‹ Les deracines (volume 2)Chapitre 27 sur 31 · BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE · texte numérisé non relu

BOUTEILLER, LA LORRAINE RECONNAISSANTE

MM. de Lesseps et C** venaient de traiter avec la Compagnie anglo-hollandaise Cuttbill, de Lunge, Watson et Yan Hathum pour le percement de la Gulebra. Cette société faisait construire à Liège de puissants excavateurs : Bouteiller conseilla la dépense de les transporter à Paris et d'appeler sur eux la curiosité publique. M. de Lesseps, au milieu des acclamations des ouvriers, visita en grande cérémonie ces formidables machines. BouteiUer avait donné la série des thèmes à développer dans les journaux. Les excavateurs eurent une bonne presse et émerveillèrent le public: le 25 juillet 1885, M. de Lesseps obtint de rassemblée générale des actionnaires Tautorisation de contracter un nouvel emprunt de six cents millionç... Un an plus tard, c'est vrai, il versait, aux Anglo-Hollandais six millions d'indemnité pour résilier le contrat, mais il n'avait pas dépendu de Bouteiller que la mise en scène qu'il avait réglée à Paris fut suivie d'une mise en train à Panama. Dans la collaboration limitée qu'on lui avait demandée il s'était inspiré des intérêts de l'entreprise et les avait servis de cette manière qui devait, partout où il passait, rapidement le rendre indispensable.

Il faut dire qu'en cette circonstance il avait employé une des forces dont sa puissante volonté, depuis sept ans, s'appliquait à se munir. En 1878, quand le jeune professeur avait approché pour la première fois Gambetta, il avait admiré que ce chef connût le pays comme un chasseur de village connaît sa forêt. On pouvait citer devant le grand orateur chaque personnage un peu remuant de France ou d'Algérie, immédiatement il répondait: a Oui, un tel! il aura tant de voix ; et si un tel le combat, il tombera

à tant! » Chaque matin, Gainbetta lisait toute la pïesse de Paris et des départements; d'un coup d'œil, dans les trois pages et jusque dans les faits divers d^e chef-lieu il avait tout aspiré, tout classé.

— Pourquoi n'aTez-vous pa« de secrétaire qm vous signale Tessentiel? lui dit Bouteiller.

— L'essentiel, mais quel est-il? Tout me sert^peuft me servir. Il me faudrait cinq, six secrétaires. Ils n'auraient fini de lire et d'extraire qu'à d>ix, onze heures. Moi, à neuf heures, en cent vingt minute, j'ai tout vu I

C'est pour s'être appliqué à imiter le grand oppor-* tuniste que Bouteiller, sans enquête prolang^, sut indiquer à ces messieurs du Panama les journaux d^ Paris et des départemenits qui valaient des subveatiens. En outre, selon la politique de chaque feuille et selon chaque esprit local, il graduait la Kuance et l'énergie des articles à* insérer.

Un tel travail d'indicateur men-é avec justesse, avec sincérité et avec décision servait économiquemecit le» intérêts de la Société : ces messieurs ne crurent pas trop le payer de cinquante mille franes. Nul dfoute que si Bouteiller, à cette époque, avait désiré une situation dans la Compagnie, on la lui eût créée fort belle. Puisqu'il voulait entrer au Palais-Bourbon, oa souhaita qu'il y réussit. Les administrateurs du Panama cherchaient à se faire des amis dans la prochaine Chambre, parce que ce n'est pas tout d'avoir obtenu des actionnaires l'autorisation d'émettre un emprunt de six cents millions : il ne pourra réussir qu'avec l'appât de valeurs à lots, et pour les émettre il faut une loi. Dans ces mêmes moments, Charles de Lesseps signe à M. Cornélius Herz,

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