Mes Jfémo ires
1 iV.'
Un jour, — c'était à Marseille, — Dumas veut emmener Méry dans une promenade en mer, au château d'If; mais ce dernier avait le mal de mer rien qu'à regarderie balancement d'un bateau : aussi Dumas mit-il sa peur à rançon. Il le dispensa du voyage à la condition qu'au retour il y aurait deux cents vers faits.
Au retour de la promenade, il y en avait deux cent cinquante. Sur ce sujet, le poète était de bonne mesure, il donnait toujours plus qu'on ne lui demandait.
En 1864, la verve poétique de Méry fut l'occasion d'un concours original singulier.
Nous voulons parler du concours des bouts rimes; mais ces bouts rimes avaient eux-mêmes une histoire.
La voici. Elle vaut la peine d'être rapportée.
Quelques années auparavant, Dumas, qui habitait alors un charmant petit hôtel rue d'Amsterdam, avait donné à ses amis une soirée.
Méry était du nombre des invités.
On lui demanda d'improviser quelques vers sur des bouts rimes en l'honneur d'une charmante femme qui assistait également à la soirée donnée par le romancier.
— De grand cœur, répondit le poète, mais à la condition que Dumas me fournisse les rimes.
On passa une feuille de papier et un crayon à Dumas, qui écrivit les rimes suivantes. Ne semblentelles pas choisies pour déconcerter l'imagination poétique la mieux douée?
Femme
Orestie
Catilina
Gabrio
Ame
Répartie
Fouina
Agio
Jongle
Figue
Citoyen
Faisan
Ongle
Ligue
Païen
Parmesan
Mirabelle
Noisette
Mirabeau
Pâté
Belle
Prisette
Flambeau
Bâté
A la lecture de ces rimes étranges, chacun des invités se demanda comment Méry s'en tirerait à son honneur.
Le poète s'écarta dans un coin, et se recueillit pendant une demi-heure environ.
Ce temps écoulé, il revint prendre place auprès de la jeune femme et lui récita les vers suivants, au milieu d'un cercle attentif :