — « Je réclame, dit-il, la priorité pour la motion que j'ai déjà faite , et qui tendait à ce que tout membre du corps législatif fut déclaré incapable de toute espèce d'éligibilité ».
1" avril.— Après avoir rappelé la prospérité du commerce de France, en 1785, époque à laquelle un privilège exclusif avait été accordé à la Compagnie des Indes, il développe plus particulièrement les moyens que réunissent les négociants de Marseille pour rendre ce commerce infiniment avantageux à l'État , tandis qu'il ne l'est qu'à une compagnie; il conclut en faveur du commerce libre, et demande que le
1) Biographie moderne, 1806, tome IV, p 320.
décret soit rendu dans la séance , attendu qu'ajourner la question , ce serait prolonger un privilège expirant , et jeter ainsi la consternation dans les places de commerce , qui n'attendent , pour faire partir des vaisseaux, que le moment où ils pourront le faire librement et sans crainte (Moniteur, IV, p. 22).
Le 12 août, le comte de Sinéty écrivait à la Chambre de commerce de Marseille : « J'ai eu l'honneur d'adresser hier à MM. les officiers municipaux , en les priant de vous le communiquer, le mémoire que j'ai lu à la tribune , le l" avrils pour défendre la liberté du commerce de rinde , contre le privilège exclusif de la compagnie. Je désire qu'il vous soit agréable; il a été écouté par l'Assemblée avec intérêt, et il a été couronné du succès que je désirais, puisque le décret a été parfaitement conforme à mes conclusions. Je fais les vœux les plus ardents pour que l'affairp de la franchise de notre port ait le même succès ; nous ne négligerons rien pour le faire réussir. Notre zèle pour tout ce ({ui peut intéresser notre patrie , et le commerce qui fera toujours sa splendeur, vous est, messieurs , un sûr garant de tous nos efforts, et nous croyons nos intérêts à cet égard , trop étroitement liés au bien général du royaume , pour n'avoir pas l'assurance que nous serons écoutés par les représentants de la nation avec toute l'attention que le patriotisme leur inspire, et que nous serons jugés d'après les principes de justice et de bien public qui dictent leurs décrets.
« Nous sommes avec respect, messieurs, etc. — Sinéty, semainier »(i).
Sinéty prit la parole en faveur du commerce de Marseille dans diverses circonstances et reçut des félicitations de la Chambre , qu'il déclara vouloir partager avec ses collègues de la députation :
25 juin 1790.— « ... Étranger depuis mon enfance, par ma profession
(1) Les députés de Marseille, se conformant à l'usa'^'e adopté par la Chambre de commerce, conliaient à chacun d'eux, le soin de tenir la plume pendant une semaine, d"où le titre de semainier.
et par mes occupations ^', aux graves questions politiques et aux travaux auxquels j'ai dû participer, j'en ai senti plus que personne l'importance . et je n'ai point calculé mes forces sur mon zèle , mais bien sur mon peu de connaissance des grandes affaires et des grands intérêts qui m'étaient confiés. J'ai senti la nécessité de m'instruire; j'ai eu le bonheur d'obtenir Tamitié de mes collègues; ils m'ont éclairé; j'di profité de leurs conseils et de leurs lumières; et il répugnerait à ma délicatesse de ne pas leur faire hommage des suffrages dont vous voulez bien m'honorer. Cette union intime et constante qui règne dans notre députation depuis l'ouverture de l'assemblée , et qui n'a heureusement jamais été altérée, et ne le sera jamais, a pu seule soutenir mes forces épuisées par le travail assidu auquel nous nous sommes livrés. J'éprouve la plus douce satisfaction dans cet aveu, et je remplis un devoir précieux à mon cœur en publiant cette vérité. Il en est un, messieurs, qui m'est bien cher et auquel je m'empresse d'obéir, c'est celui de la vive reconnaissance que m'inspirait l'honorable et flatteuse délibération de la Chambre de commerce, que vous avez la bonté de m'annoncer,et la lettre obligeante que vous me faites l'honneur de m'écrire, et qui m'est une preuve bien satisfaisante de vos suffrages particuliers, auxquels j'attacherai toujours un prix infini.
» J'ai Thonneur d'être, etc. — Sinéty, député ».
Sinéty ne voulut pas laisser l'Assemblée compromettre le crédit de la nation, en émettant des assignats , il prit la parole notamment, le 2 septembre 1790, dans la discussion sur la liquidation de la dette publique :
« La question soumise a pu m'elfrayer par son importance , mais elle n'a point arrêté mon zèle. On a proposé l'émission de deux milliards d'assignats ; les avantages de cette opération peuvent-ils en balancer les dangers ? Vous soulagez le trésor public de plusieurs millions
(1) Il avait été major d'un régiment de cavalerie.
d'intérut, vous donnez un dùbouclié aux Ijicns nationaux, et vous intéressez les créanciers au maintien de la Constitution. Mais pouvezvous répondre de la faveur de cette opération ? Les valeurs (|ui croîtront en apparence ne perdront-elles pas en réalité ? Votre œil prévoyant doit suivre tous les mouvements de cette opération. . . Vous touchez à répoque la plus difficile; legoïsme, Tavarice et la cupidité militent contre vous; vous n'êtes point accoutumes à être effrayés par les dangers ; la sagesse a dicté toutes vos opérations , elle dictera encore celle-ci. Dans mon opinion particulière , je crois entrevoir que les quittances des finances sont préférables » (Moniteur, tome V, p. 553).
7 octobre. — Il appuie le système de Timposition en nature proposé par son collègue Bouche.
Gfàcrier 1791. — Do Sinéty croit devoir faire connaître par la voie du Moniteur, qu'il n'est membre d'aucun club : « ... Tout mon temps suffit à peine à mes devoirs et à étudier, dans le silence de mon cabinet, toutes les matières sur lesquelles je dois m'instruire. Je déclare donc que c'est faussement qu'on a inséré mon nom dans une liste imprimée des membres du club monarchique, et que l'Assemblée nationale étant la seule association à laquelle mon de^oir m'a toujours a[>pelé, c'est aussi la seule à laquelle je me sois invariablement fixé.— Louis SiNÉTY, député de Marseille à l'Assemblée nationale » (Moniteur, tome \\\, p. 308).
22 juin 1791. — 11 est un des commissaires chargés de recevoir le serment des troupes : « L'Assemblée décrète que le serment , ordonné les 11 et 13 juin, sera prêté par toutes les troupes ». — (>ustene, Toulongeon , Latour-Maubourg , Biron et Sinéty viendront rendre compte à l'Assemblée nationale de l'état des départements qu'ils auront visités.
Dans cette même séance, une des dernières qui fut tenue par l'Assemblée nationale, Sinéty fit une motion pour accélérer la rentrée des contributions arriérées : « La patrie est menacée : mais la nation
surmontera tous les obstacles par le courage, le patriotisme et Tunion de ses citoyens ».
L'Assemblée se sépara le 30 juin, et Sinéty rentra dans ses foyers. Nous le trouvons, en 1800, à l'Académie des sciences et lettres de Marseille, où il déploie autant de zèle et d'amour du travail qu'à l'Assemblée. Le 22 fructidor an XII, il prononce le discours d'ouverture d'une séance de cette Compagnie. En 1807, il fait un rapport sur les travaux de l'Académie. En 1808, il prononce l'éloge de M. l'abbé Reyre; en 1809, celui de M. J.-L. de Lisle, et enfin, peu de jours après sa mort, survenue le 29 janvier 1811, un de ses collègues lit la nécrologie de M^' de Cicé, qu'il avait rédigée à ses derniers moments.
Le comte Louis-André-Esprit de Sinéty avait épousé, le 10 novembre 1778, Mademoiselle Jeanne-Marie La Porterie de La Garrigue, d'où naquit Antoine-Marie-Louis de Sinéty, propriétaire, décédé à Marseille, le 13 novembre 1836.
D'autres membres de cette très ancienne famille ont fourni aux lettres et aux arts des travaux intéressants.